‹ Maladies infectieuses et parasitaires des osChapitre 86 sur 163 · FORME FOUDROYANTE · texte numérisé non relu

FORME FOUDROYANTE

Chez certains sujets la maladie revêt des allures véritablement foudroyantes.

Kraske(l),a vu mourir des individus avant qu'il y ait eu pour ainsi dire ostéomyélite.

Quelquefois, comme dit Ollier, les sujets succombent si rapidement qu'on a à peine eu le temps de se douter de la lésion osseuse.

On constate cette lésion à l'autopsie, mais on la trouve si peu étendue, qu'on ne peut la considérer comme la cause directe de la mort. Laure, médecin de la Charité, apporta un jour à la Clinique de M. Ollier, des pièces que nous avons pu examiner, recueillies sur un enfant de neuf ans, mort en trois jours d'une ostéomyéliteinfectieuse. Sans cause connue, sans traumatisme appréciable, cet enfant avait été pris de fièvre intense, de délire, de sécheresse de la langue, puis d'un abattement profond. En recherchant les signes de la fièvre typhoïde, M. Laure aperçut un peu d'empâtement autour de la hanche droite; les mouvements imprimés faisaient pousser des cris à l'enfant. Il diagnostiqua alors une ostéite infectieuse de la hanche, et pensa à faire pratiquer la résection de l'articulation. L'opération fut remise au lendemain matin, mais quelques heures après le malade succombait.

A l'autopsie, qui ne put être très complète à cause de l'opposition de la famille, on trouva, dans l'articulation de la hanche, une à deux cuillerées de liquide séro-sanguinolent, légèrement purulent ; synoviale légèrement injectée; pas d'altération de la tête fémorale. Dans le fond de cette perte de substance du cartilage, la substance osseuse est à nu et infiltrée de pus. Le périoste pelvien correspondant est épaissi, infiltré, mais pas d'abcès sous-périostique. Dans le poumon un petit abcès métastatique ; sur la plèvre, trois ou quatre saillies ressemblant à une éruption tuberculeuse commençante (2).

Citons encore un fait de Le Fort, relatif à un jeune homme de quatorze ans, qui dans un mouvement brusque, ressentit une douleur violente dans l'aine gauche, bientôt accompagnée d'une fièvre intense, de délire, de phénomènes typhoïdes, et qui en quatre jours entraîna une terminaison mortelle (3).

(1) Kraske, Centralbl. f. Chir., 1888.

(2) Ollier, Encyclopédie internationale de chirurgie, t. IV, p. 278.

(3) Coxalgie suppurée suraiguë, mort après quatre jours avec lésions septicémiqùes du péricarde et du cœur. Bull, et mém. de la Soc. de chir., 7 janvier 1880.

En quelques heures la fièvre , le délire acquièrent une intensité surprenante, voilant plus ou moins le développement des localisations juxta-épiphysaires ; celles-ci sont fréquemment multiples en pareil cas et leur recherche est relativement laborieuse par suite de l'état de prostration du sujet. S'il s'agit d'un enfant de quatre ou cinq ans, ou même plus jeune, un examen attentif est nécessaire, pour ne laisser échapper aucun foyer.

La température est toujours très élevée, aux environs de 39°, 5 à 40°, 5 et au delà ; l'état typhique avec son cortège habituel, abattement, sécheresse, fuliginosités de la langue et des lèvres, soif vive, diarrhée, esta son summum ; les urines sont rares, albumineuses dans les dernières périodes, des selles involontaires se produisent, la peau se couvre de plaques rouges, lie de vin, surélevées quelquefois comme des plaques d'urticaire. Elles ne sont pas douloureuses, disparaissent par la pression et constituent une éruption septique, variable du reste comme nombre des plaques, siège et intensité.

Depuis le jour où Gûbler attirale premier l'attention sur ces éruptions 1858), les travaux se sont multipliés. Civiale (1), Maunder, Broadobent, Lee, Spencer Wells (2), Bristowe, Duplay (3), Bouchard (4), Verneuil (5). . . ont étudié ces manifestations dans divers états pathologiques (affections urinaires, génitales, hépatiques, chirurgicales ). Le 26 octobre 1892, Bouchard annonçait à l'Académie de médecine, l'existence, dans des cultures de microbes, de deux toxines, qu'il dénommait anectasine et ectasine, en raison de leur action vaso-motrice; la première paralysait les centres vaso-dilatateurs, la seconde favorisait la dilatation vasculaire et la diapédèse. Chose curieuse, ces deux substances à effets si dissemblables peuvent être sécrétées par le même microbe, le pyocyanique, comme l'ont démontré Gley et Charrin. On sait d'autre part que Arloing a trouvé, dans les cultures filtrées du staphylocoque pyogène, un produit soluble hyperexcitant du système vasodilatateur.... Nous avons vu un de ces érythèmes infectieux à son apogée, il y a quelque temps, sur un enfant de huit ans (6) : le thorax, le dos, l'abdomen, les cuisses et les membres supérieurs en étaient à ce point couverts, que l'on aurait pu croire à une fièvre éruptive. Apporté dans notre service le septième jour, dans un état semicomateux avec des selles involontaires, c'est à peine si la pression sur les points malades lui faisait pousser, quelques gémissements.

(1) Civiale, Organes génito-urinaires, t. III.

(2) Spencer Wells, Médical Times and Gazette, 1865.

(3) Duplay, Archives de médecine, 1874.

(4) Picard Tremblez, Thèses de Paris, 1875, 187G.

(5) Verneuil, Mémoires de chirurgie.

(6) Contribution à l'étude des érythèmes infectieux, en particulier dans la diphtérie. Mussy, Th. Paris, 1892.

Opéré séance tenante, sans anesthésie, il mourut le troisième jour, après avoir paru quelque peu soulagé; l'infection était d'origine staphylococcienne pure.

Sur deux autres jeunes gens, l'un de douze ans, l'autre de quinze ans, l'issue fut aussi rapidement fatale. Nous vîmes le premier au moment même où il succombait. Ses parents négligents et surtout absolument misérables, affirmaient que l'avant-veille (36 heures auparavant), à la suite d'un bain dans le Rhône, l'enfant s'était plaint de frissons et de douleurs violentes dans la cuisse gauche. Il s'agissait d'une ostéomyélite de l'extrémité inférieure du fémur gauche. Quant au second cas, la mort survint le quatrième jour, avec l'appareil d'une septico-pyohémie.

Est-il possible de donner une statistique de la fréquence de ces formes foudroyantes? Cela nous paraît très difficile; car nous ne voyons guère dans les hôpitaux que des sujets ayant résisté plus ou moins longtemps, traités au dehors et admis presque toujours pour des suppurations interminables.

Page 1