‹ Maladies du système nerveux; leçons faites à la Faculté de médecine de MontpellierChapitre 18 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

Le court péronier latéral es{ un abducteur, et le seul abducteur indépendant. Le long extenseur des orteils est bien abducteur aussi , mais il ne produit ce mouvement qu'en fléchissant le pied, et le long péronier latéral est encore abducteur, mais en étendant le pied.

Dans la paralysie du court péronier, le sujet ne peut pas porter son pied en abduction sans produire simultanément la flexion ou l'extension. De plus, le pied a une tendance à se tourner sur son bord externe et à devenir varus, notamment par l'action du jambier postérieur.

Duchenne a rencontré deux fois l'atrophie isolée de ce muscle.

Le jambier antérieur préside à trois mouvements normaux : la flexion du pied sur la jambe, l'élévation du bord interne du pied et l'adduction du pied.

Après la paralysie de ce muscle, la flexion n'est pas impossible : le long extenseur l'assure, mais en abduction, au lieu de la produire en adduction, comme fait le jambier antérieur. De plus, la force de flexion est diminuée et le pied ^ une grande tendance à devenir équin. — La flexion en adduction peut aussi être faite pendant quelque temps par l'extenseur propre du gros orteil; on voit alors cet orteil fortement étendu dans les efforts que fait le sujet pour fléchir le pied et le porter en dedans. Du reste, ce muscle se fatigue vite, et alors le mouvement devient impossible. De plus, le malade a de la peine à élever le bord interne du pied.

Le long extenseur des orteils joue un rôle analogue au précédent, sauf qu'il agit dans l'abduction au lieu d'agir dans l'adduction. Vous voyez donc comment les conséquences de ces paralysies seront analogues, en tenant compte de cette différence.

De plus, ce muscle, l'extenseur propre du gros orteil et le pédieux agissent sur les orteils eux-mêmes : ils étendent les premières phalanges.

Si maintenant tout le poplité externe est paralysé, on a

PABALYSIB DBS NERFS DES MEMBRES. 407

une paralysie de tous les muscles de la région antérieure de la jambe : le pied pend en bas, ne peut pas être relevé, fléchi ; r abduction est impossible et l'adduction est trèsimparfaite. Dans la marche, la pointe du pied racle le sol. Les malades suppléent à l'extension du pied en soulevant très-haut la jambe et en projetant ensuite en avant le pied, dont ils appliquent d'abord sur le sol la pointe et le bord exterae, ce qui donne quelque chose de caractéristique à la démarche de ces sujets.

Ultérieurement, les déformations sont aggravées par la contracture des muscles du mollet.

Passons au domaine du sciatique poplité interne.

Le principal usage du triceps sur al est d'étendre fortement le pied, et puis de le dévier de manière aie faire reposer sur le bord externe en même temps que la pointe va un peu en dedans et le talon en dehors.

Quand ce muscle est paralysé, le talon s'abaisse, et en même temps le talon antérieur est également entraîné en bas par le long péronier : d'où un talus pied creux. — Les sujets ne peuvent pas se tenir sur la pointe des pieds, etc.

Le jambier postérieur est un adducteur réel et indépendant, comme le court péronier est abducteur.

Duchenne n'en a jamais observé de paralysie isolée ; mais on peut déduire les signes de cette paralysie en renversant ceux de la paralysie du court péronier : impossibilité de l'adduction indépendante et difficulté pour relever le bord interne du pied.

La paralysie des fléchisseurs des orteils entraîne l'impossibilité de fléchir les deux dernières phalanges, etc.

Les interosseuœ meuvent latéralement les orteils, fléchissent la première phalange et étendent les deux dernières. D'où, dans leur paralysie, des griffes spéciales faciles à prévoir, par analogie avec celles que nous avons décrites pour la main. — Toutes ces notions sont importantes à connaître et à retenir pour la pathogénie des divers pieds bots.

408 VINGT-CINQUIÈME LBÇOM.

Si le poplité interne est paralysé dans son ensenable, on a une paralysie de tous les muscles de la partie postérieure de la jambe , paralysie de Textension du pied, de la flexion des orteils et de leurs mouvements latéraux.

