LÉSIONS HISTOLOGIQUES
1° Altérations médullaires. — A part l'accumulation d'un grand nombre de cellules adipeuses, la métamorphose muqueuse du stroma, et l'irruption de cellules lymphoïdes, on pouvait observer la fragmentation des noyaux, et l'existence de vacuoles dans l'intérieur du protoplasma des cellules. Dans les points où n'existe aucun signe d'inflammation, on trouve des cellules lymphatiques dont les vacuoles contiennent des bacilles de la lèpre ; il en est de même pour les cellules fixes de la moelle; ailleurs où l'infiltration inflammatoire est
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Fig. 71. — Préparation de la deuxième phalange de l'index (Sawtschenko).
a, canal de Havers rempli de bacilles et de leucocytes (e). — b, b, 4, bacilles dans l'intérieur des corpuscules osseux. — c. lésions de l'endothélium lymphatique tapissant un canal de Havers infiltré de bacilles.
évidente, les bacilles sont répandus au dehors des éléments cellulaires. Quelles que soient les préparations examinées le résultat est le môme, seulement avec des degrés différents. Sawtschenko (1) rappelle que Virchow le premier a signalé la vacuolisationdes cellules lépreuses (2). Ce processus a été étudié et diversement interprété depuis par Neisser (3), Kôbner, Metschnikoff, Touton, Sudakewitsch. Nous renverrons à ces auteurs et surtout à Sawtschenko pour l'exposé de cette question.
(1) Bonome et Bordoni-Uffreduzzi avaient déjà signalé la présence des bacilles dans la moelle osseuse. Zeitsch. f. Hyg., 1887.
(2) Neisser, Virchow' s Archiv. Bd. LXXXIV.
(3) Kôbner, Td., Bd. LXXXVI1I.
Quant à l'examen des foyers lépreux, il fournit des résultats différents suivant leur ancienneté relative.
Les noyaux récents offrent au microscope l'aspect caractéristique du granulome lépreux si minutieusement décrit dernièrement par Baumgarten. Au milieu d'un stroma de tissu connectif fibrillaire lâche se tiennent des cellules épithéliales qui contiennent les unes quelques bacilles isolés, d'autres et c'est le cas le plus fréquent, de nombreux groupes zoogloéiques. Entre elles existent, mais en quantité moindre, des microcytes et des leucocytes à noyaux fragmentés.
Fig. 72. — Coupe de la deuxième phalange de l'index (Sawtschenko).
a, périoste envahi par les bacilles. — 6, canaux de Havers contenant des bacilles. — c, moelle osseuse altérée par le processus lépreux.
Quelques cellules épithéliales identiques aux précédentes ne contiennent aucune bactérie. Il n'est pas possible d'affirmer que ces cellules épithélioïdes proviennent des cellules conjonctives fixes (Baumgarten) ou des leucocytes (1). Un fait certain, c'est que le granulome lépreux se développe dans les points où existe l'infiltration inflammatoire déterminée par les bactéries devenues libres par la mort des microcytes qui les contenaient. Quant aux détails purement histologiques concernant l'origine des cellules géantes, leur signification, nous renvoyons au mémoire de Sawtschenko, nous contentant de signaler ses conclusions.
Les bacilles apportés par les vaisseaux sont arrêtés par les cellules
(1) Baumgarten, Lehrbuch d. path. Mycol. Bd. II.
lymphatiques surtout, par les cellules fixes du tissu conjonctif, et les cellules endothéliales des vaisseaux.
Les vacuoles sont la conséquence de l'emprisonnement des bacilles. Beaucoup de ces derniers succombent, mais d'autres se multiplient, détruisent le protoplasma, formant ainsi des pertes de substances arrondies pleines de bacilles zoogloés ; les cellules succombent. A leur place existent des masses de protoplasma sans noyaux, criblées de vacuoles, contenant quelquefois des bacilles bien colorés. En général quelques noyaux seuls sont colorés.
Les bacilles devenus libres par la destruction des cellules, déterminent une infiltration inflammatoire qui aboutit à l'édification de cellules épithélioïdes, emprisonnant une nouvelle génération de bacilles. Par suite les amas zoogloéiques sont plus évidents à cette période qu'au début.
A la place des cellules épithélioïdes, détruites par les bacilles, apparaissent des bacilles zooglées de mêmes dimensions. En même temps le tissu conjonctif prolifère, et ces derniers ainsi que quelques bacilles pénètrent dans les espaces et les vaisseaux lymphatiques. Ces derniers dilatés sont obstrués par des leucocytes ; et ce processus aboutit à la formation de pseudo-cellules géantes.
2° Lésion de la substance osseuse. — Les premiers stades de la maladie, caractérisés par la pénétration des bacilles dans les éléments lymphatiques de la moelle osseuse, ne sont marqués par aucune modification du côté de la substance osseuse. Mais dès qu'apparaît l'infiltration inflammatoire et, à plus forte raison, à une période plus avancée, on observe des signes manifestes de résorption osseuse sur les trabécules. Celles-ci, aussi bien que le tissu compact de la diaphyse, sont détruites par raréfaction.
Dans les lacunes de Howship, les dépressions trabéculaires, se voient de grosses cellules, certaines à noyaux multiples : ce sont les ostéoclastes.
De la cavité médullaire, le processus s'étend au périoste et cela par l'intermédiaire des canaux de Havers. Sur des coupes on peut voir les bacilles entourer le canalicule sanguin, remplissant l'espace lymphatique péri-vasculaire. Quelques cellules embryonnaires accusent un travail réactionnel peu intense. Çà et là sur les trabécules osseuses se trouvent des ostéoclastes dont la fonction est la résorption de l'os.
A côté de ces détails, Sawtschenko met en évidence la pénétration des bacilles dans les cavités des corpuscules osseux et la destruction des cellules osseuses par ces agents pathogènes. C'est par l'intermédiaire des canalicules osseux que s'effectue la pénétration de ces bacilles, et leur propagation de proche en proche. Quant à
Yinfluence que la destruction des cellules osseuses peut exercer sur la nutrition du tissu, elle est certaine, bien que difficile à préciser.
Les canaux de Havers dans ces régions sont difficilement reconnaissables ; leurs limites avec la paroi osseuse sont effacées, leur calibre doublé ou triplé.
Ajoutons, que c'est à peine si l'on observe de petites ostéophytes du côté du périoste ; on peut trouver en partie l'explication de ce défaut de réaction, dans l'existence de bacilles à l'intérieur des ostéoblastes. Mais il faut aussi admettre le faible degré de réaction suscité par le processus lépreux. Par contre, dans les points où existent des ulcérations, le travail réactionnel, accusé par de nouvelles couches osseuses, se manifeste avec la plus grande évidence.