‹ Maladies du système nerveux: scléroses systématiques de la moelle, tabes dorsalis et pseudo-tabes, maladie de Friedreich, tabes spasmodique et affections spasmo-paralytiques infantiles: confèrences faites a l'Hopital Lariboisière pendant les années 1890-1891-1892-1893Chapitre 21 sur 34 · M M.ADIES DU SYST. NU · texte numérisé non relu

M M.ADIES DU SYST. NU

plot du courant galvanique (2 cas de guérison cités par Hammond).

Le seigle ergoté associé au nitrate d'argent et à l'emploi du courant galvanique (Hammond). Incidemment je crois devoir dire deux mots de l'emploi du seigle ergoté dans le traitement du tabès : c'est un médicament qui, lorsqu'il n'est pas manié avec prudence, est dangereux, à preuve une observation publiée par Grasset (Progrès médical, 1882, n° 11). On sait d'ailleurs que l'empoisonnement chronique par le seigle ergoté engendre une affection qui a de grandes analogies, quant aux symptômes et aux lésions, avec le tabès dorsalis; je vous en ai déjà dit deux mots à propos du diagnostic différentiel, et j'y reviendrai dans les conférences que je consacrerai à l'étude des pseudotabes.

Le phosphore, médicament plus dangereux encore. Uallitement prolongé (Hammond a mentionné le cas d'un ataxique, qui, relégué au lit pendant des mois, par suite d'une fracture, s'est trouvé débarrassé de son incoordination motrice).

injections de b) Injections de liquide testiculaire. — Tout d'abord on avait - iculafre. attribué aux injections de liquide testiculaire, employées dans le traitement du tabès dorsalis, une simple action dynamogène. Mais voici que, dans le courant de ces derniers mois, Brown- Séquard a communiqué à la Société de biologie (séances des 18 juin, 27 et 29 octobre 1892) une série de faits et de documents, pour affirmer la curabilité de Tataxie locomotrice par les injections de liquide testiculaire. J'ai en trop haute estime le caractère et la valeur scientifique du professeur Brovoi-Séquard, pour mettre en doute l'exactitude de faits que je ne connais pas dans leurs détails. Mais je dois à la vérité de dire que les quelques essais que j'ai faits dans des cas de tabès dorsalis, avec les injections de liquide testiculaire, ne m'ont jamais donné de résultats durables, et encore moins des guérisons radicales. Je me propose néanmoins de poursuivre mes premiers essais qui, il importe de le dire, ont porté sur des cas de tabès avancé.

itement c) Traitement antisyphilitique. — Il est un point de l'histoire

jyphilitique (]u tabès dorsalis, sur lequel presque tous les pathologistes qui

sont occupés de l'étiologie de cette maladie sont tombés

TRAITEMENT

d'accord : c'est que la syphilis figure avec une fréquence vraiment extraordinaire dans les antécédents dea tabétîques.

S'agit-il là d'une simple coïncidence ? La plupart de ceux qui se sont prononcés sur cette question pensent que non ; beaucoup se sont ralliés à la doctrine de Fournier, qui fait jouera la syphilis un rôle prépondérant dans l'étiologie du tabès dorsalis. En d'autres termes, l'opinion dominante est que, dans la gran majorité des cas, le tabès est une conséquence de la syphilis ; conséquence directe, suivant les uns, conséquence indirecte, suivant d'autres, qui pensent que la syphilis ne fait éclore les lésiondu tabès que dans des centres nerveux frappés d'une sorte de fragilité insolite, par suite d'une prédisposition le plus souvent congénitale.

De là à l'idée de recourir au traitement spécifique, chez les Les labétiques entachés de syphilis, il n'y avait qu'un pas. Cette ten- très ^gCL tative a été faite un grand nombre de fois déjà. Les résultats qu'elle a fournis sont encore très discutés; et cependant, les premiers essais remontent à plus de vingt ans. Je dirai tout à l'heure les raisons de ces divergences; mais, avant cela, je tienà préciser les différentes opinions qui ont été exprimées sur cette question de thérapeutique, pour mettre plus de clarté dans la discussion sommaire à laquelle je vais les soumettre.