Enfin, le tronc du sciatique lui-même peut être atteint au-dessus de sa division ; alors les fléchisseurs de la jambe sur la cuisse sont également paralysés {demi-tendineva^^ demi-membraneux et biceps) : les malades ne peuvent ni fléchir le genou, ni rapprocher le pied du siège, ni s'opposer à Textension passive de la jambe.

Si la paralysie du sciatique est complète, le malade peut encore marcher, mais en se servant de sa jambe comme d'une échasse ou d'une jambe de bois, la mettant en mouvement par les muscles de la cuisse et la projetant ainsi en avant. La marche est très-imparfaite ; mais enfin le sujet peut encore progresser, même avec une paralysie bilatérale du sciatique.

Les troubles de la sensibilité accompagnent habituellement cette paralysie ; leur distribution varie suivant le domaine du nerf atteint.

La paralysie du poplité externe entraîne l'anesthésie à la région antérieure et externe de la jambe, au dos du pied et sur la plus grande partie des orteils. Celle du poplité interne l'entraîne à la face postérieure de la jambe, à la plante du pied et à la face plantaire des orteils. Si la lésion siégeait dans la moelle, à l'origine du nerf ou un peu plus haut, l'insensibilité s'étendrait à la région sacrée, au scrotum et au pénis (ou aux grandes lèvres), à l'urèthre, à la vessie et au rectum.

Les troubles de circulation sont fréquents dans le membre paralysé, tels que stase, cyanose, coloration rougebleuâtre, marbrée, et refroidissement de la peau. Plus rarement et d'une manière transitoire, on a noté une élévation locale de température au début des paralysies traumatiques.

Les troubles Prophiques sont assez fréquents dans les paralysies graves du sciatique, et surtout l'atrophie des

muscles. Erb a vu de Thypertrophie dans un cas ; d'autres fois ce sont de Therpès, du pemphigus, des eschares en divers points, etc.

Quand la lésion est centrale, il peut aussi y avoir paralysie du gros intestin et de la vessie.

Rien de spécial à dire pour T exploration électrique.

Tous lés signes indiqués suffiront en général pou» fixer le Diagnostic et pour permettre même de préciser facilement le siège de la lésion, quelquefois sa nature, et par suite son Pronostic,

5. Enfin, comme au membre supérieur, on observe le plus souvent des PARALYSIES complexes, constituées par des associations variées des paralysies particulières que nous venons de décrire. Nous citerons comme exemple le fait ■ suivant que nous avons récemment observé à l'hôpital Saint-Éloi, et dans lequel, à la suite d'un traumatisme, la paralysie avait frappé spécialement le crural et le sciatique poplité externe.

Un soldat du 2* génie, âgé de 22 ans, était en état dïvresse le jour de Pâques (21 avril 1878) ; il se laissa choir du haut du rempart de la Citadelle, à peu près de la hauteur d'un second étage. Il lui est impossible d'expliquer comnàent et sur quelle partie du corps il est tombé. Quand il revint à lui, il ne pouvait pas marcher, la jambe droite était incapable de tout mouvement. Apporté d'abord à la clinique chirurgicale, on le place dans une gouttière de Bonnet ; puis on le chloroformise et on s'assure qu'il n'y a rien dans l'articulation. On l'envoie alors dans mon service, à la clinique médicale, le 15 mai.

Le pied est en équin ; le malade ne peut pas le relever ni étendre les orteils. La flexion au genou est possible, mais l'extension est impossible. Il ne peut pas soulever le membre dans son ensemble et détacher le talon du lit. En somme, la paralysie porte sur les muscles de la région

antérieure du membre inférieur. L'excitabilité électrique des nerfs et des muscles est fortement diminuée pour le courant d'induction. — La sensibilité est très-obscure à la partie antéro-externe de la jambe droite.

On commence immédiatement la faradisation des muscles paralysés. On fait une séance tous les deux jours. Le pied ^st relevé à apgle droit par le courant induit après deux séances. Le 23 mai, le malade détacbe spontanément le talon du lit. Le 3 juin, il relève bien la jambe tout seul ; la sensibilité est revenue dans les parties anestbésiées. Le 10 juin, il appuie le pied par terre et fait quelques pas en s' appuyant sur une canne. Mais il est vite fatigué et ne peut guère se tenir debout, à cause de la faiblesse du triceps. L'amélioration continue, et le 30 juin, quand nous quittons le service, il marche sans canne ni point d'appui. Cependant les muscles paralysés n'ont pas encore recouvré leur intégrité complète.

