‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 117 sur 163 · LÉSIONS SYPHILITIQUES DES OS · texte numérisé non relu

LÉSIONS SYPHILITIQUES DES OS

SECTION I

§ 1. — Historique.

Les affections syphilitiques des os n'ont été bien connues que plusieurs années après la première apparition de la vérole, au quinzième siècle. C'est Vigo qui a décrit, le premier, les exostoses en 1514. « Avec les pustules, dit-il, ou du moins quand elles avaient paru, le malade ressentait environ pendant un mois et demi, tantôt au front, tantôt aux omoplates, aux épaules et aux bras, quelquefois aux jambes, des douleurs qui lui faisaient pousser des hauts cris. A. ces douleurs, longtemps après, c'est-à-dire après un an et quelquefois plus tard, il survenait des squirrhes osseuses qui tourmentaient beaucoup les malades, surtout la nuit, et qui leur donnaient un peu plus de repos le jour. Ces douleurs aboutissaient toujours à gâter et à corrompre les os et la moelle, ainsi qu'il arrive dans le splna ventosa. »

Un peu plus tard Fallope (1555) décrit aussi ces mêmes lésions : « Il arrive, dit-il, que des tumeurs apparaissent autour des articulations ou dans les os, au milieu du péroné ou du cubitus, ou à la tête, qui porte alors, sous une forme de couronne, les insignes du mal français. Parfois, les tumeurs contiennent une humeur épaisse qui ressemble à la gomme, et c'est pourquoi on les connaît sous le nom de tumeurs gommeuses. Il y en a de deux sortes : les unes sont tophacées, remplies d'une matière presque pierreuse comme les tophi des os, ou semblables à celles qui forment le cal des fractures; les autres contiennent une matière plus molle. Celle-ci

est tantôt lardacée, tantôt un peu moins épaisse, de la consistance de la bouillie ou du miel. »

Bertrandi, Duverney, Fernel, Astruc, J.-L. Petit, Hunter, accordent dans leurs travaux une part plus ou moins importante à l'étude des affections syphilitiques des os, études si bien complétées par les travaux des syphiligraphes contemporains : Ricord, Rollet(l), Mauriac (2), Fournier, Jullien (3).

Mais si les localisations osseuses ou articulaires de la syphilis étaient bien connues au point de vue clinique, par contre leur description anatomo-pathologique était restée encore fort incomplète. Les ostéites du crâne, de la face, par leur siège superficiel, les

difformités qu'elles entraînent avaient surtout fixé l'attention des

anatomo-pathologistes (Virchow, Cornil), et cela au détriment des affections des membres.

La pénurie de pièces et de documents concernant ces derniers, vraiment étonnante si l'on tient compte de la fréquence de la syphilis, est due sans aucun doute à ce que l'on se borne à examiner à l'autopsie les régions qui pendant la vie étaient le siège de douleurs évidentes , telles que suppurations, douleurs, gonflement...

Aussi, tout en admettant que l'ostéo-syphilose est incontestablement plus rare sur le fémur et l'humérus que sur la charpente nasale ou palatine, nous croyons cependant qu'elle a dû souvent passer inaperçue à cause de l'examen incomplet des principales pièces du squelette.

Nous bornerons là cet aperçu historique, que la lecture des chapitres suivants permettra de compléter.

§2. — Anatomie pathologique. — Lésions des os longs, plats,

courts.

Nous exposerons successivement les caractères anatomo-pathologiques des localisations syphilitiques tertiaires (4) sur les diverses pièces du squelette (os longs, os plats, os courts).

De l'ostéomyélite gommeuse des os longs.

Dans un travail publié en 1858 sur la syphilis constitutionnelle (Virchow's Archiv, 15 Bd.), Virchow insiste peu sur l'ostéomyélite

(1) Rollet, Maladies vénériennes .

(2) Mauriac, Syphilis tertiaire et syphilis héréditaire, 1890.

(3) Jullien, Traité pratique des maladies vénériennes, 188G.

(4) Nous avons cru devoir reporter entièrement à la symptomatologie, les manifestations précoces, secondaires de la syphilis;, il est en effet impossible d'en faire une description anatomique.

Gangolphe. — Maladies des os. 3o

gommeuse, et, tout en admettant l'exactitude des descriptions de Ricord (Clinique iconographique. Paris, 1851, pl. 28, 39 bis), reconnaît n'avoir jamais eu l'occasion d'observer de pareilles lésions à l'état frais. Une note additionnelle au Traité de la syphilis constitutionnelle (1862) nous apprend, toutefois, qu'il a vu un cas d'ostéomyélite gommeuse très étendue du tibia, avec hyperostose périphérique et une modification de la moelle ressemblant entièrement à l'inflammation gommeuse des autres organes. Dans un autre cas (tibia), il aurait rencontré une hyperostose simple, remarquable « en ce que les couches de nouvelle formation, formées par le périoste, étaient d'abord sclérotisées, ensuite poreuses, raréfiées, formant une élévation décolorée, une espèce d'atrophie excentrique difficile à reconnaître au premier abord ».

