GÉNÉRALE
Seulement cette maladie e st actuellement décrite comme une variété d'un autre état, plus général, assez mal dé-
i J. F ra.nk ; Pathol. int., tom. II (bibliogr. aatérieure). — Valleix ; Union médic, 1847 ; Bull, de thérap., 1848 ; Guide du médecin praticien. tom. I. — Fonssagrives ; Arch. méd., 1856. — Armaingaud ; Du point douloureux apophys. dans les névralgies et de l'irrit. spinale. (Bofdeaux médic, 1872, pag. 251.) — Jaccoud ; Append. auxprem. édit. de la Pathol. interne (bibliogr. complète). — Brochiu; art. Maladies nerveuses, m JJictionn. encycl. — Ei"b.;arl. Irritation spinale, in Hdb. de Ziemssen. — Luton ; art. Névroses, ia Nouv. Diclionn. méd. et chir. prat. — Rosenthal ; loc. cit. — Krishaber; Ga::. kebd., 1872 : art. Névropathie cérébro-cardiaque, in Diclionn. encycl.
fini, mais vrai en clinique, I'irritation spinale, qui peut se présenter aussi sous d'autres formes, parmi lesquelles est la NEVROPATHiE CÉRÉBRO-CARDIAQUE de Krishaber.
Nous devons donc décrire tout cela ici, quoique le point de départ de ces névroses soit probablement cérébro-spinal, et qu'on puisse en placer aussi l'étude à côté de celle de l'hystérie et des autres grandes névroses. Mais au fond cette question de classement importe peu, et l'existence de la névralgie générale dans le groupe justifie son étude actuelle.
Il s'agit donc de décrire ce groupe clinique qui constitue le nervosisme, qui est le tempérament nerveux porté à sa plus haute puissance et devenu maladie ; c'est la diathèse nerveuse de quelques auteurs ; ce sont les vapeurs et les affections vaporeuses de Pomme et des anciens; c'est l'irritation spinale de Brown et de Hammond, le nervosisme de Bouchut, etc., etc.
La description , vous le comprenez, en est très-difficile. Il y a en effet une multitude de formes très- variées; on pourrait presque en compter autant que de sujets atteints. Pour nous y reconnaître un peu, nous décrirons d'abord quelques formes cliniques des mieux arrêtées , comme la névralgie générale, la né vropathie cérébro-cardiaque, etc. Et puianous donnerons la partie commune de la description, l'étiologie et le traitement. — Nous n'envisageons donc d'abord que lecôtésymptomatique.
I. Névralgie générale (Valleix). — Dans la plupart des cas, la maladie débute lentement et graduellement. Un malaise se développe avec des douleurs vagues qui s'accentuent ensuite, en même temps que le sujet est envahi par la tristesse et sent ses forces décroître.
1 . La douleur, qui est le phénomène capital, a tous les caractères d'une douleur névralgique disséminée sur toute la surface du corps. Il y a des points limités, plus ou moins éloignés les uns des autres, sensibles à la pression ; ils
sont parfois le siège et le point de départ d'élancements, et sont situés là où nous avons décrit les divers points douloureux des névralgies particulières : le long de la colonne vertébrale, dans les espaces intercostaux, etc., etc. Dans un cas de Valleix, presque tous les points décrits étaient atteints, et dans d'autres faits il y en avait un trèsgrand nombre. La vivacité de ces douleurs est variable. La région malade présente aussi quelquefois une anesthésie qui n'est fixe ni comme degré ni comme limites.
La névralgie est donc, à proprement parler, l'élément capital de cet état.
2. On a noté aussi V affaiblissement des membres et particulièrement des membres supérieurs. Valleix a observé chez tous ses malades un tremblement des membres supérieurs analogue à celui des alcooliques : quand le bras est étendu, les doigts écartés, le tremblement s'empare des doigts et gagne ensuite les poignets.
3. Les sujets éprouvent aussi des éhlouissements et des étourdissements , surtout quand ils veulent marcher. Dans certains cas, le malade est toujours prêt à tomber d'un côté ou de l'autre ; il marche comme un homme ivre et a besoin de sappuyer aux murailles.
L'intelligence peut être atteinte. On constate un peu d affaiblissement, un certain air d'hébétude et une assez grande lenteur dans les réponses. Les malades sont tristes et découragés.
L'état général est parfaitement normal.
