II
Dans certains cas, il y a une vraie chorée du cœur. Reeves veut même que cette (îliorée existe comme une espèce à part, et il désigne sous ce nom certaines crises de palpitations nerveuses.
Souvent aussi les troubles cardiaques répondent à la chlorose et à l'anémie, qui sont fréquentes dans cette maladie; il y a alors palpitations, souffle à la base, etc. — Enûn, on peut encore avoir affaire à une lésion organique du cœur, altération valvulaire, endocardite avec hypertrophie consécutive et avec ses signes physiques habituels, mais avec très-peu de signes fonctionnels généralisés. -- Nous reviendrons sur les rapports de cette endocardite avec la chorée, à propos de l'anatomie et de la physiologie pathologiques.
L'état de V urine paraît variable dans cette névrose. Bence Jones a trouvé une augmentation constante dans la quantité d'urée éliminée. Stiebel et Yeghelm ont constaté une diminution de la chaux, d'autres une élimination abondante d'urates;Handfield 'Jones, une quantité d'urée et d'acide phosphorique souvent augmentée à l'apogée de la maladie et diminuée dans la convalescence. Tait, dans un cas mortel, chez une femme enceinte, a trouvé beaucoup de sucre dans l'urine, qui avait 1031 de densité, pas d'albumine et une diminution des chlorures.
La question est encore à l'étude. En tout cas, la température axiilaire a toujours été trouvée normale et n'a jamais
dépassé 38".
Nous devons dire quelques mots, en terminant cette symptomatologie, de deux variétés de chorée: l'athétose et la chorée électrique.
r( Je désigne sous le nom d'athétose (aOctoç), sans position fixe, dit Hammond \ en décrivant cet état pour la première fois en 1871, une maladie qui n'a pas encore,
1 A Treaiise nf diseases of the nervom system.: New-York. 1871. — Ti-ad. in Arch. gén. deméd., 1871, H. 329
que je sache, attiré l'attention des médecins, et dont j'ai recueilli deux observations. Cette affection est caractérisée par un mouvement incessant des doigts et des orteils et par l'impossibilité de maintenir ces parties dans la position, quelle qu'elle soit, oj l'on cherche à les fixer. Le nom d'athétose m'a paru s'adapter aux symptômes, n'ayant pas encore eu l'occasion de constater par l'autopsie les lésions qui correspondent aux phénomènes que je vais décrire. »
Depuis cette époque , un certain nombre de faits épars ont été pubhés', et diverses théories se sont fait jour sur la nature de ce syndrome clinique.
Hammond pensait que peut-être le processus morbide avait pour siège le corps strié, Eulenburg admet plutôt une origine corticale, du côté des centres moteurs de l'écorce grise ducerveau^ Bernhardt, au contraire, rapproche l'athétose de l'hémichorée post-paralytique, opinion que Gharcot a adoptée. Rosenbach en fait enfm un symptôme qui peut appartenir, comme le nystagmus, à un certain nombre de maladies nerveuses distinctes.
Nous allons reproduire les conclusions que nous formulions en août 1877, et que les travaux récents ne nous paraissent pas avoir infirmées,
« 1 . Il n'est pas sûr que dans tous les cas observés on ait eu sous les yeux absolument le même symptôme...
» 2. Ce qui paraît certain, c'est que l'athétose n'est pas
^ J'ai pu réuuir vingt-neuf observations dans une Revue parue en août et septembre 1877 dans le MontpeUir médical et qui est, je crois le premier travail d'ensemble paru en France sur ce sujet. (Le résumé de ce Mémoire se trouve également in Localisât, dans les mal. cérébr ^e édii' pag. 50). '~ ■'
Depuis lors, de nouveaux documents ont été publiés, mais ils ne me paraissent pas de nature à modilier les conclusions que j'avais formulées, et que je reproduis ICI. —Je citerai l'importante Thèse de M. Oulmont fondée sur trente-trois observations, dont quatorze prises à la Salpètrière (Vov aussi Revue mensuelle, 1878, 2) et une observation intéressante de Landouzy avec autopsie. (Progrès médical, 1878, 5 et 6 )
2 II maintient cette opinion dans la deuxième édition de son Traité des Mal. dusyst. nerv., tom. II, pag. 676.
une maladie, ce nest qu'un symptôme. — Il n'y a, dans les différents cas, ni identité de marche, ni identité de causes, etc., rien qui désigne une maladie nouvelle; ce n'est qu'un groupe symptomatique, un syndrome.
» 3 . Ce syndrome est essentiellement caractérisé par des mouvements incessants et dans tous les sens, dans les doigts et les orteils, le plus souvent d'un seul côté du corps.— En même temps il y a fréquemment, mais pas toujours toutefois, des troubles de sensibilité du même côté (hémianestbésie) avec une légère paralysie (hémiparésie) , souvent augmentation de volume des muscles convulsés. Ces accidents sont permanents, durent souvent pendant le sommeil. Ils ont toujours une longue durée et ne sont influencés par aucun de nos moyens thérapeutiques.
» 4 . Ces" troubles moteurs, qui forment le fond même de rathétose, n'appartiennent pas à la classe des tremblements. . . ; ils rentrent dans la catégorie des mouvements choréiformes.
» 5. L'athétose étant une variété de la grande classe des chorées (en prenant ce mot dans son sens le plus général et purement symptomatique), on peut l'observer d'abord comme variété de Thémichoréepost -hémiplégique. On peut même dire que c'est là le cas le plus fréquent.— Ainsi, le second fait d'Hammond, le fait de Bernhardt, les deux faits deCharcot, le fait de Berger, le troisième fait de Gairdner. et peut-être le fait de Gurrie Ritchie et celui de Proust, appartiennent à l'hémichorée post-hémiplégiqueV
» Pour ces faits-là, nous nous rangeons complètement à l'avis de M. Gharcot : l'athétose n'est qu'une variété de l'hémichorée post-hémiplégique, et à ce titre elle avait été observée en France, il y a assez longtemps, depuis que l'attention a été attirée sur ce symptôme par les travaux de Gharcot.
1 II faut y ajouter aujourd'hui les nombreuses observations (rOulmont et Ip fait de Landouzv.
CHOREE. 537
» 6. Mais tous les cas d'athétose sont-ils des cas d'hémichorée post-hémiplégique ? Je ne le crois pas.
» L'athétose peut bien être la manifestation de la névrose chorée. C'est ce qui doit être dans les observations où il n'y a pas de trace de lésion cérébrale et où il y a des antécédents personnels ou héréditaires de névrose ou de rhumatisme. Tels devront être le premier cas de Hammond, le cas de Lincoln, le premier cas de Gairdner, et peut-être les cas de Clay-Shaw.
» 7. L'athétose peut-elle se présenter encore dans d'autres maladies du système nerveux, et notamment peut-elle être un symptôme de l'ataxie locomotrice progressive ? Le fait de Rosenbach et ceux qu'il cite de Cruveilhier et de Leyden semblent l'indiquer. — L'expérience ultérieure devra confirmer cette proposition.
» 8. L'existence de l'athétose dans la sclérose en plaques ne me paraît pas encore démontrée. Le fait d'Eulenburg est énoncé par l'auteur lui-même en des termes trop brefs pour être concluants. — Du reste, en l'absence de toute autopsie, on peut admettre, dans ces cas, qu'il y a une plaque de sclérose au niveau de la capsule interne, et alors l'athétose, sans être un symptôme direct de la sclérose en plaques, resterait dans les hémichorées symptomatiques.
» 9. D'après tout cela, on voit que l'athétose est un symptôme qui peut se présenter dans une série de cas. C'est une variété de la chorée, et par suite on peut la rencontrer dans touteis les circonstances dans lesquelles .on observe des mouvements choréif ormes.»
Sous le nom de chorée électrique, Dubini a décrit le premier, en 1846, une maladie qui ne paraît guère avoir de la chorée que le nom.
Ce sont de fortes secousses se succédant à intervalles déterminés, avec fièvre, pouvant laisser des paralysies à leur suite, se terminant le plus souvent (36 fois sur 38) par la mort, après laquelle on trouve une congestion de la moelle et un épanchement séreux dans les méninges.
Hœrtel de Birkenfeld a repris la question en 1848 et montré que cette maladie, distincte de la chorée vraie, est une irritation congestive de la moelle se terminant quelquefois par une apoplexie spinale.
En 1857, Pignacca (de Pavie) a fait un Mémoire sur ce sujet, et enfin, en 1875, Stefanini a publié deux nouvelles observations, dont Tune avec myélite et l'autre avec congestion des centres nerveux.
C'est donc là une maladie aiguë de la moelle se manifestant par des mouvements cboréiformes et peut-être, d'après Stefanini, sous la dépendance de l'impaludisme. — En tout cas, ce n'est pas une chorée vulgaire.
Nous réserverons la chorée rhythmique de l'hystérie pour l'étude de cette dernière névrose.
Chorée (fin). — Hystérie.
Ghorée. — Marche, Durée et Terminaisons. — Anatomie pathologique : Diverses autopsies. Expérimentation. Conclusions sur la nature de la chorée. — Diagnostic. — Pronottie. — Traitement : Indication causale. Régime. Gymnastique. Ajents médicamenteux. Électrisation. Hydrothérapie. Méthode perturbatrice par l'émétique.
Hystérie. — Historique. — Étiologie -. Sexe. Age.
Nousavons terminé, Messieurs, la description des symptômes de la chorée; nous devons voir maintenant comment ils s'enchaînent, c'est-à-dire étudier la Marche , la Durée et les Terminaisons de cette névrose.
Le début est en général progressif et la marche essentiellement chronique.
La durée est très-variable. Sée donne 69 jours comme moyenne de 117 cas, Wicke 89 jours sur 125 cas; d'après Moynier, la maladie serait plus courte chez les jeunes filles (33 à 37 jours) que chez les garçons (74 à 81 jours); mais je crois qu'il est seul à avoir avancé cette proposition. Les cas de chorée qui durent plusieurs années et même toute la vie sont habituellement symptomatiques d'une lésion du cerveau ou de la moelle, et n'appartiennent pas à la chorée ^^Ilgai^e.
Certains auteurs ont admis dans la chorée une sorte de marche cyclitjue, mais on ne la retrouve pas dans la majorité des cas.
La guérison est la terminaison habituelle de la chorée, qui disparaît ordinairement sans laisser de traces. Quelquefois elle laisse des troubles passagers de la motilité, ou plus rarement des troubles intellectuels persistants, parfois avec paralysies.
Lesrécidivessont du reste fréquentes. Sée, sur 158 cas, a observé 37 récidives, dont 17 arrêtées à la deuxième attaque, 13 arrivées à la troisième et 6 à la quatrième; dans un cas il y a eu sept attaques. Rufz et Romberg ont aussi observé jusqu'à 6 récidives. L'intervalle des récidives peut être seulement d'un mois, quelquefois de deuxà trois ans. Le plus souvent, dit J. Simon, la maladie se reproduit annuellement et de préférence pendant l'automne. Cette dernière assertion est contestée par Wicke, qui trouve au contraire, sur 35 récidives : 13 au printemps, 12 en hiver, 9 en automne et 1 en été.
La mort chez les enfants est tout à fait exceptionnelle et ne s'observe guère que par des complications. Elle est plus fréquente chez l'adulte, et spécialement dans la grossesse. Ainsi, Wenzel a compté 18 morts sur 66 faits de cette dernière catégorie.
Dans beaucoup de cas mortels, les symptômes prennent en peu de jours une intensité énorme, puis le collapsus succède aux convulsions ; le coma, avec selles involontaires, précède la mort. Les mouvements choréiques cessent avec l'apparition du coma, ou en tout cas diminuent considérablement pendant cette période terminale.
Anatomie pathologique. — Je vous rappellerai d'abord une espèce de chorée dont nous avons parlé l'an dernier, et qui correspond à une lésion nette, précise, à siège constant : l'hémichorée prae ou post-hémiplégique. Ces mouvements choréiques hémilatéraux ont été étudiés d'abord par Weir Mitchell, ensuite par Charcot et ses élèves, Raymond spécialement; ils coïncident souvent avecl'hémianesthésie d'origine cérébrale et correspondent à une lésion dont le siège est analogue à celui de l'hémianesthésie dans la capsule interne.
Il y a là toute une catégorie de faits bien nets de chorées symptomatiques avec lésion cérébrale, qui doivent être mises et maintenues à part.
D'après l'Ecole anglaise, la plupart des chorées ordinaires devraient être rangées dans une catégorie analogue et attribuées à des causes cérébrales. Todd avait déjà soutenu cette idée en s'appuyant sur la forme hémilatérale de certaines chorées, la coïncidence fréquente de l'hémiplégie et les pesées comparatives faites par Aitken du corps strié et de la couche optique.
Kirkes a ensuite lié la chorée à l'endocardite, les produits inflammatoires des valvules se mêlant au sang et altérant les fonctions des centres nerveux. Broadbent a précisé davantage et admis des lésions du corps strié et de la couche optique, principalement dues à des embolies parties du cœur malade. Suivant l'étendue de l'embolie, on observe des combinaisons variées de la chorée avec d'autres symptômes cérébraux, tels que délire, manie, troubles de sensiblité , etc. Les ganglions de la base pourraient du reste être altérés autrement que par embolies, par lésions spontanées, par traumatismes ou par action réflexe d'origine périphérique.
Voilà la théorie anglaise. Il faut reconnaître qu'un ceriain nombre d'autopsies concordent avec ces donnéesV
Ainsi, Tiickwell a trouvé un ramollissement bilatéral, plus accentué à droite qu'à gauche, dans le lobe cérébral moyen. Gray a constaté une oblitération embolique de l'artère basilaire, des deux vertébrales et des deux cérébrales moyennes, avec ramollissement des lobes moyen et antérieur et de la partie dorsale de la moelle. Fox a rencontré des embolies microscopiques dans le corps strié.
Tous ces faits concorderaient dans une certaine mesure avec les observations de Gharcot. En dehors de cela, nous ne trouvons que des relations plus ou moins complexes.
Froriep a vu la face antérieure de la moelle allongée comprimée par l'apophyse odontoïde agrandie. — Romberg,
1 Je résume toute cette partie de la question d'après l'exposé très-complet de Ziemssen.
dans trois autopsies, atrouvé : atrophie cérébrale et hydrocéphalie, hydrocéphalie et ramollissement au voisinage des ventricules, ramollissement de la moelle cervicale et dorsale. Frerichsa observé l'hyperémie du cerveau et de ses enveloppes et une pachyméningite hémorrhagique.
Rokitansky a constaté une prolifération du tissu conjonctif interstitiel dans les centres nerveux, Steiner une hyperplasie conjonctive dans la moelle avec de la sérosité et une hémorrhagie dans le canal central; dans un autre cas, il y avait hyperémie du cerveau et de la moelle avec sérosité dans le canal; dans un autre cas encore, un exsudât séreux, trouble, remplissait le canal médullaire. Dans un fait de Meynert, les altérations portaient sur la substance grise des ganglions centraux et de l'écorce cérébrale.
EHscher a décrit une lésion plus étendue encore portant sur le cerveau, la moelle et les nerfs : processus diffus de nature irritative sur tout le système nerveux; prolifération nucléaire dans le tissu conjonclif des nerfs et le long des vaisseaux de la moelle, épaississement et calcification de l'adventice des vaisseaux de la couche optique et du corps strié, etc. Ces processus irritatifs sont suivis de métamorphoses régressives. — Il y aurait là un agent d'irritation portant sur tout le système nerveux, sur tous les conducteurs, et atteignant en certains points une plus grande activité.
Golgi a trouvé dans un cas , compliqué du reste d'état mental, des lésions multiples et complexes qu'il rapporte à l'encéphalite chronique interstitielle (quelque chose d'analogue aux lésions de la démence paralytique).
A ces faits, analysés par Ziemssen, j'ajouterai une observation de Wrany' avec ramollissement de l'insula de Reil et du noyau lenticulaire, et sept autres de Dickinson^ avec des lésions de divers points de l'encéphale et notamment
' Rev. se. méd., 1, 220.
2 Ibid., VII, 65.
des corps striés. Ce dernier auteur admet une congestion cérébrale d'origine rhumatismale ou autre, qui constituerait lesubstratumanatomique de lachorée. La lésion cardiaque, du reste fréquente, serait secondaire.