Parmi les neuropathologistes, il en est qui soutiennent que le traitement spécifique complet, le traitement iodo-mercuriel, est inefficace contre le tabès dorsalis, qu'il peut tout au plus aggraver cette maladie.

D'autres affirment, avec preuves à l'appui, que, dans les cas opin de tabès survenant chez des syphilitiques, le traitement iodomercuriel peut donner deux sortes de résultats salutain

a. Procurer une amélioration qui peut porter sur quelques symptômes ou sur l'ensemble de la maladie et, dans ce dernier cas, le malade — au diiv de ceux que je cite — s.' trouve quelquefois ramené l\ un état qui équivaut à une guérison p sagère.

h. Immobiliser la maladie in situ et l'enrayer dans son évolution progressive.

D'autres enlin ont été plus heureux encore, ils ont publié des cas de tabès dorsalis radicalement guéris, après mise en œuvre du traitemenl spécifique.

nment on peut les concilier.

Manifestations communes à la

syphilis

cérébro-spinale

et au tabès.

Ce sont elles

principalement

qu'influence

le traitement

;ifique.

Comment concilier des appréciations aussi contradictoires? M'est avis que la chose est possible, à condition de tenir compte de l'état présent de nos connaissances concernant l'anatomie pathologique du tabès dorsalis, et concernant les relations de cette maladie avec les affections syphilitiques des centres nerveux, qui ont une certaine communauté de symptômes avec le tabès. Je m'explique :

Les lésions propres du tabès dorsalis n'ont rien de commun avec les lésions de la syphilis banale des centres nerveux. Làdessus tout le monde est d'accord, même ceux qui comptent parmi les partisans les plus convaincus de l'origine syphilitique du plus grand nombre de cas de tabès dorsalis. Or, des faits cliniques d'une valeur inattaquable établissent que chez des sujets syphilitiques, les lésions de la syphilis banale, lésions gommeuses, vasculaires, méningées, peuvent s'associer à des lésions de certains nerfs crâniens, à des lésions des cordons postérieurs, de tous points semblables à celles qu'on rencontre dans les cas de tabès. Parmi ces faits, je citerai notamment deux observations d'Eisenlohr [Festschrift zur Eroffnung des neuen allgemeinen Krankenhausses zu Hamburg-Eppendorf , Hambourg, 1889, p. 128) et une autre d'Oppenheim (Berliner Klin. Wochenschrift, 1888, n° 53). Je pourrais en citer d'autres, si je ne craignais de rendre cette étude trop aride.

Or, ce sont précisément les manifestations communes à la syphilis cérébro-spinale vulgaire et au tabès dorsalis, — et comme telles je signalerai : les paralysies dissociées des muscles de l'œil, les troubles de la vue en rapport avec une atrophie du nerf optique, le vertige, les attaques épileptiformes, l'hémiparésie, l'hémiplégie, la paraplégie, la sensation de constriction en ceinture, les troubles de la miction, le signe de Westphal — qu'on voit disparaître ou s'améliorer, chez les tabétiques qui ont eu la syphilis et qui sont soumis au traitement mercuriel ou iodo-mercuriel. Sur ce point les résultats de mon observation personnelle concordent avec ce qu'ont avancé d'autres cliniciens. Parmi ceux-ci, je crois devoir citer, d'une façon spéciale, M. Oppenheim. Dans un très remarquable travail sur les affections syphilitiques des centres nerveux (Berlin, 1890), Oppenheim a insisté sur la signification pratique des faits qui démontrent l'association possible des lésions gommeuses des centres nerveux et des' lé-

TRAITEMENT

sions propres du tabès dorsalis. Après avoir reconnu la nécessité d'instituer le traitement spécifique dans les cas de cette nature, il a insisté sur ce que l'influence de ce traitement s'exerce difl remment sur les deux processus morbides juxtaposés : les symptômes en rapport avec les lésions banales de la syphilis des centres nerveux se dissipent ordinairement; les manifestationpropres du tabès persistent et souvent s'aggravent.

