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tinguer cliniquement, à cause des indications particulières qu'elle présente.
5. Quoique se produisant seulement dans le voisinage du cerveau, Vhémorrhagie méningée trouble profondément et brusquement l'équilibre du contenu encéphalique; d*où secousse violente pour le cerveau tout entier, et, dans un certain nombre de cas, apoplexie.
6. Il y a deux modes différents et opposés dans la marche et le développement des tumeurs cérébrales.
C'est d'abord le développement progressif, insidieux; ce développement peut être complètement silencieux au point de vue symptomatique. Vous avez pu voir récemment, à l'hôpital, des tumeurs cérébrales multiples et considé* râbles surprendre à l'autopsie d'une malade qui n'avait présenté que de la céphalalgie pendant la vie et qui mourut subitement. Ces faits ne sont pas rares ; l'apoplexie n'a rien à voir dans leur histoire.
Mais souvent aussi les tumeurs cérébrales présentent, en plus, des poussées aiguës qui viennent brusquement modifier le tableau habituel de l'affection. Ces poussées aiguës s'accompagnent de phénomènes congestifs plus ou moins rapides, plus ou moins transitoires, et peuvent produire alors l'apoplexie.
Nous terminerons enfin par deux espèces d'apoplexie moins bien étudiées, à lésions indéterminées : les apoplexies dyscrasiques et les apoplexies nerveuses.
7. Les apoplecùies dyscrasiques sont celles qui paraissent être le résultat d'intoxication, dans lesquelles le sang paraît altéré plutôt dans sa composition, dans sa qualité, que dans sa quantité et son mode de distribution .
Cependant la dyscrasie n'empêche pas qu'il y ait souvent en même temps un des processus habituels que nous venons d'énumérer. Seulement la dyscrasie imprime à ces processus un cachet spécial, une allure particulière.
C'est ainsi que Timpaludisme, la dyscrasie paludéenne, produit l'apoplexie par congestion cérébrale ou par em-
bolie pigmentaire. Mais la congestion prend, quand elle a cette origine, une allure particulière, une marche qui lui est propre, et entraîne des indications spéciales.
C'est ainsi encore que l'urémie, la dyscrasie urémique, produit l'apoplexie probablement par œdème cérébral, par épanchements séreux cérébraux. Mais ce sont des apoplexies séreuses particulières qui ont leurs symptômes et leur marche à part, qui se distinguent des autres, ne fût-ce que par l'abaissement de la température et l'albimiinurie.
On voit par ces exemples que les dyscrasies ne figurent que provisoirement parmi les causes prochaines de l'apoplexie, à cause de l'ignorance où nous sommes de leur mécanisme d'action. Leur vraie place est dans les causes secondes, dont nous ne nous occupons pas maintenant.
8. Tous les auteurs admettent enfin un dernier groupe, celui des apoplexies nervev^es. C'est un groupe ouvert, sans caractères bien spéciaux, dans lequel on accumule tous les cas où on ne trouve pas de lésion appréciable , et duquel les progrès de la science détachent tous les jours de nouvelles espèces.
Apoplexie (fin). — Xroublea circulatoires S iHnémle
cérébrale.
APOPLEXIE. — Diagnostic de l'apoplexie en elle-môme; des diverses espèces
d'apoplexie. — Pronostic. — Trait&inent, Troubles circulatoires. — Possibilité des troubles circulatoires cérébraux.
— Historique.
Anémie cÊRÊBRàLE. — Différentes espèces d'anémie cérébrale. — Ètiotogie.
— A. Causes de ranémie générale. Conditions prédisposantes. Causes : 1. État du cœur; 2. État de la circulation générale.
La fin de la dernière leçon a dû vous démontrer, Messieurs, la justesse des considérations que j'émettais au commencement. Vous avez vu que l'apoplexie ne peut être confondue, ni avec une lésion ni avec une maladie donnée, que c'est un syndrome clinique qui peut correspondre à des lésions très- variées, comme l'hémorrhagie, le ramollissement, la congestion du cerveau, et à des maladies trèsdifférentes, comme l'impaludisme, le mal de Bright, etc.
