HYPEROSTOSES. — OSTÉITE A FORME NÉVRALGIQUE. — ABCÈS DES OS
Nous n'insisterons pas sur le développement possible d'hyperostoses dues à des manifestations d'ostéomyélites infectieuses. Situées dans les régions juxta-épiphysaires, elles peuvent apparaître d'emblée (ce qui est exceptionnel), ou se trouver liées à des localisations concomitantes de même nature, mais plus accentuées, suppurées, sur d'autres segments du squelette. Nous avons dit également la fréquence de ces hyperostoses à la suite de la fièvre typhoïde. Chez certains sujets, le travail pathologique profond, intra-médullaire, ne se manifeste que par une modification extérieure nulle, ou très peu appréciable, mais se i*évèle par des douleurs intolérables. Gosselin, dans la thèse de Naud (2), avait attiré l'attention des chirurgiens sur Yostéite à forme névralgique et les résultats que l'on obtenait parla trépanation. Peu de temps après, Perret (3) exposait les différentes trépanations pratiquées par Ollier dans ce but depuis une quinzaine d'années.
Le tibia est le siège d'élection de ces ostéites à forme névralgique ; mais l'aspect du tissu osseux très variable rend insuffisamment compte de l'existence et de l'intensité des douleurs.
Tandis que le tissu paraît plus dense, plus compact en certains
(1) Ollier, t. III, p. 738.
(2) Naud, De l'ostéite à forme névralgique, 1868. Th. Paris.
(3) Perret, De la trépanation dans les abcès des os et dans les ostéites à forme névralgique.
OSTEOMYELITES ET OSTÉOPÉRIOSTITES INFECTIEUSES. 501
points, ailleurs il est plutôt raréfié, on ne rencontre ni pus, ni séquestres. Pour donner un exemple de ces faits singuliers, nous citerons cette note d'Ollier :
« J'ai pratiqué une première trépanation du tibia pour des douleurs rebelles à caractère névralgique, sans pus, en 1863 (Th. Perret, p. 46). J'avais diagnostiqué un abcès intra-osseux, et je ne trouvai que des espaces médullaires comblés par une moelle fibreuse. Je fis part de mon erreur à mon maître Barrier, ancien chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, qui me dit : « Rassurez-vous, j'ai fait dans « ma vie deux opérations semblables, je n'ai pas trouvé de pus, et mes « malades ont parfaitement guéri. » « Mon opérée guérit parfaitement en effet; elle quitta deux mois après l'Hôtel-Dieu, ne souffrant plus du tout. Dix ans plus tard, elle venait mourir dans mon service, atteinte de panostéite du même tibia qui s'était déclarée tout à coup à la suite d'un refroidissement post-puerpéral. »
Lorsqu'on ouvre au moyen de la gouge une extrémité diaphysaire, siège de ces douleurs intolérables, on peut y rencontrer une moelle fibreuse, plus dure qu'à l'état normal, contenue dans des aréoles osseuses irrégulièrement disposées. L'absence de pus avait fait donner à ces lésions l'appelation de faux abcès des os (Gosselin).
Le défaut de limitation de cette sorte d'ostéomyélite plastique, accompagnée souvent d'hyperostose du tissu spongieux, empêche de fixer les limites de l'intervention. La dissémination des points malades, la difficulté de communication entre les diverses vacuoles médullaires, exposent, comme le dit Ollier (1), à laisser en dehors du trajet de l'instrument des causes d'étranglement.
La ténacité et Vintensité des douleurs peuvent attribuer un caractère de gravité spécial à ces altérations osseuses que leur nature anatomo-pathologique nous a fait ranger parmi les formes atténuées des ostéomyélites infectieuses.
C'est particulièrement à la suite de la fièvre typhoïde que l'on a noté ces ostéalgies rebelles. Nous avons cité plus haut un fait remarquable de Chantemesse , dans lequel la déformation du membre et d'une jointure était venue s'ajouter aux phénomènes douloureux, et cela deux années après la fièvre typhoïde.
Il faut bien savoir que les diverses variétés d'altérations médullaires, profondes, infectieuses ou néoplasiques, peuvent être le point de départ d'élancements douloureux excessifs. Dans les abcès juxta-épiphysaires chroniques d'emblée, ou consécutifs à une ancienne poussée, accompagnée de suppuration, les souffrances du malade ont fait accoler au titre des observations une épithète signi-
(1) Ollier, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1876.