Un fait publié par un auteur allemand Kuh (Arc hit: fur Psychiatrie, 1891, t. XXII, fasc. 3, p. 699) est particulièrement in- p^radS1!

tructif à cet éeard. 11 s'aait d'un malade à l'autopsie duquel on a

. , ,, . • , , . . , , ou B'aggraYent.

trouvé associées les lésions spinales caractéristiques du labes dorsalis, et une méningite syphilitique cérébro-spinale. Or, ce malade qui avait contracté la vérole à l'âge de vingt ans, et qui avait été soumis à un traitement parles frictions mercurielles peu de temps après l'apparition du chancre, n'a présenté, dans la suite, que des symptômes du tabès, c'est-à-dire le signe d'Argyll-Robertson, le phénomène de Romberg, l'abolition du phénomère du genou, de l'anesthésie plantaire, de l'impuissance virile, et finalement une arthropalhie tabétique. On l'avait de nouveau traité par les frictions mercurielles, dès l'apparition des premiers symptômes du tabès dorsalis; cela n'a pas empêché son tabès de progresser, et d'aboutir à la terminaison fatale après une durée relativement courte. Donc, chez ce malade, malgré l'existence de lésions en rapport avec la syphilis banale des centres nerveux, le traitement mercuriel n'a exercé aucune influence salutaire sur les manifes tations morbides, parce que celles-ci étaient exclusivement de l'ordre des lésions qu'on observe dans les cas de labes pur.

Un autre fait du môme genre a été publié par Nonne [eodem loco, 1892; t. XXIV, fasc 2, p. m2'M\). Le résumé qu'eu a donné l'auteur, caractérise suffisamment l'intérêt de ce cas. Le malade, est-il dit, était un syphilitique avéré. 11 avait présenté les symptôines du Labes classique, et les lésions spinales trouvées à son autopsie ne différaient en rien de la dégénérescence des cordons postérieurs, telle qu'on la rencontre chez les tabétiques qui n'ont pas eu la syphilis. Cependant l'affection syphilitique avait laison empreinte sur les centres nerveux de ce malade, sous la forme des altérations sprci!i(|ucs bien connues des artères de la

base du crâne. J'ajoute (pie le malade avait été traité Sans résultat par des frictions mercurielles, deux années environ apri

nerveux.

l'apparition des premiers symptômes du tabès. Mais, ici encore, on avait affaire à un cas dont l'expression clinique était purement et simplement celle du tabès dorsalis.

Les faits auxquels je viens de faire allusion répondent à l'opinion de ceux qui attribuent au traitement spécifique le pouvoir de dissiper certaines manifestations du tabès dorsalis, quelquefois même d'enrayer, pour quelque temps, la marche progressive de la maladie. Il en est d'autres qui sont de nature à éclairer sous un jour spécial les rares exemples de guérisons obtenues en soumettant des cas de tabès dorsalis au traitement antisyphilitique.

On a Je veux parler des observations de malades qui, de leur vivant,

Mu^des^caïde avaient présenté un ensemble de symptômes imposant le dia-

tabes, des cas gnostic du tabès dorsalis, et à l'autopsie desquels on a trouvé, à