Impotence ronetlonnelle. — Convulsion i

du XrUumean.

Impotence fonctionnelle ( spasmes fonctionnels ). — I. Crampe des écrivains : Ëtiologie ; symptômes ( spasmes , tremblements, parésie ) ; marche, durée et terminaisons; diagnostic; nature et traitement. — II. Autres exemples d'impotence fonctionnelle : Observeiixons de Duchenne, Onimus, Wilde, Eulenburg, Schulz et Weir Mitchell.

Convulsions du truumbau. — Symptômes : Spasme tonique ( trismus ) et clonique ( claquements et grincements de dents ) . — Étiologie. — DiagnostiCj Pronostic et Traitement.

Nous avons terminé, Messieurs, l'étude des paralysies des différents nerfs de l'économie. Avant d'entreprendre la description des convulsions et contractures de ces mêmes nerfs, nous allons nous occuper des spasmes fonctionnels ou IMPOTENCE fonctionnelle* . Ges troubles nous serviront de transition naturelle , car ils sont constitués à la fois par de la paralysie et des convulsions.

On comprend en effet sous ce nom une série d'états dont la crampe des écrivains est le type, et qui consistent en divers troubles de motilité produits par un fonctionnement musculaire donné et à l'occasion de ce fonctionnement. Le mot « crampe des écrivains » est trop étroit, parce qu'il ne s'applique qu'à un des exemples de ce groupe : les écrivains ne sont pas les seuls à être frappés.

De plus, ce n'est pas toujours une crampe, ni toujours un spasme.

* J. Simon ; Art. Crampe des écrivains, in Nouv. Dict. méd. et chir.

prat. — Duchcnne; Electris. local, y 3« édit., pag. 1021. — Gallard;

Clin, méd., pag. 445. — Erb; Art. Schreibekrampf , m Hdb, Ziemssen^

pag. 310. — Eulenburg; Lefirb. der Nervenkrank., 2« édit., tom. y, pag.

194 et 252.

Le mot <r impotence fonctionnelle » me paraît être le meilleur, car la paralysie, le tremblement, les convulsions, tout ce que Ton observe dans ces cas, a pour aboutissant commun; Timpotence fonctionnelle.

Nous décrirons d'abord à part la crampe des écrivains, et puis nous grouperons dans un second paragraphe les autres faits d'impotence fonctionnelle.

I. Crampe des écfuvains. — Étiologie, — C'est l'abus de récriture qui est la principale cause de celte crampe ; on la rencontrera donc surtout chez les secrétaires, les gens de bureau, les écrivains, les savants, etc. Cependant il ne faudrait pas croire que le développement de cette maladie fût absolument en rapport avec la quantité de pages et le nombre de lignes écrites.

Il y a un certain nombre de circonstances qui ont une influence adjuvante incontestable. Ainsi, les mauvaises dispositions matérielles pour écrire , agissent : quand on est sur une table incommode, qu'on écrit au bas d'un registre la main non appuyée, quand il faut faire des eflfbrts considérables et anormaux pour tenir une plume.

De plus, dans les administrations, Gallard a remarqué que la crampe frappe plutôt les fonctionnaires d'un ordre élevé que les commis inférieurs, qui écrivent cependant beaucoup plus ; ce qui influe ici, c'est le travail cérébral continuel se produisant en même temps que le travail mécanique de la main et étant le plus souvent dirigé dans un sens différent. Ainsi, ces employés supérieurs donnent beaucoup de signatures ; pour cela, ou ils les donnent sans y faire attention, et alors ils réfléchissent à autre chose pendant que leur main travaille ; ou bien ils sont préoccupés de parcourir rapidement les pièces qu'on leur fait signer, et leur esprit travaille encore beaucoup ; et ces personnes ont la crampe des écrivains, quoiqu'au fond leur travail physique, matériel, soit peu intense.

D'autres circonstances se retrouvent encore ici, comme

IMPOTENCE FOxNCTIONNELLE. 413

dans toutes les maladies du système nerveux ; les préoccupations morales, par exemple. Un employé observé par Gallard craignait de perdre sa place à cause de sa mauvaise écriture ; il prenait des leçons, et il fut atteint de la crampe pendant qu'il luttait ainsi entre son ancienne et sa nouvelle manière d'écrire.