On pourrait aussi ajouter ici le fait de Landouzy que nous avons cité à propos de l'athétose, et dans lequel il y avait une ancienne lésion du noyau extra-ventriculaire du corps strié.
Un mot encore, avant de conclure, sur les résultats de Vexpérimen talion .
Raymond a confirmé les données cliniques de Charcot. Avec l'appareil de Veyssière, il lève la partie postérieure de la couche optique et détruit la capsule interne chez un chien. L'animal, une fois revenu de la secousse de l'opération, présente du côté opposé des secousses involontaires rappelant plus ou moins la chorée.
Antérieurement (1866), Chauveau avait fait des expériences tendant à attribuer au contraire à la moelle le rôle prépondérant dans la chorée : chez des chiens choréiques, il coupe la moelle, les mouvements choréiques persistent; il en conclut que ni le cerveau ni le cervelet ne sont le siège de l'excitation et que c'est la moelle qui est le point de départ. Mais l'incision de la moelle dorsale diminua les mouvements convulsifs de la queue et des membres inférieurs.
Legros et Onimus ont également fait des expériences sur des chiens choréiques. Quand on excitait les cordons postérieurs de la moelle avec un scalpel, les mouvements choréiques s'exagéraient dans une proportion énorme. Ils disparaissaient au contraire si l'on refroidissait la moelle avec un courant d'air, et réapparaissaient par l'application d'eau chaude. L'excision des racines postérieures ne diminuait pas les secousses, mais l'excision des cordons postérieurs et des cornes postérieures les diminuait, et l'excision plus profonde les faisait entièrement disparaître. Ces expérimentateurs concluent de ces faits que le siège de la
544 TRENTE-CINOUIÈME LEÇON.
chorée doit être dans les cellules nerveuses des cornes postérieures ou dans les fibres qui relient ces cornes aux cellules motrices.
Rosenthal, chez un chien choréique, fait une injection de petites graines de fleurs par la carotide interne gauche. L'animal perd les mouvements volontaires, mais les convulsions choréiques deviennent plus violentes. On trouve à l'autopsie une embolie de l'artère sylvienne gauche. Ces troubles circulatoires, en suspendant le fonctionnement des ganglions moteurs, avaient augmenté les mouvements choréiques ; probablement, ajoute Rosental, par irritation des centres de coordination situés dans le mésocéphale et le cervelet.
Il est facile de voir, au milieu de tout cela, que la plus grande confusion règne encore dans toutes les questions d'anatomie et de physiologie pathologiques de la chorée. Il n'y a rien de définitif; on n'a surtout rien acquis de général.
La danse de Saint-Guy reste donc toujours une névrose sans lésion fixe.
Seulement les observations de Charcot (Raymond, Ouimont, etc.) et les faits analogues de l'École anglaise prouvent qu'il y a un grand nombre de chorées symptomatiques de lésions cérébrales, et doivent attirer tout spécialement l'attention sur ces régions, dans toutes les autopsies de choréique qu'on peut être appelé à faire dans l'avenir.
Diagnostic. — Il faut d'abord distinguer les mouvements choréiques des diverses espèces de tremblement. Le tremblement est formé d'oscillations rhythmiques, de part et d'autre de la position normale; les mouvements choréiques, au contraire, sont des contractions vraies, mais folles et anormales ; le membre est entraîné de ci de là, irrégulièrement. Ces caractères séparent nettement la chorée de la paralysie agitante, de la sclérose en plaques et de toutes les autres espèces de tremblement.
Les contractions anormales et irrégulières du choréique
ressemblent plutôt aux mouvements de l'ataxique. Seulement les mouvements du choréique se produisent au repos, comme dans les mouvements volontaires; ils ne sont pas exagérés par l'occlusion des yeux, etc.
Physiologiquement, il y a les mêmes rapports entre la chorée et l'ataxie locomotrice qu'entre la paralysie agigitante et la sclérose en plaques. Dans ces deux dernières maladies, le trouble porte sur la contraction musculaire ; dans les deux premières, les contractions se font bien, mais les muscles qui se contractent ne devraient pas le faire. Dans la paralysie agitante et la chorée, ces troubles se présentent au repos ; dans la sclérose en plaques et l'ataxie locomotrice, ils ne se produisent que dans les mouvements volontaires.
L'attaque d'hystérie se distingue par ses mouvements à très-grande amplitude, par la cessation rapide des accidents, leur caractère paroxystique, par les autres manifestations hystériques, etc. Du reste, l'hystérie peut se manifester, dans l'intervalle des attaques, par des mouvements choréiques classiques ou par des chorées rhythmiques spéciales que nous décrirons plus tard.
Enfin, on doit chercher à déterminer, étant donné le diagnostic de la névrose, si l'on a affaire à une chorée sym= ptomatique de lésion cérébrale ou à la chorée vulgaire. Dans le premier cas, on aura une forme toujours hémichoréique, le début brusque apoplectiforme, l'hémiplégie, souvent l'hémianesthésie, les autres phénomènes cérébraux et les antécédents du malade.
Pronostic. — ■ La chorée n'est peut-être pas aussi bénigne qu'on le dit généralement. Ily a beaucoup de cas légers, qui durent peu et disparaissent pour toujours ; mais les cas sérieux durent longtemps et récidivent facilement.
Anstie ' avance que la danse de Saint-Guy est bien moins
< Rev. se. mêd.. V, 139.
grave quand elle se développe avant la puberté que si elle se développe après. L'absence de complications, da phénomènes psychiques, est un bon signe. Dans les familles prédisposées à la folie, la chorée serait peu grave, mais elle serait un signe précurseur de dégradation mentale. Anslie ajoute que quand la durée de la maladie dépasse six semaines à deux mois, le traitement échoue.
Traitement. — Les saignées, préconisées par Sydenham et par Bouteille, sont aujourd'hui abandonnées. Vous trouverez du reste un assez grand désordre dans la thérapeutique de cette névrose.
L'indication causale se présente quelquefois, quand il y a des vers intestinaux * , quand il y a lieu de favoriser l'établissement de la menstruation, quand il y a quelque diathèse, comme la syphilis, le rhumatisme (bains de vapeur et surtout bains sulfureux ), la scrofule (iode, iodure de potassium), etc. Si le cerveau ou la moelle sont en cause, il y a peu de ressource en général, mais enfin c'est de ce côté qu'on dirigera un traitement approprié.
Vous prescrirez en même temps le régime général des maladies nerveuses : repos intellectuel et moral, bonnes conditions physiques, distractions, grand air, etc. — On y associera un régime tonique : quinquina, souvent le fer.
La gymnastique, préconisée par Blache, fortifie le système nerveux et régularise les actions musculaires. On prescrit d'abord des mouvements simples et cadencés. L'enfant étant dans la position verticale, on lui fait fléchir et étendre les genoux, frapper le sol, allonger les bras, produire un mouvement de balancement régulier du corps avec chants rhythmés. Plus tard, on a recours au pas réglé, à la course, saut, trapèze. Ces manœuvres doivent être répétées tous les jours, sans atteindre jamais la fatigue.
Parmi les agents médicamenteux, tous les antispasmo-
' Voy. le fait de Wade; Rev. sc.mél., I. 860.
diques ont été employés : valériane, assa fœtida, oxyde de zinc (pilules deMégiin). Ils peuvent rendre quelques services, mais uniquement comme moyen adjuvant du traitement.
Les narcotiques, les agents comme l'opium, la belladone, ne sont guère indiqués que dans les cas graves sans sommeil et contre Tinsomnie elle-même. Dans ce cas, le cMoral vaut mieux. Gairdner. Frerichs, Russel, Bouchut. Yerdalle, ont vu la chorée guérir par ce moyen. Gœltz et Auger l'ont traitée avec succès par les lavements de chloral' . — Le chloroforme a été aussi employé en inhalations jusqu'à, narcose complète ou incomplète ; mais l'indication s'en présente rarement. Zeigier a récemment obtenu des succès avec le nitrite d"amvle en inhalations, de 3 à 6 ou 10 gouttes, trois fois par jour^.
Oulmont a préconisé l'hyoscyamine: deux à six pilules par jour de 1 milligr. chacune ; Famélioration survenait vers le huitième ou le neuvième jour du traitement. Sur 5 adultes traités ainsi, 2 ont été guéris et 3 très-améliorés. La durée totale du traitement a été de 20-60 jours^.
Bouchut a administré l'ésérine à 24 enfants. Ce moyen arrête .les mouvements pendant la durée de son action, et peu à peu les modère de façon à guérir la maladie dans une moyenne de temps de dix jours. On fait des injections sous-cutanées de 2 à 5 milligr.. et faction dure de une à deux ou trois heures. Elle s'épuise rapidement, mais peut être renouvelée. On donne ainsi jusqu'à 15 à 20 milligr. parjour\ Cadet de Gassicourt n"a obtenu aucun résultat avec le même moven^.
La strychnine est préconisée par Trousseau : elle paraît
* Gaz. hebd.: 1875, 50.
2 Rev.sc. méd., XII, 131.
'^ Bull, thérap.. LXXXIX, 1875.
•^ Ibid., 1875.
^ Journal, thérap., 1875.
peu utile et souvent dangereuse. Le sulfate d'aniline, recommandé par TurnbuU, est abandonné.
Ziemssen insiste sur les préparations arsenicales, données déjà par Romberg, Aran et Guersant. On les emploie à doses assez élevées : 5 à 8 gouttes chez les enfants, 8 à 12 chez les adultes, de liqueur de Fowler, trois fois par jour. L'amélioration survient après huit jours, et quatorze jours suffisent pour réduire la chorée au minimum'. Eulenburg et Lewis Smyth ont employé ces mêmes agents en injections hypodermiques, mais c'est une opération très-douloureuse pour un résultat douteux.
L'électricité a été essayée. Le courant induit aurait réussi quelquefois entre les mains de Duchenne et de Becquerel. Les auteurs contemporains préfèrent le courant continu ; quelques-uns galvanisent le sympathique, d'autres la moelle, d'autres les nerfs de la moelle ou les nerfs seuls. Nous avons déjà cité les expériences qui prouvent l'action paralysante des courants continus, spécialement chez les chiens choréiques. — C'est une question encore à l'étude.
Baudelocque employait les bains prolongés à 26". L'hydrothérapie paraît plus utile; on l'emploie sous ses différentes formes; les douches réussissent spécialement. Nous placerons dans la même catégorie les pulvérisations d'éther le long de la colonne vertébrale, qui ont souvent donné des succès, quelquefois avec application simultanée de glace. Les bains sulfureux sont un excellent moyen, par lequel je vous engage à toujours commencer le traitement.
Je signalerai enfin la méthode perturbatrice de Gillette par le tartre stibié^ Le premier jour, on administre 0^'",20 dans 100 gram. d'eau sucrée, par cuillerée, d'heure en heure; le deuxième jour, 0^'',40; le troisième jour, 0^',60. On s'arrête deux à quatre jours ; il y a amélioration sen-
» Voy. le fait d'Hearot ; Soc. méd. Reims, Bull., 1873, 11. 2 Voy. Peslerbe ; Th. Montpellier, 1877.
sible de la chorée. On recommence une série de trois jours, en donnant 0^'',25, puis 0^'',50 et enfin 0^'",75. Après une seconde interruption, on fait une nouvelle série de 0^'",50, 0^'',60 et 0^r,90. On cherche à obtenir la tolérance.
Bouley et Marrotte, au contraire, ne craignent pas de produire des vomissements et de la diarrhée. Ils donnent 0,50 le premier jour , 1 gram. le lendemain, et en deux fois, aune heure d'intervalle.
C'est là une méthode perturbatrice dangereuse. En tout cas, c'est l'action hypocinétique de l'émétique que l'on cherche à utiliser \
Nous terminons ici deux grands chapitres de notre programme de cette année. Nous avons étudié : 1» les maladies desnerfs sensitifs, vaso-moteurs et trophiques, et les névroses sensitives, vaso-motrices et trophiques (névralgies, migraine, angine de poitrine, hémiatrophie faciale, goitre exophthalmique, etc.); 2" les maladies des nerfs moteurs et les névroses motrices (paralysies, convulsions, tétanie, tétanos, paralysie agitante, etc.). 11 nous reste à décrire, dans un troisième chapitre, deux grandes névroses complexes, à manifestations multiples portant sur le système nerveux tout entier : V hystérie et Vépilepsie.
L'hystérie est un véritable protée qui se présente sous autant de couleurs que le caméléon. Cette phrase de Sydenham est devenue classique et exprime bien l'impossibilité où l'on est de donner une définition quelconque de cette névrose complexe, qui ne répond à aucune lésion
* Voy. notre Thèse d'agrégation ; Paris, 1875.
2 Briquet; Traité clin, et tliérap. de l'hyi>lér.; Paris, 1859. — JoUy ; art. in Hdb. Ziemssen. — Bernutz ; art. in Nouv. Dict. méd. et chir. prat. — Rosenthal, loc. cit. — Gharcot ; Leç. sur les mal. du syst. nerv., II. II. 35
550 TRENTE-CINQUIKME LEÇON.
précise, et qui peut se manifester par la séméiologie du système nerveux tout entier.
Tout le monde le reconnaît da resteV
Historique. — L'hystérie est connue depuis qu'il existe une civilisation, dit Briquet.
Du temps d'Hippocrate et de Galien, et avant eux, les femmes qui soignaient les personnes de leur sexe ( vous voyez que l'invention des femmes-docteurs n'est pas nouvelle ) connaissaient l'hystérie et soutenaient sur cette névrose une théorie qui a fait fortune : la théorie utérine.
D'après les philosophes de l'époque, l'utérus était un animal logé dans la femme, animal qui désire ardemment engendrer des enfants. Quand on ne lui donne pas une suffisante satisfaction, il s'indigne, parcourant le corps en tout sens, et donne lieu à toute espèce de malaises et de maladies. Cette théorie s'est souvent transformée, mais elle reparaît avec des modifications, à notre siècle, chez Louyer-Yillermay et Landouzy.
L'hystérie se retrouve dans tous les siècles, dans les grandes névroses épidémiques dont nous avons parlé. Les travaux se sont accumulés sur cette maladie d'une manière extraordinaire ".
Étiologie. — Sexe. — Avec la théorie ancienne, les femmes pouvaient évidemment seules être atteintes d'hystérie. Cette opinion doit être aujourd'hui abandonnée.
Ch. Lepois déjà, et surtout Briquet, ont bien mis en lumière l'existence de l'hystérie chez l'homme. Aussilloux en a récemment publié une nouvelle observation fort intéressante ^
' « La dénnition de l'hystérie, dit Lasègue, n'a Jamais été donnée et ue le sera jamais. « Arch. méd.. juin 1878.)
- Voy. Dubois: Hist. philosoph. de l' hypochondrie et de l'hysl. -, Paris.
•' Montpellier médicaL 1876. — Voy. sur le même sujet : Foet ; Gaz. hebd., 1874, 50. — Favre ; Ann. inéd.-psychol. . mai 1875. — Petit: Th. Paris, 1875, 261. — Bonnemaisoii; Arch. de méd.. juin 1875. — Martin: France médic. 1877. pag. 705. — Lombard-. Gaz. méd., 1876. 16.
Cependant la fréquence en est incontestablement beaucoup moindre cbez l'bomme que chez la femme, dans une proportion de 1 sur 20 d'après Briquet. Ce n'est pas même assez dire. L'hystérie chez l'homme est une exception. Briquet admet que la moitié au moins des femmes est hystérique ou très-impressionnable ; un cinquième aurait des attaques.
Age. — L'hystérie peut s'observer chez les petites filles et même chez les petits garçons (Briquet, Rosenthal). Mais cependant c'est à la puberté que se développent le plus grand nombre de cas. Plus de la moitié des faits relevés par Briquet avaient pris naissance de 10 à 20 ans. La maladie est encore fréquente de 20 à 30; elle devient rare plus tard et exceptionnelle après la ménopause.
Hystérie (suite).
Hystérie. — Étiologie (suite) : Hérédité, coastitution, éducation, professions, continence, état des organes génitaux, états généraux, dialhèses. Causes occasionnelles. — Symptomatotogie : Début. I. Troubles de motilité. 1. Convulsions et contractures : A. Convulsions générales ; attaque. Prodromes, aura, cris, chute, perte de connaissance, convulsions ; crise et terminaison de l'attaque. Hystéro-épilepsie : rapports de l'hystérie et de 1 epilepsie.