Il faut maintenant apprendre à reconnaître ce syndrome quand il se présente, et en même temps à distinguer dans chaque cas particulier la lésion ou la maladie qui tient cette apoplexie sous sa dépendance.
Le Diagnostic comprend en effet un double problème : il faut d'abord reconnaître l'apoplexie et la distinguer de ce qui n'est pas elle; il faut ensuite déterminer à quelle espèce étiologique particulière on a affaire dans chaque cas donné.
Diagnostic de Vapopleone en elle-même, — Si vous vous rappelez les grands caractères cliniques que nous avons condensés dans la définition proposée en tète de la dernière
leçon, vous aurez les principaux éléments de ce diagnostic différentiel.
Dans la syncope^ le malade est sans connaissance et sans * mouvements ; mais T absence de respiration stertoreuse et surtout l'arrêt du cœur excluent Tapoplexie.
V asphyxie se distinguera par la teinte cyanosée de tout le corps, le refroidissement des extrémités, l'apoplecticpie, au contraire , a une température normale ou élevée et le faciès vultueux. Dans l'asphyxie , il y a une respiration anhélante bien plus accentuée. Ensuite ne négligez jamais Texamen de la poitrine, qui trancherait ladifiSculté. Enfin, dans la marche des accidents, la connaissance des causes, le mode de début progressif et non subit de Tasphyxie, vous trouverez des signes importants pour lever toutes vos hésitations.
Vépilepsie^ qui semble d'abord si différente de l'apoplexie, peut cependant tromper quelquefois.
Il y a d'abord les petites attaques non convulsives, dans lesquelles le malade reste sans connaissance et sans mouvement pendant quelque temps. Trousseau a très-bien étudié et décrit ces petites attaques, si bien môme qu'il a considéré coname de l'épilepsie toutes les apoplexies transitoires. C'est là une exagération, mais qui prouve combien il faut se méfier de la confusion. Vous tirerez principalement les signes distinctifs des antécédents du malade, de la répétition des mêmes accidents à différents intervalles chez le même malade et des conditions étiologiques.
La grande attaque convulsive elle-même peut être confondue. Dans l'apoplexie, en effet, les convulsions sont rares, mais enfin elles peuvent se présenter. Si l'on connaît les antécédents du malade, le mode de début et de développement des accidents, le diagnostic est facile. Si, au contraire, on a porté le malade en pleine attaque, sans connais* sance, il y a des cas où il faudra savoir attendre un peu pour être fixés.
Enfin, l'état de mal épileptique peut aussi simuler, et à un
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haut degré, l'attaque d'apoplexie. La distinction se fera par les antécédents, la succession des attaques, et aussi par Tappréciation de la température, qui s'élève rapidement et reste élevée dans l'état de mal.
Vv/rémie ou Véclampsie peuvent également en imposer pour l'apoplexie. La détermination du mal de Bright antérieur ou de l'état puerpéral, l'examen de l'urine, le mode de développement des accidents, serviront à établir le diagnostic. La température sera aussi d'un grand secours, car, d'après les recherches de Gharcot et Bourneville, elle est plus élevée dans l'apoplexie que dans l'éclampsie et surtout que dans l'urémie, qui s'accompagne d'un abaissement hyponormal de température.
Les auteurs signalent encore les maladies cérébrales an-ciennes comme pouvant entraîner un état de marasme et de dépression dans lequel toutes les fonctions cérébrales sont à peu près suspendues, comme dans l'apoplexie. Les antécédents du malade et le mode de développement éclaireront sur ces états, que l'on ne risquera de confondre que si l'on est absolument dépourvu de toute espèce de renseignements.
