SYMPTÔMES GÉNÉRAUX
Précédée quelquefois de douleurs vagues, erratiques, accompagnées de malaises (Giraldès), la maladie apparaît presque toujours brusquement. Le sujet est surpris en pleine santé, sans causes appréciables, ou bien encore après avoir subi l'influence du froid, de l'humidité, du surmenage. On sait quel est le rôle pathogénique de l'entorse juxta-épiphysaire décrite par Ollier.
En tous cas presque en même temps apparaissent les symptômes d'une infection générale et ceux de la localisation.
Les cas ne sont pas rares dans lesquels un frisson violent, une céphalée intense, des vomissements accompagnés d'un abattement extrême et de délire, ouvrent la scène.
OSTÉOMYÉLITES INFECTIEUSES ÂIGUES DES ADOLESCENTS. 417
La température atteint d'emblée pour ainsi dire 39°, 40°, avec des rémissions matinales variables, souvent insignifiantes : le pouls est fréquent (120 à 130) ; bref l'anorexie, la soif vive, quelquefois la diarrhée, viennent avec les symptômes adynamiques compléter les traits d'un tableau qui se rapproche de celui de la fièvre typhoïde.
S'il s'agit d'enfants, les convulsions, les contractures peuvent détourner l'attention et faire croire à la méningite, jusqu'au moment où des symptômes locaux bien nets apportent de précieux éléments de diagnostic.
Au dire de plusieurs cliniciens, Chassaignac, Lannelongue, la douleur marquerait le début du mal..., tandis que Gosselin insiste sur la préséance des symptômes généraux.
Peu importe, très rapidement la région malade est le siège d'une douleur violente avec tuméfaction marquée.
S'agit-il d'une ostéomyélite de l'extrémité inférieure du fémur ; le tiers inférieur de la cuisse, dans la partie qui avoisine immédiatement l'articulation, est le siège de douleurs excessives. Au repos, spontanément, celles-ci atteignent quelquefois un degré tel que le sujet a la sensation de fracture sans fracture.
D'abord intermittentes, puis continues avec exacerbations nocturnes, excruciantes, elles sont très exagérées par la pression. Le moindre mouvement, le heurt du lit, à plus forte raison la palpation, la pression provoquent des crises atroces. Presque en même temps le gonflement survient, mais avec des caractères différents suivant les points.
Tandis qu'il existe un empâtement dur, profond, au niveau de la région juxta-épiphysaire, les parties situées au-dessus et au-desssous sont surtout œdématiées. Le membre inférieur tout entier peut être augmenté de volume des orteils à la racine de la cuisse. Mais tandis que le pied, la jambe sont manifestement le siège d'un œdème simple, de voisinage, la partie inférieure de la cuisse est œdématiée et empâtée. Le genou est le siège d'un épanchement symptomatique secondaire souvent très abondant et très hâtif. Puis des marbrures apparaissent, sillonnant la surface du membre et indiquant le trajet parcouru par les veines dilatées. Cette vaso-dilatation remarquable, sur laquelle ont insisté tous les cliniciens, notamment Ollier, Lannelongue, serait liée surtout à l'infection staphylococcienne. Qu'elle soit due à l'action directe des produits solubles microbiens, ou bien qu'elle résulte d'une action réflexe par action sur les centres nerveux, elle constitue un signe très fréquent. L'œdème du membre tient, sans nul doute, à cette influence, élective en quelque sorte, sur le système veineux. Nous rappellerons que Rodet a signalé, expérimentalement, les mêmes phénomènes de Gangolphe. — Maladies des os. 27
congestion vaso-dilatatrice, de turgescence veineuse des réseaux superficiels. Les ganglions inguinaux, sont assez peu souvent augmentés de volume ; toutefois les streptocoques les envahissent de préférence, si bien que la constatation de l'adénopathie serait un signe propre à cette sorte d'infection. Peu à peu le gonflement diminue de consistance et la fluctuation jusqu'alors absente, ou très difficile à percevoir, devient appréciable. A ce moment les symptômes généraux s'amendent quelque peu, des sueurs abondantes, l'abaissement de la température, tout autant que la diminution de l'œdème, indiquent la limitation des désordres.
La collection s'ouvre alors spontanément, ou est ouverte par le chirurgien : un flot de pus jaunâtre, crémeux ou blanchâtre, sur lequel surnagent des gouttelettes huileuses, s'échappe au dehors; dans le fond de la plaie, l'os apparaît lisse, uni, d'une blancheur éclatante, et dénudé sur une étendue variable. Cette débâcle est le signal d'une détente souvent complète ; les douleurs diminuent ou disparaissent, il en est de même du gonflement et de l'épanchement articulaire.
La fièvre, après être tombée au voisinage de 38° à 39°, cède à son tour, l'appétit revient..., finalement le sujet se rétablit après une période plus ou moins longue pendant laquelle les orifices fistuleux ont suppuré plus ou moins, donnant issue à de petits fragments osseux nécrosés.
Dans les cas les plus heureux, le sujet ne conserve d'autres traces de son ancienne affection que quelques cicatrices déprimées, adhérentes à l'os, un peu d'hyperostose, quelque raideur articulaire. Mais il est loin d'en être ainsi, surtout lorsque la maladie a suivi son évolution naturelle. L'insuffisance des ouvertures spontanées, la lenteur qu'elles ont pu mettre à s'établir, le contact prolongé du pus avec l'os, entraînent, comme conséquences, la nécrose de fragments plus ou moins étendus.
Tolérés quelque temps, les séquestres sont le point de départ de poussées inflammatoires ultérieures révélant à la fois le travail fait par la nature pour les éliminer et aussi la permanence d'une colonie microbienne. Les faits que nous avons indiqués démontrent que des agents infectieux peuvent persister après une guérison apparente, complète, et produire plus tard soit de nouveaux accidents locaux aussi graves que les premiers, soit même des phénomènes de pyohémie mortelle (i).
Les troubles apportés dans la croissance du membre, les lésions articulaires, les dégénérescences viscérales qui peuvent compliquer
(l) Congrès français de chirurgie, 1891. — Doyen, Des différentes espèces de suppurations examinées au point de vue bactériologique et clinique.
les ostéomyélites infectieuses, méritent par leur importance d'être étudiés à part, tout autant que la transformation, en épithélioma, du revêtement des trajets fîstuleux anciens.