OSTÉO-TUBERCULOSE A FORME DOULOUREUSE AIGUË
Il nous reste à parler des cas exceptionnels dans lesquels brusquement, sans avertissement préparatoire, le symptôme douleur apparaît. Par son début, les conditions étiologiques où il survient, ce signe peut être la cause d'erreurs de diagnostic ; on le rattache à un traumatisme, une entorse quand il est le résultat d'une altération profonde et ancienne d'un os. Deux faits surtout nous sont restés gravés dans l'esprit. Le premier a trait à un étudiant en pharmacie, porteur de cicatrices au cou, et présentant les attributs extérieurs des tuberculeux, auprès duquel nous fûmes appelé pour une entorse du pied droit. En descendant d'un tramway en marche, le sujet avait éprouvé une douleur tellement violente dans le pied qu'il avait failli perdre connaissance : la marche était impossible; quelques heures plus tard nous constations l'état suivant :
Le pied droit paraît tuméfié surtout au niveau du massif tarsien; le cou-de-pied ne présente pas d'œdème appréciable; les régions malléolaires externe et interne n'offrent aucune ecchymose ; la concavité plantaire est légèrement effacée. La palpation ne révèle aucune douleur sur l'extrémité inférieure des os de la jambe et l'articulation du cou-de-pied; elle est horriblement douloureuse à la partie dorsale et plantaire du moyen tarse.
Le moindre choc imprimé au pied produit de véritables crises douloureuses irradiées dans le pied et la jambe.
En présence de cette symptomatologie nous aurions été absolument perplexe si nous n'avions pas tenu compte de l'état général, tout autant que des signes locaux. Ces derniers, localisés dans la région des cunéiformes, non accompagnés d'ecchymoses étendues, et résultant d'un mouvement un peu forcé du pied, ne comportaient pas le diagnostic d'entorse. L'existence d'antécédents tuberculeux devait rendre circonspect et faire songer à une lésion tarsienne jusqu'alors latente et apparaissant brusquement à l'occasion d'un mouvement violent. Une attelle plâtrée immobilisant complètement le pied fut appliquée et soulagea aussitôt le patient. Une quinzaine de jours après une fistule s'ouvrit sur le dos du pied, un stylet introduit dans le trajet révéla la dénudation, et la consistance éburnée du premier et du second cunéiformes.
Gangolphe. — Maladies des os. 17
Quelques mois plus tard le malade mourait de granulie.
La seconde observation a trait à un malade admis dans mon service dans le courant de l'année 1890. D'un aspect chétif, porteur d'anciennes cicatrices au cou, et d'une suppuration du ganglion épithrochléen droit, X... vint réclamer nos soins pour une douleur survenue brusquement quelques jours auparavant dans la région cervicale à l'occasion d'un mouvement d'extension forcée. L'examen ne nous révéla rien d'anormal, le cou ne paraissait ni enraidi, ni déformé, pas de déviations; bien plus, la pression méthodique ne montrait aucune région bien nettement douloureuse. La souffrance qui s'était montrée brusquement n'avait duré que quelques instants, mais s'était montrée depuis, à de très courts moments, sous forme d'élancements aigus. Nous engageâmes le malade à se reposer, tout en faisant des réserves sur les suites possibles de ces manifestations. Trois ou quatre jours après, X... revenait, en proie à des douleurs intolérables, persistantes, à peine diminuées par le repos, et surtout violemment exaspérées par les mouvements. Le diagnostic de mal de Pott cervical s'imposait, il fut confirmé par le soulagement immédiat que procura la pose de notre minerve plâtrée.
C'est particulièrement dans ces formes douloureuses aiguës que l'intensité de ces souffrances atteint son maximum. Le sujet auquel nous venons de faire allusion restait étendu dans son lit, soutirant au moindre mouvement; le plus petit choc sur les pieds du lit provoquait de véritables accès; les mouvements de la mâchoire se transmettaient douloureusement au cou. L'appétit, le sommeil étaient nuls et le dépérissement rapide. Lorsqu'il s'agit de conduire ce malade à la salle d'opération, où devait lui être appliqué le bandage, ce fut l'occasion de plusieurs crises, dans lesquelles le malade était sur le point de syncoper. Mais il n'est personne qui n'ait souvenir de faits analogues. Qu'il s'agisse de la hanche, du rachis, ou de toute autre région, les phénomènes douloureux peuvent présenter une telle variété qu'ils peuvent indiquer à. eux seuls une intervention [résectioïis de soulagement, Ollier).