‹ Maladies du système nerveux: scléroses systématiques de la moelle, tabes dorsalis et pseudo-tabes, maladie de Friedreich, tabes spasmodique et affections spasmo-paralytiques infantiles: confèrences faites a l'Hopital Lariboisière pendant les années 1890-1891-1892-1893Chapitre 16 sur 34 · I.a BClél · texte numérisé non relu

I.a BClél

irdons n'a qu'une part ■ mlaire

a. Topograpliie des lésions spinales du tabès au début. — Il y a une quarantaine d'années, à l'origine de l'histoire du tabès, on se représentait que les manifestations de cette maladie avaient pour substratum anatomique une sclérose (dégénérescence scléreuse des cordons postérieurs). Ces termes de tabès dorsalis et de dégénérescence des cordons postérieurs étaient considérés comme adéquats.

Un peu plus tard il fallut renoncer à cette manière de voir, lorsqu'on eut reconnu que la portion interne du cordon postérieur, le cordon de Goll, peut être sclérosée, sans que cette lésion donne lieu aux manifestations du tabès. Cette sclérose du cordon de Goll peut être primitive, éventualité très rare; plus souvent elle est secondaire, elle se développe à la suite d'une tumeur, d'un mal de Pott, qui comprime la partie postérieure de la moelle.

On en vint donc à se dire que lorsque, dans un cas de tabès dorsalis, les lésions spinales intéressent le cordon postérieur dans toute son épaisseur, la dégénérescence du cordon de Goll

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

n'a aucune part ou seulement une part secondaire à la genèse des symptômes. On en vint a se duc que cette lésion du cordon de Goll devait se développer à la suite de la dégénérescence de quelque autre système de fibres, compris parmi ceux qui

composent les cordons postérieurs.

C'est ainsi qu'on fut amené à rechercher par quelle porti des faisceaux blancs, par quel système de fibres débute la lésion des cordons postérieurs qui donne lieu aux manifestations du tabès dorsalis

Les premières recherches faites dans cette voie l'ont été par Pierret (1871), en France, sous la direction de Charcot. Dans le courant des vingt années qui ont suivi, elles ont été repris par un certain nombre d'histologistes; par un petit nombre, ajouterai-je, ce qui tient surtout à ce que les occasions de faire des autopsies de malades morts dans les premiers temps d'un tabès dorsalis sont, en somme, très rares.

J'ai fait l'histoire détaillée des recherches qui se rapportent à cette question d'anatomie pathologique, dans un mémoire que je vous citais à l'instant ; je craindrais d'être fastidieux et de lasser votre attention, en vous exposant dans leurs détails les résultats histologiques de ces recherches. Aussi me bornerai-je à insister sur ce qui mérite d'être gravé dans vos esprits, et pour mieux frapper votre attention, je vais faire passer sous vos yeux une série de dessins, qui mettront bien en lumière jusqu'à quel point concordent les constatations faites sur des coupes de moelles, par ceux qui se sont occupés de ces recherches.

Voici d'abord la reproduction de deux dessins empruntés au '• mémoire de Pierret. vous voyez sur ces dessins (fig. 26 el 27] que la lésion des cordons postérieurs se réduit, de chaque côté, à une mince bandelette a, comprise dans les limites du faisceau de Burdach, entre le cordon de Goll situé plus en dedans, et la corne postérieure située plus en dehors. Vous voyez que cette bandelette de sclérose est séparée de la corne postérieure par une zone de substance blanche restée saine, laquelle, soil dil en passant, est connue sous le nom de zone marginale de Westphal. Mutin. vous constaterez qu'en avant, la zone de sclérose n'arrive pas jusqu'au voisinage de la tête de La corne postérieure, et (m'en arrière, elle se recourbe obliquement de dedans en dehors, pour rejoindre le point d'émergence des racines postérieures

Scléro^

des bandelettes

externe -•

C'est à la lésion ainsi délimitée que Pierret a donné le nom de sclérose des bandelettes externes. J'ajoute que sur les dessins 26 et 27, vous constaterez une autre zone de sclérose, très mince b, partant d'un point situé un peu en arrière de la commissure grise, contiguë de chaque côté au sillon postérieur, et se perdant en arrière vers la partie moyenne environ de ce sillon.