Rokitanski (1) (1861), Forster (2) (1863), Meier (3) (1871), admettent l'existence possible de productions gommeuses dans les os longs.

Siegmund (4) (1872) pense que le processus gommeux peut se développer aussi bien sous le périoste que dans la profondeur de l'os et déterminer de l'hyperostose, de la carie, de la nécrose ou bien guérir par résorption ; le diagnostic d'ostéite gommeuse doit être fait avec réserves sur le vivant.

D'après Lancereaux (S) (1873), tout porte à croire que les productions gommeuses de la cavité médullaire des os sont plus fréquentes que ne permet de le penser le petit nombre de faits connus, et si on les observe rarement, cela tient évidemment à la négligence qu'on apporte en général dans l'examen anatomique du tissu osseux.

Les ouvrages de Zeissl (6) (1876), Orth (7) (1876), Baumler (8) (1876), ne contiennent aucun fait nouveau.

Dans ses Leçons sur la syphilis (1879), M. Cornil établit les divisions d'ostéopériostite et d'ostéomyélite gommeuse, pouvant être chacune circonscrite ou diffuse ; mais sa remarquable description ne vise pas les localisations de la syphilis tertiaire sur les os longs.

Enfin, M. Jullien, dans son Traité pratique des maladies vénériennes (1879, p. 867), reconnaît que l'évolution de la' gomme est moins connue dans l'intérieur des os plats et particulièrement des os longs et signale à cette occasion les faits de Ricord (loco citato).

(1) Lehrb. d. path. An. Bd. III, p. 554.

(2) Spec. path. ^4n.,p.899.

(3) Lehrb. d. path. An., p. 329.

(4) Pitha und Billroth, p. 242.

(5) Traité hist. et pratique de la syphilis.

(6) Grundriss. d. Syphilis.

(7) Compend. d. path. An.

(8) Syphilis. Ziemssen.

Ces derniers, que l'on a coutume de citer, sont fort succinctement exposés et ne permettent nullement de se faire une idée précise des lésions syphilitiques des os longs. 11 suffit pour s'en convaincre de recourir à la publication elle-même. Les mêmes remarques s'appliquent à l'observation de Thierfelder. Il n'en est pas ainsi pour une observation publiée dans la thèse de M. Méricamp (1), et recueillie dans le service de M. Fournier : il s'agit d'un fait remarquable de lésions syphilitiques osseuses et articulaires multiples offrant de très grandes analogies avec nos observations personnelles.

Il nous reste à signaler une série d'observations intéressantes publiées en mai 1882 par M. Chiari (de Prague) dans le journal d'Auspitz et Pick (2). Il recueillit sa première observation en 1876, à la clinique de Siegmund, et commença dès cette époque à examiner le squelette des sujets atteints de syphilis acquise ancienne. Sur 27 cas, 9 fois il trouva des lésions, et cependant il n'a pu sur tous les sujets faire un examen complet du système osseux : aussi pense-t-il que les gommes centrales médullaires des os longs sont plus fréquentes qu'on ne le croit habituellement; qu'elles sont le plus souvent multiples et qu'il n'est pas rare qu'elles restent à l'état latent pendant la vie et qu'on les découvre pour la première fois seulement à l'autopsie.

En 1884, dans une série d'articles publiés dans le Lyon médical, nous avons exposé les résultats de nos premières recherches sur ce sujet. Plus tard de nouveaux faits sont venus compléter nos conclusions en les affermissant davantage (3).

Acceptées par la plupart des syphiligraphes, entre autres par M. le professeur Rollet, elles ont été bien accueillies par notre ami M. Jullien, et ont trouvé une large place dans l'important et remarquable ouvrage de M. Mauriac.

A l'étranger les ouvrages récents de Zeisll (4), de Lesser (5) ne contiennent aucune donnée nouvelle.

(1) Des arthropatkies syphilitiques. Paris, 1882.

(2) Dermatologie und Syphilis . Zur Kenntniss der gummœser Osteomyelitis in den langen Rôhrenknochen.

(3) De l'ostéomyélite gommeuse des os longs (Lyon médical, décembre 1884). — — De fostéo-arlhrile syphilitique tertiaire (Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1885). — Congrès fra7tçais de chirurgie, lre session, avril 1885. — Bulletin de la Société anatomique de Paris, avril 1885. — Étude clinique sur l'ostéomyélite gommeuse des os longs, Thèse de Lyon, 1885, Perret. — Ostéomyélite gommeuse, notes anatomo-pathologiques, janvier 1888 (Lyon médical).

(4) Traité clinique et thérapeutique des maladies vénériennes , traduction Raugé,

(5) Traité des affections vénériennes, traduction Bayet, 1892.

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