Nous avons vu, Messieurs, l'influence considérable du sexe et de l'âge au point de vue de l'étiologie de l'hystérie. Celle de V hérédité n' est ^^Sis moindre.
Pour s'en rendre compte, Briquet a dressé des tableaux d'où il résulte que les hystériques ont 25 p. 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d'aS'ections de l'encéphale, tandis que les sujets non hystériques n'ont que 2 1/8 p. 100 de ces parents. La moitié des mères hystériques donne naissance à des hystériques, et une fille qui naît d'une mère hystérique a une chance contre trois de devenir hystérique.
Je ne suis certes pas fanatique des statistiques, qui donnent souvent les résultats les plus étranges ; mais, dans l'espèce, il me semble que ces chiffres sont une image frappante et assez nette de l'hérédité.
D'après Amann, on trouve des dispositions héréditaires chez 76 p. 100 d'hystériques. — ^ Les parents peuvent du reste intervenir à divers titres ; ils peuvent léguer le nervosisme ou bien léguer les diathèses que ce nervosisme exprime. On a remarqué aussi que les parents âgés ont des enfants disposés à l'hystérie, comme à d'autres névroses du reste.
Il n'y a pas, d'après Bricjiiet, de constitution physique spéciale aux hystériques, pas de signes extérieurs constants et prédominants, quoi qu'on en ait dit. La prédisposition à l'hystérie consisterait principalement dans l'état moral et se résume dans la facilité qu'a la femme d'être impressionnée péniblement, sans que le degré de l'intelligence joue un rôle quelconque.
La loAitiule et les climats paraissent sans influence.
Les diiïérences constatées entre les divers pays viennent plutôt des différences de mœurs et de genre de vie.
L'influence ^qI^u position sociale serait également nulle. d'après Briquet : l'hystérie frappe les pauvres comme les riches.
Mais la naissance et l'éducation dans les grandes villes disposent beaucoup plus que la vie à la campagne.
Le mode à.^éclucation a une influence incontestable, soit en rendant le système nerveux trop impressionnable, soit en multipliant les occasions d'impression. Les passions, les affections morales vives, contribuent puissamment au développement de l'hystérie.
Au point de ymq des professions, on a beaucoup dit que l'hystérie est fréquente dans les couvents, dans la vie religieuse. Il y a du vrai ; mais ce n'est pas dû à la continence. Briquet a montré que ce n'est pas dans les ordres actifs, de charité ou d'enseignement, que i'hystérie est fréquente; c'est dans les ordres contemplatifs, mystiques. La continence est cependant la même de part et d'autre.
De plus, la maladie est fréquente chez les domestiques et les omTières de Paris, et fréquente même chez les filles publiques. Sur 199 femmes publiques. Briquet trouve 106 hystériques, 28 impressionnables, et 65 non hystériques.
D'autre part, les veuves ne sont pas plus exposées que les autres à l'hvstérie, et la satisfaction des besoins sexuels ne met nullement à l'abri de cette névrose. On peut dire que Briquet a complètement renversé l'ancienne opinion qui attribuait l'hystérie à la continence. — Ce sont là des
554 TUENTE-SIXIÉME LEÇOX.
propositions dont nous comprendrons toute l'importance pratique à propos du traitement.
Nous sommes ainsi conduit à étudier la grande question des rapports entre Thystérie et l'état physiologique ou pathologique des organes génitauœ.
Les anciens mettaient la maladie sur le compte de l'utérus, mais pas de l'utérus malade, anatomiquement altéré. C'était l'utérus non satisfait, fonctionnellement troublé, mais pas lésé. L'École anatomo-pathologique, surtout à partir de Broussais, a matérialisé cette théorie et fait de l'hystérie une dépendance des maladies de Tutérus. Plus tard on y a joint, avec Négrier et Schutzenberger, les maladies de l'ovaire et puis les maladies de tout l'appareil génital.
C'est une exagération manifeste de voir là l'unique étiologie de l'hystérie. Suivant diverses statistiques, on trouve l/5j 1/4 ou même 1/3 des hystériques sans aucune lésion de ces organes.
Cependant il y a là une action pathogénique vraie. D'abord ce sont des maladies longues, qui, par l'anémie et les souffrances qu'elles entraînent, disposent déjà à l'hystérie. Mais de plus il y a une relation particulière. Les phénomènes qui accompagnent la menstruation et la grossesse chez certaines femmes ressemblent du reste beaucoup aux symptômes hystériques.
Il faut remarquer seulement que les lésions profondes de l'utérus, comme le cancer, entraînent moins souvent l'hystérie que des lésions superficielles, et surtout de simples déplacements.
Dans la même catégorie de causes, nous mettons l'onanisme, qui a été noté chez quelques femmes (Rosenthal) et chez presque tous les hommes atteints d'hystérie.
La grossesse, l'accouchement, les suites de couches, ont aussi une certaine influence sur le développement de la maladie. De même pour les troubles de menstruation, qui sont quelquefois secondaires, mais peuvent aussi être cause.
En dehors de ces maladies locales, les états génércmx peuvent aussi produire Thystérie, Ainsi, l'anémie, la chlorose, jouent souvent un rôle pathogénique considérable. On trouve des- cUathèses dans un certain nombre de cas, et on les trouverait plus souvent si on les cherchait mieux.
Ainsi, on parle souvent d'hystérie chez des enfants de phthisique ; c'est vrai. L'hystérie est, chez ces sujets, la manifestation de la diathèse tuberculeuse héréditaire, et on voit des cas dans lesquels cette diathèse, d'abord uniquement manifestée par ces phénomènes nerveux, se révèle plus tard par les lésions classiques du poumon ; et, à ce moment même, on voit souvent l'hystérie s'atténuer et disparaître. De même pour les autres diathèses, le rhumatisme notamment.
On a vu aussi l'hystérie se développer dans la convalescence de la fièvre typhoïde, de la variole, de la pneumonie, de la fièvre intermittente.
Toutes ces causes ne représentent pas seulement des conditions prédisposantes, comme les appelle Briquet. Certains de ces éléments étiologiques, comme les diathèses, constituent le fond même de la maladie; d'autres, comme l'âge, le sexe, etc., déterminent la forme nerveuse de la maladie. Il reste à envisager maintenant les causes qui font apparaître l'hystérie elle-même, en déterminent l'explosion: causes occasionnelles ou déterminantes.
Nous trouvons ici la débilitation produite par diverses maladies générales ou locales, surtout celles de l'appareil génital. Mais très-souvent on rencontre des impressions trop vives ou douloureuses, chagrins, contrariétés, frayeur, revers de fortune, mauvais traitements; ou bien des impressions sensorielles pénibles, désagréables, sur la vue, l'odorat, l'ouïe, etc., etc.
Enfin, il ne faut pas oublier V imitation, la contagion nerveuse, l'influence épidémique.
Tout le monde connaît les faits de Harlem, arrêtés par Boerhaave. Bailly raconte qu'un jour de première com-
munion, à Fëglise Saint-Roch, une jeune fille fut prise tout à coup de convulsions hystériques pendant la messe ; dans l'espace d'une demi-heure , 50 à 60 femmes eurent des convulsions semblables.
Symptomatologie. — La description symptomatique de l'hystérie présente des difficultés énormes. Chaque cas a en effet son allure spéciale. Il y a cependant des traits communs assez fixes, sur lesquels nous devrons insister.
Le début de la maladie se ferait, d'après Briquet, suivant trois types : 1 . Quand l'hystérie se développe chez un sujet jeune, l'enfant devient impressionnable, irritable; à la moindre émotion, il étouffe, suffoque, sanglotte; il a des palpitations, de l'agitation et des tremblements. Plus tard surviennent les migraines et la céphalalgie ; l'appétit devient capricieux et la digestion pénible. Les phénomènes douloureux s'accentuent à l'épigastre, entre les épaules, etc., etc. — 2. Le début peut être également progressif chez la femme adulte. On observe alors des troubles variés du côté de la tète ou du ventre, se transformant peu à peu en véritables phénomènes hystériques. — 3. Enfin, dans un tiers des cas environ, les prodromes manquent complètement et le début se fait par une attaque hystérique, avec convulsions et perte complète de connaissance.
Si nous voulons maintenant analyser les symptômes de la maladie confirmée, il faut reconnaître tout d'abord que l'hvstérie est une névrose du svstème nerveux tout entier. Nous diviserons donc les symptômes comme on divise ordinairement les fonctions du système nerveux, et nous passerons successivement eu revue ce qui a trait : 1 . à la motihté; 2. à la sensibilité; 3. à la circulation, aux sécrétions et à la nutrition ; 4. à la vie psychique.
I. La motilité peut être altérée par excès ou par défaut ; il faut envisager séparément les convulsions ou contractures et les paralysies.
1. Co7ivulsions et contractures. — Les convulsions peuvent être générales ou partielles. Nous décrirons d'abord les convulsions générales, l'attaque d'hystérie.
A. li' attaque est le phénomène capital de l'hystérie comme symptôme et comme valeur diagnostique ; mais ce n'est pas le signe le plus fréquent de cette névrose.
Il ne faut pas croire en eiîet que toutes les hystéries se manifestent par des attaques. Loin de là : Briquet, se basant sur 430 observations, pose en principe que la moitié des femmes atteintes de cette névrose n'ont pas d'attaques. Et cela est vrai surtout des femmes du monde, qui ont le plus souvent l'hystérie non convulsive.
L'attaque peut être un phénomène du début, sinon elle survient dans la première ou au plus dans la deuxième année. Ces données sont cependant très-approximatives, parce que le début est difficile à préciser chez les femmes nerveuses.
Elle survient quelquefois sans cause appréciable ; dans d'autres cas, elle a pour point de départ une excitation sensible quelconque, en particulier des organes génitaux : toucher vaginal , examen , compression du ventre , etc. Le plus souvent il y a eu une impression psychique : conscience d'être observée, désir d'attirer l'attention sur soi, vue de plusieurs personnes l'observant et l'interrogeant, émotions vives, peine ou joie, colère, etc. L'époque de la menstruation, la vue d'une autre attaque, peuvent aussi provoquer les convulsions.
Les jpro(irome5 peuvent manquer. Ils peuvent aussi durer quelques heures et même quelques jours.
Ils consistent en un malaise indéfinissable : inquiétude, impatience, impossibilité de faire un travail continu ou de rester en place. La femme pleure et rit sans causes, malgré elle. L'appétit et la digestion sont troublés ; il y a des bâillements, des soupirs, delà douleur et de la constriction épigastriques. Le malaise est tel quelquefois que la femme désire l'attaque , qui lui rend une santé plus complète.
L'attaque commence souvent par une sorte d'aura à point de départ variable.
Pour les anciens, depuis Hippocrate jusqu'à Gh. Lepois, le point de départ unique et constant était dans l'utérus. Récamier a cru sentir par le toucher, pendant la convulsion hystérique, des contractions vermiculaires que personne n'a retrouvées depuis. Le plus souvent, d'après Briquet, le point de départ serait à l'épigastre ; il y a là tout de suite un sentiment de constriction ou de chaleur
brûlante.
Gharcot a insisté sur les faits dans lesquels l'aura part
d'un ovaire, ou tout au moins de la région ovarienne dans
une fosse iliaque. Ici encore, du reste, la douleur gagne
rapidement le creux épigastrique, qui est le premier nœud
de l'aura (Piorry).
Dans des cas rares (31 fois sur 221, d'après Briquet), laura part des membres, des extrémités ou de la totalité des membres inférieurs ou supérieurs, quelquefois d'un seul membre. Chez ces malades, la sensation gagne le tronc, puis le creux épigastrique : la constriction épigastrique est ainsi toujours produite, quoique tardivement.
Enfin, dans quelques cas, le début se fait par une période déjà plus avancée de l'aura : la malade éprouve d'emblée la sensation de strangulation, ou même les troubles céphaliques : céphalalgie, vertiges, étourdissement ; et tout de suite après survient la perte de connaissance.
Dans les faits ordinaires qui ne rentrent pas dans cette dernière catégorie, la constriction épigastrique est immédiatement suivie de la sensation de boule, qui est comme le second nœud de l'aura. Une sorte de globe monte en quelques secondes ou en quelques minutes, de l'épigastre au bord supérieur du sternum et plus souvent jusqu'au larynx, où il s'arrête et produit une sensation d'étranglement, d'étouffement, qui persiste quelque temps, à en juger par les mouvements de la malade, qui cherche à s'en débarrasser pendant l'attaque elle-même.
En même temps commencent les palpitations, qui continuent pendant l'attaque, en augmentant même d'intensité. Seulement les malades en ont maintenant conscience.
Très-souvent enfin, l'aura aboutit à des phénomènes plus élevés, céphaliques, décrits par Gharcot : sifflements comparables au sifflet du chemin de fer, dans les oreilles et spécialement dans l'oreille correspondante à l'ovaire point de départ ; sensation de coup de marteau sur la région temporale de ce côté ; enfin obnubilation marquée de la vue, toujours du même côté. — Ces phénomènes peuvent même quelquefois se produire d'emblée : c'est l'aura céphalique de Bernutz.
En somme, vous voyez qu'il y a un type d'aura complète et divers autres types incomplets formés par la suppression d'un ou plusieurs stades du début de cette aura. L'aura complète comprend : l'ovaire, le creux épigastique, la boule et la tête (Gharcot). Supprimez le premier temps à l'ovaire : vous avez le type à point de départ épigastrique (Briquet, Bernutz) . Supprimez enfin le creux épigastrique et la boule, et vous avez les cas à aura céphalique (Bernutz).
Au moment de la strangulation , souvent la malade pousse un ou plusieurs cris qui annoncent la perte de connaissance. Ges cris sont très-différents du cri isolé, rauque, sinistre (comme dit Bernutz) de l'épileptique. — Ils se prolongent quelquefois tout le temps de l'attaque et ressemblent plutôt aux cris de soufi'rance d'un opéré.
Alors la malade tombe. La c/m^enese fait pas n'importe où, comme dans l'épilepsie. Aussi est-il très-rare que la femme se fasse mal ou se brûle en tombant contre une pierre ou dans le feu. G'est là un caractère vrai de Thystérie; il faudrait se garder de conclure de là à la simulation dans un cas donné. C'est la conséquence de la conservation de connaissance pendant tout le début de l'attaque et du pressentiment qu'ont les hystériques de l'imminence de l'attaque.
A partir de ce moment, la malade est dans un état apparent de perte de connaissance complète. Elle ne sent plus
rien, ne répond rien, ne peut plus agir spontanément. Mais ici il faut nécessairement distinguer les cas légers et les cas graves.
Dans les premiers, la perte de connaissance n'est qu'apparente. La malade voit et surtout entend tout ce qui se passe autour d'elle, sans pouvoir réagir ni le manifester ; mais elle se rappelle ensuite tout ce qui ce passe pendant l'accès. D'où ce précepte, généralement donné, de ne jamais rien dire, pendant une attaque d'hystérie, que l'on veuille cacher à la patiente.
Dans certains cas bénins, il serait même possible à quelques malades de mettre fin à leur accès sous l'influence d'une violente émotion, d'une secousse puissante, à la seule vue d'un seau d'eau ou d'un arrosoir qu'on leur destine.
Mais ce caractère n'est pas absolu, et dans les cas graves la perte de connaissance est tout aussi complète que dans l'épilepsie. La malade ne se rappelle plus rien de ce qui se passe autour d'elle ou en elle.
A ce moment, la suffocation est à son maximum et l'aspect général exprime cette dyspnée, qui peut aller jusqu'à la menace d'asphyxie. La figure est vultueuse, injectée; elle garde cependant son expression habituelle, et en cela elle diffère du faciès de l'épileptique, qui a un aspect particulièrement repoussant. Le cou est tuméfié, les carotides battent violemment; les veines cervicales sont gonflées, distendues.
Ces phénomènes sont si intenses que quelques observateurs, Marshal Hall notamment, ont voulu attribuer les convulsions ultérieures au spasme laryngé lui-même. Partant de cette idée, on a même fait en Angleterre des trachéotomies qui n'ont pas empêché les convulsions.
