DE LA RESPIRATION
Le globule rouge chargé d'hémoglobine et rétracté arrive dans les capillaires si fins du poumon. Le premier phénomène qui se produit est le refroidissement de ce corpuscule, grâce à l'air froid qui arrive et à l'évaporation constante qui se produit à la surface pulmonaire. Ce refroidissement a pour résultat de ramener l'hémoglobine à la température de 20° à peu près, qui est celle où elle a son maximum d'avidité pour l'oxygène.
En même temps que l'hématie se refroidit et s'oxyde elle se trouve dans les capillaires pulmonaires sous une pression plus faible que dans les autres parties du torrent circulatoire. La tension de dissociation de ses éléments, son élasticité augmentant, elle se dilate.
Ainsi oxydé et dilaté ce globule rouge pénètre dans l'artère pulmonaire. Il s'y trouve immédiatement à une température de 38**. Or on sait que le maximum de tension de dissociation de l'oxyhémoglobine sous la pression sanguine est à 42°. Ainsi cette oxyhémoglobine qui s'est formée à 20° va perdre son oxygène à 38° et se retransformer en hémoglobine.
Le phénomène de la pression de son côté facilite ce dégagement d'oxygène, car la pression étant plus forte dans le torrent circulatoire que dans les capillaires pulmonaires le globule rouge comprimé se rétracte.
On comprend ainsi quelles sont les conditions atmosphériques qui faciliteront ou entraveront la respiration.
Puisqu'il faut que le globule rouge se refroidisse pour s'oxyder, il va de soi que l'air froid sera plus favorable que l'air chaud.
Cet air froid aura encore cet avantage de contenir sous un même volume plus d'oxygène, puisqu'il est plus dense.
L'air sec sera plus utile que l'air chargé de vapeur d'eau puisque l'évaporation qui se produit à la surface pulmonaire et qui contribue si puissamment à son refroidissement sera plus active avec un courant d'air sec.
C'est là à n'en pas douter une des grandes causes des anémies des pays tropicaux humides et chaux. Dans ce milieu les organismes vivants ont toutes les peines du monde à s'oxyder.
Enfin la pression atmosphérique aura une grande influence.
La quantité d'oxygène fixée par l'hémoglobine pour un milieu gazeux déterminé augmente avec cette pression, de même qu'elle augmente, en dissolution, dans le sérum.
Nous pouvons donc conclure de ces faits que l'état atmosphérique le plus favorable pour la respiration est celui qui correspondra à un air sec, froid, et sous forte pression. ,
Nous verrons plus tard, à propos du traitement de la tuberculose, quelles modifications physiologiques se produisent dans les organismes vivants lorsque, plongés dans des milieux atmosphériques différents, ils s'y adaptent.
La première modification du sang, à la sortie des vaisseaux, sera donc le changement de forme du globule rouge avec expulsion d'oxygène. Celui-ci va agir sur les glucoses déjà interverties, et former de l'acide formique qui, à son tour, agit sur les albumines les plus denses et forme de la fibrine, d'où coagulation du sang, seconde modification.
Nous comprendrons ainsi quelles causes retardent ou hâtent cette coagulation.
Les premières seront :
1° Le maintien du sang sous pression.
L'expérience de Glenard sur la jugulaire du cheval est concluante à ce sujet.
Après avoir mis a nu la jugulaire d'un cheval, Glenard prend entre deux liens un segment de cette veine pleine de sang. Il enlève ce segment. Si on le place verticalement, les globules rouges tombent à la partie inférieure, les globules blancs ensuite et, au-dessus, le sérum limpide ; mais rien ne se coagule.
Dans ces conditions, les hématies ont gardé leur forme et l'oxygène qui leur reste; les glucoses sont en équilibre ; il n'y a pas formation d'acide formique, par conséquent pas de fibrine.
De leur côté, les albumines adultes qui étaient sur le point de se transformer en fibrines dans l'organisme, maintenues fluides par la pression, vont rester telles; mais que cette pression disparaisse et leur tension de dissociation devenant prédominante, elles se dédoublent en formant un corps fibrineux solide, autre cause de coagulation.
2° Les substances qui neutralisent Tacide formique au moment de sa formation, ou celles qui entravent la régression des glucoses.
Il se produit, en effet, de la fibrine dans le sang extravasé pendant tout le temps qu'il contient des glucoses et des globules blancs. Car si, par un procédé quelconque, on arrive, comme M. Ârthus Ta réalisé, à enlever ces corpuscules du sang extravasé, la production de fibrine est arrêtée. C'est la preuve indéniable de l'action glycolitique du globule blanc ou plutôt de son noyau. Ce liquide évolue encore, il est semi-vivant.
Les provisions de glucose étant presque épuisées, la mort du sérum approche. A ce moment prenez de cette demi-vie zn extremis; après l'avoir très fortement défibrinée au centrifugeur, mettez-en dans deux verres.
Sur l'un d'eux, ajoutez une couche d'huile, puis, avec un compte-gouttes, déposez au centre de ces deux volumes de sérum quelques gouttes d'acide formique.
Le sérum, en contact avec l'air, va se coaguler bientôt. La coagulation commence par la partie supérieure et gagne de proche
en proche le fond du récipient, eti allant plus vite le long des parois du vase, et forme bientôt un bloc résistant fibrineux.
L'autre, sous la couche d'huile, restera très longtemps sans bouger. Après de longues heures, il se forme à la partie inférieure du vase un coagulum mou, gris, puriforme, qui met beaucoup de temps à prendre un peu de consistance et augmente de bas en haut.
Il est bien évident que la différence dans la marche de ces deux coagulations tient exclusivement à l'influence de l'air.
Dans le premier cas, une partie de l'acide formique ajouté a servi à activer la transformation du glycogène restant en glucoses» et celles-ci, au contact de rox3'gène de l'air, se sont transformées en acide formique avec production, sur ce point, de fibrine. Au fur et à mesure que rox3^gène pénètre la masse, le caillot se produit.
Après avoir commencé par la couche supérieure, il se forme plus vite le long des parois du récipient; le centre de la masse se solidifie plus lentement. On dirait que l'air glisse entre le verre et le liquide. La partie non utilisée à la transformation des
glucoses servira directement à la formation de la fibrine.
Dans le second cas, l'air n'arrivant pas au contact du sérum, le glycogène et les glucoses ne bougent pas et l'acide formique ajouté sert exclusivement à former, en commençant par la partie inférieure, une fibrine molle, grisâtre, aspect dû probablement à ce que l'acide formique naissant a une action plus grande que celui du commerce.
Les causes, au contraire, qui hâteront la coagulation du sang seront le battage, qui facilitera le dédoublement des albumines en rompant les molécules; enfin, l'air, la lumière, la chaleur.