GeTtainesmaladies graves, commel'ictère grave, la variole, le rhumatisme articulaire, et surtout la fièvre typhoïde, peuvent entraîner des états qui imitent de plus ou moins loin l'état apoplectique. Vous n'aurez qu'à rechercher dans ces cas les autres symptômes des maladies en question, comme, pour la fièvre typhoïde : les taches rosées, les phénomènes abdominaux, la marche de la température, etc.
Vous pouvez encore avoir à distinguer ïanémie cérébrale profonde, comme elle se développe, par exemple, à la suite des hémorrhagies considérables, des hémorrhagies internes. Si l'on ignore cette circonstance pathogénique ( qui empêcherait toute hésitation), la pâleur extrême de tout le corps, le refroidissement de la peau, la persistance de l'intelligence, qui ne s'obscurcit que progressivement, éclaireraient le diagnostic.
Â^OFLEXIfi. 65
Enfin, vous distinguerez les empoisonnements en reconnaissant chez votre malade les signes spéciaux à chaque intoxication particulière: comme la dilatation des pupilles, la sécheresse de la gorge, le délire avec hallucinations, pour la belladone, etc.
L'alcoolisme doit être distingué dans Tivresse simple et dans le delirium trewsns. Dans le premier cas, le faciès, le pouls et la température normale, quelquefois les vomissements, et le plus souvent l'odeur alcoolique que dégage le malade, vous fixeront rapidement. Dans le second cas, les phénomènes d'excitation, le délire agité si caractéristique , l'absence habituelle de fièvre et surtout le tremblement significatif des mains , excluront l'idée de l'attaque d'apoplexie.
Diagnostic de V espèce d'apoplexie. — Une fois que vous êtes arrivés au diagnostic d'apoplexie, il est de la plus haute importance de déterminer à quelle espèce d'apoplexie vous avez affaire.
Vous tâcherez d'abord de distinguer si c'est une apoplexie séreuse ou sanguine. La coexistence d'hydropisies actuelles ou antérieures dans d'autres parties du corps, la pâleur et la boufiBssure des téguments, la connaissance des conditions étiologiques, vous feront diagnostiquer l'apoplexie séreuse; tandis que la face congestionnée, vultueuse, le pouls fort, les paralysies limitées, vous feront plutôt penser à l'apoplexie sanguine.
Une fois ce diagnostic posé, vous penserez à une tumeur cérébrale si vous connaissez l'histoire du malade et si vous y découvrez des phénomènes constants, peu bruyants, mais habituels, ayant précédé pendant un certain temps les phénomènes surajoutés, transitoires, delà poussée actuelle.
C'est aussi dans la considération de la période qui a précédé l'apoplexie que vous puiserez les éléments du diagnostic de l'hémorrhagie méningée. Hardy et Béhier déclarent le diagnostic impossible entre l'hémorrhagie cérébrale et l'hémorrhagie méningée. C'est vrai si vous
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ne connaissez que Tattaque elle-même. Mais comme Thémorrhagie méningée succède le plus souvent à la pachyméningite, qui a son étiologie spéciale et ses symptômes particuliers, vous aurez dans la connaissance de ce tableau prodromique des motifs suffisants pour établir votre diagnostic.
La congestion se distinguera souvent de Thémorrhagie et du ramollissement par Tabsence de paralysie circonscrite, de signe de lésion en foyer. Mais il ne faut pas attacher une trop grande importance à ce fait : vous avez vu, comme moi, des apoplexies purement congestives accompagnées cependant d'hémiplégie.
C'est la fugacité, le caractère transitoire des phénomènes, qui sera le meilleur signe diagnostique. Et il n'y a aucun inconvénient clinique à traiter l'apoplexie par hémorrhagie comme l'apoplexie par congestion, en attendant que la plus ou moins grande durée des accidents tranche le diagnostic.