Briquet avait déjà observé une femme précédemment trachéotoraisée pour un œdème de la glotte, et qui avait des attaques malgré sa canule. Bernutz ajoute contre la théorie de Marshal Hall les cas où toute l'attaque est constituée par des crises d'oppression extrême, des menaces d'asphyxie, sans convulsions d"aucune sorte.
Cette phase est du reste en général très-courte, et bientôt surviennent les convulsions. Deux caractères très-importants de ces convulsions sont : la grande étendue des mouvements et le désordre de leur succession .
L'étendue des mouvements est très-considérable : ce sont des convulsions cloniques ddiiis toute la force du terme. La malade déplace ses membres et la totalité de son corps dans le lit par une série de mouvements désordonnés, qui pris individuellement ressemblent aux mouvements physiologiques, tandis que les secousses de l'épilepsie ou de l'éclampsie ne ressemblent à rien de physiologique.
L'irrégularité de succession est extrême : la flexion succède à l'extension, et inversement, sans ordre, passant d'un membre à Tautre, etc. Bernutz compare avec raison cet état à une lutte suscitée par la souffrance, la souffrance paraissant être au gosier. L'ennemi, la cause de tout le mal est là, et beaucoup de mouvements semblent combinés pour entraîner et chasser ce globe gênant.
La figure reste en général indemne, assez calme, et ne grimace pas.
Bientôt les mouvements deviennent moins étendus, moins désordonnés; la face est moins turgide, l'oppression diminue. On pense que tout va rentrer dans l'ordre et que la malade va reprendre connaissance; c'est ce qui arrive souvent en effet. Mais d'autres fois, sous l'influence d'une cause insignifiante ou sans cause, un nouveau cri se fait entendre, et un nouvel accès se développe : il peut y en avoir deux, trois et même plus, avant la fin totale de la crise.
Quand l'accès touche réellement à sa terminaison, la malade peut reprendre directement connaissance après les convulsions, et tout est fini. Mais souvent aussi il y a une période intermédiaire intéressante.
La face s'anime et reflète diverses expressions; les yeux eux-mêmes interviennent dans le jeu de la physionomie, et vous reconnaissez le tableau d'une femme qui a des
hallucinations. Ainsi, vous verrez se produire toute la mimique de la peur : yeux hagards, grands ouverts et fixes, regardant dans le vide et semblant fixer un objet qui fascine et effraie la patiente. Puis ce sera la colère. Souvent c'est la volupté : expression de figure, inclinaison des yeux portés en haut et en dedans, à moitié cachés sous la paupière supérieure ; spasme cynique, projection du bassin en avant. — Beaucoup d'auteurs anciens avaient même avancé qu'il y avait alors, à la fin de l'accès, une sécrétion abondante de mucus vaginal. La chose est difiicile à contrôler; Bernutz l'aurait constatée une fois.
Enfin ces diverses expressions s'effacent, les yeux se remplissent de larmes et la malade éclate en sanglots. C'est la crise après laquelle la connaissance revient entière.
Chez d'autres, c'est le rire qui termine la scène, rire fou, nerveux, convulsif. Il s'accompagne souvent d'un demi-délire, quelquefois incohérent et inintelligible, mais d'autres fois très-imagé et à certains moments indiscret et compromettant. C'est à cette période qu'une malade de l'hôpital Saint-Éloi chantait des airs d'opérette qu'elle n'aurait pas avoué connaître dans l'intervalle de ses crises.
Voilà l'attaque ordinaire, dans laquelle toutes les phases sont représentées. Il est bien entendu que dans chaque cas particulier telle ou telle phase peut manquer; c'est même la règle.
Nous devons maintenant décrire à part une autre forme d'attaque, avec prédominance des convulsions toniques, qui représentent en grande partie l'épilepsie vraie.
Certains auteurs voient dans l'hystéro-épilepsie une maladie particulière, sorte d'hybride de l'épilepsie et de l'hystérie. Pour Charcot, au contraire, c'est une forme de l'hystérie vraie : hystérie épileptiforme. C'est à ce dernier titre que son étude doit être faite ici.
L'épilepsie et l'hystérie peuvent bien se superposer chez
le même sujet ; seulement alors les crises des deux névroses sont distinctes. On peut en général discerner ce qui appartient à l'une et ce qui appartient à l'autre, non-seulement comme attaque, mais comme début et terminaison.
Un cas de Landouzy, cité par Briquet, est spécialement remarquable à ce point de \Tie. Une jeune femme, épileptique depuis son enfance, se marie à dix-buit ans, dissimulant sa maladie. La révélation de cette triste névrose entraine dans le ménage des inquiétudes morales de tout ordre; l'bystérie se superpose alors àl'épilepsie. Les deux maladies évoluent en même temps, mais d'une manière distincte. Plus tard une grossesse ramène la paix entre les époux : l'bystérie disparaît , mais Tépilepsie reste.
Yous voyez comment les deux névroses se superposent et coïncident cbez le même sujet, tout en restant distinctes. C'est presque comme une pneumonie se déclarant cbez un épilep tique ou une fracture de jambe évoluant cbez un tuberculeux.
Ce n'est pas de ces faits-là que nous devons nous occuper ici, mais des formes mixtes, de ce que l'on appelle rbystéro-épilepsie ou bystérie épileptiforme, de la maladie des femmes qui ont ce que l'on appelle à la Salpêtrière des attaques-accès.
Hystérie (suite).
Hystérie. — Syjnptomatologie (suite) : Attaque d'hystéro-épilepsie. Autres formes d'attaque (catalepsie, syncope, extase, sommeil, etc.). —
B. Convulsions partielles : «.Tube digestif (boule hystérique, vomissements, borborygmes ) ; |3- Appareil respiratoire (troubles vocaux, asthme, rires, toux) ; y. Appareil circulatoire (palpitations) ; 5. Appareil génito-urinaire ; s. Muscles striés (chorée rhythmique, tremblement). —
C. Contractures ; formes hémiplégique , paraplégique et généralisée.
Après avoir décrit l'attaque d'hystérie ordinaire, nous avons dit, Messieurs, qu'il y avait une autre forme d'accès simulant l'épilepsie, l'hystéro-épilepsie, qui serait mieux appelée, d'après les idées de Gtiarcot, l'hystérie épileptiforme.
En général, l'hystérie ne devient pas épileptiforme ; le plus souvent elle l'est d'emblée dès la première attaque.
La crise commence ordinairement par une aura qui est l'aura hystérique décrite. Puis survient la première phase de l'attaque, qui est la plus épilep tique ; elle est franchement tonique : cri subit, pâleur extrême, chute, perte de connaissance , distorsion des traits de la physionomie , puis rigidité tonique de tous les membres, tels en sont les éléments principaux. On peut aussi voir, ici comme dans l'épilepsie, de petites secousses, des convulsions cloniques régulières, rhythmiques, prédominant dans un côté. Mais la face est congestionnée, violette ; la bouche est remplie d'écume quelquefois sanguinolente (à cause de la morsure de la langue et des lèvres). Enfin, souvent après tout cela surviennent le relâchement musculaire, le coma et la respiration stertoreuse.
Riclier et Regnard * ont représenté cette phase graphiquement. En appliquant le tambour enregistreur du myographe sur les muscles de la partie antérieure de l'avantbras, on distingue facilement trois phases : la première ( tonique ) est marquée par 'une ligne ascendante diversement ondulée et suivie d'un plateau qui répond au maximum de contraction du muscle ; la deuxième ( clonique ) est représentée par une sorte de dentelure d'abord trèsfine; peu à peu les dents augmentent d'étendue à mesure que la courbe descend vers la résolution ; enfin, dans la troisième (de résolution ou de sommeil stertoreux), le muscle, complètement relâché, est sans mouvements, et 'l'aiguille du myographe trace une ligne droite.
Telle est la période épileptique de la grande attaque hystéro-épileptique, qui est faite sur le modèle de l'attaque d'épilepsie vraie.
La deuxième période de l'attaque est ensuite franchement hystérique. Les mouvements prennent une grande étendue et portent sur tous les muscles des membres et delà face, avec un caractère intentionnel plus ou moins marqué.
C'est la période que Gharcot appelle période des contorsions. «La malade s'asseoit sur son lit et se rejette brusquement en arrière, et cela à plusieurs reprises successives avec une violence inouïe ; d'autre part elle se plie en forme de pont, en prenant ses points d'appui seulement sur la tête et sur les pieds. Enfin, dans cette période, la malade prend les poses les plus excentriques, les plus grotesques, si bien qu'on pourrait l'appeler la période du clownisme. Si on la réveille en ce moment, elle entre en délire et commence à vous raconter son histoire, toujours la même.
»La troisième période est celle des attitudes passionnelles. Le regard devient fixe et exprime tantôt la crainte,
^ Soc. de, Biol, 13 juillet 1878. —Gaz. hebd., 1878, 30.
566 TRI'NTE-SEPTIi: lE LEÇOX.
tantôt la joie, tantôt le cynisme le plus accentué ; c'est dans cette période que la malade décrit des scènes d'amour, . voit des fleurs, entend de la musique ; puis, passant à des idées plus sombres, raconte une scène d'assassinat, voit un ennemi, voit du sang, etc.
» La quatrième période est celle que Charcot a appelée post-hystéro-épileptique ou période des hallucinations , période pendant laquelle la malade voit des animaux, le plus souvent des rats, des serpents, des vipères, en général des animaux noirs. Puis tout est fini, à moins qu'une nouvelle attaque ne recommence avec les mêmes phases ' . »
Ces diverses phases s'enchevêtrent souvent, et l'une ou l'autre prédomine suivant les cas.
Pour démontrer que ces faits appartiennent à l'hystérie et non àl'épilepsie, Charcot fait remarquer d'abord que les convulsions toniques ne sont pas exceptionnelles dans l'hystérie. Briquet avait déjà observé des cas avec raideur semi-tétanique qui peuvent servir de transition. Wyet vient même de rapporter l'histoire d'une malade chez laquelle les attaques simulaient le tétanos et l'empoisonnement par la strychnine^.
Déplus, dans ces hystéro-épiiepsies, on ne constate jamais de petit mal, de vertiges; la compression de l'ovaire ou le passage d'un courant électrique de la tête aux pieds arrête ou modifie l'attaque; il n'y a jamais d'obnubilaLion de l'intelligence et de démence ; la température, si elle est élevée pendant l'attaque, ne reste jamais élevée pendant l'état de mal.
Nous reviendrons du reste sur tous ces caractères. La question importante à retenir pour le moment, c'est que ces cas appartiennent à l'hystérie et ont le pronostic de l'hystérie; ce qui est capital.
En dehors de ces deux types (l'attaque ordinaire et l'at-
' Gaz. hchd., 1878, pag. 477.
■^ Rev. se. méd., XII, 179.
taque épileptiforme ) , qui sont les plus fréquents, il y a d'autres formes d'accès. — Ainsi, on connaît la forme cataleptique, sur laquelle nous n'avons pas à insister et que nous avons décrite; la forme syncojMle, qui n'est du reste pas très-fréquente (Briquet l'a trouvée dans 11 cas sur 400). Quelquefois la syncope constitue toute l'attaque : la malade reste sans connaissance, pâle et inanimée; après une crise de quelques minutes, surviennent les sanglots et les pleurs; ou bien il y a retour simple de la connaissance; chez d'autres, la syncope est la terminaison d'une attaque ordinaire.
Les attaques à' extase sont une sorte de variété de la catalepsie. On observe aussi des accès de somnambulisme qui peuvent alterner avec des attaques convulsives. Si l'on réveille le sujet pendant une crise de somnambulisme , elle peut avoir un accès convulsif. — Il y a encore des attaques de sommeil^ de coma ou de léthargie. Le sommeil survient en général d'emblée ; nous en citerons une remarquable observation du D"" Armaingaud, à propos des troubles vaso-moteurs. Le coma termine le plus souvent l'attaque convulsive ordinaire. Les livres sont remplis d'histoires de mort apparente simulée par des léthargies, de résurrections survenant même quelquefois seulement au second coup de rasoir de l'autopsie, comme cela arriva à Vésale, d'après Ambroise Paré.
Nous n'insisterons pas sur ces formes rares, qui sont faciles à concevoir.
B. Convulsions partielles . — Nous devons les envisager successivement dans les divers grands appareils.
a. Du côté du tuhe digestif., nous trouvons d'abord la sensation de houle, qui est produite par la convulsion certainement la plus fréquente de tout cet appareil.
Ce phénomène manque chez peu d'hystériques. Briquet l'a trouvé 370 fois sur 400. Il varie seulement de forme et de fréquence.
568 thente-septijIme leçox.
Quand il est complet, la malade sent une boule qui monte du creux épigastrique au gosier, et là s'arrête, serre la gorge et produit une sensation pénible de constriction , de strangulation. Quelquefois le phénomène de la strangulation se produit seul et d'emblée: la malade éprouve un étouffement, un serrement, comme on le ressent dans les émotions vives, quand on a peur. — En dehors même de l'hystérie, cette constriction à la gorge est un phénomène nerveux très-fréquent. C'est un des éléments principaux du trac des acteurs, des examens et des concours.
Il y a du reste divers degrés dans cette constriction : 1. c'est une sensation de corps étranger avalé et immobilisé dans le pharynx, que l'on ne peut faire ni monter ni descendre; 2. c'est une sensation de doigts ou de cordon serrant le cou; 3. c'est une strangulation complète avec impossibilité de déglutir.
Quelquefois il y a même une sorte d'horreur pour les liquides. Chez une malade de Landouzy, une mie de pain dans un verre d'eau produisait des convulsions terribles. Quelques patientes ne peuvent pas boire du tout ; d'autres, au contraire, ne peuvent vaincre le spasme qu'à force de boire. Une malade de Sauvages était obligée, à chaque morceau qu'elle avalait, de boire un verre d'eau; pour ne pas montrer cette infirmité, elle fut réduite à manger seule pendant plus d'un an.
Hippocrate et tous les anciens, sauf Galien, jusqu'à Fernel, au xvi" siècle, attribuaient le phénomène de la boule à l'ascension de l'utérus. Ce symptôme est essentiellement produit par des contractions péristaltiques de l'œsophage se faisant de bas en haut et par une contraction circulaire consécutive du pharynx, en même temps qu'un spasme du larynx.
En descendant dans le tube digestif, nous trouvons comme convulsions partielles, du côté de l'estomac: les vomissements. (Nous parlerons plus tard des vomissements, liés chez les hystériques à l'ischurie et à l'anurie. )
A un premier degré de convulsion, le vomissement ne se réalise pas; il y a simple contracture de l'estomac. La malade sent au creux épigastrique une sensation de contraction profonde; l'estomac se serre. Quelquefois c'est l'origine et le point de départ de la boule ; d'autres fois tout se borne là.
A un deuxième degré, le vomissement est complet. Le phénomène est quelquefois passager, plus souvent tenace , et peut durer des mois entiers. Et cependant on remarque une conservation relative de la nutrition, un certain degré de fraîcheur et d'embonpoint ; les forces déclinent un peu , mais l'aspect extérieur ne se modifie pas. Bernutz cite un exemple de cet ordre après quinze mois.
Quelquefois les vomissements sont incoercibles et se produisent après chaque repas. La défécation est supprimée. Il faut nourrir les malades par lavements.
Ici se pose une grosse question que beaucoup d'auteurs ont discutée, et que Briquet résout affirmativement : les aliments peuvent-ils franchir la valvule iléo-cœcale, et les malades peuvent-elles vomir ce qui est administré en lavements ?
La chose est fort difficile à décider, à cause de la simulation. Pour se rendre intéressantes et paraître extraordinaires, les malades peuvent se livrer à toutes sortes d'actes inimaginables. Ainsi, Jaccoud cite un fait de Nysten dans lequel la tromperie fut reconnue : la patiente avalait des boulettes de matières fécales qu'elle rendait ensuite.
Barthez a discuté la même question à propos de la passion iliaque. En tout cas, voici un fait de Briquet très- Gurieux à cause de la précision des détails et de la rigueur avec laquelle il paraît avoir été observé. Je vous le livre sans commentaires.
