‹ Maladies du système nerveux; leçons faites à la Faculté de médecine de Montpellier (volume 2)Chapitre 25 sur 52 · TABES DORSAL SPASMODIQUE · texte numérisé non relu

TABES DORSAL SPASMODIQUE

Ce groupe clinique a été signalé, séparé des autres maladies de la moelle, et caractérisé pour la première fois par Erbdans un journal de Berlin en 1875''. Il a été bien étudié en France par Gharcot, qui lui a consacré une leçon clinique à la Salpêtrière, en décembre de la même année*. Les documents sont donc encore très-peu nombreux* sur une maladie de description aussi récente. Je vous analyserai simplement la leçon très-substantielle de Gharcot.

* Vulpian ; Mal. du syst. nerveux, 1877, 2« liv., pag. 48. 2 Anal, in Rev. des Se. méd., VII, 147.

' Progrès médical, novembre 1876. — Leç, sur les mal. du syst, nerveux, tom. II. — Voy. aussi la Th. de Betous:' Paris, mai 1876.

* On pourra consulter encore un travail récemment paru en Allemagne de 0. Berger.

Le vieux mot tabès dorsal exprime une maladie spinale primitive, chronique, progressant fatalement et lentement. Il peut s'appliquer à ime série de maladies, à celle-ci comme à Tataxie locomotrice. En ajoutant à ce motTadjeclUspasmodique^ on caractérise cet état morbide par son symptôme dominant, les contractures, et on a ainsi le tabès dorsal spasmodique, comme le tabès dorsal ataxique.

L'ataxie locomotrice n'avait, à l'époque de Duchenne, qu'une histoire clinique ; c'est ce qui arrive actuellement pour le tabès spasmodique. Nous allons décrire ses symptômes en les mettant constamment en parallèle avec ceux de l'ataxie locomotrice, que nous connaissons déjà.

Première période. — Le symptôme dominant et pendant quelque temps le seul, est une parésie des d'eux membres inférieurs, quelquefois plus marquée sur l'un d'eux. La marche est un peu difficile, surtout le matin au sortir du lit. Les malades se fatiguent vite, ils traînent la jambe, les membres leur paraissent lourds.

Bientôt à cette parésie s'ajoute une tendance plus ou moins prononcée aux spasmes musculaires. Alors, dans la position horizontale, au lit par exemple, les membres affectés se raidissent, d'abord de temps en temps par accès ; ils se placent dans l'extension et l'adduction, qui peuvent être portées au plus haut degré ; ils deviennent momentanément comme des barres rigides et inflexibles.

Souvent, sans cause appréciable, on voit survenir une trépidation qui peut se borner aux extrémités, peut s'étendre à tout le membre et même quelquefois au corps tout entier. C'est la trépidation spontanée.

Cette trépidation peut être provoquée par le médecin, quand on relève brusquement avec la paume de la main la pointe du pied ou l'extrémité des orteils. C'est la trépi' dation provoquée.

Nous reviendrons tout à l'heure sur ce phénomène, déjà signalé dans certains cas de dégénérescences descendantes. La rigidité et la trépidation augmentent encore quand le

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malade quitte son lit et se tient debout. Cet état gène de plus en plus la marche et tend à devenir permanent.

Quand la contracture est permanente, elle existe même au lit ; elle est cependant toujours plus intense quand le malade veut se tenir debout et marcher. S'il est assis sur un fauteuil un peu élevé, les jambes peuvent se maintenir relevées presque horizontales, à peine fléchies, les pieds ne touchant pas le sol.

Mais la marche n'est rendue complètement impraticable que dans une période très-avancée, souvent après plusieurs années.

En même temps on ne constate absolument rien du côté de la sensibilité : ni anesthésie, ni hyperesthésie ; pas de douleurs en ceinture ou autres, pas de fourmillements, ou tout à fait insignifiants. Pas ou presque pas de troubles du côté de la vessie et du rectum. Rien jusqu'à la fin du côté des organes génitaux.

Est-il besoin de vous montrer les différences que présente cette période avec la première période de l'ataxie, même avant l'incoordination : les douleurs fulgurantes, les symptômes céphaliques, les troubles génitaux, etc., suffisent à établir le diagnostic.