L'hérédité joue encore quelquefois un rôle curieux. Ainsi, Gallard cite un notaire qui fut pris avec sa sœur et sa mère, quoique ces deux dernières ne fissent pas le moindre excès d'écriture. — Le même clinicien a bien mis en lumière l'influence des diathèses rhumatismale ou surtout goutteuse sur le développement de ces spasmes ; il a aussi noté un eczéma chez quelques malades. Enfin, le froid et les traumatismes ont pu être invoqués comme causes occasionnelles.

Il est intéressant de voir ainsi les états généraux, les maladies constitutionnelles, les tempéraments morbides, intervenir dans le développement d'une maladie qui paraît si complètement locale, dont la cause paraît si directe et si absolument circonscrite.

Felton* avait émis l'idée que les plumes métalliques étaient l'origine de la crampe des écrivains ; on a même appelé cette maladie Steel peu palsy ; et on s'appuyait sur cette hypothèse que l'électricité du corps est conduite au dehors par l'acier, d'où l'afiTaiblissement du bras(!).

La théorie est au moins étrange et le fait lui-même n'est nullement prouvé.

Les Symptômes se présentent sous des formes variées. 1 . Quelquefois c'est une simple contraction indolente anormale d'un ou plusieurs muscles qui ne sont plus dans l'état synergique voulu pour le mouvement désiré. Ainsi, l'index s'étend, se détache de la plume ; ou bien il y a extension brusque d'une phalange ou flexion des autres... Ces mouvements anormaux, qui s'observent le plus souvent

* Cité par Beard dans un travail anal, in Joum. thérap., 187'/, IV, 637.

414 yiN&T-6IXIÉME LEÇON.

dans les muscles des doigts, peuvent aussi se passer dans le poignet. Duchenne a vu, chez un sujet, un mouvement de supination qui retournait brusquement le bec de la plume en l'air, dès que le sujet voulait écrire.

Au lieu de cette contraction simple et indolente, on observe quelquefois une véritable crampe. Dans un cas de Gallard, il y avait flexion forcée et douloureuse à briser le porte-plume.

Ces contractions ne se produisent d'abord que quand le malade a beaucoup écrit, et elles durent peu; mais plus tard elles prennent naissance dès que le sujet commence à écrire, dès qu'il prend la plume; dans certains cas même, il lui suffit de penser à écrire et de vouloir le faire.

2. Au lieu de cela, on peut observer un tremblement ou des mouvements choréiformes. Ainsi, Duchenne cite un avocat qui était pris de tremblement dans la main et l'avant-bras dès qu'il écrivait, et chez lequel ce tremblement était augmenté par l'insistance qu'il mettait à écrire, par l'idée d'écrire ou encore quand on le regardait écrire. Un malade de Gallard avait d'abord, quand il commençait, une écriture nette et facile, puis la fatigue survenait très-rapidement : alors se produisaient des mouvements irréguliers et désordonnés dans les doigts; la plume était projetée sur le papier, contre la volonté du malade et sans qu'il s'expliquât même le fait.

3, Il y a enfin la forme paralytique. Duchenne cite un secrétaire qui, dès qu'il avait écrit quelques lignes, sentait la main et l'avant-bras cloués au bureau, quoique ses doigts fonctionnassent encore bien : c'était une paralysie du sous-scapulaire. Un teneur de livres avait une paralysie de l'adducteur du pouce dès qu'il avait écrit pendant peu de tçmps : la plume lui échappait des doigts.

Quelle que soit la forme symptomatique de ce trouble, on constate un fait remarquable, au moins pendant longtemps : c'est que ce trouble n'apparaît que quand le malade écrit ; tous les autres mouvements de la main restent

possibles. — Ce caractère se trouve au début de la maladie ; mais si le cas devient plus grave et plus ancien , les autres mouvements peu étendus de la main, exigeant une action coordonnée des doigts, deviennent également impossibles: le malade ne peut plus jouer du piano, coudre, rouler une cigarette, etc. Les grands mouvements des mêmes muscles restent en général intacts.