Cette topographie des lésions du tabès au début, vous ne la trouverez pas reproduite avec une fidélité parfaite sur les autres

Fisr. 26.

Recherches de Westphal.

dessins que je vais faire passer sous vos yeux; mais vous constaterez qu'à quelques variantes près, elle réalise toujours un certain nombre de caractères communs, sur lesquels je vais insister.

Voici, par exemple, des dessins de coupes de moelles, examinées par Westphall, de Berlin, et qui se rapportent à un cas de tabès au début (fig. 28 à 33.)

Ici encore vous constatez que la zone de sclérose se dessine sous la forme de bandelettes situées au centre des cordons postérieurs, à la partie externe des cordons de Goll, et dirigées parallèlement au sillon médian postérieur. Ici encore vous constatez que ces bandelettes de sclérose ne touchent pas les cornes postérieures, qu'elles en sont séparées, en avant et sur les côtés, par une zone de substance blanche saine {zone marginale de Westphall). Toutefois, contrairement à ce qui avait lieu dans le cas examiné par Pierret, ces bandelettes de sclérose ne confinent pas à la surface libre de la moelle.

AXATOMIE PATHOLOGIQUE 161

Les coupes qui précèdent provenaient de la portion de la moelle, comprise entre la septième et la huitième paire cervicale

Fier. 28.

Fijj. 29.

Première

ration de w estphaL

(fig. 28) et au niveau de la première paire dorsale (fia. 29). Les coupes dont les dessins suivent (nos 30,31 et 32)ontété pratiquées entre les septième et douzième paires dorsales; vous retrouver

Fis. 31.

Fiff. 32.

Fier. 33.

ici les deux petites bandelettes étroites de sclérose, contiguës au sillon médian postérieur, qui figuraient sur les dessins du cas de Pierret. Vous voyez que ces deux bandelettes médianes raccordent aux bandelettes externes par deux traînées latéral le tout dessinant une M.

Le dessin n° 33 se rapporte aune coupe du segment lombaire de cette môme moelle.

Ni

Fier. 34.

Fiff. 35.

Les dessins n01 34 et 35, qui représentent des coupes d'une

MALADIES DU S\ST. M l;\

Deuxième

observation de Westphal.

moelle examinée par Strûmpell, reproduisent également des lésions qui, topographiquement, réalisent dans leur ensemble les caractères que je viens de vous mentionner : bandelettes externes de sclérose, occupant le centre des cordons postérieurs, dirigées d'avant en arrière, parallèlement à la scissure médiane, séparées de la substance grise des cornes postérieures par de la substance blanche saine, sur une coupe (n° 34) provenant de la partie moyenne du segment cervical. Sur une autre coupe (n° 3o), provenant du segment dorsal, les deux bandelettes externes de sclérose rejoignent les deux cornes postérieures ; sur cette coupe vous retrouvez de nouveau les deux bandelettes médianes de sclérose,' contiguës à la scissure médiane postérieure.

Les dessins qui suivent se rapportent à une seconde observation de Westphall. Sur les dessins 36 et 37 vous retrouvez la sclc-

Fiar. 36.

Fig. 37,

rose des bandelettes externes, avec la topographie que nous lui avons assignée plus loin, voire que sur le dessin n° 36, la con-

Fi?. 38.

Fig. 39.

Fi?. 40.

cordance de cette topographie est parfaite avec celle que représente le dessin n° 27 (cas de Pierret).

Les dessins nos 36 et 37 proviennent de coupes pratiquées dans le segment cervical et dans la partie supérieure du segment dorsal.

ANAÏM.MIE l'ATHOI.u'.lMi |

Sur les dessins n° 38 et 39 (parties moyenne et inférieure 'lu e^ment dorsal) et n° 40 (segment lombaire), von- retrom

Fis. 41.

indépendamment de la sclérose des bandelettes externes, les ban delettes médianes internes, qui fusionnent avec les premières.

Fi

of. •.