Une hystérique de 27 ans, dans un état de somnolence habituelle, prend du café et le vomit. On administre du café en lavement : après une demi-heure, elle éprouve du malaise, des coliques, des gargouillements, puis des nausées,
570 TRENTE-SEPTIÈME LEÇOX.
et elle finit par vomir le café (un tiers du lavement en\àron). Deux jours après, Texpérience est refaite tout entière devant Briquet, qui surveille: elle vomit le café. On varie alors l'épreuve. On ajoute beaucoup de magnésie au café : le café est vomi avec des traces de magnésie. Sans prévenir la malade, on lui donne un lavement avec de la teinture de tournesol bleue : douze minutes après, la teinture de tournesol était vomie et tournait au rouge. Enfin on donne un lavement d'eau salée : un quart d'heure après, la malade vomit un liquide où le nitrate d'argent révélait beaucoup de chlorures.
L'intestin peut aussi être le siège de convulsions successives : les faits précédents le prouvent déjà.
Les horhorygmes sont dus à un mélange de convulsions et de paralysies : pneumatose intestinale et cheminement bruyant de ces gaz. Certaines hystériques ont dans leur ventre un bruit considérable que l'on peut entendre de très-loin et qui constitue une grande curiosité. Souvent il y a aussi des éructations gazeuses.
D'autres fois des contractures circulaires se produisent en deux points de l'intestin, emprisonnant des gaz et des matières dans le segment interposé, qui forme une tumeur limitée, bizarre, pouvant se déplacer. Ge sont ces tumeurs en mouvement qui ont donné les sensations d'utérus en migration d'Hippocrate et de Fernel. Quelquefois elles s'accompagnent d'assez vives douleurs.
j3. Dans l'appareil respiratoire^ nous étudierons d'abord les troubles vocaux.
Les convulsions courtes des muscles du larynx et du thorax donnent lieu à une sorte de cri plus ou moins aigu. Quelquefois ces convulsions sont prolongées et avec une espèce de coordination, ce qui produit un cri soutenu particulier, simulant la voix de certains animaux : aboiement, hurlement des chiens, miaulement du chat, rugissements; glapissements, gloussement des poules, grognement du cochon, coassement des grenouilles.
L'apparition de ces cris est plus ou moins fréquente, quelquefois périodique et régulière.
L'imitation a ici une influence toute particulière. Une jeune fille hystérique avait un spasme respiratoire de cet ordre ; après quelques jours de séjour à la campagne, elle imitait l'aboiement des chiens de basse-cour. Itard raconte que dans un pensionnat, une jeune nlle poussait des cris avec soulèvement des épaules en entendant la cloche de l'établissement. Bientôt quelques autres élèves présentèrent le même phénomène. On les renvoya chez elles, où elles guérirent vite. La première fut guérie par l'humiliation qu'elle éprouvait à pousser des cris en public : on la mena dans des rues fréquentées et au milieu du monde.
Vous trouverez dans les auteurs l'histoire de plusieurs épidémies d'aboiements. Une jeune fille qui jappait comme un chien fit japper quatre de ses compagnes dans la même salle de l'Hôtel-Dieu. A Oxford, une épidémie d'aboiements débuta par deux familles dans lesquelles cinq sœurs furent affectées.
On observe encore des convulsions portant sur Vacte respiratoire même. Tel est l'asthme, asthma uteri des anciens ; tel est encore le hoquet, qui est souvent tout particulier et bruyant ; il peut même devenir gênant pour les personnes voisines ; on a noté des épidémies de hoquet et de vrais cas de contagion. Tels sont encore les éternuements et surtout les bâillements.
On a noté également les rires ou les pleurs, avec un caractère franchement convulsif et indépendamment de toute gaîté. HouUier cite les filles d'un président de Rouen qui étaient prises d'un fou rire qui durait une ou deux heures. Alors la mère et les parents arrivaient , et en les voyant ainsi se mettaient eux aussi à rire involontairement; mais bientôt ils s'arrêtaient, exhortaient les malades, les grondaient, les menaçaient. Le père pleurait ; rien n'y faisait : les jeunes filles riaient toujours et assuraient qu'elles ne pouvaient pas s'empêcher de rire.
Briquet a VU également une malade qui était prise d'accès de rire involontaire que le chagrin même n'empêchait pas; il lui arrivait souvent de rire quand elle avait envie de pleurer, et quelquefois elle riait et pleurait presque en même temps. Quoiqu'elle eût des sentiments pieux trèssérieux, elle était parfois prise de ce spasme inextinguible à l'église pendant les offices.
Je citerai enfin la toux hystérique, déjà bien décrite par Sydenham, de nouveau étudiée par beaucoup d'auteurs, Lasègue entre autres. Ce phénomène serait plus fréquent chez les jeunes filles que chez les femmes au-delà de 30 ans. Ce n'est jamais un phénomène primitif, on ne le rencontre guère que dans l'hystérie confirmée.
Elle est produite par des causes diverses : laryngite ou bronchite, suppression des règles, excitation respiratoire par une marche forcée , par un air chargé de fumée ; d'autres fois elle survient sans cause appréciable. — Elle constitue un symptôme très-fatigant, pénible, même pour les assistants. Quelquefois continue et incessante, elle ne donne de répit que la nuit. Elle survient le plus souvent par accès de plusieurs heures, souvent irréguliers, quelquefois périodiques.
La malade éprouve d'abord une titillation très-gênante à la gorge, un picotement; puis commence la toux avec un son aigre, très-aigu, toujours le même chez la même malade. Elle ne s'accompagne d'aucune expectoration, ne correspond à aucun signe d'auscultation, sauf quelquefois un peu de sibilance à l'expiration. — La toux cesse presque toujours la nuit : c'est là un caractère important.
Après un temps variable de quelques mois à un ou deux ans, la toux disparaît, quelquefois graduellement, le plus souvent brusquement, après une émotion, par exemple.
Le diagnostic est quelquefois difficile d'avec la phthisie au début. Comme le dit Bernutz, l'anémie est souvent profonde, elle entraîne des étouffements et des palpitations à la moindre fatigue; il y a des troubles dyspeptiques, des
points d'hyperesthésie dans la poitrine et le long du rachis, quelquefois même des accès de fièvre erratique. Les troubles menstruels pourront entraîner des hémoptysies complémentaires ou supplémentaires, et à ce moment on trouvera des râles sous-crépitants et de l'obscurité respiratoire sous la clavicule. Bernutz cite deux observations de cet ordre dans lesquelles on pouvait très-bien croire à la présence de tubercules.
y. Du côté de Vappareil circulatoire, les malades éprouvent des palpitations , survenant le plus souvent par crises qui peuvent se prolonger beaucoup. Les battements cardiaques peuvent s'élever à 120. 160 pulsations, souvent avec irrégularité. 11 n'y a rien en général à l'examen physique direct, sauf quelquefois un peu plus d'éclat dans les bruits.
Les contractions du cœur sont parfois très-fortes : la tête du médecin est soulevée. D'autres fois, au contraire, elles peuvent être très-faibles et donnent à l'auscultation une espèce de sensation comparable à celle d'une souris qui gratte dans sa cage. — Dans certains cas enfin, la malade éprouve des douleurs névralgiques concomitantes.
S. Certains phénomènes peuvent afi'ecter Vappareil génitourinaire. Ainsi, le spasme duco/i'é5ic<7J supprimera l'émission de l'urine ; c'est un état qu'il faut bien distinguer de l'ischurie par diminution de sécrétion : le cathétérisme jugera la question en faisant uriner la malade.
La vessie peut participer aux convulsions : pendant les crises, sous Tinfluence d'une émotion, l'urine s'échappe involontairement .
Les con^mlsions des uretères peuvent se produire douloureuses et simuler les coliques néphrétiques.
Les sphincters sont enfin parfois le siège des spasmes : la défécation et le toucher rectal deviennent impossibles. Un phénomène analogue du côté du vagin constitue le vaginisme.
£. Les muscles striés sont eux aussi, chez certaines
malades, le siège de convulsions partielles qui peuvent prendre la forme choréique ou la forme de tremblement. La, chorée a été constatée 21 fois sur 430 cas. Ce n'est pas en général la cliorée vulgaire, mais ordinairement une forme de cliorée rhythmique.
Quelquefois on observe des mouvements de flexion et d'extension du corps ; ce phénomène a été noté dans certaines épidémies. D'autresfois les malades présentent divers tics: clignotement, nystagmus, cliorée rotatoire, salut, mouvements incessants d'épaule au point d'user les vêtements. Le plus souvent de courte durée , ces mouvements peuvent se prolonger pendant des mois et même des années. Bernutz avance que dans ces cas la peau peut s'altérer par le frottement, et on voit des accidents généraux se développer. Tout peut aussi disparaître brusquement.
Bernutz cite une demoiselle dont le membre inférieur était le siège d'une convulsion régulière revenant trente fois par minute : c'était une flexion forcée suivie d'une extension brusque qui portait le pied contre le front, qu'on avait dû garnir de linges pour éviter les contusions. Cet état dura plusieurs mois, malgré toute espèce de traitements, et puis disparut brusquement un jour, après une émotion .
Gharcot a cité un fait analogue dans une récente leçon clinique sur la chorée rhythmique hystérique^
On voit, dit-il, « le tronc s'infléchir fortement sur le bassin, entraînant la tête, qui à son tour s'incline sur la poitrine, et il est un moment où le front ne s'éloigne guère de plus de 50 centimètres du genou droit, qui dans ce temps-là est dans l'extension forcée ; puis la tête et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire qui figure un demicercle parcouru tout à l'heure , en sens inverse, dans le mouvement de flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis l'occiput, retombent lourdement sur l'oreiller;
' Progr. médical, 1878, a" 6.
presque aussitôt ce mouvement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension, et ainsi de suite. On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition même et par son exagération. »
Chez d'autres hystériques, on observe du tremblement. Ce phénomène n'est jamais continu. Ce sont des accès très-faciles à provoquer, surtout chez les femmes à caractère craintif, et notamment chez celles qui ont été maltraitées dans leur jeunesse.
G. Contractures. — Pomme a parlé, le premier, du raccourcissement des extrémités dans la paralysie hystérique. Ces contractures ont été très-bien étudiées dans ces derniers temps par Charcot et ses élèves, notamment Bourneville et Voulet.
Ce n'est pas là un phénomène du début ; généralement il ne paraît que dans l'hystérie consommée, souvent après les paralysies et les anesthésies, et, dans ce cas, les contractures atteignent les membres paralysés, comme dans les lésions cérébrales.
Gn observe quelquefois des signes précurseurs dans le membre qui va se contracturer : fourmillements, engourdissement, crampes, sensations douloureuses, mais le plus souvent le début est absolument brusque. — Les accidents présentent du reste diverses formes cliniques : hémiplégique, paraplégique ou circonscrite.
Dans le type hémiplégique, le bras est le plus souvent en flexion , quelquefois mais plus rarement en extension. Dans ce dernier cas, il est rigide le long du corps. Ou encore, il est en extension et abduction ; la malade le porte derrière le dos en le tordant ; la torsion peut même aller au point de produire une luxation de l'épaule. Le membre inférieur est ordinairement en extension, avec pied bot varus équin, qui est le vrai pied bot hystérique , la face plantaire en dedans.
11 y a ensuite certaines formes exceptionnelles. Ainsi, Lasègue a vu les extrémités inférieures fléchies au point que les genoux venaient toucher le menton.
Dans le type paraplégique, le début se fait quelquefois par un membre, puis la contracture gagne l'autre. C'est le type complet de l'extension et de l'adduction extrêmes : les genoux se touchent et ne peuvent pas être séparés.
Enfin, la contracture peut envahir les quatre membres, toujours suivant les mêmes types.
Hystérie (suite).
Hystérie. — Symptomatologie (suite) : Contractures partielles; diverses espèces. Contractures péri-articulaires (coxalgie hystérique) ; début et terminaisons. — 2. Paralysies : début, siège, formes cliniques ; diverses espèces. — II. Troubles de sensibilité : 1. Hyperesthésies. a. Dermaigie ;
b. Hyperesthésie musculaires; a. Rachialgie. p. Gœiialgie; y. Céphalalgie.
c. Hyperesthésie viscérale (gastralgie, ovarie, etc.).
Nous avons déjà décrit, Messieurs, les diverses formes de contractures plus ou moins étendues que l'on rencontre chez les hystériques. Restent encore à étudier les contractures partielles qui peuvent affecter divers groupes musculaires.
Souvent provoquées par une excitation sensible plus ou moins énergique, elles peuvent alors être considérées comme des réflexes exagérés et permanents. Ainsi, une jeune fille hystérique reçoit en jouant un grain de sable dans l'œil droit : aussitôt survient une contracture de l'orbiculaire des paupières qui dure trois mois. Une autre malade se pique l'index avec une aiguille : le doigt reste fléchi en crochet pendant des mois ' . — Cette cause peut aussi manquer.
La contracture atteint quelquefois la moitié de la face et fait croire à une paralysie du côté opposé ; Moutard-Martin a relevé une erreur de ce genre. Landouzy a trouvé deux fois le trismus. Briquet a observé la contraction des muscles de la langue, qui devient raide, immobile, et se tient con-
1 Voy. aussi sur ce point : Charcot ; De l'influence des lésions traumatiques sur le développement des phénoinènes d'hystérie locale [Progr. méd., 1878, 18), et Lasègue ; Des hystéries périphériques {Arch. de méd., 1878, 6).
stamment hors de la bouche. Charcot a constaté une contracture simultanée de la langue et du voile du palais. Il y a aussi un torticolis hystérique. Boddaert, Charcot et d'autres ont décrit un pied Lot hystérique, pied bot varus équin isolé.
Galezowski a aussi observé quelquefois des contractures dans différents muscles de l'œil, entre autres dans l'orbiculaire ou dans les muscles droits externes ou internes du globe. La contracture peut, dans des cas tout à fait exceptionnels, atteindre les muscles de l'iris et ceux de l'accommodation, et amener par conséquent des modifications notables dans la nature de la vision ' .
Il faut faire une mention spéciale des contractures périarticulaires s'accompagnant de douleurs vives et simulant une tumeur blanche avec immobilité douloureuse de l'articulation. Ce symptôme, qui se présente surtout à la hanche et simule la coxalgie, a une grande importance clinique.
C'est Brodie qui sépara le premier des affections articulaires vraies, inflammatoires, un certain nombre d'arthropathies qu'il appela maladie articulaire hystérique. Les Anglais étudièrent de près ces faits, que Paget traita sous le nom de simulation nerveuse d'affections organiques. En France, on a surtout étudié la coxalgie hystérique, et Blum a nettement résumé dans sa Thèse d'agrégation (1875) rétat actuel de la question.
Ce sont de simples contractures musculaires douloureuses, simulant une vraie arthropathie ; elles appartiennent le plus souvent à l'hystérie confirmée et invétérée, à grandes attaques, à manifestations antérieures multiples. Le phénomène est rarement primitif.
Les articulations le plus souvent atteintes sont : la hanche surtout, puis le genou, la main, le pied et l'épaule.
Le début est souvent soudain. Après une ou plusieurs
1 Contracture hystérique de l'iris et du muscle accommodateur avec myopie consécutive. {Progr. médical, 1878, 3.)
crises, la contracture s'établit brusquement. D'autres fois la douleur comnaence au niveau de l'articulation, lancinante, pulsative, térébrante. Mais (et c'est là un caractère important) elle ne trouble jamais le sommeil et apparaît au réveil avec ur.e nouvelle intensité. Elle occupe habituellement le côté interne de l'articulation et se propage, le long du membre. Elle est souvent soulagée par une forte pression et exaspérée par une pression légère. La. peau est quelquefois byperesthésiée. La pression des surfaces articulaires l'une contre l'autre n'est pas douloureuse.
En même temps, l'articulation est immobilisée par les contractures: tout mouvement est impossible, volontaire ou communiqué; le membre rigide prend une attitude fixe. La longueur apparente du membre peut même sembler diminuée ,
Le chloroforme fait disparaître les contractures, mais celles-ci reparaissent dès que la malade revient à elle, et il est impossible de profiter du sommeil pour maintenir définitivement les membres redressés. Blum rapporte un fait de Le Fort très-curieux à ce point de vue.
