VI. Abcès
1 . Le sarcome mou se développe surtout chez les jeunes enfants et dans les parties profondes du cerveau ; il évolue très-lentement et peut rester très-longtemps sans symptômes. Il n'aurait pas la tendance envahissante du carcinome. Il est constitué par du tissu embryonnaire ou à son premier degré de transformation.
Si c'est du tissu embryonnaire pur, du tissu inflammatoire immobilisé, c'est le sarcome globo-cellulaire. Si les
TUMBUR8 GÉRÉBRALB8. 303
cellules sont un peu plus allongées, fusiformes, avec des prolongements en fibrilles : c^est le sarcome fuso-cellulaire.
Ces cellules peuvent subir la dégénérescence graisseuse ; la tumeur devient analogue à une plaque de ramollissement jaune. Quelquefois même il peut y avoir résorption, et il reste alors de vastes espaces vides traversés par des vaisseaux. Les vaisseaux, peu soutenus dans ce tissu, prennent quelquefois la forme télangiectasique.
2. La névroglie est du tissu embryonnaire un peu plus avancé. Le mot gliome est mauvais, parce qu'il exprime une analogie et une consistance (glu) plutôt que la structure de la tumeur. — Il ne faut confondre ce sarcome, ni avec le névrome, qui contient des éléments nerveux, ni avec la sclérose, qui est formée de tissu conjonctif adulte.
Le gliome a la structure môme de la névroglie avec un peu moins de cohésion. Si les cellules se multiplient beaucoup, il passe au sarcome mou ; si au contraire le tissu conjonctif est plus avancé, il se rapproche du myxome : c'est le glio-myxome. — Les vaisseaux s'y dilatent quelquefois : variété télangiectasique. — Quelquefois le tissu conjonctif y est plus avancé encore : c'est le glio-fibrome.
Le gliome peut être le siège d'hémorrhagies ; il peut subir la métamorphose graisseuse, se résorber et laisser des cavités sans parois kystiques.
C'est une tmneur assez fréquente, relativement bénigne, non envahissante ; elle se trouve surtout dans la substance blanche des hémisphères et à la superficie du cerveau. Le développement en est lent, surtout pour la forme molle. Virchow l'attribue au traumatisme. — Elle peut donner lieu à des complications : congestion, apoplexie, encéphalite, etc.
3. Le sarcome angiolithique est mal appelé psammomej mot qui n'exprime que la présence de grains calcaires analogues au sable fin.
C'est une accumulation de sable calcaire dans les parties
du cerveau qui n'en contiennent normalement qu'une minime quantité : glande pinéale, granulations de Paccioni, plexus choroïdes. Ce sable forme des glandes compactes, à structure stratifiée ; ces petites masses sont souvent reliées par un peu de tissu conjonctif. C'est l'aboutissant d'une évolution pathologique inconnue dans son essence. Le cholestéatome en est une variété avec dégénérescence graisseuse. Ce sont des tumeurs bénignes en elles-mêmes, qui n'agissent que par leur volume, à la base du cerveau; elles peuvent quelquefois atteindre le volume du poing. — Ce sont des masses graisseuses sans vaisseaux.
4. Histologiquement, il n'y a pas de ligne de démarcation absolue entre les tumeurs du premier et du second groupe : il y a des termes de transition entre la névroglie et la gélatine de Warton, qui nous mène au myxonie.
Les myxomes sont des tumeurs d'un grand volume : d'une noix à une orange et au-delà. — Ils sont formés de tissu muqueux, ont un aspect gélatiniforme ; souvent même la substance fondamentale se liquéfie, et on a alors des cavités remplies de liquide muqueux, formant de véritables kystes.
5. Le fibrome représente un degré de plus dans l'âge et la consistance du tissu conjonctif.
C'est une tumeur en général blanche, d'un blanc bleuâtre ou jaunâtre, de forme arrondie et à surface lisse. Une zone très-vascularisée sépare la tumeur du tissu cérébral sain. Elle peut être énucléée très-facilement; elle est ellemême très-dense, très-peu vascularisée ; d'une consistance fibreuse, dure, quelquefois avec des nodosités cartilaginif ormes.
