‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 102 sur 163 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

Nous ne connaissons qu'un petit nombre d'observations de lésions osseuses consécutives à la variole. Dans le mémoire de Witzel il n'est fait mention d'aucun cas en dehors de celui de Fischer. Cependant il nous a été possible d'en réunir quelques-uns et nous ne doutons pas que cela doit être assez facile, dans les pays où sévit encore la variole sous forme épidémique. C'est ainsi que Neve (1) en a fait connaître une série intéressante observée dans le Cashmir. En fouillant dans tous les recueils on pourrait certainement ajouter à ceux que nous indiquons; nous pouvons affirmer que nos recherches nous ont fait constater leur rareté relative.

Une des plus intéressantes observations est celle de Lombard, dont voici le résumé (2) :

« Louise Perrot, âgée de neuf ans et demi, d'une constitution molle, fut atteinte de la variole dans le courant du mois de mars 1824. Plusieurs abcès apparurent et s'ouvrirent spontanément, et, en raison des accidents qui les accompagnaient, tels que diarrhée colliquative, toux sèche, fièvre continue, avec redoublement le soir, nécrose des deux clavicules, suppuration séreuse fétide, ils furent considérés comme devant amener la perte de la malade. On prescrivit le vin de quinquina, le vin antiscorbutique, et pour le pansement, des plumasseaux de charpie sur les diverses ouvertures. Ce fut le 8 mai, cinquante jours après l'invasion de la variole, que je vis cette petite malade. Elle était, quant aux accidents généraux, dans l'état que je viens de décrire, et d'une maigreur extrême ; elle avait à l'épaule gauche deux ouvertures fistuleuses, dont la plus externe était située sur l'acromion, et l'autre à deux pouces de celle-ci, vers la face supérieure de la clavicule.

« Au moyen d'une sonde à panaris, introduite par une des ouvertures, je sentis une portion d'os mobile, dénudée, que je jugeai être l'extrémité externe de la clavicule, ayant fait sortir une sonde

(1) Neve, Lancet, 1887.

(2) L.-L. Lombard, loc. cit. Archives de médec, 1820.

par l'ouverture opposée. J'incisai la peau, et au moyen de pinces à pansement, j'amenai la portion acromiale de la clavicule; elle était rugueuse et inégale dans la partie qui donne attache à la capsule ligamenteuse et au ligament acromio-claviculaire ; l'extrémité externe articulaire était revêtue encore de son cartilage; son extrémité externe ressemblait parfaitement à une partie détachée par fracture; quant à sa circonférence elle était lisse et polie, comme celle d'un os qu'on aurait fait macérer.

« Du côté droit, je trouvai une ouverture qui présentait l'extrémité externe de la clavicule dénuée de son périoste et entièrement libre de toute attache avec l'acromion et l'apophyse coronoïde. Un pus grisâtre, séreux, fétide, s'écoulait par cette ouverture; mon stylet promené sur toute la longueur de la clavicule me la fit reconnaître pour nécrosée, mais attachée encore par son extrémité sternale vers laquelle existaient à la peau, du gonflement et de la rougeur ; en pressant de sa partie interne vers l'externe et de bas en haut, je faisais sortir du pus, accompagné d'un certain bruit qui provenait de la pénétration de l'air dans le trajet fistuleux, ce qui m'engagea à faire une contre-ouverture. Il est bon de noter que j'avais cherché, en faisant quelques tractions, à amener la clavicule, ce qui n'eut aucun résultat...

« Après dix jours d'attente, pendant lesquels je n'avais pas

manqué, à chaque pansement, de faire quelques tractions pour amener la clavicule, la malade perdant ses forces, je résolus de faire l'extraction, et voici comment je voulais la pratiquer...

« Mais ayant voulu, pour inciser avec plus de facilité la capsule articulaire, la soulever au moyen de la clavicule, cette dernière se rompit, non cependant sans quelque effort, car dans le fait j'avais plutôt séparé violemment, que détaché l'extrémité sternale de la clavicule du corps de l'os. L'inflammation dont elle était atteinte avait évidemment favorisé cette avulsion. A l'endroit de la rupture, la clavicule était rouge et saignante, comme la portion celluleuse d'un os frais qu'on brise pour en étudier la structure, peut-être même était-elle plus striée de sang. Le tissu fibreux du périoste qui formait le fond de la plaie était grisâtre et mollasse... »

Ultérieurement la guérison se fit dans les conditions suivantes :

« Pendant le cours de cette cicatrisation il apparut sur le

radius droit une tumeur qui était évidemment une périostose; j'employai vainement les antiphlogistiques ; ni saignées locales, ni cataplasmes résolutifs n'en purent arrêter le cours, et voyant qu'elle augmentait de volume et qu'elle était déjà de la grosseur d'un œuf de poule et de la longueur de 4 ou 5 pouces, je crus devoir, ayant reconnu de la suppuration, je crus devoir, dis-je, y plonger un bis-