La différence est tout aussi tranchée à la detcxième période^ quand l'incoordination apparaît à proprement parler chez l'ataxique: à ce moment, ses membres sont souples, flexibles à l'excès, disloqués, comme des membres de Polichinelle.

C'est précisément l'inverse dans le tabès spasmodique : les membres, rigides dans toutes leurs articulations, sont énergiquement appliqués l'un contre l'autre ; ils ne peuvent être séparés qu'après des efforts considérables, dans lesquels les muscles du bassin agissent et le tronc se renverse en arrière.

Les pieds ne se détachent du sol que très-difficilement : ils produisent en progressant un bruit de frottement,

s'accrochent au moindre obstacle, s'embarrassent l'un dans Tautre.

Souvent ils sont agités par une trépidation qui peut s'étendre jusqu'à la racine du membre et même faire vibrer et osciller le corps tout entier.

Le malade marche lentement, péniblement, avec des béquilles ; mais il est assez ferme et nullement gêné par l'occlusion des yeux.

Charcot cite un passage très-remarquable d'Ollivier (d'Angers), qui avait déjà admirablement décrit la démarche de ces malades : « Chaque pied se détache avec peine du sol, et, dans l'effort que fait alors le malade pour le soulever entièrement et le porter en avant, le tronc se redresse et se renverse en arrière comme pour contrebalancer le poids du membre inférieur, qu'un tremblement involontaire agite avant qu'il soit appuyé de nouveau sur le sol. Dans ces mouvements de progression, tantôt la pointe du pied est abaissée et traîne plus ou moins contre terre avant de s'en détacher; tantôt elle est relevée brusquement en même temps que le pied est déjeté en dehors. J'ai vu quelques malades qui ne pouvaient marcher un pas, quoique appuyés sur une canne, qu'en se renversant le tronc et la tête en arrière, de telle sorte que leur allure avait quelque analogie avec celle que détermine le tétanos. » Ce tableau est évidemment applicable de tous points à la maladie que nous décrivons.

Un autre type de démarche a été présenté par une malade de Charcot.

Appuyée sur ses béquilles, elle progresse, le tronc incliné, littéralement sur la pointe des pieds. A chaque pas, par la prédominance du spasme tonique dans les muscles du mollet, le talon est fortement relevé et touche à peine le sol; les souliers sont très-usés à la pointe. Le pied, quand il est porté en avant, est pris d'une trépidation qui peut s'étendre à tout le corps; quand la malade descend sur un plan incliné, elle se sent entraînée par son

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propre poids. Elle est obligée de hâter le pas et menacée constammeût de tomber la face contre terre.

Ce second mode de progression est considéré par Erb comme le plus fréquent, et par Gharcot conmie le plus rare.

Tabe* dorsal «paamodlque (fin). — i%.tjroplrfe

lalre progressive.

Tabbs dorsal SPA8H0DIQUB. — Hxstùire clinique : 3« période. — Physiologie pathologique. — Diagnostic. — Étiologie. — Traitement.

Atrophie muscclairb progressive. — Historique. — Histoire clinique : Atrophie, contracUIité électrique, contractions fibrillaires, troubles thermiques, trophiqueSy etc.

L'heure nous a séparés, Messieurs, quand nous allions aborder l'étude de la troisième période du tabès dorsal spasmodique.

 ce moment, notre malade est, comme l'ataxique, confiné sur un fauteuil, un canapé ou un lit; ils ne peuvent marcher ni l'un ni l'autre , mais pour des causes bien différentes.

Chez l'ataxique, les mouvements sont encore possibles, violents même; ils ne manquent que de coordination. Chez l'autre, au contraire, l'impuissance vient surtout de la contracture, qui est poussée à l'extrême et qui maintient les membres dans l'extension et l'adduction forcées. La trépidation, spontanée ou provoquée, est portée à un très-haut degré; ce sont de vraies crises de convulsions dans les jambes, l'épilepsie spinale.

En même temps, aucun trouble de sensibilité, aucun phénomène céphaUque, comme dans l'ataxie. Pas de troubles urinaires ; chez les femmes, seulement, il peut y avoir une certaine difiiculté pour uriner, à cause de l'impossibilité où elles sont d'écarter les jambes. Pas de tendance aux eschares ni à l'atrophie musculaire.

La maladie, qui débute toujours ainsi par les membres

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