Une autre particularité à noter parce qu'elle a de l'importance pour le pronostic et le traitement, c'est qu'on a vu dans quelques cas le phénomène se reproduire quand le malade eut appris à écrire de la main gauche.

A.U point de vue de la sensibilité, la contraction anormale est quelquefois une véritable crampe, c'est-à-dire s'accompagne de douleur ; mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. La contraction est souvent indolente ; seulement elle entraîne facilement une sensation de fatigue, qui augmente rapidement si le malade persiste à essayer le même mouvement.

D'après Erb, les malades souffriraient souvent dans le dos, au niveau des apophyses épineuses, et dans un cas il y avait hémicranie. Quelquefois ce sont des sensations variées de fourmillements ou d'engourdissement dans le domaine du nerf malade. Millier, atteint lui-même, éprouvait dans les doigts de petits chocs analogues à des secousses électriques.

Quelquefois, mais rarement, on a noté de l'anesthésie. Gallard l'a observée dans un cas, qui était probablement plus complexe.

Il n'est pas très-rare de trouver chez ces mêmes malades d'autres troubles du système nerveux, tels que différentes formes de crampes dans d'autres parties du corps, de la faiblesse des extrémités, de la paraplégie avec tremblement, une impressionnabilité psychique extrême, et en tout cas un tempérament nerveux développé ou les attributs du nervosisme (Erb) .

L'exploration électrique indique le plus souvent un état

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normal et est sans intérêt. Eulenburg et d'autres ont cependant observé quelquefois les signes d'une réaction de dégénérescence au début.

Marche^ Durée et Terminaisons. — Le début est le plus souvent graduel : les doigts deviennent moins flexibles et moins dociles pour tenir la plume, ils se raidissent ou s'engourdissent ; puis survient une des formes particulières que nous avons décrites (spasme , tremblement ou paralysie) , d'abord transitoire , puis de plus longue durée, etc.

La maladie est le plus souvent longue ; elle peut durer toute la vie. Elle ne présente aucune gravité , mais la guérison et même l'amélioration sont fort difficiles à obtenir.

Le Diagnostic se fait par les caractères que nous avons indiqués, et tout spécialement par ce fait que l'acte d'écrire et les mouvements délicats et ordonnés de la main sont seuls empêchés, les grands mouvements restant possibles.

Quant à la Nature de la crampe des écrivains, la discussion est ouverte et ne paraît pas avoir abouti encore à une conclusion précise. Duchenne exclut l'idée de localisation musculaire : il ne comprendrait pas, dit-il, un muscle ne pouvant pas agir pour un acte donné et agissant pour d'autres. Il préfère l'origine centrale, qui explique notamment le fait de l'extension de la crampe à gauche, quand le malade change de main pour écrire. Il ne se prononce pas du reste d'une manière plus précise sur le siège exact de l'altération initiale.

Les Allemands admettent aussi que le point de départ est dans les centres, du côté des régions qui président spécialement à la coordination de certains actes donnés.

Poore, au contraire, a récemment défendu de nouveau la théorie musculaire, en montrant que la fatigue fonctionnelle gagne successivement les divers muscles qui entrent en action pour suppléer ceux qui ont été primitivement atteints.

Vous voyez que la question est encore obscure et indécise.

IBfPOTBNGE FONCTIONNELLE. 417

La crampe des écrivains est très-rebelle à tous les traitements. Les calmants, les narcotiques, les antispasmodiques échouent le plus souvent. On a réussi en comprimant les muscles de Pavant-bras avec une bande ; ainsi, Daily a employé la bande de caoutchouc d'Esmarch* ; d'autres ont combiné le massage et les injections de strychnine^, ont fait des injections d'atropine' etc.; mais ce sont là des faits isolés.

Stromeyer a obtenu un succès par la ténotomie du muscle contracture. Dieflenbach, Langenbeck, ont suivi cette voie, mais sans avoir de bons résultats. Tuppert en est arrivé, d'après Erb, à faire cinquante ténotomies sur un bras sans obtenir autre chose que de l'amélioration.

L'électrisation paraît moins héroïque ici que dans d'autres maladies du même ordre. Duchenne a souvent constaté l'insuccès des courants induits ; il n'a eu quelques bons efifets que dans de rares cas particuliers. Les courants continus vaudraient mieux, d'après les recherches récentes.