•le syphilis i,j

les centres 1 examen des centres nerveux, des lésions franchement syphilitiques. Ces faits sont de connaissance récente et n'existent encore qu'en petit nombre; leur importance est de premier ordre : j'ai insisté là-dessus dans une de mes précédentes conférences, consacrée à l'anatomie pathologique du tabès dorsalis. Ils établissent d'une façon irrécusable l'existence d'un pseudo-tabes syphilitique. J'ai déjà cité l'un des faits les plus intéressants de cetle catégorie : il s'agit d'une observation publiée par Eisenlohr; le malade avait contracté la syphilis en 1850; il n'a été traité que d'une façon incomplète, par de simples topiques. Chez lui, les premières manifestations du tabès (paresthésies) se sont montrées en 1858. Dans la suite, il a présenté successivement les symptômes suivants: douleurs lancinantes; diplopie; diminution de l'acuité visuelle (atrophie de la papille) ; dureté de l'ouïe; signe de Westphall; impossibilité de se tenir d'aplomb à clochepied ; phénomène de Romberg; impuissance virile ; troubles de la miction et de la défécation, en rapport avec une anesthésie des voies urinaires et du rectum. Yoilà bien un ensemble de symptômes qui imposait le diagnostic du tabès dorsalis, ainsi que je le faisais remarquer à l'instant. J'ajoute qu'un traitement parle nitrate d'argent avait été suivi d'une amélioration momentanée, avait élé suivi notamment du retour1 du phénomène du

1 La disparition et la réapparition alternatives du réflexe patellaire s'observe précisément dans des cas de syphilis des centres nerveux. Ce fait est intéressant à connaître, pour éviter des interprétations erronées consistant à mettre

TRAITEMENT Î7I

g^enou; plus tard on avait de nouveau constaté l'abolition de ce l réflexe. Finalement, les jambes avaient été frappées de paralysi Un traitement par les frictions mercurielles mars 1881 aggrava la paraplégie; le malade succomba un peu plu< tard. A autopsie, on a trouvé les cordons postérieurs sclérosés dans presque toute leur étendue. Cette sclérose empiétait sur la partie avoisinante des cordons latéraux: ; elle coexistait avec une pachyméningite et une arachnitis spinale fibreuse et gommeuse. Les petits vaisseaux delà moelle étaient envahis par des ail rations très nettes. Bref, pour Eiscnlohr, il s'agissait là d'un c de syphilis de la moelle, ayant évolué sous les traits d'un cas de tabès à forme anormale parce que le cas s'est terminé par une attaque de paraplégie. Mais combien de fois pareill'e complication a-t-elle été notée dans des cas rattachés au tabcs dor salis, et surtout dans des cas où la syphilis figurait parmi les antécédents des malades! Pour moi, une question s'impose, en présence d'un fait clinique de la nature de celui que je viens d'évoquer. Cette question est relative au point de savoir ce qu'il serait advenu du malade d'Eiscnlohr, si le traitement spécifique avait été institué avec une énergie et une persévérance suffisantes, non pas neuf ans, mais quelques semaines ou quelques mois après l'apparition des premières manifestations tabétiques.

Une autre question s'enchaîne àla précédente ; elle est relative au point de savoir si, dans les rares exemples de guérison d'un tabès dorsalis, obtenus à la suite d'un traitement mercuriel, on avait affaire, non pas à la forme pure du tabès, mais à une de ces modalités de la syphilis cérébro-spinale qui peuvent avoir i\<'c le tabès une si grande analogie de symptômes.

Or, pour ne parler que de ceux parmi ces faits qui mil publiés avec suffisamment de détails, tous ils concernent des malades qui ont été soumis au traitement spécifique peu de temps après avoir présenté les premières manifestations tabétiques.

Après cet exposé de faits, qui m'a paru indispensable pour bien juger la question de l'efficacité du traitement antisyphilitique dans les cas de tabes,je vais récapituler ce que je viens de dii afin d'exprimer mon opinion avec netteté.

sur le compte «lu traitement, ce qui n'est qu'un épisode possible <!<- l'évolul de ces cas mixtes où les lésions du tabès se trouvent associées a celles de la

syphilis banale dos onlres nerveux.

Ile s urne.

Valeur A. Dans la très grande majorité des cas, le traitement anti-

dspédfiquee.nt syphilitique, — et par là j'entends le traitement mercuriel, seul ou associé à l'administration de l'iodure de potassium, n'exerce aucune influence salutaire sur le tabès dorsalis : assez souvent il exerce une influence aggravante , du moins sur ■ certains symptômes.