Histologiquement, ce sont des cellules fusif ormes serrées parallèlement les unes aux autres avec une substance intercellulaire compacte, fibrillaire ou homogène. Le tissu résiste à l'acide acétique comme les fibres élastiques.
On observe les termes de transition avec le sarcome mou d'un côté et le chondro-sarcome de T autre.
TUllEUHS CÉRÉBRALES. 305
6. On rencontre le lipome dans le chiasma, au niveau du raphé, du corps calleux, de la voûte à trois piliers.
Ce sont de grosses cellules adipeuses, polyédriques, sans noyaux. La graisse est incolore, liquide et transparente.
7 . Il faudrait se garder de faire du moj; carcinome un synonyme du mot cancer, dans le sens ancien. S'il en était ainsi, le carcinome serait une tumeur des plus fréquentes, tandis qu'il est au contraire des plus rares.
Le carcinome prend plutôt naissance dans les méninges ou dans les os du crâne, et de là gagne la substance cérébrale ; d'autres fois il vient de l'œil. — Il succède rarement à d'autres manifestations du même ordre dans le reste du corps.
C'est la structure habituelle du carcinome : cellules embryonnaires dans de larges alvéoles, fibrome alvéolaire de Gornil et Ranvier. Suivant. la prédominance de l'élément cellulaire ou de l'élément fibreux, on a l'encéphaloïde ou le squirrhe. — L'encéphaloïde est surtout fréquent au cerveau.
Le volume de cette tumeur est variable, peut atteindre celui du poing. Alors il peut détruire toutes les parois et se faire jour au dehors. C'est une tumeur arrondie et bosselée, très-vascularisée, comme érectile, d'une coloration qui varie du blanc au rouge.
Le squirrhe est peu vascularisé, dur, sec et fibreux.
L'évolution est d'autant plus rapide que la vascularisation est plus riche.
8. Nous plaçons ici les tumsurs mélaniques^ parce qu'elles doivent probablement être rapprochées des carcinomes, mais leur histoire clinique est bien incomplète.
Dans l'intérieur ou à la surface du cerveau, on trouve des masses noirâtres dues à l'infiltration des cellules par un pigment analogue à celui de la choroïde. Le tissu cérébral lui-même peut être infiltré et prendre une teinte noirâtre sur une étendue variable.
9 . Rokitansky, Hennig, Wagner, Hirschfeld, ont observé des eyichondromes àâxis le cerveau.
1 0 . Autrefois on avait signalé de très-fréquentes tumeurs osseuses ; on confondait sous ce nom toutes les tumeurs présentant la dureté de l'os, les crétifications d'origine variée, psammomes, etc. Il existe cependant des cas authentiques d'ostéonie (nous continuons à citer Bail et Rrishaber).
Simons a vu une jeune fille aveugle de 10 ans, ayant un tremblement depuis plusieurs années, et qui présenta dans le cerveau un grand os creux, irrégulier et entouré de pus. Benjamin cite une femme de 32 ans, épileptique, idiote et paralysée, qui avait dans le corps calleux une tumeur osseuse de la grosseur d'une noix, couverte de périoste et formée à Tintérieur de tissu osseux spongieux. Virchow a vu deux cas d'ostéome dans l'hémisphère et dans la couche optique.
Dans ces cas-là, c'est la sclérose cérébrale qui forme la matrice de l'os, sans trace de ^cartilage, ce qui fait attribuer ces productions à l'encéphalite circonscrite (Bail et Krishaber) .
1 1 . Gornil et Ranvier appellent papillomes des tumeurs qui reproduisent la structure des papilles. Ces excroissances de peau ou de certaines muqueuses sont constituées par du tissu conjonctif formant support, et par des vaisseaux qui se terminent en anses capillaires tapissées par un revêtement épithélial.
Les mêmes observateurs ont décrit une de ces tumeurs très-volumineuse dans le troisième ventricule, faisant saillie par les trous de Monro dans les ventricules latéraux. C'étaient des bourgeons en forme de chou-fleur formés par des vaisseaux plus ou moins dilatés et recouverts par des cellules pavimenteuses.
12. Le névrome, formé de tissu nerveux et de névroglie, constitue des tumeurs congénitales, le plus souvent dans le corps strié ou la couche optique.