Les méthodes d'électrisation préconisées par George Beard* sont les suivantes : galvanisation locale et permanente des nerfs et des muscles afTectés ; courants faibles à travers la moelle, le nerf et le muscle ; faradisation douce des muscles, brosse électrique, et de temps en temps, quand le système nerveux est troublé, une galvanisation centrale.

Enfin, le repos est certainement le meilleur, poiirne pas dire le seul remède. Il faut suspendre toute écriture, si c'est possible. Sinon on doit s'ingénier à ne pas prendre, en écrivant, la position ordinaire ; pour cela, chaque malade a des moyens personnels. Il se sert d'appareils, de porteplumes spéciaux, dont vous trouverez la description et la représentation même dans le livre de Gallard : ce sont des

* Soc. de Thérapeut., 16 juin 1877.

2 Vov. Blanchi: Rev. se. méd., Il, 148.

* Voy. Reubeuvance ; fbid., II, 149.

* Ânal. in Journ. thérapeut.^ 1877, lom. IV, pag. 836.

anneaux variés pour maintenir les doigts dans une position fixe, de gros porte-plumes appuyant sur la paume de la main, avec planchette supportant le tout, etc. C. Paul* fait placer dans le creux de la main des malades une balle en caoutchouc. Tout cela n'est du reste pas toujours héroïque.

IL Autres exemples d'impotence fonctionnelle. — Duchenne a bien montré que la crampe des écrivains n'est pas un fait unique et isolé ; que c'est simplement un cas particulier de tout un groupe d'affections analogues, d'impotence fonctionnelle à formes variées. — Le siège en est naturellement variable suivant l'acte habituel, suivant la profession du sujet. -r- Le mot <r professionnel » vaudrait pour cela mieux que le mot «fonctionnel» pour qualifier les troubles motem's que nous étudions.

Voici quelques exemples cités par Duchenne.

Chez un tailleur , le bras tournait violemment en dedans par la contracture du sous-scapulaire, dès qu'il avait fait quelques points. Les mêmes troubles ne se produisaient pas quand il exécutait d'autres mouvements.

Chez un 7naître d'armes^ le bras qui tenait l'épée tournait sur son axe en dedans, et l'avant-bras s'étendait vivement et fortement quand il se mettait en garde.

Chez un ferblantier^ le deltoïde et le biceps du bras qui tenait le marteau, se contracturaient douloureusement quand il voulait travailler.

Chez un tourneur^ les fléchisseurs du pied se contractaient dès qu'il l'appliquait sur la planche pour mouvoir le tour ; et ces contractions ne se produisaient pas quand il marchait ou exécutait tout autre mouvement volontaire.

Andral cite un sujet qui avait abusé de la lecture^ et chez lequel la tête tournait involontairement à droite dès qu'il lisait.

Un savant ayant beaucoup travaillé sur les manuscrits

* Soc. Thérapeut , 16 juin 1877.

avait une diplopie par contracture du droit interne dès qu'il fixait un objet.

Un étudiant^ ayant trop travaillé ses examens, éprouva des crampes dans les tempes, le front et les yeux; ses sourcils s'élevaient et ses paupières se fermaient. Il ne put pas guérir et se tua de désespoir. Que cette histoire dramatique ne vous effraie cependant pas trop : ces faits-là sont très-rares !

Un paveur avait une contracture fonctionnelle des sterno-cléido-mastoïdiens, avec lesquels il immobilisait sa tète quand il maniait la demoiselle.

Un curé de campagne qui avait abusé du serpent^ éprouvait à certains moments, dans l'inspiration, une crampe unilatérale des muscles de l'abdomen.

Enfin, \es> pianisiss, les fleuristes] les violonistes^ etc., présentent des phénomènes tout à fait analogues à ceux de la crampe des écrivains.

Depuis la publication de ces faits, réunis par Duchenne, on en a recueilli un certain nombre d'autres. Ainsi, Onimus* a signalé la crampe des employés du télégraphe^ du moins de ceux qui se servent du télégraphe Morse : la crampe frappe les doigts qui manœuvrent le manipulateur. Pour les guérir, il faut les faire reposer ou les mettre au télégraphe Hugues. Onimus a bien montré le parallélisme de cette maladie et de la crampe des écrivains. Ainsi, ce n'e^t pas seulement la répétition de l'acte, mais le plus ou moins d'irritabilité du sujet qui influe sur le développement du spasme; le travail intellectuel simultané est considérable, et l'attention doit être soutenue pendant la transmission. Quand on change la direction du mouvement ordinaire, le spasme disparaît , mais momentanément; de même qu'il reparaît dans la main gauche de l'écrivain, etc. , etc.