IL NÉvROPATHiE CÉRÉBRO-CARDIAQUE (Krishabcr). — Cette variété se rapproche de la précédente par l'existence de douleurs névralgiques multiples et de phénomènes cérébraux, comme le vertige et l'étourdissement; mais elle s'en distingue par une accentuation beaucoup plus grande des phénomènes cérébraux et par la présence de troubles circulatoires
Elle est caractérisée par quatre groupes de symptômes :
1. Troubles des sens; 2. Troubles de locomotion : 3. Troubles de circulation; 4. Symptômes secondaires.
Un individu est pris, au milieu d'une occupation quelconque et sans aucun épiphénomène, d'une sensation particulière à la tête, bouffée ou flot qui monte ; instantanément il y a obnubilation des sens, bourdonnements d'oreille, pbotopsie ; en même temps , le sujet éprouve une vive angoisse dans la région du cœur, avec palpitations, malaise excessif et impressionnabilité générale. Simultanément ou quelques moments après, surviennent les vertiges, la titubation, quelquefois même une paraplégie, et le malade tombe. Ou bien, au contraire, il est dans une agitation extrême; il marcbe malgré lui. Ou bien encore il a une défaillance et tombe en syncope.
Les phénomènes s'atténuent ensuite un peu, sans disparaître entièrement ; les accès se répètent, et au bout d'un certain temps les symptômes finissent par devenir continus.
Le sommeil se trouble dès le début. L'insomnie est complète, ou bien le sommeil est agité et entrecoupé par des cauchemars, des rêves, où les impressions tristes dominent, qui réveillent le malade en sursaut et le poursuivent encore pendant la veille, sous forme d'hallucinations. — On a là, dans l'état du sommeil, un bon signe pour distinguer la forme légère de la forme grave.
Le vertige est un symptôme des plus caractéristiques. Il peut présenter des formes très-variées. Les objets tournent, ou bien le sol se soulève, se creuse, semble osciller comme un bateau; les sujets ont la sensation de tourbillons qui les entraînent, de précipices ouverts sous leurs pas ; ils se sentent soulevés du sol, etc. — Ces phénomènes rendent la marche très-difîcile , et quelquefois même la station debout est impossible. Les malades sont entraînés à droite ou à gauche ; quelquefois ils peuvent courir et ils ne peuvent pas marcher.
Le vertige est d'abord à peu près continu et spontané. Puis il devient discontinu et ne se produit que quand il
est provoqué ; quand le sujet incline la tête, quand il regarde en l'air les nuages en mouvement ou en bas l'eau qui coule , quand il est vivement impressionné par une cause quelconque, etc.
Cet état vertigineux peut s'accompagner de nausées et de vomissements. C'est du reste ce qui arrive dans toute espèce de vertiges portés à un certain degré d'intensité.
Le malade a aussi des étourdissements ; il perd par moment toute conscience et toute notion des lieux et des personnes qui l'entourent. Et ces absences surviennent sous l'influence d'une circonstance extérieure, d'une impression physique quelconque : passage d'une voiture , pénétration d'un rayon de soleil, etc.
Parfois on observe également une sorte d'ivresse : le sujet éprouve des sensations étranges ; un certain degré de surexcitation intellectuelle succède souvent aux périodes d'abattement qu'entraînent les crises de rêves et d'hallucinations.
Tous les se?is sont hyperesthésiés et perturbés. Du côté de la vue, nous avons déjà noté le vertige, qui peut dans une certaine limite être rapporté à un état anormal de ce sens. De plus, les objets n'apparaissent pas au malade tels qu'ils sont, tels qu'il les voyait avant sa maladie. Les sensations sont faussées. Les sujets en arrivent à ne pas se reconnaître eux-mêmes dans une glace. Il leur semble qu'ils ont été transportés dans une autre planète, au milieu d'un monde nouveau. Quelquefois de la diplopie, del'amblyopie, ou même une cécité transitoire, viennent compléter le tableau. Ou bien c'est unephotophobie pénible qui oblige les malades à porter des verres d'un bleu foncé.
Vouïe elle-même est hyperesthésiée. Des sons qui n'ont en soi rien de désagréable, des sons musicaux, irritent le sujet, deviennent intolérables. Le bruit d'une plume courant sur le papier, le tic-tac d'une montre, le mettent dans un état affreux. Pour fuir ce supplice, il se
condamne au silence et à l'isolement. Sans excitation extérieure aucune, il peut encore éprouver divers tintements et bourdonnements d'oreilles : le vertige augmenté avec ces bruits subjectifs. Des bruits anormaux et imaginaires troublent son sommeil et réveillent : de sorte que tout revient ainsi ou à peu près à de l'byperesthésie sensorielle.
L'odorat et le goût peuvent aussi être atteints, quoique moins souvent : les malades ne reconnaissent pas les substances dont ils appréciaient jusque-là très-bien les qualités.
La peau est quelquefois byperesthésiée : le seul frottement des vêtements irrite les malades. Ils ont en même temps des névralgies multiples : du côté du trijumeau, du plexus bracbial ou sacré. On a noté assez, fréquemment une névralgie de l'oreille.
Les sujets éprouvent encore des sensations anormales; il leur semble que leur corps est plongé dans un milieu étrange, qu'il est entouré d'une sorte de vêtement isolant, qui s'est interposé entre lui et le milieu extérieur ordidaire. Le malade n'est pas lui-même; il n'a pas la conscience habituelle de son être.