Les dessins (nul il -44) ci-j oints se rapportent à un examen de moelle qui provenait d'un de mes malades, examen qui a été

16 i TRAITÉ DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

pratiqué par Onanoff. C'est certainement un des cas de tabès où

Fig. 43.

l'autopsie a été faite à une époque des plus rapprochées du début

Fitr. 44.

delà maladie. Les dessins n° 41 (moelle lombaire), n° 42 (moelle dorsale inférieure), n° 43 (moelle dorsale moyenne), n° 44

ANATO.MIK PATHOLOGIQUE

(moelle cervicale inférieure) vous montrent que la sclén se des cordons postérieurs était limitée aux bandelettes externes, qu'elle réalisait les caractères topographiques sur lesquels j'ai long ment insisté dans cette leçon. Je vous ferai remarquer aussi que

la lésion avait une étendue plus grande à gauche qu'à droit»': or les symptômes tabétiques étaient plus accentués, du vivant du malade, de ce môme côté gauche. Enfin vous pouvez constater que l'étendue de la lésion allait en diminuant de haut en bas, ce qui concorde avec l'évolution de la maladie, car il s'agissait d'un cas de tabcs à marche descendante (tabès cervical).

Voilà donc un cas on ne peut plus net, qui montre bien la concordance qui existe entre l'extension transversale et longitudinale des lésions des cordons postérieurs, la distribution et l'intensité des symptômes tabétiques, à la première période de la maladie.

Dans mon récent mémoire (Revue de Médecine, 1891, n° 1), j'ai mentionné d'autres examens de moelles provenant de sujVu morts tabétiques après une durée de maladie relativement courte.

Je vous signale, à ce propos, les dessins nos 45-48, qui se rap-

rvations

S .ne.

Fie. 45.

Fiff. 40.

Fijr. H.

portent à deux observations très intéressantes, car ce sont celles où le processus spinal du tabès a peut-être été saisi à une t'- 1 m ► q u »^ plus rapprochée de son début que cela n'a eu lieu dans les autres faits connus jusqu'à ce jour.

J'ai dit peut-être, c'est parce que, dans les deux cas en question, le diagnostic tabès dorsalis pouvait être contesté, pouvait être considéré comme prématuré. En effet, le premier cas concernait un homme de trente-cinq ans, tuberculeux et syphilitique

(accidents secondaires), chez lequel on n'avait constat.'1 d'antre-

manifestations tabétiques que l'abolition du phénomène du genou,

à droite d'abord, puis à gauche. Le malade était mort, après un séjour de trois mois, à l'hôpital. On a pu examiner seulement les deux tiers inférieurs de la moelle de cet homme. Les trois figures ci-jointes : n° 45, région sacrée; n° 46, région lombaire; n° H, région dorsale, nous représentent la distribution des lésions des cordons postérieurs, révélés par l'examen histologique.

Fig. 48.

L'autre cas concernait un alcoolique, âgé de soixante ans, en traitement à l'hôpital, pour un catarrhe aigu de l'estomac, et qui fut emporté par une attaque de délirium tremens. On avait constaté chez lui l'abolition du phénomène du genou. A l'autopsie, on trouva une myélite aiguë disséminée, qui s'étendait sur toute la longueur de la moelle, n'intéressant qu'une faible étendue, sur des sections transversales. Dans la partie supérieure du segment lombaire, cette myélite, ainsi que le montre la figure 23, était localisée dans la portion de la zone radiculaire située immédiatement en dehors et en arrière de la corne postérieure.

Pour éviter tout malentendu, je crois devoir ajouter que

Nonne a présenté ces deux cas, surtout le dernier, comme des

preuves anatomo-pathologiques de l'exactitude de l'opinion de

Westphall, au sujet du siège de la lésion spinale qui tient sous

dépendance l'abolition du phénomène du genou.

Plus récemment, un auteur italien, Borgherini, a également publié les résultats de recherches très intéressantes sur l'anatomie pathologique du tabès incipiens. Ces résultats concordent,

anaïmmii-: pathologique

dans leur ensemble, avec ceux dont l'exposé précède. Le cas de labes dorsalis, étudié par M. Borgherini, concernait une femme

de quarante-quatre ans, qui a succombé environ six mois après

Fig. 49. — (2,: racine lombaire.)

