‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 125 sur 163 · LOCALISATIONS OSSEUSES DE LA PÉRIODE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

LOCALISATIONS OSSEUSES DE LA PÉRIODE SECONDAIRE

Les os sont fréquemment atteints dès les premiers mois de l'infection syphilitique, mais en général d'une façon légère, ce qui, d'ailleurs, est le cachet des lésions précoces de la vérole. Ce sont habituellement des douleurs intenses (douleurs ostéocopes, ostéalgie), qui constituent les premiers signes, auquels s'adjoignent assez souvent des tuméfactions situées superficiellement sur certains os, notamment au crâne, le frontal, et sur la poitrine, la partie inférieure du sternum, les côtes. Du côté des membres, la crête du tibia et diverses parties saillantes, apophyse styloïde du radius, olécrâne, épicondyle, épitrochlée, apophyse coracoïde, épine de l'omoplate... forment autant de sièges de prédilection. On désigne habituellement ces lésions sous le nom de périostose, mais c'est en vain que l'on chercherait des preuves anatomo-pathologiques capables de justifier cette dénomination.

Nous ne nions pas qu'il en soit ainsi, mais, comme on l'a vu à propos des lésions tertiaires , on peut supposer qu'il s'agit d'une tuméfaction sous-périostique coïncidant avec desaltérationscentrales, médullaires. Sur un sujet qui avait succombé accidentellement, en pleine période secondaire, avec des manifestations cutanées étendues, nous avons ouvert et examiné les os des deux membres inférieurs sans rien trouver d'anormal. Il n'existait aucune périostose.

Si l'on envisage ces lésions à un point de vue plus général, il est possible de les interpréter comme résultant d'une inflammation spécifique localisée sur la moelle au même titre que sur les organes lymphoïdes.

Nous considérons, en effet, comme admise l'opinion de certains auteurs (L. Tripier, Bizzozero, etc.) qui rangent le tissu osseux médullaire à côté des tissus lymphatique, splénique, amygdalien, etc.

Nous trouvons au surplus, dans le Traité des maladies vénériennes (pp. 648-649), de M. Jullien, les lignes suivantes, relatives aux lésions observées dans la période secondaire sur le système osseux :

« On trouvera sans doute étonnant que nous décrivions à cette place les lésions qui vont nous occuper. Mais on ne saurait contester aujourd'hui que les os ne jouent un rôle important dans le phénomène de l'hématopoïèse. Les cellules médullaires, si par-

faitement semblables aux globules blancs du sang, sont à n'en pas douter des cellules lymphatiques. Au reste, la présence, au sein de ces éléments, de granulations rouges ou brunes, détritus probable d'hémoglobine, permet de penser que les globules rouges subissent dans la moelle un processus destructif absolument comparable à celui qui se passe dans la pulpe splénique. Dès lors, pourquoi séparerions-nous les lésions médullaires de celles qui peuvent atteindre le parenchyme de la rate? Que ceux, du reste, qui seraient tentés de nous reprocher le rôle prépondérant que nous attachons à l'élément lymphatique ou mieux lymphoïde, jusque dans les maladies superficielles de l'os, veuillent bien se souvenir que, même chez les sujets arrivés au terme de leur croissance, la face interne du périoste est doublée d'une mince couche médullaire formant avec celle de la moelle un tout continu, de telle sorte que l'os peut être considéré comme baigné dans cette substance. Ces données physiologiques, que tous les auteurs spéciaux ont eu le tort de négliger jusqu'ici, vont nous rendre singulièrement intelligibles les lésions précoces du squelette. Quoi de plus rationnel, en effet, que d'attribuer le soulèvement du périoste à la tuméfaction de la couche médullaire qui le tapisse et qui, fatalement, comme la rate, comme les amygdales ou tout autre organe lymphoïde subit l'influence du virus; et ces douleurs, dont l'os devient le siège vers la même époque, ne dénotent-elles pas qu'un semblable phénomène se passant au sein de la moelle met enjeu la sensibilité de cet organe, si vive, on le sait, à l'état pathologique? »

Nous emprunterons aux remarquables travaux de Mauriac les notions cliniques suivantes relatives aux manifestations précoces de l'ostéo-syphilose. Réunies sous forme de conclusions, elles donnent une idée complète de leur symptomatologie :

1° Les périostites épicrâniennes constituent une des premières manifestations de la syphilis. Elles surviennent quelquefois peu de jours après le chancre infectant et même avant l'apparition des accidents dits secondaires;

2° Elles paraissent siéger exclusivement dans le périoste du crâne et, s'il existe une lésion hypérémique ou inflammatoire du tissu osseux, elle est pour ainsi dire accessoire et reste subordonnée à la périostite ;

3° Les périostites épicrâniennes procèdent d'un vrai travail inflammatoire, d'un processus irritatif ou actif, ainsi que l'indiquent l'acuité de leurs symptômes et l'allure rapide de leur marche ;

4° Chez l'adulte, dans la syphilis acquise, ces sortes de tumeurs ont une tendance décidée à la résolution soit spontanée, soit provoquée par un traitement approprié. Elles disparaissent assez vite, sans laisser de traces...

Elles sont le siège de douleurs fixes et le point de départ de douleurs irradiantes et à forme névralgique. Elles sont discrètes ou conflueutes et occupent principalement la moitié antérieure du crâne. Leur durée varie de quatre à six semaines quand elles sont abandonnées à elles-mêmes. Un traitement approprié peut les faire disparaître plus tôt.

Il peut se produire, au début de la syphilis, des périostites sur les côtes, les cartilages costaux et le sternum.

Comme les périostites péricràniennes, ces périostites sternochondro-costales sont inflammatoires et résolutives, et elles deviennent le siège de douleurs fixes et le point de départ d'irradiations névralgiques.

C'est comme foyer de douleur qu'elles jouent un rôle considérable dans la dypsnée des premières phases de la syphilis. Cette sorte d'asthme syphilitique a du reste beaucoup d'autres causes.

Des périostoses et des exostoses peuvent se développer sur d'autres points du système osseux dès les premiers jours de l'infection.

En prenant pour point de départ de l'incubation de ces lésions osseuses le début des chancres infectants, on trouve que l'incubation la plus courte a été de quinze jours et la plus longue de cent vingt jours.

Ces périostoses peuvent se montrer plusieurs jours avant l'apparition des accidents cutanés et muqueux dits secondaires ; elles surviennent spontanément et sans l'intervention d'une cause provocatrice.

Elles paraissent procéder d'un mode d'infection syphilitique dans lequel le rôle du virus est moins actif que celui de l'individu.

Les périostoses du tibia sont de beaucoup les plus fréquentes. Ces lésions osseuses précoces sont plus connues et plus graves chez les Arabes et les habitants de l'Amérique du Sud que dans nos climats.

Les périostoses précoces dans la syphilis acquise sont presque toujours résolutives et s'expriment par un mode inflammatoire plus ou moins accusé.

Le processus des périostoses des membres est en général moins irritatif que celui des périostoses péricràniennes. Elles peuvent guérir spontanément; mais elles disparaissent beaucoup plus vite sous l'influence d'un traitement mixte hydrargyrique et ioduré et d'un traitement local antiphlogistique. Elles aggravent le pronostic de la syphilis, bien qu'elles coïncident la plupart du temps avec des manifestations légères du côté des autres organes et qu'elles n'indiquent aucune malignité dans les processus locaux ni dans les tendances générales de la maladie constitutionnelle.

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