Mais une variété de ce groupe importante à diagnostiquer, et à diagnostiquer vite, est l'apoplexie palustre, la fièvre pernicieuse à forme apoplectique. Tenez grand compte, pour ce diagnostic, des antécédents du sujet, du lieu qu'il habitait quand il est tombé malade, des phénomènes qui ont précédé l'apoplexie. L'homme dont je vous rappelais l'histoire dans la dernière leçon, avait déjà été traité pour des fièvres intermittentes ; il habitait une contrée éminemment palustre et venait à Montpellier se faire soigner pour de nouveaux accès, quand il fut frappé des accidents apoplectiques. Tenez compte également des frissons qui ont pu précéder les accidents , des sueurs qui ont pu les suivre, du faciès terreux spécial des palustres et de l'état de la rate. Enfin, suivez la marche de la fièvre avec le thermomètre. Ne vous attendez pas à trouver les trois stades de l'accès classique ; vous ne trouverez pas non plus une température très-élevée: certains accèsbénins approcheront de 41®, tandis que certains accès pernicieux ne dépasseront pas 39®. Tenez compte surtout des rémissions dans la courbe de la
marche de la fièvre, et, si vous avez quelque hésitation, quelque chance d'avoir affaire à une fièvre pernicieuse, donnez hardiment le sulfate de quinine sans attendre la certitude du diagnostic, et surtout sans attendre la chute complète de la température.
Il resterait à vous parler du diagnostic difiTérentiel entre les deux espèces d'apoplexie les plus communes et aussi les plus difiBciles à distinguer : l'apoplexie par hémorrhagie et l'apoplexie par ramollissement. Il y a des signes qui permettent ce diagnostic dans un certain nombre de cas. Nous préférons ne les exposer que quand nous aurons étudié en elles-mêmes les deux lésions dont il s'agit.
Je n'ai pas besoin de vous dire que le Pronostic est toujours grave. La question est de savoir s'il y a, dans les symptômes et la marche de l'attaque, quelques signes dont la valeiir pronostique soit plus grande et doive être précisée.
L'état de la circiQation et de la respiration constitue à ce point de vue im élément de premier ordre. C'est par là que les malades succombent. Quand ces fonctions sont atteintes, on peut dire que, plus elles sont profondément atteintes, plus la fin est proche.
L'état de la température a aussi une grande importance. L'ascension continuelle du thermomètre est un -signe des plus fâcheux, et quand la température a dépassé 40oet croît encore, c'est un signe à peu près certain de mort.
L'eschare précoce est aussi un signe très-grave. Enfin, toutes les complications, comme l'engouement pulmonaire, par exemple, annoncent et précipitent la terminaison funeste.
Traitement. — « En médecine pratique, dit Schiitzenberger, en tête du traitement de l'apoplexie, il ne faut jamais se placer au point de vue de l'inutilité des secours de l'art, quand la certitude n'est pas absolue. y>
Si, en face d'une apoplexie, on ne prenait en considé-
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ration que l'état anatomique local réalisé, si Ton ne cherchait ses indications que dans Thémorrhagie même ou dans le ramollissement, on se croiserait les bras, dans la conviction de FimpuissaAce où l'on est en face d'une lésion déjà consommée .
Il faut, au contraire, considérer ce que nous appelons ici l'élément fluxionnaire, la fluxion, ce mouvement anormal des liquides de l'économie qui précipite le sang ou la sérosité vers le cerveau. C'est de cette fluxion, qui se continue, qui se prolonge, que vient le principal danger. C'est elle que vous devez combattre.
Nous reviendrons sur cet important sujet, à propos du traitement de la congestion cérébrale. Je vous le signale simplement ici en passant.
La première indication est donc de détourner le mouvement fluxionnaire. Gomme la chose presse, vous combinerez en général plusieurs moyens dans ce but. Les sinapismes sur les parties inférieures du corps, les purgatifs, les lavements purgatifs, produisent une révulsion sur la peau et sur le tube digestif. Les sangsues ou les petites saignées peuvent également être employées comme dérivatifs ou révulsifs. Vous placerez des sangsues au fondement, ou mieux derrière les oreilles ; en ce dernier point, vous en mettrez d'emblée un très-grand nombre, ou bien vous les maintiendrez pendant longtemps l'une après l'autre.
