‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 129 sur 163 · CARACTÈRES PROPRES SURTOUT AUX LÉSIONS HÉRÉDITAIRES TARDIVES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES PROPRES SURTOUT AUX LÉSIONS HÉRÉDITAIRES TARDIVES

Après avoir montré longuement les analogies qui existent entre l'ostéosyphilose héréditaire tardive et la tertiaire, analogies si nombreuses qu'il est possible de superposer exactement leurs descriptions, nous croyons devoir insister sur leurs caractères différentiels. Ceux ci paraissent résulter uniquement de l'époque dissemblable de la vie où on les observe.

1° Comme l'ont dit Fournier, Jullien, Mauriac, les lésions osseuses hérédo-syphilitiques tardives ont un siège de prédilection : c'est l'extrémité terminale de la diaphyse, le bulbe de l'os, le segment qui sert d'union entre la diaphyse et l'épiphyse et qui constitue le foyer de croissance de l'os.

Là encore se vérifie cette loi, mise en évidence par Ollier : « L'extrémité d'élection pour l'accroissement est aussi l'extrémité d'élection pour les lésions pathologiques. »

Issu de ce point, le processus gommeux diffuse le long de la diaphyse et s'étend sur une hauteur variable. Telle est la règle, ou plutôt, comme le fait sagement remarquer Fournier, le fait le plus habituel. Toutefois rien d'absolu à cet égard; aussi il n'est pas rare que la diaphyse et l'épiphyse soient également ou isolément atteintes. Notre observation vient à l'appui de cette restriction.

2° Un des caractères assez fréquemment noté du processus syphilomateux, c'est la destruction par résorption, sans élimination au dehors d'une portion osseuse plus ou moins considérable.

Bien qu'à notre avis on puisse observer une telle éventualité dans

la tertiaire, toutefois les faits sont bien plus nombreux qui appartiennent à rhérédo-syphilis. L'intensité des échanges nutritifs pendant l'enfance , l'activité bien démontrée des éléments du tissu osseux, doivent évidemment intervenir pour nous rendre compte de cette distinction.

Nous invoquerons comme preuve ce fait que, dans une de nos observations (syphilis tertiaire très vraisemblablement acquise pendant l'enfance), nous avons trouvé des lésions tout à fait analogues à l'hérédo-syphilis.

Tantôt la diaphyse d'un os long a disparu plus ou moins ; tantôt c'est l'épiphyse ; quelquefois même ce peut être une portion variable d'un os court.

Petersen (1), à propos d'un cas d'absence partielle du radius chez un homme syphilitique, admet qu'il s'agit en pareil cas, [non d'un vice de conformation congénital, mais d'une difformité reconnaissant la syphilis pour cause. Le radius gauche était réduit à l'état de cordon fibreux reliant la tête radiale à l'apophyse styloïde; le cubitus existait, mais avait un centimètre de moins que l'autre. Le sujet était un adulte, syphilitique depuis l'âge de deux ans et demi, ne présentant pas d'autres anomalies; les doigts étaient normaux. Petersen a réuni à cette occasion les faits d'absence du radius; sur 24 cas, deux fois la syphilis est notée, et c'est dans ces deux cas seulemen t que la main était normale. Dans tous les autres, il y avait des anomalies dans le nombre et la disposition des doigts.

Taylorcite un cas observé sur un enfant de neuf ans hérédo-syphilitique, chez lequel l'index droit était réduit à un tronçon de doigt, ne dépassant pas en longueur la première phalange du médius correspondant. Cet énorme raccourcissement était la conséquence de lésions osseuses spécifiques qui avaient déterminé une résorption de toute la première phalange, d'un tiers de la seconde, et d'un tiers du deuxième métacarpien. Sur ce même enfant l'extrémité du petit doigt se trouvait de niveau avec l'articulation de la première phalange de l'annulaire : et, ici encore, le raccourcissement était le résultat de la disparition complète d'une motié du métacarpien correspondant.

