PROPRIÉTÉS PATHOLOGIQUES DU BACILLE TUBERCULEUX
L'action pathologique du bacille se révèle tantôt par la mortification osseuse seule, tantôt par la nécrose et la suppuration.
Nous avons trop longuement décrit les séquestres latents, secs, leur tolérance souvent indéfinie, pour qu'il soit utile d'insister beaucoup. L'anatomie pathologique nous montre avec la plus grande évidence cette dissociation des propriétés pathologiques du bacille, nécrosant dans certains cas, pyogène ailleurs. Ce n'est pas là un fait de minime importance au point de vue de la pathologie générale. Il prouve combien étaient erronées les idées des auteurs qui rattachaient par un lien étroit, absolu, ces trois termes nécrose, suppuration, infection. Ce principe faux les conduisait aux conclusions les plus inexactes. Kortweg n'a-t-il pas décrit sous le nom de nécrose aseptique les séquestres tuberculeux secs?
Quant aux propriétés pyogènes du bacille, elles sont aujourd'hui bien établies. Fraenkel dans un cas d'abcès du cerveau trouva le bacille seul, sans autre microbe (4) ; il en a été de même pour Rendu.
Koch avait noté que les cultures filtrées avaient des propriétés
(1) Gangolphe, Société des sciences médicales de Lyon, 17 mars 1884.
(2) Schlegtendal, Fortschritte der Medicin, 1883, t. I, p. 637.
(3) Mcegling, Die chimrgischen Tuberculosen, 1884, Tubingen.
(4) Deutsch. med. Woch., 1887, p. 273.
TUBERCULOSE OSSEUSE. 16b
pyogènes très développées ; dans des expériences personnelles Arloing obtint les mêmes résultats.
Nous ne saurions passer sous silence les recherches faites par Arloing et ses élèves sur les substances solubles fabriquées par le bacille tuberculeux.
Les principales conclusions relatives à la tuberculine de Koch sont les suivantes : La tuberculine est incapable de faire un diagnostic certain de la présence de lésions tuberculeuses chez un animal ; la tuberculine injectée à des animaux tuberculeux (tuberculoses humaine, bovine, aviaire) occasionne une généralisation et une accélération de la marche de la maladie.
La tuberculine injectée avant l'inoculation tuberculeuse (tuberculoses humaine, bovine, aviaire) a un effet prédisposant (1). Courmont d'autre part a démontré que le bacille tuberculisant d'origine bovine, qu'il a découvert, fabrique des produits prédisposants (2). Par contre des recherches faites en collaboration avec Dor ont démontré à ces deux derniers auteurs que le liquide provenant de la filtration des cultures liquides de bacilles aviaires possède des propriétés vaccinantes contre le bacille aviaire et même dans certains cas contre le bacille humain (3).
Chantemesse et Vidal ont étudié l'influence de l'eau, de l'air sur le bacille, Galtier, Cadéac et Malet, celle du froid, de la chaleur, de la putréfaction, des antiseptiques... En présence de la résistance opposée aux agents extérieurs par le bacille, on peut penser que dans l'organisme il ne perd pas sa virulence malgré qu'aucune manifestation ne survienne. Une occasion favorable se présente-t-elle, trauma ou débilitation, et la tuberculose éclate après avoir longtemps sommeillé.
Haushalter (4) a montré la persistance de la virulence du bacille dans un tubercule crétacé. Enkysté, isolé par un travail de sclérose défensive, le foyer tuberculeux est comme un incendie qui couve sous la cendre ; une cause accidentelle peut le raviver alors que la guérison était en apparence complète. Notons toutefois que les expériences de Haushalter lui ont permis de constater qu'il y a dans ces conditions une atténuation de la virulence.