Ce sont des saillies ou des nodosités de substance nerveuse distinctes de la masse cérébrale.
1 3 . Dans la même classe, on peut mettre les tumeurs
TUtfSURS CÉRÉBRALES. 307
rares de nature hypertrophique, dues à de la substance grise déposée dans la substance blanche hémisphérique.
Ces tumeurs ont été trouvées chez des idiots et des crétins. Elles peuvent devenir volumineuses et produire des troubles de voisinage.
1 4 . Les tubercules du cerveau sont des néoformations de dimensions très- variables, depuis celle d'un grain de millet jusqu'au volume d'une orange. La couleur et la consistance varient suivant l'âge de la tumeur. Au début du développement ou à la périphérie d'une vieille tumeur, le tissu est blanc nacré ou rosé, dur (tubercule cru). Au centre, c'est jaune avec consistance de fromage (tubercule caséeux). Souvent il y a crétilication . Certaines tumeurs crétacées sont quelquefois la seule trace cérébrale d'une tuberculose manifeste dans les autres organes.
Le tubercule peut être constitué par une réunion de granulations, ou bien il forme une masse diffuse par infiltration. La névroglie est le siège du processus et peut présenter, à la périphérie, une sorte de sclérose.
Leur constitution intime ne diffère pas de la constitution habituelle des tubercules : cellules petites, unies par une substance granuleuse ; vaisseaux oblitérés par la fibrine, dégénérescence granuleuse des éléments au centre de la tumeur, etc.
15. Leslésions syphilitiques du cerveau sont de différents ordres. — Il y a des foyers circonscrits d'inflammation partielle, qui forment des tumeurs irrégulières autour desquelles le cerveau se ramollit ou se sclérose, et qui se terminent par des abcès ou des kystes. — D'autre part, les gommes forment des tumeurs de consistance variable, ramollies au centre, entourées de substance cérébrale indurée, qui forme des couches d'enkystement.
Histologiquement, ces gommes sont formées d'une substance intercellulaire peu épaisse, granuleuse, quelquefois flbrillaire, avec de petites cellules arrondies au milieu, à noyau unique assez gros, avec nucléole brillant. Quand la
tumeur vieillit, les cellules deviennent fusiformes et la substance intercellulaire fibrillaire. Puis, il y a véritable dégénérescence caséeuse.
On a souvent de grandes diflBcultés pour distinguer la gomme du sarcome et du tubercule ; les foyers hémorrhagiques eux-mêmes peuvent prendre l'aspect gommeux. Les vaisseaux sont remplis de fibrine granuleuse dans le tubercule, tandis qu'ils contiennent des globules rouges dans la gomme; à la période caséeuse, le tubercule présente surtout du ramollissement central, et la gomme surtout du ramollissement périphérique.
16. A propos des tumeurs parasitaires^ je vous rappellerai sommairement l'histoire naturelle des hydatides*.
Vous savez que le Tœnia solium se trouve à l'état de ver dans l'intestin de l'homme. Les œufs rendus avec les fèces sont absorbés par le porc. L'embryon perfore la paroi intestinale, est transporté dans les muscles du porc ladre, où il forme le Cysticercus cellulosx. Ce cysticerque, absorbé par l'homme dans la viande de porc, reforme le taenia dans l'intestin humain. — Il y a donc deux temps de développement: ver ( dans l'intestin de l'homme), cysticerque { dans les tissus du porc ) .
Certains vers peuvent se trouver à l'état de cysticerque dans le cerveau de l'homme. Ainsi, le Tœ)iia echÀnococcv^, qui vit à l'état de ver dans l'intestin du chien, peut se trouver à l'état de cysticerque, d'échinocoque, dans le cerveau de l'homme. Le cysticerque du Tœnia solium luimême, qui se trouve habituellement chez le porc, peut se trouver aussi dans le cerveau humain. — Ce sont là les deux parasites cérébraux les plus fréquents.
Le Tœnia cœnurus vit à l'état de ver chez le chien. Son cysticerque se trouve dans le cerveau de l'agneau, où il forme le Cœtiurus cerebralis. On a recueilli trois observations de cœnure cérébral chez l'homme.