Quant aux lésions épiphysaires, nous ne ferons que renvoyer à un mémoire (2) publié il y a plusieurs années. Il s'agit bien dans notre cas de la disparition d'une portion existante et non d'un arrêt de développement. Comme on peut en juger parles figures citées, les parties conservées de la tête numérale et de l'extrémité condylienne du fémur appartiennent au même rayon de courbure que les épiphyses normales du côté opposé.

(1) SI Petenburg. med. Wochen., 1880, n° 47, p. 383-5.

(2) Annales de dermat., 1885.

Enfin, sur noire sujet hérédo-syphilitique, nous avons signalé la disparition à peu près complète d'un corps vertébral.

3° A côté de l'action destructive de la syphilis nous placerons son action d'arrêt sur l'accroissement d'un os. Toutes deux peuvent avoir comme conséquence le raccourcissement du segment osseux; mais la pathogénie de la déformation est absolument différente dans les deux cas; aussi ne doit-on regarder comme démonstratifs que les faits ayant pour eux le contrôle de l'autopsie. L'observation suivante, citée par Fournier comme un exemple d'arrêt de développement, nous paraît discutable : « 11 s'agit d'un malade âgé de vingt-huit ans, qui n'a guère cessé depuis sa naissance jusqu'à ce jour d'être poursuivi par des manifestations de syphilis héréditaire, aussi multiples que variées, a été affecté vers l'âge de cinq ans d'ostéo-périostites du membre supérieur droit, lesquelles ont laissé à leur suite des hyperostoses et des ostéophytes que vous pouvez encore constater aujourd'hui. Ces lésions se sont compliquées à leur tour d'arthropathies du coude et de l'épaule. Finalement et comme conséquence, les mouvements du coude et plus spécialement ceux de l'articulation radio-humérale ont été gravement compromis et sont restés diminués d'amplitude. Or, voyez et étudiez ce membre droit.

« D'une part, il est moins vigoureux que son congénère et les reliefs musculaires y sont notablement moindres.

« D'autre part, ce membre est plus court que l'autre et plus court de 6 centimètres : ce qui est énorme à coup sûr. L'humérus droit mesure en longueur 4 centimètres et demi de moins que l'humérus gauche. Donc le membre droit a subi dans toutes ses parties (muscles et os principalement) un véritable arrêt de développement. »

Nous admettrions volontiers que le membre est plus court par suite de la résorption des épiphyses, étant donnée surtout l'existence d'arthropathies du coude et de l'épaule.

Les mensurations prises sur notre sujet hérédo-syphilitique nous ont donné :

1° Une différence de 1 centimètre en moins pour le tibia gauche atteint d'ostéomyélite gommeuse diaphysaire sur une hauteur de 18 à 20 centimètres. Le tibia droit était absolument normal.

2° Une différence de 5 millimètres entre les deux omoplates (lésées toutes deux), mesurées de l'angle inférieur à la partie la plus élevée de la cavité glénoïde.

3° Il est certain que la destruction du cartilage de conjugaison peut entraîner un arrêt d'accroissement* beaucoup plus considérable; mais les relations nécroscopiques font défaut.

i° L'allongement peut être, chose singulière, observé aussi dans l'ostéosyphilose.

Tantôt il s'agit d'un adulte ayant terminé sa croissance et syphilitique depuis quelques années seulement, tantôt d'un adolescent infecté dans la première enfance ou hérédo-syphilitique.

Dans le premier cas, l'hypertrophie en longueur doit être rattachée à l'accroissement interstitiel du tissu osseux.

Dans un mémoire publié en 1872 (Gazette hebdomadaire) sur l'influence de l'ostéite sur l'accroissement des os, M. A. Poncet cite, à l'appui de l'opinion que l'accroissement interstitiel est possible, une observation recueillie dans le service de M. le professeur Gailleton. Il s'agit d'une femme de quarante et un ans, atteinte depuis deux ans d'une ostéo-arlhrite syphilitique du coude droit. A l'autopsie, les deux membres étant complètement dépouillés des parties molles et mesurés comparativement, on trouve l'humérus malade plus long de 8 millimètres.

