‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 141 sur 163 · II. LÉSIONS DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

II. LÉSIONS DU SYSTÈME NERVEUX

Lésions desnerfs. — On n'a pas signalé d'envahissement secondaire des nerfs situés au voisinage d'hydatides des os. Dans tous les cas leur compression, leur distension avaient déterminé des troubles fonctionnels variés de lamotilité, de la sensibilité. Mais les altérations anatomiques qu'ils présentaient n'avaient rien de spécial. Elles res-

(1) Medic. chirurgie. Transact., t. XXXIV.

semblaient à celles qui auraient pu être causées par toute autre tumeur. Il nous paraît donc inutile de les rapporter ici.

Lésions de la moelle. — Nous ferons la même remarque en ce qui concerne les lésions médullaires notées plusieurs fois.

Lésions du cerveau. — Quant au cerveau, on peut voir par ces lignes extraites du compte rendu de l'autopsie du sujet de Guesnard (1), qu'il était seulement comprimé :

« La substance cérébrale n'estramollie dans aucun point ; sa consistance, sa couleur sont normales ; l'hémisphère droit est remarquable par la compression qu'il a éprouvée ; fortement excavé à sa base et sur les côtés de son lobe moyen, ses circonvolutions ont en partie disparu et ses anfractuosités sont bien moins étendues. Le plancher du ventricule latéral droit s'élève un pouce plus haut que celui du côté opposé et touche au plafond du même ventricule. La couche optique et les corps striés sont légèrement aplatis. Du reste, aucun liquide n'existe dans les cavités du cerveau. »

§6. — Kystes hydatiques développés dans d'autres organes .

Il est difficile de dire dans quelle proportion les kystes hydatiques des os peuvent s'accompagner de lésions semblables siégeant dans d'autres organes. Les faits sont trop peu nombreux, trop incomplets pour qu'on puisse établir une statistique de quelque valeur. Néanmoins il est à supposer que l'affection est, la plupart du temps, localisée. C'est seulement sur les sujets de Guesnard-Baudelocque, Reczey, Stanley, Kanzow, que des kystes viscéraux ont été observés.

Le foie était le siège d'une poche hydatique uniloculaire dans les deux cas de Guesnard-Baudelocque et Kanzow.

Dans celui de Reczey le poumon présentait un kyste de la gros seur d'une pomme. La malade de Stanley avait une tumeur hydatique de l'ovaire.

Comme nous l'avons déjà dit, les kystes osseux étaient multiloculaires, les kystes viscéraux, au contraire, appartenaient à la variété uniloculaire.

L'observation de Reczey, dans laquelle nous constatons un kyste du poumon et des hydatides dans l'os iliaque, prête à d'intéressantes considérations.

Ces deux lésions ont-elles entre elles quelque rapport pathogénique? La tumeur pulmonaire s'est-elle formée, la première, au moment où le parasite était chassé dans la petite circulation, ou bien encore est-elle due à la greffe d'une vésicule extrêmement

(1) Guesnard, Journ. hebd. des progrès des se. médic., 1836, t. I, p. 271.

petite, détachée des aréoles du diploé iliaque? Entraînée par le courant veineux, cette embolie parasitaire serait-elle allée ensuite se fixer dans le poumon, créant ainsi un foyer pathologique secondaire?

Cette dernière supposition n'est pas irrationnelle et peut être appuyée par quelques faits expérimentaux et cliniques. Les premiers, de date déjà ancienne, sont loin d'offrir toute la netteté désirable et les conditions nécessaires de rigueur expérimentale. Nous les rapportons ici sans autres commentaires et tels que Klencke les a publiés en 1843 (1) :

(A) « Je délayai un paquet d'acéphalocystes retirées des poumons d'un homme, dans de l'eau tiède, et l'injectai dans la veine crurale d'un chat. Celui-ci fat sacri fié seize se maines plus tard ; il avait perdu son appétit, sa gaieté et présenté quelques symptômes choréiques.

« A l'autopsie, faite en présence de M. Head, médecin anglais, on trouva sur la moelle allongée et l'hémisphère gauche du cervelet une tumeur formée par des vésicules remplies de liquide, contenant cinq échinocoques et un assez grand nombre d'acéphalocystes. On en trouva d'autres encore dans le poumon droit.

(B) « Je pris un chapelet de ces vésicules (l'auteur parle d'hydatides qu'il avait greffées dans le péritoine d'un chat) grosses comme des grains de sable, et je l'injectai dans la veine fémorale gauche d'un très jeune chevreau. La plaie se cicatrisa sans accidents. Six semaines après, l'animal est sacrifié : on trouve une tumeur hydatique dans l'aine du côté droit, contenant des cysticerques que l'on employa aussitôt pour faire des inoculations.

« La présence de ces hydatides ne devait rien prouver contre l'injection que nous avions faite. Elles pouvaient provenir d'une autre source. J'examinai avec soin le cœur et tous les vaisseaux que l'on pouvait suivre, sans trouver aucune trace d'inoculation. Je pris ensuite les organes riches en vaisseaux capillaires et notamment les poumons.