OSTÉOMYÉLITES INFECTIEUSES POSTFÉBRILES.

touri droit à lame étroite, persuadé que si j'attendais trop longtemps, le périoste se décollerait dans une grande étendue et que l'os se nécroserait dans une grande partie de sa longueur. Cette ouverture donna issue à du pus séreux... Au moyen d'une petite bandelette de diachylon tournée en spirale, je tins cette ouverture extrêmement petite, à même de donner issue à une suppuration, qui fut d'abord assez abondante et qui peu à peu diminua. La tumeur a une base infiniment moins considérable qu'à l'époque où je l'ouvris, elle s'est beaucoup aplatie, et je suis convaincu que quand l'ossification du périoste, qui a déjà commencé à la base de la tumeur, permettra d'enlever le séquestre, il sera peu considérable et fort peu étendu en longueur. ..

« La première incision guérit dans l'espace de onze à douze jours, et la seconde fut deux mois avant d'être complètement cicatrisée. A cette époque la cicatrice était enfoncée, adhérente à un cordon qu'à son élasticité on aurait pu considérer comme ligamenteux, puis, plus tard, comme cartilagineux ; peu à peu les mouvements d'abduction du bras devinrent faciles, l'état cartilagineux devint de plus en plus apparent, et aujourd'hui, en janvier, vingt mois environ après l'invasion de la maladie, l'on peut voir une clavicule encore élastique quoique s'acheminant chaque jour vers l'ossification, remplissant tous les usages de celle qui fut enlevée, augmentant de volume, ayant une forme analogue à l'ancienne, mais plus inégale et présentant dans son centre un renflement. La cicatrice d'abord enfoncée, adhérente, est superficielle et libre, et l'enfant jouit d'une assez bonne santé à l'exception d'un séquestre du radius. La clavicule extraite présente, comme on peut s'en assurer, sa circonférence lisse et polie, et son extrémité externe est recouverte du cartilage articulaire ; toutes les insertions ligamenteuses sont analogues à celles des os qui ont été macérés... »

Nous avons noté ailleurs les réflexions judicieuses, émises par Lombard, sur le rôle du périoste dans la régénération de la clavicule nécrosée.

Dans la thèse de François, sur les ostéites de la rotule, nous avons trouvé une observation de Poncet. 11 s'agissait d'une inflammation périarticulaire suppurée du genou, à point de départ rotulien, survenue dans la convalescence d'une variole grave chez une jeune fille de vingt-trois ans. L'incision donna issue à un petit séquestre; la guérison se fit normalement sans arthrite secondaire.

Quant aux faits de Neve ils sont particulièrement intéressants. Cet auteur les a observés dans le Cashmir, pays où la variole est épidémique et entre dans la proportion de 75 p. 100 dans la mortalité infantile. Fréquemment les ostéites, les arthrites surviennent à

titre de complications; trois fois surtout l'évolution de ces dernières a été remarquable :

1° Un enfant de trois ans est atteint de variole au mois de septembre. Un mois plus tard, tuméfaction et suppuration des deux coudes et d'un poignet. Au commencement de novembre, résection du coude, évidement d'un foyer développé dans l'épiphyse radiale. Guérison complète, avec mobilité suffisante, constatée le 10 décembre ;

2° Un enfant de six mois prend la variole en février 1887 ; quatre semaines plus tard un abcès apparaît au-dessus du coude. Le 18 mai, issue d'un séquestre formé par l'olécrâne sans qu'il y ait d'ouverture articulaire. Nous rapprochons ce détail de celui étudié dans la thèse de François et relatif à l'intégrité de la jointure lors d'élimination de la rotule par nécrose ;

3° Sur un troisième enfant de six mois, varioleux, il se forme au bout de quelques semaines un abcès de l'aisselle ; une fois ouvert, les trajets conduisirent sur l'omoplate. A diverses reprises il s'élimina des séquestres cartilagineux, à demi ossifiés, si bien qu'il ne resta plus de tout l'os que la moitié supérieure, l'épine et le col. En trois semaines la guérison était à peu près complète, il ne restait qu'une fistule.

Neve insiste à diverses reprises sur le rôle de protection joué par le tissu cartilagineux chez les enfants; il limite les tendances envahissantes du processus.

On ne peut tirer de conclusions générales de ces faits. Bornonsnous à dire que dans la variole les complications osseuses tiennent sans doute à des infections surajoutées. La présence de staphylocoques, de streptocoques dans les pustules, et même dans les organes internes, a été démontrée : il est logique de supposer ces agents capables de se localiser dans les régions juxta-épiphysaires et d'y déterminer les désordres caractéristiques des ostéomyélites dites infectieuses.

Quant aux indications thérapeutiques, elles n'offrent évidemment rien de spécial.

Page 1