< Voy. L. Vaillant; article Eniosoaires, in Nouv. Dictionn. de Méd. et de Chirurg. prat.
TUMEUBS CÉRÉBRALES. 309
Enfin, on cite une observation de cysticerque du Tœnia bothriocephale, qui se trouve ordinairement chez l'homme à rétat de ver et chez les poissons à l'état de larve.
En somme, Téchinocoque ( Tœ7iia echinococcus ) et le cysticerque ( Tsdnia solium ) sont les parasites les plus fréquents; réchinocoque est plus fréquent que le cysticerque.
On trouve toujours une enveloppe kystique et au dedans une membrane fertile sur laquelle germe réchinocoque, qui se détache ensuite et flotte libre à l'intérieur du kyste.
L'échinocoque a une tête ovoïde avec une double couronne de crochets. Le cysticerque a une tête quadrangulaire avec une double couronne de crochets à garde moins développée; il y a de plus des canaux longitudinaux.
Le diagnostic histologique de la nature parasitaire d'une tumeur se fait par les crochets; cela suffit souvent au médecin .
Le kyste peut s'enflanmier après la mort du parasite, suppurer ou subir la dégénérescence caséeuse.
Le siège de ces tumeurs n'est pas constant; leur volume varie d'une lentille aune orange. Elles produisent surtout des troubles de voisinage. Quelquefois môme on trouve à l'autopsie des tumeurs que rien n'avait révélées pendant la vie. Clemenceau a observé que sur 56 cas, 20 sujets étaient morts d'une maladie quelconque autre que les tumeurs elles-mêmes.
Il y a un cas unique de guérison cité par Clemenceau : le kyste s'ouvrit au dehors à travers les parois du crâne.
17. Les anévrysmes du cerveau rentrent dans les lois générales de tous les anévrysmes. Ils peuvent siéger sur toutes les artères de la base et surtout sur la cérébrale moyenne. De volume variable d'une noisette à un œuf de poule, ils succèdent le plus souvent à l'athérome ou à la . stéatose des parois vasculaires.
L'anévrysme peut guérir spontanément par coagulation dans la poche (casdeHodgson ). Mais la terminaison la plus habituelle est l'ouverture, qui est quelquefois préparée par
310 VCCGTIÈlfS LBÇON.
une infiltration préalable, mais qui est le plus souvent brusque et foudroyante.
18. L'encéphalite suppurative n'est pas la seule origine des abcès cérébraux. Il y a les abcès mélastatiques de Tinfection purulente, les abcès par infiltration ou propagation, après les lésions de l'oreille interne, les fractures du cr&ne, etc.
En tète de THistoibe clinique des tumeurs cérébrales, il faut poser en .principe que les symptômes sont impossibles à prévoir par les données de la physiologie actuelle. Les règles indiquées pour le diagnostic du siège des lésions en foyer ne sont plus applicables ici, à cause du développement graduel de la lésion, les parties voisines ou du côté opposé suppléant peu à peu les parties lésées.
La tolérance est quelquefois absolue. 11 y a des cas assez nombreux dans lesquels des tumeurs considérables ne produisent aucun symptôme appréciable. Vous pouvez rapprocher de ces faits la tolérance extrême du cerveau dans certains cas de corps étrangers, aiguille, clou, trouvés à l'autopsie d'individus qui n'avaient présenté aucun phénomène cérébral.
C'est donc directement, par l'observation clinique seule, qu'il faut étudier ces symptômes. Nous allons le faire en suivant toujours Bail et Krishaber pas à pas.
1 . Troubles de la sensibilité. — Les phénomènes de dou^ lev/r existent dans les trois cinquièmes des cas. La céphalalgie est particulièrement fréquente et se trouve dans la moitié des cas. Ce symptôme peut rester seul longtemps ou même pendant toute la vie ; quelquefois elle est remplacée ensuite par les convulsions ou les paralysies.
Très-variable dans son intensité, la céphalalgie peut devenir atroce. Elle peut être intermittente. Bail cite un cas dans lequel elle afiectait le type quarte : le sulfate do quinine fut naturellement impuissant.
Le siège de la douleur est quelquefois étendu, d'autres