‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 130 sur 163 · CONSIDÉRATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS CLINIQUES

L'identité établie au point de vue anatomo-pathologique entre l'ostéomyélite gommeuse acquise et celle qui est une manifestation tardive de l'infection héréditaire, existe au point de vue clinique. Elle est même exagérée ; en tout cas les considérations cliniques relatives aux symptômes, au diagnostic des lésions acquises sont absolument applicables à l'hérédo-syphilis. Pour compléter le tableau, il suffit de se rappeler l'existence chez certains sujets des

(1) Roger, Union médicale, 18C5. — Roussel, Thèse Paris, 1881. — Renard, Revue d'orthopédie, mai 1893.

traits caractéristiques de l'infection héréditaire. Des déformations dentaires, la kératite interstitielle, la multiplicité des lésions osseuses, l'infantilisme, l'aspect vieillot achèvent de rendre le diagnostic facile.

Plus que jamais, un traitement tonique, reconstituant, une bonne hygiène devront concourir, avec la médication mixte (iodure et mercure), au rétablissement de la santé.

§ 2. — Lésions osseuses hérédo-syphilitiques des nouveau-nés.

Depuis les travaux de Parrot (1873), Furth (1878), "Wagner, Valdeyer et Heubner, Birsch-Hirschfeld, Guéniot, Poncet et Porak, Ranvier, Lannelongue, ïaylor, Pellizari et Taffani... on connaît dans tous leurs détails les manifestations hérédo-syphilitiques portant sur le squelette des nouveau-nés.

Au crâne (1) elles consistent soit en de vastes ulcérations avec perte de substance, soit en une altération diffuse, sorte d'exagération de l'état poreux de l'os que l'on dirait avoir été rongé par des mites. Ces lésions ont pour caractère de se produire toujours de l'extérieur à l'intérieur, et sur le côté du crâne opposé au décubitus (2).

Fréquemment des ossifications périostiques nouvelles déterminent de volumineuses ostéophytes autour du bregma, sur le frontal, la moitié antérieure des pariétaux, les plaques osseuses nouvelles, sorte de demi-calottes convexes surajoutées au crâne qui sont formées de fibres implantées perpendiculairement à l'os ancien, et déterminent des bosselures, des déformations particulières du crâne (front olympien ou ventru, à bosselure latérale, en carène de Fournier).

Des troubles dans le développement déterminent soit la microcéphalie, l'idiotie, par la soudure prématurée des sutures, soit la fragmentation des os. C'est ainsi que la partie supérieure de l'occipital complètement séparée de l'écaillé forme un os épactal, de même on peut apercevoir sur les pariétaux des traces nombreuses de divisions circonscrivant de petits départements osseux. Cette disposition n'est pas exclusivement liée à la syphilis; cependant Parrot l'aurait observée 15 à 20 fois sur 200 hérédo-syphilitiques, 4 ou 5 seulement sur 1000 sujets non syphilitiques. L'élargissement

(1) Jullien, p. III.

(2) On sait que chez les très jeunes enfants, la pression de l'encéphale détermine souvent presque normalement des pertes de substances athrepsiques à l'intérieur du crâne, pouvant aller jusqu'à la perforation : on les reconnaîtra à leur siège, à obliquité de leurs bords taillés en biseau, de l'intérieur à l'extérieur, à l'aspect dessinant la forme des circonvolutions.

transverse du crâne dû à la proéminence latérale des pariétaux avec dépression plus ou moins notable du sinciput au niveau de la suture sagittale (crâne natiforme) serait encore, pour Parrot, de nature syphilitique.

Le crâniotabes, désigné encore sous le nom d'occiput mou, de crâniomalacie, se rencontre fréquemment; caractérisée par un ramollissement avec amincissement et raréfaction de la substance osseuse, cette lésion se présente surtout sur l'occipital, les pariétaux, la portion écailleuse du temporal. Signalé par Elsœsser (de Stuttgard) en 1843, qui le rattache au rachitisme, il a été étudié par Lasègue, Vogel, Parrot.... Ce dernier (1879) admet deux variétés de crâniomalacie : l'une se développant pendant la vie intra-utérine, siégeant au voisinage de la fontanelle antérieure ; l'autre se développant après la naissance et intéressant les parties postérieures du crâne. Jusqu'au huitième mois de la vie intra-utérine, la situation déclive du bregma, après la naissance le décubitus, expliqueraient l'action différente, de la pesanteur. Mais cette dernière ne suffit pas, il faut faire intervenir la syphilis. Sur 271 crânes de syphilitiques héréditaires, 135 étaient altérés ; 78 usés, 57 perforés.