Toutes ces perversions sensorielles ont un caractère commun qui est fondamental : elles n'en imposent pas au malade. Le jugement est absolument intact ; il n'y a pas de conception délirante malgré cette accumulation de sensations fausses. C'est là ce qui distingue cet état des vésanies. Le malade est le premier à reconnaître l'erreur de ses sens et l'existence des hallucinations qui le tourmentent. — En somme , l'intelligence n'est pas fondamentalement frappée.
On peut observer simplement quelques troubles de la mémoire et puis les effets fâcheux qu'exercent habituellement sur l'état intellectuel les souffrances prolongées, quelle que soit leur nature : abattement , tristesse , tendance au suicide. Tout cela n'a rien de spécial à la maladie qui nous occupe.
260 SEIZlÈiME LEÇON.
Le cœur est atteint et présente des troubles qui ont imposé le nom de cérébro-cardiaque à cette névropathie. Il y a une irritabilité extrême du système vasculaire ; le moindre mouvement, l'acte de se lever ou de s'allonger, précipitent le pouls de 30 à 40 pulsations.
Le sujet éprouve de fréquents accès de violentes palpitations, qui surviennent spontanément ou sous l'influence de causes insignifiantes. Il ressent de plus dans la région prëcordiale une douleur intense qui reproduit le tableau clinique de l'angine de poitrine , que nous avons déjà décrite avec toutes ses variétés, sur lesquelles il est inutile de revenir.
Enfin, on a noté aussi quelques troubles moteurs tels que : parésie de certains groupes musculaires, quelquefois même paralysie; d'autres fois (plus rarement) contractures, etc.
Je vous ferai remarquer, en terminant, que le fait dominant dans toute cette forme d'irritation spinale que Krishaber appelle névropathie cérébro-cardiaque , est une excitation avec perversion des sens, ou, pour mieux dire, de tout le système sensitif ; les troubles moteurs peuvent être considérés comme secondaires, de nature réflexe, si l'on veut.
Armaingaud, qui a pris une grande part à la restauration de l'irritation spinale en France, ne veut pas identifier, avec Jaccoud, cette maladie et la névropathie cérébro-cardiaque^ . Et en effet, dit-il, les phénomènes cérébraux ne sont pas constants dans l'irritation spinale et les points apophysaires manquent dans la névropathie cérébro-cardiaque; il ne veut donc reconnaître qu'un lien de parenté entre ces deux névroses.
Au fond, nous n'en disons pas davantage en faisant de ces deux états des formes cliniques et distinctes, mais susceptibles d'être rapprochées dans un même chapitre.
^ Bordeaux nudic, 1874, pag. '273.
Les symptômes cérébraux et sensoriels sont simplement beaucoup plus accentués dans la maladie de Krishaber. Ils peuvent s'accentuer encore plus, occuper toute la scène, et nous avons alors des types qui, quand il sont graves , confinent à la vésanie, mais qui, à leurs degrés inférieurs, sont parfaitement compatibles avec un état mental trèssain. — Nous reproduirons le suivant comme exemple.
III. Peur DES ESPACES {Agoraphobie des Allemands Y . — Nous ne saurions mieux faire que de citer ici la description saisissante que Legrand du Saulle a récemment donnée de cette névrose émotive^.
« La peur des espaces, compatible d'ordinaire avec toutes les apparences de la plus robuste santé, se produit fréquemment au moment même oii le névropathe quitte une rue et arrive à une place, et elle se traduit par une angoisse soudaine ou serrement de cœur instantané. Le malade, en proie alors à une indéfinissable émotion, se trouve isolé du monde entier à l'aspect du vide qui s'ofire à lui, et il s'épouvante sans mesure, malgré le peu de fondement de sa frayeur et malgré les plus sages et les plus tranquillisantes exhortations qu'il s'adresse spontanément à lui-même; il se sent comme anéanti, n'ose pas descendre du trottoir sur la chaussée, ne fait un pas ni en avant ni en arrière, n'avance ni ne recule, tremble de tous ses membres, pâlit, frissonne, rougit, se couvre de sueur, s'alarme de plus en plus, se soutient à peine sur ses jambes chancelantes, et reste douloureusement convaincu qu'il ne pourra jamais affronter ce vide, ce lieu désert, et traverser l'espace qui se présente. Que l'on vienne tout à coup à plonger son
1 Westphall ; Arch. f. Psych. u. Nerv-Krank., 1872. — Cordes; Ibid. — Webber; The Boston med. and surg. Journal., nov. 1872. — Williams; Ihid. — Perroud ; Lyon médical, 1873. — Barduzzi ; Il Raccoglitore medico, 1875. — Voy. aussi le travail de O. Berger sur les IVévroses émotives. Anal. Gentralbl.. 1878. n° 16, pas-. 296.
2 Gaz. des hop.. 1877, no 123.