‹ Maladies du système nerveux; leçons faites à la Faculté de médecine de MontpellierChapitre 30 sur 83 · TRENTE-HCrrrÉME lbçox · texte numérisé non relu

TRENTE-HCrrrÉME lbçox

lysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, sans troubles de la face ni de l'intelligence ; elle guérit bientôt, en même temps que les règles apparaissaient. C'est là très-probablement un cas, déjà bien ancien, de paralysie hystérique.

On trouve une série de mentions de ce phénomène dans différents auteurs; puis il est oublié. C'est Wilson, en 1839, et c'est ensuite Macario, en 1844, qui reprennent la question.

Il s'agit là, du reste, d'unsymptôme fréquent. Landouzy le trouve 40 fois dans 370 cas. Briquet 120 fois dans 430 cas; c'est donc chez plus du quart des hystériques qu'on le rencontrerait.

Beaucoup d'auteurs ( Landouzy, Macario, Gendrin, Leroy d'Étiolles ) ont cru que la paralysie se développe toujours après une attaque convulsive. Piorry a même voulu tirer de cette circonstance toute une théorie : il attribue la paralysie à la déperdition considérable d'influx nerveux qui se fait pendant les crises. La théorie et le fait même sur lequel elle veut s'appuyer sont également faux. On voit souvent la paralysie se produire en dehors de toute attaque.

Chez la moitié de ses malades, Briquet a vu la paralysie apparaître longtemps après les attaques, et quelquefois même sans aucune espèce d'attaque antérieure. J'ai vu récemment une jeune fille, dont je vous reparlerai, chez laquelle une paraplégie brachiale hystérique a débuté brusquement sans attaque convulsive d'aucune sorte. De plus, les femmes qui ont des attaques non conMiLsives ( léthargiques, comateuses, etc. ) sont aussi sujettes que les autres aux paralysies. La dépense nerveuse n'y est donc pour rien.

Les accidents se développent souvent aprq^ une affection morale et brusque. Une hystérique, par exemple, reçoit à r improviste la nouvelle de la mort de sa mère ; à l'instant ses jambes tremJ)lent, fléchissent sous elle : elle est para-

plégique. Une jeune fille monte le soir un escalier non éclairé : un homme déguisé se jette sur elle; dans son effroi, elle veut crier et se sauver; elle chancelle, tombe, et on la rapporte paralytique.

Quelquefois le phénomène est causé par une fatigue, une marche forcée. On le voit se développer chez les ouvrières mises en apprentissage forcé, chez des domestiques surmenées, chez les paysannes à l'époque des récoltes, etc. La jeune fille dont je vous parlais tout à rheure et que j'ai observée, était modiste : elle passait des nuits et faisait de grands excès de travail pour nourrir sa famille pauvre ; elle ressentit tout d'un coup une douleur entre les épaules et fut paralysée des deux bras.

D'autres fois la paralysie apparaît en même temps qu'un autre phénomène hystérique disparaît brusquement.

Le début est brusque ou graduel. Dans le premier cas, les choses se passent comme dans l'hémorrhagie cérébrale, sauf la perte de connaissance, ou bien comme dans l'hémorrhagie de la moelle (c'est ce qui est arrivé chez notre malade). Si le début est au contraire graduel, la maladie s'annonce par des phénomènes de fourmillement, engourdissement, ejtc.

Une fois déclarée, la paralysie présente des degrés variables : 1 . C'est im simple engourdissement : les membres sont lourds et moins mobiles ; 2. La contractilité musculaire est diminuée , ce qui abaisse la force et la justesse des mouvements ; 3. La faiblesse motrice, plus accentuée, permet encore les mouvements des jambes dans le lit, mais ne permet pas la marche d'une manière générale; les mouvements ne sont pas possibles avec \m poids à déplacer ; 4 . Enfin la paralysie est complète ; ce dernier cas est rare. Briquet ne l'a constaté que huit ou dix fois.