Fig. 50. — '.>' racine dorsale.

l'apparition des premiers symptômes de la maladie nerveuse. \ l'autopsie, on a constaté une dégénérescence des cordons pos

Fig. 51. — (6e racine dorsale.)

Fig, 52. — (3* racine dors

rieurs, dont la distribution est représentée par les «le— in- cijoints (Ci?. 49, 50, 51, 52, 53 et 54).

Fig. 53. | i' racine cervicale. |

' I racine cervicale.

Cette zone de dégénérescence présentait deux maxima, comme intensité el comme largeur. L'une à la haut. mu- de la deuxième racine lombaire, l'autre à la hauteur de la cinquième racine

cervicale, ce dernier maximum moins intense que le premier. En partant du maximum inférieur, la dégénérescence décroissait en longueur et en intensité, soit par en bas jusqu'aux dernières racines sacrées, soit par en haut jusqu'aux premières racines dorsales. En partant du. maximum supérieur, elle décroissait pareillement en haut vers les premières racines cervicales, en bas vers la première dorsale.

.-%> •■ -.vv

Fiff. 55.

M. Borgherini pense que, dans ce cas, le processus dégénératif a envahi les cordons postérieurs dans deux régions différentes, et probablement à des moments différents, à savoir : sous la forme d'une première bandelette, allant de l'extrémité inférieure de la moelle jusqu'aux premières racines dorsales où serait son lieu de début; puis, sous la forme d'une seconde bandelette, allant des premières dorsales à l'extrémité supérieure de la moelle, lieu de début de ce second foyer. Cette hypothèse de deux époques différentes de début pour les deux bandelettes de dégénérescence, a été suggérée à Borgherini par le degré différent de l'intensité du processus.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La figure 5o représente une coupe de moelle (région lombaire), provenant d'un malade mort dans mon service, et qui réalisait un cas de tabès incipiens. Vous pouvez constater, sur cette coupe, l'intégrité de la zone de Westphal, du centre ovale de Flechsig et du champ postéro-externe. Dans le faisceau de Burdach, vous découvrez une zone de sclérose, qui présente les caractères d'une lésion systématique ; les zones de Lissauer sont envahies par une sclérose moins prononcée. 11 existe, en outre, une légère dégénérescence des faisceaux pyramidaux (ce cas de labes incipiens se rapporte à une femme qui était atteinte de la paralysie générale).

recben

Fig. 56.

La figure oG se rapporte à un autre cas de tabcs incipiens, chez un paralytique général mort dans mon service. Elle représente également une coupe analogue dans la région lombaire. Ici encore vous constate/, l'existence d'une zene de sclén dans les cordons postérieurs et une sclérose des zones de Lissauer.

Dans la thèse de mon élève Nageotte (Tabès et paralysie gé raie, Paris, 1893), vous trouverez la relation détaillée de ces deux

cas, et d'un autre qui offre, avec ceux-ci, de grands points de ressemblance. Il s'agit également d'un cas de paralysie avec tabès dorsal incipiens, observé dans le service de M. Deny, à Bicêtre. Le dessin que je vous mets sous les yeux (fig. 57), vous représente la localisation typique des lésions spinales du tabès incipiens dans la région dorsale.

Fig. 57.

berchcs Vous voilà fixés sur la localisation que le processus spinal du

tabès dorsalis présente à ses débuts dans la substance blanche des cordons postérieurs. 11 me reste à vous dire quelques mots de très importantes recherches de Lissauer, qui nous ont révélé la participation à peu près constante (12 fois sur 13), à la lésion spinale du tabès incipiens, d'un territoire compris dans les cornes postérieures et connu sous le nom de zone Lissauer, zone marginale (Randzone) . Voici exactement les limites que lui assigne Lissauer [Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrank., 1886, t. XMI, fasc. 2, p. 380) : cette zone est comprise entre la limite .terne de la substance gélatineuse de Rolando et la surface terne de la moelle; elle aune épaisseur variable. Elle constitue une sorte de pont entre le cordon latéral et le cordon postérieur. Sur des préparations colorées à Fhématoxyline, elle présente d'ailleurs une grande ressemblance d'aspect avec la

