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CHAPITRE V

Depuis les travaux de Neisser et Hansen, la nature parasitaire des manifestations pathologiques de la lèpre devenait de plus en plus probable; en même temps Sudackewitsch et Chassiotis nous éclairaient sur les altérations du système nerveux. Mais jusque dans ces dernières années, la question si importante des altérations osseuses observées dans les mutilations des membres, qu'il s'agisse de la forme anesthétique pure ou secondairement anesthétique, était restée obscure.

Leloir (1), se basant sur ses recherches personnelles et celles de divers auteurs, distingue deux processus mutilants différents, suivant qu'il y a nécrose des os, consécutivement à leur dénudation, sphacèle, ou bien résorption spontanée sans nécrose. Dans ces derniers cas les phalanges étant amincies, ramollies, Leloir se sert du terme d'ostéo-maladie lépreuse. A son avis la lésion présente tous les caractères d'une tropho-névrose.

Miinch (2) reconnaît trois pathogénies différentes à la mutilation lépreuse :

1° Par dénudation et nécrose osseuse résultant de la profondeur des ulcérations ;

2° Par panaris profond, la phalange nécrosée s'éliminant au moment de l'ouverture de la collection;

3° Par disparition des tissus osseux sans ulcérations, ni nécrose.

Pour lui cette dernière lésion est propre à la lèpre, les deux premières résultent d'infections surajoutées.

Cette question a été reprise et élucidée dans un travail des plus remarquables de Sawtschenko (3) . Nous lui emprunterons les éléments de notre description, n'ayant jamais eu l'occasion d'observer personnellement la lèpre.

(1) Leloir, Traité théorique et pratique de la lèpre, 1886, Paris.

(2) Miinch, Wratch., 1887.

(3) Sawtschenko, Beitnige z. pat h. An. und Pht/s., 1891, p. 241.

Ajoutons que Hillis a signalé l'érosion lacunaire des trabécules osseuses, mais la rattache à une influence nerveuse. Quant à Neisser il se demande, à la fin de son article des Archives de Virchow, si les altérations osseuses de la lèpre ne doivent pas être regardées comme bacillaires, au même titre que celles qui avaient été considérées d'abord comme d'origine trophique.

Ayant examiné des phalanges dénudées, Sawtschenko, à un premier et rapide examen, avait constaté l'existence de quantités énormes de bactéries lépreuses dans leur canal médullaire et les canaux de Havers. Toutefois l'intensité de la réaction inflammatoire pouvant être attribuée à une infection surajoutée de cause extérieure, il résolut d'étudier l'état des os non dénudés. Voici le résultat de ses recherches.

LÉSIONS MACROSCOPIQUES.

Les os de deux mains (non mutilées) ne présentaient à la coupe aucune modification appréciable ; il en était de même pour une troisième main (non mutilée), à l'exception du pisiforme, des épiphyses et de la diaphyse du radius et du cubitus.

Le pisiforme, les métacarpiens, et

outes les phalanges du pouce, de l'index, du petit doigt présentaient de petits foyers fongueux, gros comme un grain de chanvre ou un pois, situés dans le tissu spongieux.

Localisés pour la plupart dans les épiphyses, certains (au pouce, à l'index) s'étendaient à toute la cavité Fig. 70.Coupe de la première phamédullaire. Des fragments de tissu lange du pouce (Sawtschenko). compact, raréfiés, étaient perdus au a, a, a, nodules lépreux, milieu des fongosités.

Il n'existait aucune trace de réaction périostique à la surface des os ainsi altérés, tandis que sur les os dénudés, exposés, le développement de fongosités intra-médullaires s'accompagnait d'épaississement ostéophytique évident. Les recherches histologiques ont montré le rôle prépondérant des lésions médullaires, passif, du tissu osseux.

L'examen des régions de la moelle saine en apparence révèle les détails suivants :

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