LÉSIONS PAR ENVAHISSEMENT DE PROCHE EN PROCHE
A. Viscères. — L'envahissement de proche en proche, si manifeste dans les processus tuberculeux, a pour conséquence la propagation d'une affection primitivement osseuse à des organes plus ou moins éloignés.
Par l'intermédiaire des collections ossifluentes, et quelquefois des ganglions lymphatiques, le tubercule envahit, ulcère et perfore les membranes muqueuses adjacentes et les parenchymes viscéraux.
A la région cervicale les abcès peuvent s'ouvrir dans le pharynx, l'œsophage (Lannelongue) ; dans la région thoracique, les voies respira-
(1) Chantreuil, Éludes sw les déformations du bassin chez les cypholiques. Thèse Paris, 1869.
(2) Mme Conta, Du mal de Pott chez les enfants, et de ses conséquences au point de vue de l'accouchement. Thèse Paris, 1887.
Gangolphe. — Maladies des o?. 13
toires peuvent être lésées. Guérineau (1), Chénieux ont rassemblé quinze observations de mal de Pott dorsal avec rejet de fragments osseux par la trachée et le larynx (2). Boyer (3), Gaucher (4), ont vu l'uretère distendu, comprimé, avec dilatation du bassinet correspondant, et dans un cas, hydronéphrose. Lannelongue (o) aurait observé l'ouverture dans l'uretère droit d'un abcès symptomatique d'un mal de Pott cervico-dorsal. Nous connaissons un fait de calcul rénal, développé autour d'un séquestre d'origine vertébrale situé dans le bassinet.
La thèse de Goullioud contient deux observations de calculs vésicaux ayant pour point de départ un fragment nécrosé (6).
Les ostéo-arthrites sacro-iliaques peuvent fournir des abcès qui vont s'ouvrir dans le rectum.
Unefemme dont l'histoire est rapportée dans la thèse de Joyeux (7) (cité par Lannelongue), accoucha six fois à terme malgré une lésion sacro-iliaque constatée après le second accouchement ; elle rendit par l'anus, à plusieurs années d'intervalles, d'abord du pus grumeleux, puis après une dernière grossesse, deux séquestres qui paraissaient provenir du sacrum.
B. Séreuses. — La propagation des lésions aux méninges cérébrospinales est bien connue : on a moins insisté sur l'infection de proche en proche des séreuses pleurale et péritonéale.
La fréquence des tubercules des côtes devait, semble-t-il, donner lieu souvent à des pleurésies de voisinage, et cependant nous n'avons pas eu l'occasion de recueillir de pièces anatomiques établissant un tel processus.
Il n'est pas douteux, néanmoins, qu'un foyer costal puisse envahir la plèvre ; à tout prendre cette hypothèse paraît plus vraisemblable que celle de Leplat et de Legrand qui considéraient les abcès froids thoraciques comme symptomatiques de lésions pleuro-pulmonaires. L'infection péritonéale a été signalée par plusieurs observateurs dans les cas d'abcès ossifluents ou d'adénopathies secondaires. A la surface de poches purulentes intra-abdominales, ou de masses ganglionnaires symptomatiques de coxalgies ou d'un mal de Pott, on a noté plusieurs fois un semis de granulations jeunes démontrant avec la plus extrême évidence l'invasion de proche en proche.
Les abcès du mal de Pott peuvent donner lieu à des foyers pleuro-pulmonaires de voisinage (Lannelongue).
(1) Guérineau, Th. Paris, 1859.
(2) Bull. Soc. anat., 1883, p. 160. Thèse Chénieux, Paris, 1873.
(3) Boyer, t. III, p. 78.
(4) Gaucher, Bull. Soc. anat., 1878.
(5) Lannelongue, Tuberculose vertébrale, p. 92.
(6) 1 cas d'Ollier, un autre de Heibert, 1855, Goullioud, loc. cit., p. 98.
(7) Joyeux, Thèse de Strasbourg, 1842.
Pour Kœnig ce fait n'est pas absolument rare : « Parfois le processus morbide se propage d'abord par voie directe à une cavité séreuse et de là seulement à l'appareil circulatoire. » A diverses reprises il a constaté que dans une affection de la hanche qui avait gagné le bassin, le tissu conjonctif pelvien et le péritoine étaient envahis.