Duchenne a posé ce principe que dans les paralysies hystériques la réaction électrique reste normale pour les deux espèces de courants. La proposition est vraie en général. Il y a quelques cas exceptionnels qui s'accompa-

584 TEB3rrB-BUITIÉIlS LEÇON.

gnent du resle d'atrophie, et dans lesquels on peut par suite supposer une lésion consécutive. La règle est évidemment la conservation de Tétat électrique normal, même après des années.

Ces paralysies sont le plus souvent accompagnées d'ânesthésie cutanée et même musculaire. Les malades ne sentent pas les contractions, même quand elles sont produites par l'électricité.

La paralysie apparaît, disparaît et reparaît, souvent sans cause apparente. Une malade de Briquet avait de ces alternatives très-fréquentes. Elle marchait, s'asseyait; puis, sans cause, elle ne pouvait plus se lever. Elle restait paralysée de demi-heure à six mois, et puis, sans cause encore, tout disparaissait, pour reparaître un peu plus tard. La modiste que nous avons citée fut débarrassée de sa paralysie brachiale par une attaque convulsive; à l'époque menstruelle suivante , elle fut prise d'une paralysie dont elle fut ensuite débarrassée par l'émotion produite par une séance d^électrisation faradique.

Le siège de la paralysie peut aussi varier brusquement. Chez une femme, une hémiplégie gauche cesse ; elle est remplacée par une hémiplégie droite. Chez d'autres, la paralysie affecte successivement le bras, la jambe, le larynx, le diaphragme, etc.

De là résultent diverses formes cliniques. La paralysie peut atteindre un côté de la face , mais c'est très-rare. Quelquefois elle frappe un membre ou une partie d'un membre, avec toutes les combinaisons possibles. Pour les membres, les formes les plus habituelles sont l'hémiplégie et * la paraplégie , cette dernière pouvant être brachiale '(rare) V

Du côté du larynx, on constate l'aphonie. Le fait était déjà connu d'Hippocrate, qui avait noté des cas de perte de parole subite et se résolvant par une urine claire, abondante.

' Tia paralysie peut également frapper les quatre membres. Voy. la e Chevallier ; Paris, 1877.

Tout le monde sait qu'une émotion étrangle la voix : vox faucibus haBsit. L'hystérie crée la permanence de cet état. En général du reste, les phénomènes hystériques ne sont que l'exagération et la permanence des phénomènes produits par une vive impression. — L'aphonie apparaît et disparaît souvent brusquement.

Duchenne a noté dans certains cas la paralysie du diaphragme. — On peut encore observer : pour la vessie, la rétention d'urine ; pour le pharynx et l'œsophage, la dysphagie (rare et seulement après des convulsions répétées de ces organes). Pour l'intestin, vous trouverez dans Briquet cette étrange affirmation , textuellement reproduite par Bernutz, qu'il n'y a pas de paralysie entre l'estomac et le rectum. C'est là une erreur. Latympanite est au contraire un phénomène de cet ordre. — Du côté du rectum, on peut avoir l'incontinence des matières ou la constipation. Le cœur peut présenter des syncopes (nous en avons déjà parlé) .

La durée de ces paralysies est très-variable et souvent fort longue. La terminaison peut être graduelle; elle survient alors sous l'influence du retour de la menstruation ou de la disparition progressive de l'hystérie elle-même. Mais le plus souvent la terminaison est brusque et survient à la suite de quelque émotion.

Ainsi, Briquet voit en consultation, une malade atteinte de paralysie hystérique; il rédige avec son confrère une consultation avec pronostic favorable : dès qu'elle le sait, elle se met à marcher. Une paraplégique était traitée inefficacement depuis plusieurs mois ; on emploie la noix vomique, qui produit quelques soubresauts. On lui persuade que c'est l'indice du retour des mouvements, et elle marche. Chez notre malade, l'influence, surtout psychique, de Félectrisation fit disparaître la paraplégie ; une attaque convulsive avait guéri la paralysie des bras.

Page 1