Quelquefois il y a en même temps un état d'éréthisme circulatoire généralisé, ce que les anciens appelaient l'état inflammatoire. Dans ces cas-là, il ne suffit pas de chercher à détourner la fluxion, il faut dégorger le système circulatoire tout entier. C'est cette indication déplétive que remplira la saignée copieuse par laquelle il faudra souvent commencer le traitement.
Dans l'apoplexie séreuse, la saignée générale pourra être aussi indiquée pour dégager le système veineux, qui est le siège d'une stase dangereuse, mais les sangsues seront rarement indiquées dans cette forme. Vous devrez le plus
TROUBLES CIRCULATOIRES. t)9
souvent insister sur les diurétiques, et surtout sur les purgatifs, les drastiques.
Enfin, s'il s'agit d'une apoplexie d'origine paludéenne, ayez immédiatement recours au spécifique. Sans attendre une rémission, que la mort précéderait, administrez i gram. de sulfate de quinine en injection hypodermique et continuez le traitement de cette manière. L'emploi de la quinine dirigée contre le fond de la maladie n'exclut pas du reste l'emploi des révulsifs con#e sa forme actuelle et sa localisation cérébrale. Vous combinerez donc l'emploi du sulfate de quinine et la médication révulsive indiquée plus haut.
(Congestion et Anémie cérébrales ^ )
En 1783, Monro avait avancé qu'à cause de l'inextensibilité des parois crâniennes et de l'incompressibilité du contenu, il n'était pas possible qu'il y eût des variations dans la quantité de sang contenue dans le cerveau. Kellie développa la proposition, et voulut montrer qu'en effet les émissions sanguines n'anémient pas le cerveau et que la ligature ou la compression des veines du cou ne le congestionnent pas.
'L'École anglaise adopta d'abord cliniquement ces propositions erronées, qui pénétrèrent même en France. Mais bientôt on protesta de divers côtés. Burrows montra que cliniquement c'était inexact. Donders le fit voir directement en remplaçant par un petit morceau de verre un fragment de crâne trépané. Aujourd'hui, le principe de Monro et Kellie est complètement abandonné.
D'abord la tension sanguine peut augmenter dans le cerveau sans que le volume occupé par les vaisseaux change. Ainsi, dans des tubes inextensibles, la pression sanguine peut
' Voy. PotaiQ ; in Dicl. encycl. (ks Se. méd.^ et Nolhnagel, in Uandbuch de ZieiDssen.
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augmenter ou diminuer : cela suffit à produire des phénomènes de congestion et d'anémie. Leyden et JoUy ont démontré que la pression sanguine intra-crânienne augmente dans la stase veineuse et diminue dans Tanémie artérielle.
De plus, il y a dans le crâne un autre élément à quantité variable , dont les fluctuations compensent celles du sang. On dit habituellement que c'est le liquide céphalorachidien. C'est vrai , mais c'est insiiffisant. Il faut dire : tout le liquide lymphatique.
Le liquide céphalo-rachidien peut se porter en quantité variable dans le crâne on dans le canal rachidien. Mais de plus le cerveau, comme tous les organes, est tout imprégné de lymphe. Robin avait déjà décrit les gaînes lymphatiques qui sont autour des vaisseaux. Axel Key et Retzius ont montré des gaînes lymphatiques pour ainsi dire autour de tous les éléments nerveux * . Ranvier a démontré que le tissu conjonctif tout entier est un vaste espace lymphatique, une vaste séreuse parcourue par des filaments tapissés de cellules plates et formant un cloisonnement incomplet. Les cellules araignées de la névToglie seraient de même le simple résultat de l'entrecroisement des filaments de cet ordre avec une cellule endothéliale au nœud. Le cerveau tout entier est donc imprégné de lymphe.