« Dans le sommet du poumon droit, je trouvai un tubercule de la grosseur d'un haricot, dans l'intérieur duquel je découvris, au milieu de débris de cellules pulmonaires, une vésicule large de 4 lignes et longue de 9 lignes. Sur cette vésicule nous reconnûmes entre autres un réseau filiforme tout couvert de très petites hydatides. Évidemment il y avait dans ce point un petit foyer inflammatoire déterminé par le séjour des hydatides. On ne pouvait mettre cette inflammation sur le compte des cysticerques; il était bien facile de reconnaître dans ces vésicules tous les caractères de la fausse hydatide. »

(1) Archiv. f. gesammt. Medicin. (Gazette médicale, t. XI, p. 840.)

Dans deux autres expériences, Klencke injecta dans la veine fémorale de deux chiens des hydatides, et retrouva dans le cœur droit, dans un cas, un précipité fibrineux gélatineux contenant une innombrable quantité de fausses hydatides; dans l'autre animal, il existait une vésicule d'échinocoque dans l'oreillette droite du cœur, fixée aux parois par des filaments de fibrine (1).

Il n'est pas possible de se prononcer sur la valeur de ces recherches, elles n'ont été contrôlées par aucun expérimentateur.

Au point de vue clinique, diverses observations ont été publiées qui paraissent prouver la possibilité de cette greffe à distance. Dans son intéressant travail, Carrière dit avoir vu dans un certain nombre de petites ramifications de l'artère pulmonaire, un caillot dur qui les oblitérait, permettant de les suivre jusque sur de petites tumeurs hydatiques : comme si quelques échinocoques s'étaient détachés de la masse hépatique pour s'arrêter dans les ramifications de l'artère pulmonaire.

Ajoutons que le système lymphatique peut servir au transport des vésicules. Dans un cas de kyste uniloculaire du foie, "Waldstein (2) aurait trouvé des ganglions qui reçoivent les lymphatiques hépatiques, envahis, infiltrés d'échinocoques.

Si nous nous sommes aussi longuement étendu sur ces divers détails à l'occasion de l'observation de Reczey, c'est que cette question de la généralisation des lésions hydatiques nous a paru mériter plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'à présent.

§ 7. — Kystes hydatiques des os chez les animaux.

Le bilan des échinocoques des os chez les animaux est des plus pauvres.

L'on ne connaît guère que cinq exemples.

Les deux plus anciens, signalés par Davaine et Cobbold, sont relatifs à des hydatides du bassin et de l'humérus du bœuf.

Ces deux dernières années, M. Railliet (3), professeur de zoologie à l'École vétérinaire d'Alfort, et M. Moreau (4) ont publié deux faits intéressants; l'observation de M. Railliet est très importante, puisqu'il s'agit très nettement d'échinocoques appartenant à la variété exogène, synonyme pour nous de multiloculaire.

Nous avons pu examiner cette pièce (macérée) déposée au musée

(1) Klencke affirme avoir vu des vésicules hydatiques déposées dans le tissu cellulaire, le péritoine continuer à vivre, à s'accroître et même proliférer.

(2) Virchow, Arch. f. Path. Anat., LXXXIII, p. 41.

(o) Bulletins et mémoires de la Soc. centrale de méd. vétér., t. II, 1884, p. 316. (4) Idem, 1885, p. 440.

d'anatomie pathologique d'Alfort. Elle présente la plus grande analogie avec celle reproduite par "Viertel et nous-même. Les deux tables de l'os, écartées l'une de l'autre, formaient non pas une coque, mais un treillis osseux irrégulier, à mailles larges, entourant fort incomplètement une excavation de la dimension d'une tête d'enfant.

Les aréoles du diploé qui avoisinaient la lésion étaient dilatées et devaient contenir de petites hydatides sur la pièce fraîche. Cette altération diffusait à une certaine distance du foyer principal.

Un autre caractère, typique, c'était l'absence de réaction périostique au voisinage, sur la limite même de la lésion.

Immédiatement au pourtour de celle-ci on n'observait ni épaississement de l'os, ni production ostéophytique.

§ 8. — Résumé des caractères anatomo-pathologiques des kystes hydatiques des os.

En résumé les kystes hydatiques des os sont le plus souvent primitifs (1).

Ils se présentent sous deux formes : uniloculaires ou multiloculaires. Ces derniers sont de beaucoup les plus fréquents.

Constitués au début par une infiltration d'hydatides dans les aréoles du tissu spongieux, ils offrent plus tard des cavités plus ou moins volumineuses renfermant un liquide puriforme, des séquestres et des vésicules hydatiques.

Ils présentent les plus grandes analogies avec les kystes multiloculaires du foie.

Ils agissent sur le tissu osseux :

1° Par expansion; 2° par ischémie.

1° Le développement excentrique amincit, use et finalement fait disparaître le tissu compact.

2° L'ischémie mécanique résultant de l 'infiltration vésiculeuse dans les aréoles du tissu spongieux détermine la nécrose des lamelles osseuses qu'elles emprisonnent.

Les éléments constitutifs de l'os ne réagissent pas en présence des hydatides.

Ils paraissaient voués à une destruction inévitable. La fracture spontanée est la conséquence fatale de l'évolution des échinocoques.

Il n'existe pas d'enveloppe kystique connective limitant les lésions

(1) Il n'existe, du moins jusqu'à présent, aucun fait qui autorise à admettre un envahissement secondaire du tissu osseux par des échinocoques des parties molles.

sauf dans le canal médullaire des os longs, ou dans les parties molles avoisinantes. Partout ailleurs l'affection est diffuse.

On peut comparer dans une certaine mesure ce processus d'envahissement périphérique avec formation de cavernes centrales à celui des affections tuberculeuses des os.

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