VOIE SANGUINE
11 est heureux que les ganglions viennent s'interposer entre le foyer où végètent et se multiplient les agents infectieux; toute-
(1) Lejars, Lymphangite tubercul. [Étude sur la tuberculose, 1891.)
(2) Pawlowsky, loc. cit.
fois leur rôle de barrière n'est pas toujours suffisant pour s'opposer à la généralisation. Cette dernière si fréquente chez l'enfant peut tenir à diverses causes:
1° A la pénétration de bacilles dans les vaisseaux efférents des ganglions et le système sanguin ;
2° A l'ouverture directe d'un foyer tuberculeux dans une veine;
3e A la tuberculose des séreuses péritonéale, pleurale.
La première hypothèse est plausible et nous ne nous y arrêterons pas. Quant à la seconde, il faut convenir qu'on ne l'a pas signalée nettement jusqu'à présent.
Le bacille préfère la voie lymphatique, ou du moins nous trouvons là ses traces ; dans le sang pareille vérification est difficile à faire. Pourquoi ne pas admettre cette pathogénie '? sa possibilité est établie par ce fait que le tubercule se développe dans des régions à lacis veineux développés (tissu spongieux, épiphysaire, diploé)... et d'autre part que l'on a constaté sa présence dans les gros vaisseaux.
En 1877, Weigert (I) a signalé une éruption tuberculeuse à la surface interne de la veine innominée droite; R. Tripier (2), des tubercules miliaires de l'endocarde (1890); ces faits, et d'autres de même ordre, accusent l'infection du système sanguin.
Comme le fait remarquer Arloing, la rareté des lésions des gros vaisseaux tient probablement à la dilution des bacilles dans le sang. En tout cas l'apparition d'une tuberculose miliaire aiguë par suite de pénétration dans une veine adjacente à un foyer tuberculeux a été démontrée pour le poumon, pour le rein, le cerveau (sinus) (Hanau Kossel). 11 est vraisemblable que le tissu osseux peut être le siège de pareils processus.
Dans quelques circonstances ce ne sera pas la lésion osseuse mais d'autres localisations qui seront la cause efficiente de la généralisation. Pollak (3) a fait connaître une observation de tuberculose miliaire, probablement due à l'évacuation dans le sang, d'un noyau tuberculeux développé dans la cloison inter-auriculaire à la base de la tricuspide. Schurhoff en a publié un exemple véritablement convaincant; le sujet de Pollak était atteint de mal de Pott cervicodorsal. Quant au sujet de Schurhoff (4), le point de départ de la généralisation était dans l'ouverture intra-cardiaque d'un vieux foyer tuberculeux développé dans le voisinage de l'oreillette gauche et de la mitrale.
(1) Weigert, Berl. kl. Wochens., 1877, p. 673.
(2) R. Tripier, Archives de Méd. expériment. et d'anal, path., 1890.
(3) Pollak, Zeitsch. f. kl. med. Rd 21, heft 1 et 2.
(4) Schurholl', Centralblalt f. ail. Path. — Phys. 5 mars 1893.
Nous avons dit que les séreuses péritouéale et pleurale étaient quelquefois envahies secondairement à la tuberculeuse osseuse. Le mal de Pott, la coxalgie, les ostéites pelviennes avec leurs abcès ossifluents, les adénopathies qui les accompagnent, peuvent donner lieu à l'éruption de granulations dans leur voisinage, à la surface de la plèvre, du péritoine.
Des recherches récentes ont montré l'importance de ces altérations des membranes séreuses. Il résulte des publications de Ponfick (1), Weigert, Brasch... que le canal thoracique peut être infecté par la lymphe tuberculeuse émanée des cavités pleurales précitées, aucun filtre ganglionnaire ne s'opposant à la progression des bacilles. Ponfick pensait que dans la granulie généralisée, la tuberculose du canal thoracique résultait du contact des éléments infectieux avec sa surface interne; Weigert a contribué à montrer que la tuberculose primitive de ce canal peut par l'ouverture des foyers dans le sang provoquer la généralisation. Depuis huit ans il a adopté comme règle de toujours examiner le canal thoracique dans le cas de tuberculose miliaire liée à une pleurésie ou à une péritonite.
De Souza a dernièrement appelé l'attention sur l'infection bacillaire du sang, si bien mise en évidence par Weigert (2).
Comme on le voit, l'ostéo-tuberculose se propage ordinairement par la voie lymphatique : celle-ci fait-elle défaut, les bacilles l'ontils franchie, la généralisation peut éclater; cette dernière présente, en pareil cas, un caractère de gravité excessive. N'oublions pas qu'il faut faire une très large part au degré de virulence des bacilles.