B. Dans un nombre de cas relativement faible, le traitement antisyphilitique a dissipé certaines manifestations du tabès dorsalis, et a paru ralentir la marche de la maladie. Dans les cas en question, Tinfluence salutaire des cures antisyphilitiques s'est exercée principalement sur des manifestations communes aux lésions du tabès dorsalis et aux lésions de la syphilis banale des centres nerveux. Or, ces deux ordres de lésions peuvent exister conjointement chez le môme sujet. On doit donc se demander si, dans les cas en question, Tinfluence salutaire de la cure antisyphilitique ne s'est pas limitée aux dernières, sans s'étendre aux lésions du tabès.

C. Dans un nombre beaucoup plus restreint de cas, le traitement antisyphilitique a donné comme résultat la guérison radicale d'un tabès dorsalis récent. Or, on est en droit de se demander si ces cas se rapportaient bien au tabès dorsalis, si ce n'étaient pas simplement des exemples de syphilis cérébrospinale ayant évolué sous les traits du tabès. J'ai cité des faits qui démontrent la légitimité de cette hypothèse.

On trouvera peut-être que je ne fais pas la part assez large aux bons effets de la médication spécifique dans le traitement du tabès1. Je vais certainement étonner plus d'un de mes lecteurs,

1 Une statistique du professeur Erb a été publiée récemment par M. Dinkler (Berliner Klin. Wochenschrift, 1&9Z, nos 15-20). Cette statistique porte sur 71 cas de tabès dorsalis traités parles frictions mercurielles. Les résultats thérapeutiques se chiffrent ainsi :

Dans M cas, il n'y a eu ni aggravation, ni amélioration; — 58 — il y a eu amélioration de certains symptômes.

Un malade est mort deux mois et un autre sept mois après le début du traitement mercuriel. Chez ces deux malades on a trouvé, à l'autopsie, des lésions des centres nerveux, vasculaires et méningées, qui passent pour être justiciables du traitement spécifique.

L'amélioration a porté principalement sur les douleurs fulgurantes, les phénomènes de paresthésie (dans les cas légers), sur les troubles objectifs de la sensibilité, sur l'incoordination motrice qui, dans certains cas, a complètement disparu, et plus encore sur les symptômes de paralysie motrice. Dans quelques cas seulement, on a noté le retour du phénomène du genou, la disparition des

TRAITEMENT

en ajoutant que, sur ce point, ma manière de voir cadre avec celle du professeur Fournicr. Dans son remarquable ouvrage sur le Traitement de la syphilis, paru il y a quelques moi- . Fournier, après avoir insisté sur la nécessité de recourir à une intervention préventive contre les affections syphilitiques des centres nerveux, parce que le traitement curalif donne peu de chose contre ces affections une fois constituées, après avoir rappelé combien peu donne ce traitement dans les cas de syphilis médullaire, Fournier ajoute :

<( Pour le tabès, c'est bien autre chose, à savoir : quelq guérisons très clairsemées, voire taxées d'extraordinaires, et auxquelles môme (bien à tort) certains n'ajoutent guère foi en raison de leur caractère exceptionnel ; guérisons, en tout cas, exclusivement relatives à des cas où le tabès a été surpris à sa période embryonnaire; — dans une étape plus avancée, possibilité éventuelle, mais très inconstante , d'enrayer, d'immobiliser la maladie, mais non de la guérir, — et contre l'ataxie confirmée, impuissance absolue. »

Je tenais d'autant plus à citer ces lignes qu'il m'est arrivé maintes fois d'entendre des médecins, je ne dirai pas attribuer, mais supposer au professeur Fournier une opinion sur la valeur de la médication spécifique dans le traitement du tabès, bien différente de celle que reflète la citation que je viens de faire.

ion l ournier.

Conclusions. — Je vais formuler en quelques mots les con- Con<

troubles pupillaires, d'un seul ou des deux côlés, une atténuation des troubles en rapport avec l'atrophie du nerf optique, une atténuation des troubles génitourinaires.