Wilde* a observé, chez une ovA)rière en cigares ^ un spasme

1 Gaz. méd-y 1875, 15, et Soc, BioL, <J mars 1878. ^Diss. Breslau, 1878 (Gt. Eulenburg).

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fonctionnel caractérisé par des contractions cloniques doubles des fléchisseurs de tous les doigts, avec paresthésies et douleurs névralgiformes s'irradiant vers l'épaule.

Eulenburg décrit encore, d'après Basedow, le spasme des laitières. Chaque fois qu'elles veulent traire, il y a contracture douloureuse dans les fléchisseurs des doigts et de la main, tandis que tous les autres mouvements s'exécutent facilement.

Schulz a étudié également la crampe des danseurs ou plutôt des danseuses ; elle se développe surtout chez les danseuses solistes, et presque exclusivement à la suite de l'exercice qui consiste à progresser sur la pointe des pieds. Tout le poids du corps repose alors sur la pointe de la deuxième phalange du gros orteil, tenu complètement vertical et immobile. On observe alors surtout des contractions anormales du fléchisseur du gros orteil, aussi bien que des autres muscles innervés par le nerf tibial, avec sensation douloureuse ( Eulenburg ) .

Richey * a observé un fait qu'on peut encore rapprocher des précédents : c'est un spasme clonique des paupières supérieures chez un employé du chemin de fer qui avait beaucoup travaillé notamment à la lumière artificielle; ce spasme, qui survenait dès que le malade fixait un objet et l'empêchait de travailler, guérit par le repos et les toniques.

Récemment Weir Mitchell ^ a publié une série de faits très-intéressants, sous le titre de « spasmes fonctionnels ». Seulement il généralise beaucoup la définition de Duchenne, et comprend sous ce nom tous les spasmes survenant après une fonction, même après une fonction physiologique et non surmenée, comme la marche ordinaire. C'est là une extension qui me paraît exagérée et qui aboutirait à absorber dans cette catégorie de faits toutes les convulsions musculaires.

' Rev. se. nM., XI, 658.

2 Des spasmes fonctionnels. (Progr. méd.. 1877, 12 et 13.)

Ainsi, il parle d'un enfant de 6 ans dont la jambe gauche allait bien quand il marchait; mais, dès qu'il levait les orteils de la jambe droite, un spasme soudain s'emparait du jambier antérieur et du péronier antérieur, qui exagéraient la flexion du pied.

Je ne puis pas voir là des spasmes fonctionnels ou professionnels vrais : ce sont des spasmes ordinaires, comme nous les étudierons par la suite.

Ces faits peuvent bien être d'accord avec la lettre de la définition de Duchenne, mais.pas avec l'idée qu'il se fait généralement de l'impotence fonctionnelle, idée qui implique toujours abus d'un acte et troubles consécutifs dans l'accomplissement de cet acte même.

Il en est de même de l'observation récemment publiée par Krishaber * , de spasme fonctionnel des muscles de la face et du cou.

Nous trouvons du reste aussi, dans le même travail de Weir Mitchell, d'autres faits qui rentrent bien dans notre cadre.Tel estl'exemplede cet AorZo^dr qui ne pouvait plus saisir une petite vis sans que ses doigts fussent pris de convulsions toniques qui les appliquaient contre l'objet lui-même. — Wilde a également observé des faits de crampes chez les horlogers.

Une nous paraît pas nécessaire d'insister plus longuement sur ces troubles; il suffit d'avoir indiqué le groupe. Les symptômes de chaque cas particulier se déduiront du reste de l'étude que nous allons entreprendre maintenant. Nous avons en effet terminé tout ce qui a trait aux paralysies, aux akinésies des nerfs moteurs, et nous allons passer aux hyperkénésibs variées ( convulsions et contractures) de ces mômes nerfs.

» Soc. Biol, 16 mars 1878.

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