Une malade présente une coxalgie hystérique; on la chloroformise et on applique pendant le sommeil un appareil plâtré laissant le pied libre ; au réveil, le pied se tord en varus exagéré. On applique un appareil plâtré tenant tout : le plâtre ne résiste pas à l'effort des muscles et une contracture nouvelle et semblable réapparaît. Un mois et demi après, nouvelle chloroformisation, redressement; on place la patiente dans une gouttière de Bonnet ; un mois après on enlève l'appareil: la contracture reparaît. Quelque temps plus tard, nouvel appareil plâtré renforcé par des bandes silicatées, toujours appliqué pendant la chloroformisation; l'appareil est enlevé deux mois après : la contracture se développe de nouveau. Un mois plus tard, nouvel appareil avec attelle métallique en T ; pas de déviation possible: la malade ressent de violentes douleurs
dans les muscles contractures. Un jour ces douleurs disparaissent tout d'un coup ; on enlève l'appareil quelque temps après : la contracture était guérie, sauf cependant le pied bot.
Voilà certes un résultat, tout heureux qu'il ait été, qui peut être considéré comme indépendant des appareils inamovibles.
Notons, en terminant la description de ces contractures périarticulaires, qu'il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni gonflement.
On peut encore observer des contractures du côté des muscles lisses : les spasmes déjà étudiés deviennent permanents dans l'œsophage, la vessie, etc. Les anciens admettaient même un ictère vaporeux par contracture du canal cholédoque.
Quand les contractures frappent les membres, elles s'accompagnent en général de trépidation épileptoïde, de ces phénomènes tendineux que Ton rencontre dans la sclérose latérale et que nous avons décrits l'an dernier'. La chose a été notée par Charcot, même dans des cas où les contractures ont ensuite totalement disparu sans laisser de traces.
Ces contractures peuvent durer très-longtemps, des mois et des années, quelquefois même presque indéfiniment. Mais le fait le plus remarquable de leur histoire est leur disparition subite, immédiate, qui survient, quelquefois sans raison apparente, après un temps vraiment énorme de durée. Pour mieux vous représenter la chose, je vous rappellerai comme type l'histoire d'une malade célèbre de Charcot, Etch. . .
La maladie débute à 34 ans par une attaque convulsive épileptiforme; les crises se succèdent à partir de ce moment. A 40 ans, apparaissent des phénomènes permanents, tels qu'ovarie et rétention d'urine. En octobre 18G8, début
1 Voy. notre premier volume, pag. 374.
d'hémiplégie. En 1869, la contracture se déclare au membre inférieur et envahit quelque temps après le membre supérieur. Au moment où Charcot faisait ses leçons, elle présentait une contracture hémiplégique type.
Le 21 mai 1875, elle avait toujours une contracture du membre inférieur droit et des membres du côté gauche, datant de six ans; depuis près d'un an s'y était jointe une contracture des mâchoires qui nécessitait l'emploi de la sonde œsophagienne. Il y avait en même temps d'autres phénomènes hystériques.
Le 22 mai, à 7 heures et quart du soir, survient une attaque avec contractures des muscles du cou à gauche, qui portent le menton derrière l'épaule de ce côté. La malade crie ; la contracture des mâchoires avait disparu. Elle s'agite; on cherche à la contenir : avec son bras devenu libre, elle repousse ceux qui la tiennent. Elle veut aller à la fenêtre pour avoir de l'air: comme on s'y oppose, sa colère augmente, et, sous cette influence, on voit cesser successivement la contracture de la jambe droite, puis celle de la jambe gauche, enfin celle du bras gauche. On laisse
Etch se lever; elle marche : à 8 heures, la guérison
était complète.
Charcot cite encore trois autres cas. Dans l'un, il y avait contracture d'un membre inférieur datant de quatre ans au moins; elle reçut une vive remontrance pour inconduite; on la menace de la chasser, tout disparaît. Chez la deuxième, la contracture d'un membre durant depuis plus de deux ans disparaît après une accusation de vol. Chez la troisième enfin, une contracture hémiplégique persistant depuis dix-huit mois disparaît après une vive contrariété.
Yous comprenez l'importance des ces faits au point de ^Tle pronostique.
2. Paralysies. — Hippocrate parle d'une jeune fille qui, à la suite d'une toux sans importance, eut une paraît, 37
lysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, sans troubles de la face ni de l'intelligence : elle guérit bientôt, en même temps que les règles apparaissaient. C'est là très-probablement un cas, déjà bien ancien, de paralysie hystérique.
On trouve une série de mentions de ce phénomène dans différents auteurs; puis il est oubhé. C'est Wilson, en 1839, et c'est ensuite Macario, en 1844, qui reprennent la question.
Il s'agit là, du reste, d'unsymptôme fréquent. Landouzy le trouve 40 fois dans 370 cas. Briquet 120 fois dans 430 cas; c'est donc chez plus du quart des hystériques qu'on le rencontrerait.
Beaucoup d'auteurs ( Landouzy, Macario, Gendrin, Leroy d'Étiolles ) ont cru que la paralysie se développe toujours après une attaque convulsive. Piorry a même voulu tirer de cette circonstance toute une théorie : il attribue la paralysie à la déperdition considérable d'influx nerveux qui se fait pendant les crises. La théorie et le fait même sur lequel elle veut s'appuyer sont également faux. On voit souvent la paralysie se produire en dehors de toute attaque.
Chez la moitié de ses malades, Briquet a vu la paralysie apparaître longtemps après les attaques, et quelquefois même sans aucune espèce d'attaque antérieure. J'ai vu récemment une jeune fille, dont je vous reparlerai, chez laquelle une paraplégie brachiale hystérique a débuté brusquement sans attaque convulsive d'aucune sorte. De plus, les femmes qui ont des attaques non con^iilsives ( léthargiques, comateuses, etc. ) sont aussi sujettes que les autres aux paralysies. La dépense nerveuse n'y est donc pour rien.
Les accidents se développent souvent après une aff"ection morale et brusque. Une hystérique, par exemple, reçoit à r improviste la nouvelle de la mort de sa mère ; à l'instant ses jambes tremblent, fléchissent sous elle : elle est para-
plégique. Une jeune fille monte le soir un escalier non éclairé : un homme déguisé se jette sur elle; dans son effroi, elle veut crier et se sauver; elle chancelle, tombe, et on la rapporte paralytique.
Quelquefois le phénomène est causé par une fatigue, une marche forcée. On le voit se développer chez les ouvrières mises en apprentissage forcé, chez des domestiques surmenées, chez les paysannes à l'époque des récoltes, etc. La jeune fille dont je vous parlais tout à l'heure et que j'ai observée, était modiste : elle passait des nuits et faisait de grands excès de travail pour nourrir sa famille pauvre ; elle ressentit tout d'un coup une douleur entre les épaules et fut paralysée des deux bras.
D'autres fois la paralysie apparaît en même temps qu'un autre phénomène hystérique disparaît brusquement.
Le début est brusque ou graduel. Dans le premier cas, les choses se passent comme dans l'hémorrhagie cérébrale, sauf la perte de connaissance, ou bien comme dans l'hémorrhagie de la moelle (c'est ce qui est arrivé chez notre malade). Si le début est au contraire graduel, la maladie s'annonce par des phénomènes de fourmillement, engourdissement, etc.
Une fois déclarée, la paralysie présente des degrés variables : 1. C'est un simple engourdissement : les membres sont lourds et moins mobiles ; 2. La contractilité musculaire est diminuée , ce qui abaisse la force et la justesse des mouvements ; 3. La faiblesse motrice, plus accentuée, permet encore les mouvements des jambes dans le lit, mais ne permet pas la marche d'une manière générale; les mouvements ne sont pas possibles avec un poids à déplacer ; 4 . Enfin la paralysie est complète ; ce dernier cas est rare. Briquet ne l'a constaté que huit ou dix fois.
Duchenne a posé ce principe que dans les paralysies hystériques la réaction électrique reste normale pour les deux espèces de courants. La proposition est vraie en général. Il y a quelques cas exceptionnels qui s'accompa-
gnent du reste d'atrophie, et dans lesquels on peut par suite supposer une lésion consécutive. La règle est évidemment la conservation de l'état électrique normal, même après des années.
Ces paralysies sont le plus souvent accompagnées d'anesthésie cutanée et même musculaire. Les malades ne sentent pas les contractions, même quand elles sont produites par l'électricité.
La paralysie apparaît, disparaît et reparaît, souvent sans cause apparente. Une malade de Briquet avait de ces alternatives très-fréquentes. Elle marchait, s'asseyait ; puis, sans cause, elle ne pouvait plus se lever. Elle restait paralysée de demi-heure à six mois, et puis, sans cause encore, tout disparaissait, pour reparaître un peu plus tard. La modiste que nous avons citée fut débarrassée de sa paralysie brachiale par une attaque convulsive; à l'époque menstruelle suivante , elle fut prise d'une paralysie dont elle fut ensuite débarrassée par l'émotion produite par une séance d'électrisation faradique.
Le siège de la paralysie peut aussi varier brusquement. Chez une femme, une hémiplégie gauche cesse; elle est remplacée par une hémiplégie droite. Chez d'autres, la paralysie affecte successivement le bras, la jambe, le larynx, le diaphragme, etc.
De là résultent diverses formes cliniques. La paralysie peut atteindre un côté de la face , mais c'est très-rare. Quelquefois elle frappe un membre ou une partie d'un membre, avec toutes les combinaisons possibles. Pour les membres, les formes les plus habituelles sont l'hémiplégie et la paraplégie , cette dernière pouvant être brachiale (rare)'.
Du côté du lar^Tix, on constate l'aphonie. Le fait était déjà connu d'Hippocrate, qui avait noté des cas de perte de parole subite et se résolvant par une urine claire, abondante.
* La paralysie peut également frapper les quatre membres. Voy. la Thèse de Chevallier ; Paris, 1877.
Tout le monde sait qu'une émotion étrangle la voix : vox faucihus haesit. L'hystérie crée la permanence de cet état. En général du reste, les phénomènes hystériques ne sont que l'exagération etla permanence des phénomènes produits par une vive impression. — L'aphonie apparaît et disparaît souvent brusquement.
Duchenne a noté dans certains cas la paralysie du diaphragme. — On peut encore observer : pour la vessie, la rétention d'urine ; pour le pharynx et l'œsophage, la dysphagie (rare et seulement après des convulsions répétées de ces organes). Pour l'intestin, vous trouverez dans Briquet cette étrange affirmation, textuellement reproduite par Bernutz, qu'il n'y a pas de paralysie entre l'estomac et 1^ rectum. C'est là une erreur. Latympanite est au contraire un phénomène de cet ordre. — Du côté du rectum, on peut avoir l'incontinence des matières ou la constipation. Le cœur peut présenter des syncopes (nous en avons déjà parlé) .
La durée de ces paralysies est très-variable et souvent fort longue. La terminaison peut être graduelle; elle survient alors sous l'influence du retour de la menstruation ou de la disparition progressive de l'hystérie elle-même. Mais le plus souvent la terminaison est brusque et survient à la suite de quelque émotion.
Ainsi, Briquet voit en consultation une malade atteinte de paralysie hystérique; il rédige avec son confrère une consultation avec pronostic favorable : dès qu'elle le sait, elle se met à marcher. Une paraplégique était traitée inefficacement depuis plusieurs mois ; on emploie la noix vomique, qui produit quelques soubresauts. On lui persuade que c'est l'indice du retour des mouvements, et elle marche. Chez notre malade, l'influence, surtout psychique, de l'électrisation fit disparaître la paraplégie ; une attaque convulsive avait guéri la paralysie des bras.
IL hdi sensibilité "^Qwl. comme la motilité, être altérée
dans les deux sens; de là, des hyperesthésies et des anesthésies.
1. Hyperesthésies. — a.hapeaic peut être affectée. La dermalgie n'est cependant pas un phénomène très-fréquent. On la trouverait dans 1/10 des cas. C'est un symptôme bon à connaître au point de vue du diagnostic différentiel.
L'intensité en est variable : depuis une simple exagération de la sensibilité à certains moments, notamment en temps d'orage, jusqu'à l'intolérance de toute pression du doigt, qui donne à la patiente une sensation d'aiguilles en faisceaux. — L'étendue est variable aussi. Quelquefois l'hyperesthésie est circonscrite en certains points, l'anesthésie se trouvant sur d'autres points ; ou bien les deux phénomènes alternent dans la même région, ou encore ils se trouvent réunis aux mêmes points. Ainsi, chez notre malade il y avait une anesthésie positive (elle ne reconnaissait pas les objets) avec une hyperesthésie exquise (hyperalgésie ) .
L'extension complète de l'hyperesthésie constitue un affreux supplice pour la malade : elle ne peut rien saisir avec les mains, ne peut pas marcher ou mettre les pieds par terre ; elle ne peut pas même rester au lit et est tourmentée par une insomnie perpétuelle. Quelquefois il y a en même temps une hyperesthésie sensorielle qui crée un état d'impressionnabilité horrible.
On décrit quelques dermalgies particulières. Celle des grandes lèvres et de la vulve produit un vaginisme particulier, pour lequel la dilatation est absolument contre-indiquée ; celle de la niamello a pu aller jusqu'à en imposer à de grands chirurgiens, qui décidaient Tablation, etc.
b. L'hyperesthésie des muscles est très-fréquente. Briquet, sur 430 malades, n'en a trouvé que 20 au plus qui fussent indemnes. La douleur se fait sentir dans les masses musculaires et à leurs points d'attache ; elle ne suit pas le trajet des nerfs et ne présente pas de points névralgiques. La masse musculaire tout entière est douloureuse. La
pression, même superficielle, exagère la sensation ; le pli cutané n'est pas douloureux. Les mouvements, le courant électrique, exaspèrent énormément la douleur. Le repos complet est au contraire un sédatif constant. La douleur peut atteindre un très-haut degré d'intensité ; la pression détermine alors des attaques.
Nous décrirons quelques espèces particulières.
a. La rachialgie est une des plus importantes. Déjà décrite par Sydenham, elle affecte le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, une partie du sacro-lombaire ou le long dorsal. La fréquence de ce phénomène est extrême, c'est un symptôme presque constant de l'hystérie, seulement il faut quelquefois le chercher.
L'étendue de cette douleur est variable ; elle occupe en général toute la hauteur de la colonne. Si elle n'est qu'à une région limitée, c'est surtout la partie inférieure du rachis, sur une étendue de quatre à cinq vertèbres. Dans ces points, la pression réveille de la douleur au niveau des apophyses épineuses et dans les gouttières avoisinantes. Le phénomène peut aller jusqu'à l'irritation spinale complète.
Quelquefois la pression sur les apophyses épineuses détermine, à la région cervicale, de la strangulation et la constriction de la glotte ; au haut de la région dorsale, l'oppression, la dyspnée, le serrement de la poitrine; plus bas, la constriction épigastrique.
j3. Briquet désigne sous le nom de cœlialgie l'hyperesthésie des divers muscles composant la cavité abdominale. La thoracalgie ou pleuralgie de Bernufcz s'applique aux muscles thoraciques, Vàmiélosalgie aux muscles des membres. Ce dernier phénomène est du reste plus rare ; Briquet l'a observé 64 fois.
y. Briquet place la céphalalgie dans l'hyperesthésie des muscles ; d'autres la mettent dans les névralgies, d'autres parmi les maux de tête plus profonds, comme la migraine . ou la céphalée fébrile. En tout cas, c'est un symptôme à étudier à part.
588 THENTE-HUITIÈME LEÇON.
La fréquence en est très-grande. Briquet l'a vue 300 fois sur 356 cas. Elle précède souvent les manifestations vraies de l'hystérie confirmée. Il faut se méfier en général des petites filles qui sont sujettes à la céphalalgie et à la migraine.
Rarement générale , elle est souvent hémicrânienne. Souvent aussi elle est limitée, c'est le clou ou l'œuf hystérique, qui est assez caractéristique. Elle peut dans ce cas se rencontrer un peu partout, le plus souvent à la région temporale ou sincipitale.
L'intensité varie et peut aller jusqu'à arracher des cris à la malade ; on la compare à un clou enfoncé, à un morceau de glace ou à un charbon ardent. Quelquefois il y a en même temps des troubles gastriques
ô. En arrivant aux viscères, nous citerons, comme transition des douleurs superficielles aux douleurs profondes, la douleur épigastrique, qui est un mélange de gastralgie et d'épigastralgie. Quelquefois c'est une simple dermalgie épigastrique ou une hyperesthésie des muscles de la paroi exagérée par la pression et par les mouvements, notamment aux attaches des grands droits. Ces formes simples sont rares.