Sans qu'on ait pénétré exactement les points de communication entre ce système et le système lymphatique général, Schwalbe, par exemple, a vu que des injections sous la dure-mère entraînent le gonflement des lymphatiques et des ganglions du cou.
Voilà donc tout un système intra-crânien qui peut contrebalancer le système sanguin. Gaethgens a montré directement que l'injection d'une certaine quantité de sang défibriné, à haute pression, dans la carotide, détermine im fort écoulement par les vaisseaux lymphatiques du cou.
1 Bev, des Se, méd., tom. I, pag. 13.
On peut donc supposer que, d'une manière générale, les choses se passent de la façon suivante : Quand une cause agit pour hyperémier le cerveau, le système lymphatique s'exprime, se vide, et, si la cause persiste et dépasse certaines limites, la tension s'élève. Le contraire arrive si c'est une cause anémiante.
Il y a du reste des variations physiologiques de la quantité de sang contenue dans le cerveau, que l'on peut exagérer en comprimant les carotides ou les veines jugulaires. Giacomini et Mosso les ont récemment bien étudiées dans des recherches ingénieuses ^ .
La possibilité de la congestion et de l'anémie cérébrales est donc un fait incontestable et que personne ne songe plus à nier.
Il est curieux que la congestion cérébrale ait été beaucoup plus anciennement étudiée que l'anémie, et que pendant très-longtemps on ait attribué à la congestion seule les troubles fonctionnels cérébraux qui peuvent être la conséquence de l'hyperémie ou de Tanémie.
* Une femme de 37 ans, après une lésion syphilitique des parois crànienaes, avait perdu une grande partie de Tos frontal et les deux pariétaux. Giacomini et Mosso appliquèrent un tambour explorateur de Marey sur Touverture du crâne, et enregistrèrent les résultats. Ils ont constaté ainsi, dans le repos absolu de l'esprit et du corps, trois espèces de mouvements : i^ des pulsations à chaque contraction du cœur ; 2® des oscillations correspondant aux mouvements de la respiration ; 3» des ondulations (courbes plus amples) dues aux mouvements des vaisseaux pendant l'attention, l'activité cérébrale, le sommeil (et autres causes inconnues, mouvements spontanés des vaisseaux, démontrés pour Tavant-bras par Mosso avec le pléthysmographe).
Pendant le sommeil profond, avec ronflement, il y a une augmentation très-considérable dans la hauteur des pulsations cérébrales. Après compression des carotides, quand on rétablit le cours du sang, le cerveau augmente rapidement de volume. Par la compression des veines jugulaires, on produit aussi une augmentation de volume du cerveau. Puis, après 20 ou 30 secondes de congestion veineuse, le volume diminue.
.... Pendant l'occlusion des artères fémorales, les pulsations cérébrales sont plus aiguës et plus élevées. Chaque mouvement du corps, tout travail intellectuel, se réfléchit sur le cerveau, qui subit une modification visible dans le volume et la forme des pulsations. (Acad. des Se, 3 janvier 1877.)
Galien, je crois, connaissait déjà cliniquement la congestion cérébrale ; il savait la valeur diagnostique et pronostique de la vue de la barre rouge. Il faut arriver à Boerhaave pour trouver une mention nette de Tanémie cérébrale. Van Swiéten la développe, et, chose remarquable, décrit après Bonnet les thromboses et les embolies, dont on parle tant depuis Virchow. — Plus tard, on étudie cliniquement Fanémie cérébrale à la suite des hémorrhagies.
A notre époque, les études se développent. Piorry analyse ces troubles cérébraux que l'on éprouve quelquefois en se baissant ou en se relevant, c'est-à-dire en produisant de très-légères variations dans la circulation cérébrale. — Puis viennent les travaux contemporains sur la thrombose et l'embolie, et l'histoire de l'anémie cérébrale prend définitivement place à côté de Thyperémie du cerveau, dans tous les traités classiques.
Nous étudierons successivement l'anémie et la congestion cérébrales.
Différents cas peuvent se présenter, qui doivent être nécessairement distingués en clinique.