Les crises viscéralgiques de toutes sortes et les crises laryngées, si rebelles ■ nos ressources thérapeutiques, ont été rebelles également à la médication spécifique.

En résumé, M. Dinkler a conclu « que son intention n'avait été nullement de représenter le mercure comme une panacée du tabès dorsalis •: qu'il avait voulu seulement montrer, en se basant Bur les 71 observations consignées dans son mémoire, ■ que le traitement mereuriel du tabès est légitimé par les résultats des recherches étiologiques, anatomo-pathologiques et cliniques; que, de plus, ce traitement, non seulemenl n'entraîne pas de conséquences r&cheu mais encore pronnc des améliorations indiscutables à la majorité des malades

Chez les malades dont il est question dans le travail de M. Dinkler, le traitement mereuriel était institue de la façon suivante : Frictions inercurielle» quotidiennes, avec une quantité d'onguent ^ r i ^ qui variait de 3 a •"» grammes. I

Un même malade, le nombre des frictions variait de 20 a 50. Chaque >emuue, on faisait prendre aux malades au moins un bain a

1 A. Fournier. Traitement de lu syphilis, Paris, 1893.

clusîons pratiques que je crois devoir tirer de tout ce qui précède : ces conclusions, bien entendu, se rapportent à la conduite que doit tenir, à mon avis, le médecin quand il se trouve en présence d'un tabétique qui a eu la syphilis. Deux cas sont à distinguer :

i° Ou bien les premières manifestations du tabès datent déjà de loin, et alors, on s'abstiendra, en principe, de prescrire le traitement mercuriel, à moins que le cas se rattache aux formes anormales du tabès, et que certains symptômes soient de nature à faire soupçonner, chez le malade, des lésions méningées, gommeuses, vasculaires, telles qu'on les observe dans les cas de syphilis banale des centres nerveux.

Ou bien le tabès est de date récente, et alors l'essai du traitctement spécifique s'impose. Pour peu que cet essai tourne mal, on n'hésitera pas cà surseoir à l'expérience. Si au contraire certaines manifestations du tabès se dissipent, il faudra insister sur les mercuriaux, sauf à leur substituer l'iodure de potassium, une ois que le traitement hydrargyrique cesse d'agir.

Je crois devoir ajouter que, quand on parle de médication spécifique, on ne saurait mettre sur le même pied le mercure et l'iodure de potassium. Le mercure, principalement quand il est employé sous la forme des frictions, peut donner, dans des cas de tabès récent et chez des sujets qui ont eu la syphilis , des résultats remarquables par leur rapidité, ce qu'on n'observe pas quand on administre l'iodure de potassium seul. Mais, pour agir plus lentement, l'iodure n'en est pas moins un remède d'une réelle utilité dans le traitement du tabès dorsalis, et qui' n'expose pas aux mêmes dangers que le mercure. Aussi est-il toujours indiqué de faire un essai de traitement par l'iodure de potassium, essai qui devra embrasser une durée assez longue, si l'on veut en tirer des résultats manifestes. a. En passant, je signale que certains médecins ont attribué au

■lumerrure. traitement mercuriel de la vérole une influence tabétogène. Le professeur Fournier s'est chargé de réfuter cette thèse, qui ne repose sur aucune preuve sérieuse (voir Bulletin médical, 13 décembre 1891).

Parvenu au terme de cette étude, je tiens à faire certaines réserves. Je n'ai pas la prétention d'avoir, dans ces quelques pages, «puisé un sujet aussi vaste que l'est la question du traite-

THAITEMENT

ment du tabès dorsalis. Mais j'ai tenu à faire ressortir deux points qui me paraissent dominer cette question.

C'est d'abord que le tabès dorsalis étant, à mon avis, urif maladie presque toujours incurable, le médecin doit se garder d'une confiance aveugle et désillusionnante en des médications prétendues curatives ; quand il met ces médication- à l'essai, il ne doit ni se promettre, ni promettre au malade et à leur entourage une guérison qui fera presque toujours défaut.