Le plus souvent il y a en même temps gastralgie vraie qui atteint des degrés divers : dépravation de l'appétit avec dégoût pour les substances vraiment alimentaires, douleur gastralgique, crampe allant jusqu'au déchirement atroce. Dans ces cas, la pression du creux épigastrique peut provoquer les attaques.
Les troubles des fonctions gastriques sont toujours à surveiller. Capricieux au début, le phénomène peut devenir grave, entraîner la détérioration de l'organisme et produire la mort directement ou par tuberculose. Ces accidents entraînent le marasme, sans lésion gastrique.
L'hyperesthésie peut atteindre l'intestin lui-même. Alors il y a des cohques plus ou moins fortes, avec pneumatose, au point de produire l'anhélation. Éphémères, survenant
après chaque repas, chez certaines malades (intestin grêle), elles sont durables et entraînent une tympanite opiniâtre chez d'autres (gros intestin). Le symptôme peut durer alors six mois, un an; il simule une ascite, la grossesse, etc.
Vovarie mérite une mention spéciale, à cause des travaux de Gharcot.
C'est une douleur iliaque siégeant dans le fl^nc, aux limites extrêmes de la région hypogastrique. Elle est trèsfréquente, de l'aveu de tous. Seulement elle est rapportée à des origines diverses.
Les Anglais, et en France Schutzenberger, Piorry et Négrier, la rapportent à l'ovaire; Briquet (et son livre a eu une grande autorité) la rapporte aux muscles de la paroi : myodynie de l'extrémité inférieure du muscle oblique (douleur dite ovarienne) et myodynie du pyramidal ou de de l'extrémité inférieure du grand droit (douleur dite utérine ) .
Gharcot a repris et développé la théorie de l'ovaire. Il ne nie pas la dermalgie ni la myosalgie ; il y a même certains cas dans lesquels tout cela se complique avec la tympanite, ce qui produit la fausse péritonite des Anglais. Mais dans d'autres cas il n'y a pas d'iiyperesthésie, il peut même y avoir anesthésie. Le muscle peut être pincé sans douleur. Il faut, pour provoquer la douleur, enfoncer profondément les doigts.
On détermine ainsi un foyer net, à l'intersection d'une ligne horizontale des épines antéro-supérieures et d'une ligne verticale de l'épigastre. Vers la partie moyenne du détroit supérieur, on sent quelquefois l'ovaire même comme une olive ou un petit œuf. G' est alors qu'on provoque la douleur. Et la douleur ainsi provoquée est spécifique; elle s'accompagne des phénomènes de l'aura hystérique.
Ce foyer correspond au vrai siège de l'ovaire. On ne peut pas en juger sur le cadavre dont le ventre est ouvert, car les rapports y sont essentiellement changés, notamment par suite de la vacuité des plexus érectiles de Rouget.
Mais sur les cadavres congelés, ou mieux en enfonçant une aiguille sur le point en question, quand le corps n'est pas ouvert, on atteint T ovaire.
Il y a une relation importante, pour le côté du corps, entre l'ovarie et les autres accidents d'hystérie locale. — On ne sait rien de précis sur l'état même de l'ovaire. — Nous devrons revenir du reste sur la manière de provoquer ou d'arrêter les attaques par la pression de cette région.
Hystérie (suite).
Hystérie. — Symptoniatologie (suite) : d. Névralgies ; e. Hyperesthésie sensorielle. — 2. Auesthésies : types généralisé, disséminé, hémiplégique ; sensations anormales. — III. Troubles circulatoires et sécrétoires : troubles vaso-moteurs, hémorrhagies ; forme vaso-motrice d'Armaingaud. Polyurie ; ischurie, oligurie et aaurie (vomissements urémiques) ; état de la nutrition ; fièvre. — IV. Troubles psychiques. — Hystérie chez l'hoDcime. — Marche, Durée et Terminaisons : formes aïgue et chronique (types divers). Guérison et mort.
Nous avons étudié, Messieurs, les diverses espèces d' hyperesthésie viscérale. Je crois inutile d'insister sur les autres douleurs abdominales, telles que : hystéralgie,cystalgie, néphralgie, etc. Ce sont des phénomènes faciles à constater et à comprendre.
d. Les névralgies sont très-fréquentes dans l'hystérie. On les confond souvent avec les myosalgies ou myodynies.
Les névralgies intercostales sont celles que l'on observe le plus souvent. Sydenham, Frank, ont signalé l'odontalgie, qu'il est bon de connaître, parce qu'elle peut être le prétexte de l'avulsion successive et inutile de toutes les dents de la mâchoire. On observe encore des douleurs articulaires, des névralgies des articulations, dont nous avons parlé à propos des contractures péri-articulaires et de la fausse coxalgie hystérique.
e. Les se7is peuvent acquérir une finesse extraordinaire. C'est par là qu'il faut expliquer certains faits bizarres attribués au magnétisme. Les paupières en apparence complètement abaissées, les patientes voient par une fente imperceptible. Elles entendent de très-loin, ce qui simule
une sorte de divination. Cette hyperesthésie sensorielle peut rendre douloureux Texercice des sens.
Tels sont les phénomènes d' hyperesthésie rétinienne ( Koplopie de Fœrster ) , qui tourmente certaines hystériques. « Il n'est pas de praticien, dit Abadie \ qui n'ait eu à soigner des femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de tête, accusant une photophobie des plus pénibles, des douleurs frontales et péri-orbitaires presque constantes, s'exaspérant à la moindre lecture. Ces malades sont en outre tourmentées par des sensations pénibles de brûlure, de piqûre, de corps étrangers dans la conjonctive et les paupières, et néanmoins elles ne présentent aucune altération du fond de l'œil, aucune anomalie de la réfraction. »
2. Anesthésies. — Les phénomènes bizarres de l'hystérie devaient frapper l'imagination des peuples ; aussi ont-ils fait partie des symptômes de la sorcellerie. Parmi ces signes, l'anesthésie est certainement un des plus saisissants ; il fut particulièrement noté. Il se révélait par l'indifférence du patient aux supplices physiques ; on en arriva ainsi à en faire un caractère, un critérium de la sorcellerie.
En même temps que l'anesthésie, la peau présente habituellement dans ces cas-là une ischémie spéciale : ainsi, Grisolle et Gharcot ont vu des sangsues prendre avec beaucoup de peine sur le côté anesthésié. Ge fait fut remarqué aussi autrefois, et de cet ensemble de signes on constitua une des épreuves de la sorcellerie.
Quand un individu était suspect, on lui bandait les yeux et on lui sondait la peau avec des aiguilles. L'absence de douleur et d'hémorrhagie le condamnait. Quelquefois alors on le brûlait.
Gette pratique se répandit tellement et généralisa à tel
1 Prof/r. médical. 1878, 28.
point le nombre des sorciers, qu'il fallut en restreindre la portée et l'application. On en contesta la valeur, et enfin, en 1603, un arrêt du Parlement de Paris défendit cette épreuve.
Alors (c'est une deuxième phase de cet historique ) on se jeta dans l'excès opposé: on ne crut plus à l'anesthésie, et on attribua à une pure jonglerie tous les faits qu'on avait observés.
Enfin, arriva une troisième période scientifique. Avec Piorry ( 1843), Macario (1844 ), et Gendrin (1846), les études commencent et conduisent au livre de Briquet (1859). Plus récemment, nous citerons les études deCharcot.
La sensibilité cutanée est atteinte dans tous ses modes : tact, douleur, température. Quelquefois le tact peut être conservé, la sensibilité à la douleur et à la température ne l'étant pas, et inversement. Très-souvent ( et c'est là un fait très-curieux) les malades ne se doutent pas de leur anesthésie. D'une manière générale, c"est un phénomène qu'il faut rechercher soi-même chez les hystériques.
La sensibilité réflexe peut être elle-même atteinte : ainsi, la paralysie réflexe de l'épiglotte s'observe très-souvent. Cependant Chairon l'a considérée à tort comme un signe constant et caractéristique ; mais c'est un symptôme fréquent. On peut aller toucher l'épiglotte avec le doigt, en évitant le voile du palais, sans provoquer de réflexes. Ce signe se rencontre également chez quelques épileptiques, certains saturnins et dans la paralysie labio-glossolaryngée ; ce n'en est pas moins un symptôme important de l'hystérie, et facile à constater.
A un degré plus avancé, non-seulement la peau, mais les muqueuses et même les muscles, sont frappés. Les membres sont insensibles dans toute leur épaisseur. Briquet raconte l'histoire d'une malade qui avait une insensibilité des membres si profonde, qu'en lui bandant les yeux on pouvait l'enlever de son lit, la poser presque nue sur le carreau et la replacer dans son lit sans qu'elle eût
la moindre idée de ce qui s'était passé; n'y avait-il pas là en même temps un certain état psychique?
Les sens eux-mêmes peuvent être atteints.
Gomme disposition et étendue de l'anesthésie, on distingue trois grands types cliniques : généralisé, disséminé et hémiplégique.
1 . Le type généralisé est très-rare. La malade, confinée dans un lit, ne peut pas se mouvoir. La vue a une influence nécessaire sur tous les mouvements. La patiente ne peut rien tenir; elle ne marche que difficilement et ne sent rien ; il lui semble être dans le vide.
2. Le type disséminé est plus fréquent. On trouve alors des plaques d'anesthésie bizarrement répandues sur tout le corps. C'est surtout cette forme-là qu'il faut chercher pour la constater. L'insensibilité occupera une épaule, une partie d'un membre, la face, une portion limitée du tronc; et cela sans relation appréciable avec le trajet d'un nerf. Briquet a vu, par exemple, Tanesthésie occuper le pourtour de l'anus et la moitié postérieure des grandes lèvres. D'après Briquet, il y aurait plutôt un certain rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins. Le début se fait- souvent par les parties de la peau les plus éloignées du centre.
3. Le type hémiplégique est le plus fréquent de tous; il siège plus souvent à gauche. On l'a rencontré 93 fois sur 400 cas, et 70 fois à gauche sur 93. Complète ou incomplète, l'anesthésie ne porte dans ce dernier cas que sur la sensibilité à la douleur et quelquefois à la chaleur. La ligne de démarcation médiane est le plus souvent très-nette à la tête, au cou, sur le tronc. Il y a pâleur et refroidissement du côté insensible. Les muqueuses sont atteintes, encore du même côté. Il en est de même des sens: vue, ouïe, goût et odorat. C'est le tableau complet de Fhémianesthésie d'origine cérébrale que nous avons décrit l'an dernier *. Il y a de plus ovarie du côté anesthésié.
1 Voy. tom. I, paj. 190.
Du côté de la vue, on constate une diminution de l'acuité visuelle et un rétrécissement concentrique du champ visuel. Ce rétrécissement arrive à faire disparaître certaines couleurs, comme le vert, dont le champ est normalement plus étroit '; quelquefois la malade ne voit plus les objets que sous une teinte sépia uniforme ' . Regnard a de plus constaté récemment un fait que nous avons retrouvé chez un malade atteint d'hémianesthésie d'origine cérébrale : les couleurs qui ne sont pas perçues se superposent cependant par la rotation. Notre malade, qui ne distingue pas les deux tiers du disque de Xewton, a la sensation résultante de blanc, par la rotation, comme nous ; tandis que si nous masquons avec des papiers noirs les couleurs qu'il ne voit pas, pour nous mettre dans des conditions analogues aux siennes, le disque en rotation ne nous apparaît plus blanc, mais rouge. Ce phénomène très-curieux est facile à constater avec les toupies dites Nev^ioniennes.
Cette hémianesthésie est un type clinique très-net. D'après Briquet, elle n'existerait avec ces caractères que dans l'hystérie, et jamais dans les lésions cérébrales. Cette assertion a été renversée par les travaux de Turck et de Charcot sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. La lésion de la capsule interne produit un syndrome semblable.
Martin a observé un fait d'hémianesthésie analogue, qu'il rapporte à l'hystérie, chez un jeune homme de 11 ans. Le petit malade eut une scarlatine avec rhumatisme scarlatineux. Il ne souffrait pas du côté anesthésié. malgré le gonflement des jointures. La maladie évolue, la sensibi-
* L'ordre des couleurs, tel que nous l'avons indiqué, n'est pas toujours absolument le même. La série bleue (bleu à la partie externe) est la série normale ; mais il y a aussi la série rouge... (Landolt.)
2 '( Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au côté hémianesthésie , mais il est habituel que le champ %i5uel pour les couleurs se montre en même temps rétréci, à la vérité à un degré beaucoup moindre dans l'oeil du côté opposé. » (Charcot.)
lité revient, et rhémianesthésie disparaît complètement * . La nature hystérique de ce fait ne me parait pas absolument démontrée. J'ai vu récemment un militaire, qui n'avait rien d"liystérique, présenter une hémianesthésie droite pendant une attaque de rhumatisme orcTmaire.
En terminant l'étude des troubles de la sensibilité, nous dirons un mot des sensations anormales, étranges, que perçoivent certaines malades. Ainsi, les unes voient les objets tout tachés de rouge ou teints en vert ; les autres ont des bourdonnements, des sifflements d'oreille, entendent des bruits imaginaires. Quelques-unes sont poursuivies par une odeur particulière, comme cette malade de Briquet qui après chaque attaque avait une odeur de cadavre. Certaines trouvent délicieuse l'odeur de l'assa-fœtida ; ou bien encore le bruit de taffetas, de pomme mangée, la vue' d'une épingle, l'odeur d'ail ou de fromage, les impressionnent péniblement et provoquent des crises nerveuses plus ou moins bruyantes.
Charcot a récemment appelé l'attention surun autre genre de trouble visuel non encore signalé, quoique très-fréquent. Ce sont des hallucinations se produisant dans l'intervalle des orages con^allsifs, à leur suite ou encore dans le temps même où ceux-ci menacent d'éclater. « Il est très-commun de voir dans le service, dit-il, des hystériques dans leur période de calme, assises tranquillement, occupées à des travaux d'aiguille, se soulever brusquement et quitter leur siège en poussant un cri comme si elles étaient surprises par la \aie d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements imprévus, elles racontent qu'elles ont cru voir des animaux, surtout des rats, des chats, d'autres fois des bêtes fantastiques, courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de l'effroi. On apprend de plus que ces
' Rev. se. méd., XII, 179 ,
animaux imaginaires, généralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge vif, se présentent toujours, pour chaque malade, du même côté, et le côté où l'hallucination se dessine est toujours celui qui correspond à l'hémianesthésie, et par conséquent à l'amblyopie. . . Habituellement les animaux passent en série et courent rapidement, venant de derrière la malade et se dirigeant en avant. Ils disparaissent en général aussitôt qu'elle tourne les yeux directement de leur côté ; cependant il peut arriver que l'hallucination persiste plus longtemps dans toute sa vigueur, lorsque l'hystérique est à l'époque d'une grande marée nerveuse, en état de mal, ou sort d'une crise V »
III. Troubles circulatoires et sécrétoires ^ . — Le pouls est en général normal, mais les hystériques sont très-sujettes aux palpitations, et du reste à tous les signes de la chlorose et de l'anémie.
On remarque aussi des oscillations curieuses dans l'état de contraction des muscles vasculaires, oscillations indépendantes du cœur. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle la figure rougit ou pâlit chez ces malades. Briquet avait noté une sensation de froid aux extrémités, coïncidant quelquefois avec la rougeur et la chaleur de la figure . Sydenham avait remarqué des sueurs chez certaines hystériques, générales ou partielles, quelquefois unilatérales, survenant sous le moindre prétexte.
A la face, il y a non-seulement les alternatives de rougeur et de pâleur, mais quelquefois des ecchymoses, de l'œdème, des éruptions cutanées ( acné, ecthyma, urticaire); ces phénomènes sont rares cependant et coïncident plutôt avec l'hyperesthésie. Quand il y a anesthésie, on trouve au contraire l'anémie cutanée et la diminution de température : les piqûres ne saignent pas et les sangsues prennent mal.