D'abord, l'anémie cérébrale peut se présenter seule, comme phénomène principal , dans une maladie donnée ; ou bien elle peut être confondue dans une anémie générale de tout le corps, dont elle ne constitue alors qu'une partie, un élément. Nous n'avons à nous occuper ici que de la première de ces deux espèces. Du reste, pour la seconde, on retrouvera dans le tableau général les symptômes particuliers de l'anémie cérébrale, que par l'analyse on reconnaîtra semblables à ceux de la première catégorie.
En second lieu, l'anémie peut s'étendre à tout le cerveau ou se limiter à une partie de cet organe. C'est là une distinction capitale à tous les points de vue : étiologie, symptômes, etc., tout est différent.
Enfin, le tableau changera suivant la rapidité avec la-
quelle Tanémie se développe : ainsi , certaines anémies sont subites, d'autres progressives. C'est ainsi que l'anémie cérébrale qui succède à une grande hémorrhagie diffère essentiellement de l'anémie cérébrale des convalescents.
Nous devons évidemment tenir grand compte de toutes ces divisions dans le tableau d'ensemble que nous sommes obligé de faire ici.
L'Étiologie comprend la notion des conditions prédisposantes et r étude des causes proprement dites.
Conditions prédisposantes. — L'enfance est d'une manière générale très-prédisposée à l'anémie cérébrale. Gravez bien ce principe dans votre esprit, parce qu'il doit gouverner toute la thérapeutique de l'enfance, et vous empêcher d'attribuer à la congestion cérébrale des phénomènes que souvent les émissions sanguines aggraveraient singulièrement.
On peut invoquer plusieurs causes pour expliquer cette facihté de développement de l'anémie cérébrale chez l'enfant. D'abord, il est très-exposé à diverses maladies, telles que les diarrhées, l'inanition (l'athrepsie de Parrot), qui produisent l'anémie cérébrale. D'autre part, les troubles circulatoires se produisent très-facilement chez, les enfants : ils pâlissent et rougissent aisément ; le moindre petit accident local entraîne facilement des troubles de cet ordre. Potain ajoute encore à ces causes l'inocclusion des fontanelles : l'action de la pression atmosphérique s'exercerait par là et gênerait l'afflux du sang.
Nous ajouterons qu'à cet âge le cerveau travaille trèspeu, le tube digestif au contraire beaucoup, presque exdusivement. De là une tendance des mouvements fluxionnaires à se diriger vers l'abdomen et à anémier le cerveau. Toutes ces causes peuvent du reste se réunir pour donner naissance au fait clinique, incontestable en lui-même.
Le vieillard est aussi disposé à l'anémie cérébrale. Mais ici c'est l'altération des vaisseaux, si fréquente à cet âge, qui est l'élément pathogénique essentiel.
L'âge de croissance facilite aussi le développement de l'anémie cérébrale. L'époque d'établissement de la menstruation, les diverses phases de la vie puerpérale, la lacta^ tion, etc., auront aussi une influence facile à comprendre.
Pour ces causes et par nature, la femme est plus disposée que l'honune à l'anémie cérébrale ; d'une manière générale, les personnes à tempérament nerveux, à tégtunents pâles. On retrouverait du reste ici tout l'ensemble des conditions qui favorisent le développement de l'anémie en général.
Ca/uses. — La circulation d'un organe dépend de trois éléments : l'état du cœur, l'état de la circulation générale, l'état particulier des vaisseaux de l'organe. Il faut l'intégrité de ces trois éléments pour que la circulation soit normale, à cause de l'étroite solidarité qui unit les divers points de l'arbre circulatoire.
Le second élément (état de la circulation générale) peut se subdiviser, car il faut à la fois que la quantité, la distribution et la qualité du sang soient normales.
Les causes de l'anémie cérébrale résideront dans un trouble porté à l'un quelconque de ces éléments, et peuvent par suite être classées d'après le tableau suivant :