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RACHITISME ET SYPHILIS OSSEUSE

La question des rapports du rachitisme et de la syphilis n'a guère été posée scientifiquement que dans ces dernières années. A la formule exclusive de Parrot ont fait place d'abord des doutes et à l'heure actuelle la certitude que ces deux lésions, différentes au

point de vueanatomique, n'ont entre elles que des relations cliniques éloignées.

Au Congrès international de Londres, 1881, Parrot avait posé le problème dans les termes suivants, qui pour lui en donnaient la solution : « Le rachitisme reconnaît pour cause unique la syphilis tertiaire et constitue l'altération la plus avancée parmi celles qui frappent le système osseux. »

Une opinion aussi exclusive souleva dès le début de nombreuses critiques ; on les trouvera rassemblées et bien mises en évidence dans la remarquable thèse de M. Assada (1) inspirée par M. le professeur Renaut, ainsi que dans le travail de MM Cazin et lscovesco (2).

Ces mémoires ne constituent pas de simples compilations, mais renferment de nouvelles preuves.

A ces arguments nous n'avons qu'à ajouter ceux qui résultent de nos descriptions. Le lecteur a sans doute encore présents à l'esprit ces caractères différentiels si nets de l'ostéomyélite gommeuse; multiples, disséminés sur la diaphyse ou dans les régions juxta-épiphysaires, les foyers syphilomateux siègent dans l'intérieur de l'os et déterminent des bosselures étendues, des hyperostoses par suite de l'irritation indirecte du périoste.

Si l'altération diffuse, la diaphyse est envahie plus ou moins complètement; si elle progresse à la périphérie, l'os ancien, puis l'os nouveau sont parcourus par des tunnels, des boyaux gommeux qui les rongent en altérant la solidité et peuvent aboutir à la fracture pathologique.

Bien plus, un segment osseux (phalanges, vertèbres, diaphyse radiale) peut disparaître par résorption.

Mais on n'observe nullement ces incurvations si caractéristiques du rachitisme ; bien plus, sur un hérédo-syphilitique dont le sque lette était couvert de lésions, les rares segments osseux intacts étaient remarquables par la pureté de leur forme. Comme l'a dit M. Berne (3) , le plus souvent il n'existe pas de déformation réelle dans les lésions osseuses de la syphilis. Une diaphyse d'un tibia syphilitique, alors même qu'elle est recouverte d'une hyperostose volumineuse, n'est pas plusdéviée dans la direction de son axe que ne le serait une tige de fer sur laquelle on aurait déposé une couche de plâtre plus ou moins irrégulière. Rien ne rappelle les déformations typiques, régulières pour ainsi dire du rachitisme.

(1) Assada, Rachitisme et syphilis osseuse. Essai de différenciation analomique et clinique. Thèse Lyon, 1886.

(2) Cazin et lscovesco, Des rapports du rachitisme avec la syphilis. Archives générales de médecine, 1887.

(3) Berne, Manifestations osseuses précoces et tardives de la syphilis héréditaire. Thèse Paris, 1884.

L'identité évidente pour nous entre les lésions hérédo-syphilitiques et les tertiaires, si l'on met à part le cachet spécial imprimé aux lésions par l'âge où elles surviennent, nous est encore un argument. Que dire enfin des résultats fournis par l'examen histologique ? En réalité le fait capital pour Parrot, celui qui l'avait frappé, la présence du tissu spongoïde, dans l'hérédo-syphilis précoce et le rachitisme, n'a aucune valeur pathogénique : il n'appartient pas uniquement à la syphilis ni au rachitisme et se rencontre dans d'autres états... (Cazin et Iscovesco). Du reste les os syphilitiques ne présentent jamais ce tissu avec l'abondance, les particularités de siège du rachitisme.

La gomme constitue des localisations, des nodules comparables à ceux de la tuberculose, de la morve, de la lèpre, à centre caséeux, à zone embryonnaire fibrillaire...,rien de systématique.

Au contraire, dans le rachitisme l'os est altéré d'une façon systématique, c'est un trouble de V ossification, consistant essentiellement « dans l'avortement de l'ossification périvasculaire ou havérienne dans la pièce osseuse en voie de remaniement». Ces troubles peuvent se résumer dans la formule suivante : Lésions systématiques de l'évolution modelante, lésions systématiques également de l'évolution nutritive.

Ajoutons que l'os rachitique se nourrit, se développe et s'accroît comme une pièce fœtale.

Il serait trop long d'accumuler ici les nombreuses preuves d'ordre clinique qui viennent à l'encontre des idées de Parrot, nous nous bornerons à les énumérer sommairement :

1° Dans les pays tropicaux où la syphilis est plus grave, plus intense, plus envahissante que dans les régions tempérées, en Syrie, en Arabie, Grèce, Amérique, le rachitisme ne se montre presque pas.

2° Les non-syphilitiques et les animaux non syphilitiques engendrent de jeunes rachitiques ou aptes à le devenir artificiellement.

3° Le ^rachitisme ne cède pas au traitement spécifique : bien plus, si le sujet est en même temps syphilitique, ces derniers accidents seuls disparaissent.

4° Bien que la réinfection ait été signalée pour la forme héréditaire comme pour la forme acquise, c'est une exception si grande qu'on peut la considérer dans l'appréciation comme une fantaisie clinique (Galliard).

Si donc les parents d'enfants rachitiques prennent la vérole après la naissance de ces enfants, on peut admettre qu'ils ne l'avaient pas eue auparavant.

On a cité des observations établissant ces faits. De même aussi on a vu, et plus fréquemment encore, d'anciens rachitiques devenir

syphilitiques. Parrot affirmait que 90 p. 100 des enfants rachitiques présentaient des marques incontestables de syphilis (érosion dentaire, stigmates de la peau). Or, celles-ci ne présentent rien de pathognomonique, pas plus que le crâne natiforme.

On est logiquement conduit à formuler les deux conclusions suivantes :

1° Le rachitisme doit être rejeté du cadre des lésions syphilitiques directes, c'est-à-dire commandées par l'agent pathogène de la syphilis et édifiées en sa présence.

2° Les athreptiques syphilitiques peuvent comme n'importe quels autres athreptiques devenir rachitiques.

Les considérations cliniques se relient si étroitement à ce qui a été dit au point de vue anatomo-pathologiqne et d'autre part aux symptômes généraux de l'infection syphilitique, que nous ne croyons pas devoir insister, renvoyant pour plus ample informé aux livres autorisés de Fournier, Mauriac, Jullien.

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