1 Progr. médical, 1 878, 3.
2 Voy. Marliu ; Des troubles de l'appareil vaso-moteur dans l'hyst.; Th. Paris, 1876, 136
598 TRE.VTK-N'EUVIÈME LEÇON.
Gastex ' a récemment décrit une éruption vésiculeuse, qu'il considère comme un trouble nutritif, chez une hystérique.
Les congestions locales dont nous avons parlé peuvent aller jusqu'à produire de véritables hémorrhagies, qui se font par la peau ou par divers organes internes.
D'abord les troubles de menstruation sont assez fréquents dans l'hystérie, et alors, quand il y a aménorrhée, des hémorrhagies supplémentaires peuvent se produire. Mais ces hémorrhagies se développent aussi chez les hystériques en dehors des périodes menstruelles, sans qu'il y ait de rapport avec cette fonction : ce sont des troubles locaux d'innervation^.
Les hémorrhagies gastriques ont été observées dans quelques cas isolés. Elles peuvent alors être très-copieuses, survenir tous les jours ou tous les deux jours pendant quelque temps. Le sang dans les vomissements est quelquefois rouge, d'autres fois noir comme du café. On peut en trouver aussi dans les selles. Quelquefois les malades, qui éprouvaient jusque-là une sensation de pression et de plénitude à l'épigastre, sont soulagées par l'hématémèse. Dans d'autres cas, au contraire, elles éprouvent, après les vomissements, des bourdonnements d'oreille, du malaise, des faiblesses, etc.
Il faut soigneusement distinguer ces états des hématémèses symptomatiques d'ulcères de l'estomac, maladie qui peut se présenter chez une hystérique. Vous ferez le diagnostic par l'état général, l'absence des troubles gastriques dans l'intervalle, etc.
L'hémorrhagie peut avoir lieu aussi par les voies respiratoires (Carre).
1 France médicale, 1877.
- Voy. Vulpiaa ; Leç. xur les vaio-moleurs. — Parrol ; Étude sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques. (Gaz. hebd., 1859.) — Ferraa ; Du vomissement de sang dans l'hyst.; Th. Paris, 1874, 368. — Carre-, Des hémoptysies nerveuses. {Arch. méd., 1877.)
HYSTÉRIE. 59y
Il faut du reste se méfier de la simulation pour les hématémèses et les hémoptysies.
On a noté encore des sueurs et des larmes de san^r. Chauffard a observé une hystérique de 21 ans qui, pendant les attaques convulsives, lesquelles duraient de 24 à 36 heures, avait une sueur colorée en rouge et mêlée de sang, sur les pommettes et à Tépigastre. Parrot a vu un liquide sanguinolent sourdre, pendant les attaques, aux doigts, au coude, aux cuisses, à la poitrine et sur la conjonctive.
^ Pour en finir avec les troubles vaso-moteurs de l'hystérie, je vous rappellerai le fait très-curieux que le docteur Armamgaud a récemment décrit sous le nom de forme vaso-motrice intermittente del'hvstérie^
^ (c II s'agit d'une jeune fille qui, indépendamment d'une névralgie cervico-brachiale datant de plusieurs années et continue, estatteinte d^ accès d'hystérie convulsive, d'abord irréguliers, plus tard régulièrement périodiques. Après quelques semaines, ces accès convulsifs cessent tout à coup et sont remplacés, dès le jour de leur disparition, par un accès de sommeil qui revient chaque jour à la même heure, et d'une durée toujours égale : bientôt cet accès de sommeil se dédouble, et il s'en produit deux par jour, revenant chacun à la même heure et d'une durée toujours la même pour chacun d'eux ; enfin, il vient bientôt s'y ajouter quatre autres phénomènes nouveaux non moins singuliers , en sorte qu'à partir d'une certaine période de la maladie, la malade est successivement atteinte chaque jour :
» 1 . De onze heures moins un quart à onze heures du matin, d'un premier accès de sommeil d'un quart d'heure de durée ;
))2. De deux heures moins un quart à trois heures vin^rt
1 Sur une névrose vaso-motrice se rattachant à l'état hystérique, etc. Paris, 1876.
600 TRENTE-NKUVIÈME LEÇON,
minutes, dun deuxième accès de sommeil d'une durée d'une heure trente-cinq minutes;
))3. A cinq heures et demie du soir, d'une congestion locale des deux yeux d'une durée de deux heures ;
))4. D'une asphyxie locale des extrémités survenant pendant la congestion des yeux et disparaissant quelques heures après elle ;
))5. Asix heurescinq minutes, d'une névralgie intercostale droite d'une grande intensité, cessant brusquement à six heures et demie précises, et n'étant apparue pour la première fois que quinze jours après la guérison de la névralgie cervico-brachiale ;
»6. Enfin une chromidrose des paupières est venue s'ajouter, à la fin de la maladie, à tous ces phénomènes.
» Pendant les accès de sommeil, alors que toutes
les parties du corps étaient absolument insensibles aux excitants les plus énergiques et qu'il était absolument impossible de réveiller la malade, la pression exercée sur l'apophyse épineuse de la deuxième vertèbre dorsale déterminait des signes de sensibililé très-vive chez la patiente, qui, sans se réveiller cependant, éprouvait des tressaillements et des sanglots, et dont la physionomie prenait l'expression de la douleur la plus vive, phénomènes qui cessaient dès que la pression était abandonnée. . .
» Au point de vue pathogénique, conclut M. Ar-
maingaud, la coexistence, chez une même malade et dans la même journée, des accès de sommeil nerveux , de congestion locale et d'asphyxie locale symétriques et intermittents, mérite assurément l'attention des pathologistes , et m'amène à proposer l'introduction dans les cadres nosologiques d'une nouvelle forme de maladie non décrite jusqu'ici : la forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie.»
Si des troubles circulatoires nous passons aux troubles sécrétoires, la, pohjuoie peut nous servir de transition. Déjà l'urine hystérique ou nerveuse est une urine abondante, très-aqueuse, limpide et peu colorée. D'autre part, on a
trouvé aussi des polyuries persistantes, notamment dans sept cas sur les soixante et douze réunis par Lancereaux dans sa Thèse.
Charcot a bien étudié un autre trouble urinaire plus curieux et plus caractéristique : Vischurie et Voligurie\
Je ne parle pas ici de la rétention d'urine par spasme ou paralysie de la vessie; il s'agit d'une diminution et même de la suppression delà sécrétion urinaire elle-même, l'urine étant évacuée par la sonde. Laycock avait déjà parlé de ce phénomène à l'état passager, passant pour ainsi dire inaperçu. Charcot a attiré l'attention sur ce symptôme, devenu permanent , oligurie ou même anurie pouvant durer des mois entiers et s'accompagnant alors de vomissements.
On remarque même que la courbe des vomissements monte à mesure que la courbe de l'urine descend, et réciproquement. Charcot fit alors rechercher l'urée dans les matières vomies, et Grehant en constata, sans en trouver cependant en excès dans le sang.
L'état de ces malades est alors comparable à celui des animaux néphrotomisés ou bien après T oblitération des uretères par une ligature. Les expériences de Prévost et Dumas, Cl. Bernard et Barreswill ont montré que dans ces cas, en effet, il se faisait une élimination supplémentaire par l'intestin, soit de carbonate d'ammoniaque, soit même d'urée en nature.
Un fait remarquable, c'est la parfaite tolérance des hystériques, qui vivent dans cet état, tandis que toutes les autres anuries par une cause quelconque sont toujours fatalement mortelles et à courte échéance. Les animaux sont aussi frappés nécessairement de mort : à un moment donné, l'élimination supplémentaire par l'intestin diminue, se supprime; les accidents cérébraux se développent et entraînent l'animal.
^ Voy. aussi Secouet ; Th. Paris, 1873, 126.
602 TREXTE-NELVIÉMK LEÇOX.
Ce phénomène de l'anurie hystérique est nié par beaucoup d'auteurs et toujours attribué par eux à la simulation. Les hystériques exploitent volontiers le fait, en y ajoutant, par exemple, un flux d'urine par F oreille, le nez ou le nombril. Mais Charcot et d'autres ont fait leurs constatations dans des conditions inattaquables, et ont mis l'existence réelle du fait hors de doute.
Il est impossible du reste de déterminer le mécanisme intime de cette ischurie , mais on voit nettement que c'est un phénomène nerveux comme les autres et qu'il peut disparaître brusquement comme eux , témoin le fait de Fernet, dans lequel la prescription des pilules fulminantes [mica panis) arrêta le vomissement et fit reprendre le cours de l'urine.
Les sécrétions gastriques, intestinales, sudorales peuvent aussi être influencées. Hoffmann cite une femme dont les seins se tuméfiaient énormément au moment des attaques, et Briquet rapporte une observation remarquable de galactorrhée qui dura sept ans, en alternant avec des attaques d'hystérie.
L'état de la nutrition chez les hystériques mérite de nous arrêter en terminant ce chapitre' . Un fait très-remarque dans tous les cas est la faculté qu'ont les malades de vivre quelquefois très-longtemps avec une alimentation très-insuffisante, et tout en conservant cependant leur embonpoint.
Des études récentes ont démontré chez un grand nombre de malades un ralentissement et une diminution notables dans la désassimilation ; il se produirait là quelque chose d'analogue à ce que l'on observe chez les animaux hibernants. Laquantité d'urée éliminée est souvent très-diminuée, et, même quand il y a des vomissement urémiques, la quantité de ce produit éliminée est en général bien inférieure à celle que contiendrait une uiine normale. L'acide car-
1 Empereur. Th. Paris. 1876, 364.
bonique, les gaz de la respiration, sont également fort diminués; en somme, il y a moins de désassimilation chez l'hystérique, comme chez la marmotte.
Cependant, dans quelques cas rares, ou plutôt à certaines périodes, on peut observer de la fièvre chez les hystériques. Briand l'a vue se présenter sous trois formes^ : 1 . Lente, elle est primitive ou secondaire (déjà décrite par Briquet); 2. Intermittente, en général à type tierce; 3. Courte, d'allure typhoïde, elle est généralement primitive, signalant le début de l'hystérie avant toute attaque d'hystérie; les phénomènes de la névrose se développent ensuite.
IV. Troubles 2^sychiques. — L'hystérique a une impressionnabilité excessive à tous les genres d'excitation. La réaction psychique est en tout exagérée; quelquefois ces troubles affectent une forme spéciale, idiosyncrasique ; chez l'une, ce sont des sympathies ou des antipathies étranges pour un objet particulier; chez une autre, ce sont des idées erotiques à des degrés divers et sous des formes variées. Le plus souvent il y le désir de se faire remarquer, d'attirer bruyamment l'attention sur soi, de poser, d'inspirer de la pitié. De là, une tendance extrême à la simulation et aux exagérations les plus extraordinaires et les plus répugnantes ; elles boivent leur urine ou mangent leurs matières fécales. Ce sont de vraies aberrations psychiques. En même temps la volonté, l'énergie morale, ont une grande influence sur l'état physique même le plus bruyant.
Ces troubles psychiques peuvent être plus ou moins intenses, plus ou moins durables, et arriver même à la vésanie vraie. La transition entre ces divers degrés est vraiment insensible, et la ligne de démarcation impossible à tirer. C'est plutôt par la durée que par l'intensité des accidents que l'on peut les distinguer.
1 Briand ; De la fièvre hystér.; Th. Paris, 1877, 54.
Les hallucinations accompagnent ou suivent beaucoup d'attaques. Il y a des crises dans lesquelles les troubles psychiques sont prédominants ou même exclusifs ; on voit des attaques de délire. Dans ces cas, il est rare que l'état mental soit absolument normal dans l'intervalle.
Le délire est souvent religieux, les patientes mettent volontiers de bons ou de mauvais génies derrière leurs visions agréables ou désagréables. Quelquefois elles se croient transportées dans un monde imaginaire avec un prince charmant : les idées erotiques s'y mêlent alors souvent.
Quelquefois c'est encore une mélancolie profonde pouvant aller jusqu'aux idées de suicide, ou bien une folie raisonnante avec des idées d'égoïsme ; elles ramènent tout à leurs pensées et à leur manière de raisonner, qu'elles regardent comme irréfutables. Enfin, dans certains cas, on observe primitivement déjà une sorte de démence, qui est du reste l'aboutissant des autres formes.
Vhystérie chez L'homme est un fait aujourd'hui bien démontré. Petit a pu en réunir dans sa Thèse soixante et une observations, plus ou moins démonstratives du reste. Aussiiloux en a publié un nouvel exemple intéressant ; on retrouve en général les caractères ordinaires : boule, convulsions désordonnées, etc.
Foët traite et guérit ces malades par la compression des testicules. Aussiiloux fait cesser l'attaque par des applications froides sur les parties sexuelles, et spécialement sur le testicule et la région mammaire * .
* Dreyfuss a récemment vu un jeune homme hystérique chez lequel les atfaqaes étaient classiques : précédées d'une aura qui part de la fosse iliaque gauche (l'ovaire ne serait donc pas toujours le point de départ de cette sensation ?) et remonte jusqu'à la base du cou. elles sont constituées par une phase de contracture, une phase de contorsions, et enfui une phase d'assoupissement et d'indllférence. La compression du testicule yauche arrête l'attaque. Il y avait en même temps un léger degré d'hémiauesthésie gauche. {Soc. de Biol., 23 décembre 1877. — Progr. médical. 1878, 1 .)
Marche, Durée et Terminaisons. — Les circonstances font énorménaent varier la marche de l'hystérie, qu'il est difficile de décrire. Briquet distingue à ce point de vue une forme aiguë et une forme chronique.
La forme aiguë, qui est beaucoup plus rare, débute brusquement après une émotion, se manifeste immédiatement par des attaques, et se termine en peu de temps. ^ C'est dans cette forme que l'on observerait la fièvre hystérique. Contestée par certains auteurs, rapportée par d'autres à des inflammations locales, comme les lésions utérines, la fièvre nerveuse, la fièvre hystérique pure existerait d'après Briquet, et durerait de trois à quatre mois, complètement distincte des fièvres graves, comme la fièvre typhoïde. Nous avons déjà cité les travaux de Briand à ce sujet.
La forme chronique, qui est la plus fréquente, présente de nombreuses variétés de marche que Briquet ramène à six types : 1. début rapide; les accidents atteignent trèsvite toute leur intensité en se succédant à court intervalle; 2. début tout à fait aigu, avec fièvre et délire, comme dans la méningite ; 3 . phénomènes légers et restant ainsi pendant toute la vie ; 4 . début et accroissement essentiellement graduels et lents; 5. grandes attaques se reproduisant à certains intervalles, séparées par un calme complet, sans aucun autre signe de la névrose ; 6. marche à grandes rémissions, avec temps d'arrêt de durée variable.
La terminaison habituelle est la guérison ouïe statuquo. Certaines hystéries guérissent complètement sans laisser de traces ; d'autres causent une grande impressionnabilité de divers appareils ou de l'économie tout entière ; certaines entraînent un état nerveux pénible. Laphthisie est admise par quelques auteurs comme une terminaison possible ; il faut, dans ce cas. qu'il y ait une prédisposition antérieure, une diathèse déjà existante, et alors il me paraît plus rationnel d'admettre que l'hystérie elle-même était déjà la première manifestation de la tuberculose.
Il faut bien savoir que l'hystérie peut, quoique rarem.ent,
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se terminer par la mort. Vous trouverez dans les auteurs un certain nombre de faits, d'abord de malades mortes dans l'attaque, par suffocation ou de mort subite; ensuite de malades ayant succombé au marasme progressif et aux suites d'une hystérie chronique prolongée.
Nous avons vu à Saint-Eloi une hystéro-épileptique succomber dans l'état de mal, sans que l'autopsie ait rien révélé ; nous en avons vu une autre mourir subitement , mais elle présentait une sclérose cérébrale étendue.
Hystérie fin).
Hystérie. — Anatomie pathologique. — Diagnostic. — Pronostic. — Traitement: 1. Prophylaxie; éducation, musique, mariage; 2. Traitement curatif : indication causale ; antispasmodiques ; stupéfiants fixes ; agents perturbateurs; hydrothérapie. Électrisation ; métallothérapie- Traitement moral. ' — 3. iVIoyens d'arrêter les attaques; traitement de l'attaque.
Si nous avons longuement insisté, Messieurs, sur les symptômes de l'hystérie, nous serons bref sur I'Anatomie