Un malade observé par M. Cordier offrait lui aussi une preuve évidente de cet allongement interstitiel.

Nous avons mesuré vainement un certain nombre d'adultes affectés de lésions osseuses survenues après trente ans, et nous n'avons pas constaté de différences de longueur au bénéfice des os malades.

11 n'en est pas de même chez les enfants ou les adolescents; mais alors il ne peut être question d'accroissement interstitiel : il s'agit d'une action irritante indirecte sur le cartilage de conjugaison et par cela même efficace (Ollier).

C'est ainsi que chez notre hérédo-syphilitique de vingt-huit ans, le radius droit qui présentait un foyer d'ostéomyélite gommeuse diaphysaire mesurait 19cm,6 et pesait 10 grammes de plus que le radius gauche, long de 10cm,l.

Quelques auteurs auraient relaté des faits analogues; Fournier toutefois déclare n'en avoir jamais observé.

Hoffa (1) cite une observation d'allongement osseux notable dans un cas d'ostéomyélite gommeuse.

5° Déformations osseuses. — Il est une variété de déformation du tibia chez les hérédo-syphilitiques sur laquelle Lannelongue et Fournier ont spécialement attiré l'attention ; elle est caractérisée par une incurvation arciforme de l'os à convexité antérieure.

« Au lieu d'être droite, la crête du tibia se projette en avant, devient courbe et décrit une ligne arciforme à convexité antérieure. Son profil est alors exactement celui d'un arc de cercle, ou, suivant la comparaison adoptée, d'une lame de sabre. Ce type singulier de tibia pseudo-rachitique, de tibia qui semble incurvé quand il reste droit et qui semble aplati quand il conserve ses diamètres normaux,

(1) Lehrbuch der orthoped. Chir., p. G30.

je n'oserais encore (vu la nouveauté du sujet) vous le donner comme caractéristique en l'espèce, c'est-à-dire comme appartenant en propre à la syphilis héréditaire. Toujours est-il que jusqu'à ce jour je ne l'ai observé avec les attributs précis, dont l'énumération vient de nous occuper, que sur des sujets hérédo-syphilitiques ; je n'en dis pas plus pour l'instant, une conclusion formelle devant encore être différée. » (Fournier.)

Nous croyons pouvoir dire qu'elle n'offre rien d'absolument typique, attendu que nous l'avons observée sur un tertiaire âgé de plus de cinquante ans.

Dans sa thèse sur les manifestations osseuses précoces et tardives de la syphilis héréditaire, Berne concluait que les lésions osseuses de l'hérédo-syphilis présentent une physionomie clinique tellement spéciale qu'il est possible d'en établir le diagnostic avec facilité; il se basait notamment sur la déformation du tibia en fourreau de sabre. Le fait que nous signalons, ceux de Roger, Roussel, Renard (1)..., prouvent que la syphilis acquise peut déterminer cette courbure en lame de sabre.

Quant aux déformations épiphysaires qui ont valu aux arthropathies le qualificatif de déformantes, nous n'en parlerons pas, puisqu'il s'agit de destruction de portions osseuses bien développées. Nous ferons seulement remarquer que nous avons observé sur notre sujet un retard considérable dans la soudure des épiphyses et des différences de configuration et de volume impossibles à apprécier à la mensuration, mais faciles à voir.

En résumé, les caractères différentiels entre les lésions syphilitiques héréditaires et les tertiaires ne reposent que sur le cachet particulier imprimé à la lésion par l'âge auquel elle se développe. Par suite, il nous paraît impossible de distinguer anatomiquement l'ostéosyphilose héréditaire tardive, de celle qui résulte d'une contamination dans les premières années de la vie.

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