La syphilis héréditaire raréfiant et décalcifiant le tissu osseux, « le crâne est usé par le cerveau comme toute autre partie du squelette serait usée par une poche anévrysmale. » (Parrot.)

D'après les observations recueillies par Paley (1), il est loin d'en être ainsi : les enfants crâniomalaciques seraient plutôt des rachiliques ou destinés à le devenir : quelques-uns sont bien portants; la plupart n'ont pas d'autres tares osseuses.

Le crâniotabes ne donne généralement pas lieu à des symptômes du côté des organes essentiels.

os LONGS.

Les auteurs classiques distinguent habituellement quatre variétés d'altération des os longs :

1° La périostogenèse serait caractérisée par l'apparition de fibres osseuses nouvelles implantées perpendiculairement à la coque ancienne, et séparées par des espaces, des cheminées, plus ou moins longs.

2° Dans la médullisation, il se ferait des rigoles longitudinales séparant l'os ancien de l'os nouveau, raréfiant l'un et l'autre.

3° A la limite du cartilage juxta-épiphysaire se trouve normalement une couche bleuâtre de un quart à un demi-millimètre d'épaisseur;

(1) Paley, Du crâniotabes, thèse Paris, 1892. — Renault, Soc. anat., Paris, 1892. — Goniby, Soc. rnéd. des hôpitaux de Paris, 1892.

c'est la couche spongoïde de Broca, chondro-calcaire de Parrot. Chez les enfants syphilitiques on est immédiatement frappé du développement de cette zone qui peut atteindre 2 millimètres de hauteur, de la couleur jaune crayeuse, des irrégularités, des dentelures que présente sa surface du côté du cartilage. D'autre part, elle envoie du côté du tissu spongieux des prolongements plus marqués et faciles à reconnaître à leur couleur; c'est la chondrocalcose.

4° Quant à la transformation gêlatini forme, elle est marquée par la métamorphose de la substance osseuse normale en une bouillie jaune, couleur sucre d'orge, très comparable à certains crachats de pneumonie. Un seul tissu est réfractaire, c'est celui de la couche chondro-calcaire qui persisterait sous un aspect sablonneux. Ce ramollissement siège sur le bulbe de l'os, d'où des fractures inexactement rapportées avant Parrot à un décollement de l'épiphyse. Quelquefois ce ramollissement gélatiniforme peut être enkysté.

A notre avis cette division est inexacte et ses prétendues variétés ne sont que des degrés d'un même processus. La périostogenèse n'est pas autre chose que le reflet extérieur d'une altération centrale médullaire diffuse, et la médullisaiion correspond à l'envahissement, à la tunnellisation de l'os nouveau. D'autre part l'infiltration gélatiniforme et la chondrocalcose correspondent au développement d'une ostéomyélite gommeuse juxta-épiphysaire. Les lésions du thorax décrites par Pellizari et Taffani ont été étudiées précédemment; quant à celles des os plats (omoplates, os iliaque), elles sont caractérisées surtout par des érosions, des dépôts osléophytiques, ainsi qu'il résulte des pièces recueillies par Dron et reproduites par Jullien.

On sait que Parrot a décrit sous le nom de pseudo-paralysie, l'impotence fonctionnelle qui est la conséquence de décollements épiphysaires liés à l'hérédo-syphilis.

Ainsi que le dit M. le professeur Renaut, il existe un point faible, une sorte de ligne de clivage, entre la tête cartilagineuse de l'os et la bande de cartilage sérié qui se calcifié au fur et à mesure qu'elle se développe. Ce fait explique la disjonction des épiphyses dans la pseudo-paralysie de Parrot. Nous ne pouvons formuler d'opinion personnelle sur ce point, car malgré nos efforts, nous n'avons pu mettre la main sur aucune pièce pathologique.

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