DÉFORMATIONS DIVERSES
Ollier a désigné sous le nom de double genou une déformation bien caractéristique : à la suite d'un décollement juxta-épiphysaire inférieur du fémur, l'épiphyse étant tirée en arrière parles muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, pendant que la gaine périostique est encore simple, il en résulte une saillie formée par l'extrémité inférieure de la diaphyse fémorale. Surplombant la rotule, aussi proéminente que celle-ci, elle détermine le double genou. Ce dernier peut être encore produit et même exagéré par un autre mécanisme (fait de Vilms, relaté par Ollier). Le cartilage de conjugaison fémoral s'est de plus en plus éloigné de la ^diaphyse à mesure qu'il fournissait des couches osseuses nouvelles. Cette partie osseuse nouvelle s'est infléchie sur la portion ancienne diaphysaire pendant qu'elle était encore peu résistante, attirée en arrière par les muscles fléchisseurs.
Il est beaucoup plus rare d'observer des courbures inflammatoires portant sur la diaphyse des os longs. Le musée de Lyon en renferme un bel exemple : il est regrettable que nous ne possédions à son sujet aucun renseignement clinique.
Certaines affections, la syphilis surtout, sont l'origine de fractures qui surviennent sous l'influence de causes insignifiantes.
Nous renvoyons pour l'étude des déformations qui les accompagnent aux chapitres consacrés respectivement à chacune des maladies qui les produisent.
Nous devons signaler en terminant, bien qu'elles n'aient pas été jusqu'à présent le point de départ de déformations, les altérations si intéressantes observées pour la première fois par Ollier et décrites par Vincent sous le nom de rachitisme inflammatoire local. La pièce (figurée chapitre n) a été recueillie chez une jeune fille de quinze ans qui avait été traitée par la ponction capillaire et l'immobilisation pour une coxalgie suppurée et qui, à peu près guérie de cette affection articulaire, est venue mourir à l'Hôtel-Dieu avec des accidents de néphrite et de méningite tuberculeuse. A part un amincissement extrême de la coque diaphysaire, qui se laissait couper au couteau, on trouva au niveau du cartilage de conjugaison inférieure non plus seulement une mince bande de cartilage, mais des amas de noyaux cartilagineux séparés par du tissu spongoïde et occupant une largeur de plusieurs centimètres. C'est évidemment, comme le dit Vincent, à l'inflammation à distance, aux troubles circulatoires qu'elle entraîne, à l'immobilisation du membre malade, qu'il faut rapporter ces lésions que favorise d'ailleurs la dénutrition générale résultant de l'état constitutionnel et de la misère.
DES MODIFICATIONS SUBIES A DISTANCE PAR LES DIVERSES PIÈCES DU S.QUELETTE ADJACENTES A L'OS MALADE.
Qu'un os ou une articulation soit le siège d une inflammation de longue durée, quelle qu'en soit d'ailleurs l'intensité, il est bien rare que les os voisins n'en n'aient pas comme un retentissement, qui se traduit le plus ordinairement par Vatrophie. Dans sa très intéressante thèse, notre ami M. Mondan(l), chef du laboratoire de clinique cle M. Ollier, a minutieusement exposé les données expérimentales et cliniques relatives à cette question. Dans aucune de ses observations, l'os atrophié n'était directement malade; la lésion siégeait le plus ordinairement au-dessus, et cependant le raccourcissement a pu atteindre jusqu'à 0m,0o. Ces cas sont analogues à ceux signalés par Nélaton pour la coxalgie, et vérifiés par Berguien (2). Il ne peut être question, ici, d'une lésion de cartilages de conjugaison, ni de la propagation de proche en proche d'un travail de médullisation inflammatoire. Mais il est à remarquer que c'est surtout aux membres inférieurs, et dans les cas d'immobilisation prolongée, que ces raccourcissements ont été observés ; ce sont là des arguments en faveur de la théorie qui leur reconnaît pour cause principale l'inertie fonctionnelle. Celle-ci entraînerait l'arrêt d'accroissement, non par la soudure précoce des épiphyses, mais par l'arrêt de la prolifération des cellules cartilagineuses (Ollier). S'agit-il d'un os long parvenu à son entier développement, il conservera sa longueur, mais subira un mouvement de résorption qui se traduira par la gracilité de ses saillies, des éminences et des crêtes. Ce sera la réduction de l'os normal. Si on le fend, on est frappé de l'amincissement de la couche compacte, de l'agrandissement de la cavité médullaire (atrophie excentrique de Curling); le couteau sectionne facilement la coque diaphysaire qui est flexible sous le doigt.
En pratiquant une résection du coude, nous avons vu la moelle faire saillie et sortir comme un cylindre rougeâtre, chassée, exprimée par la pression des doigts de l'aide qui fixait l'humérus.
Depuis le travail de Engel (3), Verneuil, Dumas et Mondan ont publié de nouveaux faits concernant les déformations pelviennes dans les cas de coxalgies.
Quant aux os courts des pieds, de la main, ils sont généralement
(1) G. Mondan, Recherches expérimentales et cliniques sur les atrophies des membres dans les affections chirurgicales [système musculaire et système osseux). Thèse Lyon, 1882.
(2) Berguien, Thèse Paris, 1877.
(3) Engel, Le bassin coxalgique, 1872.