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

substance blanche de la moelle, avec laquelle elle se continue. de chaque côté, sans ligne de démarcation précise. Néanmoins elle se distingue d'une façon très nette de la substance blanc avoisinante, en raison de ce qu'elle est constituée presque exclusivement par des fibres nerveuses fines, et cela d'une façon qui

.sir

'.tir

yV/V/-

Fig. 58.

h, commencement du cordon postérieur. — s, commencement du cordon latéral. — Wff, ra postérieures en voie de pénétration. — irf. fibres radiculaires fines. — ri, partie latérale, — rm. partie médiane de la zone marginale, — ft, faisceaux de fibres transversaux, trai racines postérieures en voie de pénétration. — sg, zone spongieuse de la substance gélatineuse. /.s-, faisceaux qui semblent relier cette substance spongieuse au cordon latéral, — </. substance gélatineuse typique. — f/f, grosses fibres, qui traversent directement et par faisceaux la substance gélatineuse. — sh, segment postérieur de la substance gélatineuse, -rô," faisceaux longitudinaux de grosse.* fibres. - sv, segment antérieur de la substance spongieuse. — e, Bbn dées du cordon postéi icur.

ne se trouve réalisée dans aucun autre territoire des faisceaux blancs de la moelle. Les fibres des racines postérieures traversent ce petit territoire marginal, dans le voisinage de sa limite interne. La Qgure ci-jointe (fig. 58), empruntée au mémoire de Lissauer, vous fera saisir plus facilement ces différents détails. J'ajoute que les recherches de Lissauer ont exclusivement porté sur le segment lombaire de la moelle.

Je vous répète que l2foissur 13, Lissauer a trouvé les de cette zone marginale dégénérées, dans les de tabès

salis. La zone de Lissauer parait être touchée un peu plus tardivement que la zone représentée par les bandelettes externes.

Ni

faiû

?âi..

Mais les recherches de Lissauer démontrent que la lésion de cette zone marginale se rencontre dans des cas de tabès incipiens.

ASATOMIË PATHOLOGIQUE 173

Le territoire dégénéré varie comme étendue, d'un cas à 1 autre.

En thèse générale il présente une ligne de démarcation très nette du côté du cordon latéral. Il peut en être de même du côté li.

cordon postérieur, (M alors l'idée qu'il s'agit d'une lésion systématique se présente naturellement à l'esprit.

Les deux dessins (fig. 59 et 00) que je mets sous vos yeux, vous figureront d'une façon nette ce que j'avance. Sur la figure 59, qui se rapporte à une coupe de moelle

saine, on voit la racine postérieure RP entrer dans la moelle, pour gagner la corne postérieure, séparant le cordon postérieur GP du cordon latéral CL. Immédiatement au-dessus et au-dessous de cette racine, on voit deux petites zones ZL et Z'L', appartenant la première au cordon latéral, la seconde au cordon postérieur, et qui se distinguent par la finesse de leurs libres ; ce sont les zones de Lissauer.

Sur la figure 60, qui se rapporte à une coupe de moelle tabé tique (le malade est mort dans mon service), on découvre cette même racine postérieure réduite à quelques rares tubes. La racine postérieure est complètement atrophiée et privée de tubes à myéline (les fibres à myéline sont marquées en noir). Le cordon postérieur CP est sclérosé ; il ne contient presque plus de fibres à myéline. Les deux zones de Lissauer participent à cette altération, de telle sorte que la sclérose du cordon postérieur semble empiéter sur le cordon latéral.

Conclusions. — En somme, considérés en bloc, les résultats des recherches dont je viens de vous entretenir prouvent que pour n'être pas absolument identique dans tous les cas, la topographie des lésions spinales du tabès au début réalise néanmoins une assez grande régularité. Elle offrait, dans les différents cas de tabès incipiens, examinés jusqu'ici, des traits communs que je crois devoir vous rappeler en les caractérisant ainsi :

Toujours, dans les faits connus jusqu'à ce jour, les altérations intéressaient la partie centrale des cordons postérieurs {bandelettes externes), sous la forme d'une traînée de sclérose, qui allait en s'amincissant d'avant en arrière; dans les cas très peu avancés, cette traînée n'atteignait pas le bord libre de la moelle.