C'est, en second lieu, que le tabès dorsalis étant une maladie à durée habituellement très longue, comportant, pour ceux qui en sont atteints, des incommodités, des souffrances physiques et morales nombreuses et souvent très tenaces, le médecin ne saurait être trop armé pour cette lutte incessante et prolong» Encore faut-il qu'il déploie beaucoup d'habileté dans l'emploi ressources thérapeutiques auxquelles il aura recours pour rendre une si dure épreuve aussi supportable que possible aux maladi s

On a souvent discuté pour savoir si la médecine est une science ou un art. Ceux qui sont d'avis qu'elle est l'un et l'autre ne sauraient choisir une maladie qui offre de meilleurs arguments pour soutenir la légitimité de leur thèse. Il n'est peut-être pas d'affection qui exige plus de savoir, lorsqu'il s'agit de distinguer ses formes frustes, ébauchées, si fréquentes, des nombreux «Mats pathologiques qu'on est exposé à confondre avec elles. Il n'en est pas qui, embrassant une durée de dix et vingt ans, exige de la part du médecin un art plus consommé, non seulement dans le choix opportun et alternatif des médications à employer dans des circonstances extrêmement variables, mais dans ce rôle qui consiste à dissimuler habilement l'exacte vérité aux malades, à les soutenir contre leurs découragements intermittents. <>t à leur laisser entrevoir jusqu'au bout des espérances qui ne se réaliseront jamais.

Ce rôle-là, dont personne ne méconnaîtra l'importance, ne ^apprend que par la pratique.

XVIÏI

ÉTIOLOGIE ET SYMPTOMATOLOGIE

Qu'entend-on par ppeudo-tabes ? — Les pseudo-tabes ne sont pas des maladies dans le sens propre du mot. — Ce sont des syndromes tabétiques. — Caractères qui les différencient du tabès dorsalis. — Le plus souvent ces syndromes dépendent d'une polynévrite. — Ils peuvent dépendre de lésions spinales. — Ils peuvent être l'expression d'un simple trouble dynamique. — Résumé.

Etiologie : Différentes formes étiologiques de pseudo-tabes. — Pseudo-tabes d'origine toxique. — Pseudo-tabes diabétique (auto-intoxication). — Pseudotabes d'origine infectieuse. — Pseudo-tabes hystérique et neurasthénique. — Pseudo-tabes par surmenage.

Symptomatologie : Pseudo-tabes d'origine toxique : a) Pseudo-tabes alcoolique : Exposé des faits. — Travaux de Déjerine. — Caractères différentiels du pseudo-tabes alcoolique et du tabès dorsalis. — Les troubles visuels et l'état du fond de l'œil différent dans les deux cas. — Curabilité de l'amblyopie alcoolique. — Sa valeur diagnostique. — Signe de Westphal; le phénomène du genou est sujet à revenir dans les cas de pseudo-tabes alcoolique. — Caractères de l'incoordination motrice; elle est généralement limitée aux membres inférieurs. — Caractères de la démarche. — Certaines manifestations tabétiques manquent dans les cas de pseudo-tabes alcoolique. — La parésie motrice et l'atrophie musculaire sont des manifestations habituelles. — Troubtes gastriques. — Troubles psychiques. — Evolution. — Conclusion.

A titre de complément des nombreuses leçons que j'ai consacrées à Tétude du tabès dorsalis, je désire faire rapidement devant vous l'historique des pseudo-tabes.