De même, elle était toujours séparée de la substance grise des cornes postérieures par une zone blanche intacte (zone marginale de Westphal).

Presque toujours cette zone de sclérose intéressait exclusivement le faisceau de Burdach. Quand elle empiétait sur le faisceau de Goll, celui-ci était toujours lésé dans une moindre mesure.

Presque toujours on a constaté, à certain niveau de la moelle, indépendamment de cette zone de sclérose, qui traverse d'avant en arrière la partie moyenne des cordons postérieurs, une mince

ANAT0MJE PATHOLOG1QI l i

bandelette de sclérose, contiguë à la scissure médiane postérieure dins son tiers ou dans ses deux tiers antérieurs. Quelq

fois celte bande médiane était reliée à la pré<< par une

strie oblique, le tout dessinant une M sur une section transversale du névraxe.

Presque toujours, la dégénérescence intéressait un territoire marginal, situé à la limite externe de la'corne postérieure, entre le cordon postérieur et le cordon latéral, et connu sous le n de zone de Lissauer,

Enfin, et c'est là un point d'une importance capitale, dans plusieurs cas on a constaté l'intégrité des méninges et des racines postérieures. Je crois donc être endroit de conclure que les lésions spinales du tabès ne sont pas consécutives au\ altérations des méninges, qu'elles ne sont pas davantage le résultai de la propagation des altérations des racines postérieures. J'au l'occasion de revenir sur ce dernier point.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE (suite)

C. Moelle (suite) : b. Les lésions spinales du tabès correspondent-elles à une maladie systématique des centres nerveux? — Recherches de Flechsig. — Systématisation des cordons postérieurs d'après Flechsig. — Conclusion.

c. Extension des lésions dans le sens transversal :

Cordons postérieurs, segment dorsal, segment lombaire, segment cervical.

Altérations de la substance grise. — Lésions des colonnes de Clarke.

Lésion des cordons latéraux : leur signification. — Tantôt il s'agit d'une dégénérescence du faisceau pyramidal. — Tantôt la lésion du cordon latéral s'est développée par voie de contiguïté. — Rôle de la méningite spinale dans cette propagation.

d. Extension des lésions dans le sens longitudinal. — Marche ascendante. — Limites du processus spinal.

- lésions

:iales du tabès

: respondent-

elles à une

maladie

stématique?

b. Les lésions spinales du tabès correspondent-elles à itne maladie systématique des centres nerveux?

Je vais maintenant essayer de vous faire comprendre la signification de cette topographie si particulière des lésions spinales du tabès au début. En d'autres termes, je vais vous exposer les raisons qui portent certains auteurs à considérer le tabès dorsalis comme une maladie systématique des centres nerveux.

Je vous ai déjà dit ce qu'il faut entendre par ces mots de lésions systématiques des centres nerveux, une première fois dans mes leçons sur les atrophies musculaires, à propos de la maladie connue sous le nom de sclérose latérale amyotrophique, puis, plus récemment, dans la première leçon de jcette nouvelle série, lorsque j'ai cherché à vous faire comprendre les caractères anatomo-pathologiques du tabès dorsalis. Je vous ai dit à ce propos que par lésions systématiques des centres nerveux , il fallait entendre des lésions qui intéressent soit un département nerveux proposé à un rôle bien défini, ainsi la substance grise des cornes

ANATOMIE PATHOLOGIQUE 177

antérieures, soit des faisceaux de substance blanche constitués par des fibres nerveuses dont le développement, étudié pendant la vie embryonnaire, est synchrone. Vous savez tous combien • inextricable l'enchevêtrement des fibres dans le- centres nerveux. Or, on a appris à mieux connaître l'agencement méthodique d< faisceaux qui composent cette substance blanche, depuN qu'on est en possession d'une méthode de recherches, inaugurée il il y a quelque dix-huit ans, par un anatomiste allemand, Flechsig.