Qu'entend-on Et d'abord, que faut-il entendre par ce terme de pseudo-tabes? pseudo^abes. ^ ous auriez grandement tort de croire qu'on désigne sous ce nom Les une ou des entités morbides, une ou des maladies sui generis,

Lo-tabea opposables au tabès dorsalis. Voici comment on a été amené à

-'jnt pas t x x

naladies imaginer ce mot de pseudo-tabes. propre du mot. Depuis que Ton connaît bien la symptomatologie si polymorphe du tabès dorsalis, on a eu un certain nombre de fois l'occasion d'observer des malades qui présentaient quelques symptômes de

celte affection : c'était presque toujours de l'incoordinali

motrice, de l'ataxie des mouvements, associée à quelques autres Byn{j la~

manifestations du tabès, telles que le phénomène de Romberg,

des troubles de la sensibilité et notamment des phénomènes de

paresthésie, des douleurs fulgurantes, l'abolition du phi ne

du genou, etc., etc.

Mais toujours Y évolution des accidents, leur développement i iui

rapide, leur curabilité habituelle, leur étiologie, Y absence con- !'i";':i,! stante de certains signes ou symptômes qui appartiennent i propre au tabès dorsalis et que, pour ce motif, on a qualifiés de stigmates tabé tiques, la constatation de symptômes étrangers à cette maladie, ont permis à des observateurs instruits de distinguer ces cas du tabès dorsalis vrai, et cela du vivant des malades.

Remarquez qu'il s'agit de faits cliniques très disparates, qu'on a englobés sous la dénomination commune de pseudo-labo-, par allusion à leur ressemblance plus ou moins grande avec le tabès dorsalis vrai. Ressemblance le plus souvent très grossière, ainsi que je vous le démontrerai dans le cours de cette conférence.

Les quelques autopsies qu'on a eu l'occasion de pratiquer ont u plus sourent justifié l'opinion qu'on s'est faite de la nature anatomo-pathologique des principales formes de pseudo-tabes ; celles-ci ne seraient polynéyrite. que des modalités cliniques des névrites multiples, des polynérites. Toutefois cette opinion comporte certaines restrictions.

C'est ainsi qu'une des formes de pseudo-tabes les plus înté- lia peuyeni ressantes, connue pour se développer sous l'influence d'un em- 1(J poisonnemenl chronique par le seigle ergoté, est caractéris par des lésions spinales dont la topographie offre une certaine ressemblance avec celle iles lésions spinales du tabès dorsalis : je reviendrai Là-dessus dans un instant.

On sait aussi que certaines formes de pseudo-tabes sont, sui- ils i vant toute probabilité, l'expression d'un trouble purement dyna- "un

mique des centres nerveux. Vous n'ignorez pas que l'hystérie et ^Ti'ânula neurasthénie, simples névroses, c'est-à-dire maladies sine matériau s'offrent à nous sous dos traits cliniques extrêmement polymorphes. C'est ainsi qu'elles peuvent se présenter sous des dehors qui simulent jusqu'à un certain poinl la symptomatologie du tabès dorsalis. On a été ainsi amené à décrire un pseudo-tal hystérique ou neurasthénique.

• lue.

me. Bref, le nom de pseudo-tabes est employé pour désigner des

syndromes tabétiques qui s'offrent à notre observation dans des circonstances éliologiques variables, mais bien définies, qu'il est toujours facile de distinguer du tabès dorsalis, et qui le plus souvent correspondent à des états pathologiques curables.

Le plan que je vais suivre dans cette étude sera donc le suivant :

Je vais d'abord vous énumérer les circonstances étiologiques auxquelles je faisais allusion à l'instant, circonstances dans lesquelles s'observent les principales formes de pseudo-tabes.

J'étudierai ensuite ces différentes formes, classées dans l'ordre étiologique, et je vous montrerai comment, sur le terrain de la clinique, il est toujours possible d'éviter une confusion entre le pseudo-tabes et le tabès dorsalis vrai.

Enfin, j'exposerai dans un ordre méthodique les moyens thérapeutiques à mettre en œuvre contre les troubles, le plus souvent curables, qu'on observe dans les différentes formes de pseudotabes.

ÈTIOLOGIE

rentes £n m'inspirant de la notion étiologique, je distinguerai les

formes etiologi- r ° ^ J °

ques de formes suivantes de pseudo-tabes :

1° Pseudo-tabes d'origixe toxique. — ■ Certaines intoxications,

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