Cette méthode consiste à étudier le développement des Qh de la moelle (et du cerveau) sur des embryons et des fœtus dé '

différents âges. On est ainsi à môme de constater que ces fibi n'achèvent pas toutes leur développement à la même époque que dans une même portion de la moelle, dans lescordon< p< stérieurs par exemple, on peut distinguer différents faisceaux, dans chacun desquels les fibres nerveuses s'entourent de gaines de myéline à une même époque du développement embryonnaire, tandis qu'elle se fera à des époques différentes, dans deux faisceaux voisins.

Le synchronisme dans l'apparition des gaines de myéline se trouve réalisé notamment pour toutes les fibres nerveuses qui relient les mêmes appareils, par exemple pour les fibres qui relient les cellules psycho-motrices de l'écorce cérébrale aux cellules ganglionnaires des cornes antérieures. L'ensemble des fibres nerveuses qui réalisent celte double condition, de s'entourer de gaines de myéline à une même époque du développement embryonnaire, et de relier les mêmes appareil-, constitue suivant Flechsig, un système. Le système ainsi défini peut d'ailleurs se composer de deux faisceaux non contigus, mais compos de fibres dont le développement embryonnaire est synchrone.

11 n'y a pas très longtemps, Flechsig a fait connaître les résultats nouveaux que lui a donnés sa méthode, appliquée à L'étude du développement embryogénique des cordons postérieurs de la moelle.

Je n'entrerai pas dans le détail des résultats annoncés par Flechsig, dans La crainte de lasser votre attention en Insis tant sur un sujet un peu aride. Je renvoie ceux qui voudraienl l'aire une élude plus approfondie de celte question, au mémoire que j'ai publié dans la Revue de médecine (janvier I89i . Dans

M \i.\mis D1 8YST. M i;\ .

ce qui va suivre je me bornerai aux notions indispensables, mais qui suffiront, je l'espère, à vous faire comprendre sur quelles raisons s'est basé Flechsig, lorsqu'il a représenté le « tabès dorsalis vrai » comme une maladie systématique de la moelle. ématisatioD Flechsig a donc étudié des moelles de fœtus, d'après la méiîériîurs th°de clue Je Y0US indiquais à l'instant, c'est-à-dire en cherchant d'après Flechsig. a déterminer les époques variables auxquelles les fibres des différents faisceaux de substance blanche s'entourent de gaines de myéline. 11 croit avoir acquis la preuve que les cordons postérieurs se composent au moins de quatre systèmes différents de fibres, à savoir :

1° Un système compris dans la zone dite radiculaire antérieure; cette zone est désignée par la lettre V, sur les dessins que je fais passer sous vos yeux ; vous voyez qu'elle est contiguë à la commissure postérieure en avant, et qu'en dehors elle côtoie les cornes postérieures sur toute leur étendue. Cette zone est appelée radiculaire parce qu'elle reçoit un grand nombre de fibres émanant des racines postérieures ; la position quelle occupe dans les cordons postérieurs justifie suffisamment la qualification à' antérieure. Ce sont les fibres nerveuses comprises dans cette zone, qui présentent le développement le plus précoce, qui sont les premières à s'entourer des gaines de myéline, pendant la vie embryonnaire et fœtale. Cette zone correspond à celle connue sous le nom de zone marginale de Westphal, et dont il a déjà été question dans cette leçon.

2° Un système compris dans la zone dite médiane (bandelette médiane) , zone contiguë de chaque côté à la scissure médiane postérieure, ce qui justifie suffisamment la qualification de médiane. Cette zone est désignée sur la figure ci-jointe par la lettre S; elle comprend des fibres dont le développement est un peu plus tardif que celui des fibres de la zone V et se trouve être synchrone au développement d'autres fibres comprises dans la partie antérieure d'une zone m, dite radiculaire moyenne; cette zone radiculaire moyenne correspond, en grande partie du moins, à la bandelette externe de Pierret.

3 Un système qui comprend les fibres de la partie restante de cette même zone m, les fibres des cordons de Goll désignés sur le dessin ci-joint par les lettres g, enfin les fibres de la zone //, appelée radiculaire postérieure médiane.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Moelle d'un fœtus long de 35 centimètres.

PY

Moelle provenant d'un cas de Labes Incip

ps \

Il G 7a-

Fiflr. 02.

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