DE LA DIGESTION
Nous venons de voir comment mûrissent les albumines, quelles transformations elles subissent dans le sang, voyons maintenant comment elles y pénètrent.
La plante ou le ferment ont seuls le pouvoir de prendre à Tair et au sol les éléments premiers, de joindre, de cimenter les atomes, les uns avec les autres, sous l'influence du rayon solaire.
La plante associe carbone, hydrogène, oxygène, faisant ainsi CH* 0*, acide formique. Qu'elle ajoute à ce premier groupement, phosphore, soufre, azote, et elle crée les albuminoïdes ; qu'elle le réduise, au contraire, et elle produit avec CH* O les glucoses et amidons.
L'animal, organisme agissant, prend ces deux séries de groupements; il fixe les albuminoïdes dans ses tissus, en fait sa substance ; il utilise les autres, les glucoses, en prenant leur énergie potentielle. Les uns forment donc la charpente, les seconds donnent l'énergie, le mouvement.
Cette assimilation se fait par rintermédiaire de la digestion.
Partis des peptones, nous sommes arrivés par des condensations continues à constituer les albumines de plus en plus denses, fibrines» protoplasmas, nucléoles. Pour revenir de ces albuminoïdes compliqués aux peptones, il faudra redescendre l'échelle en repassant par tous les intermédiaires.
Un fait très remarquable, c'est que les tissus des organismes vivants, surtout le musculaire, sont composés de telle sorte qu'ils peuvent rétrocéder, se digérer en partie eux-mêmes.
Les albuminoïdes composant la chair musculaire étant après la mort de l'animal sous une pression nulle, ont une grande tendance à se dissocier. Si la température reste à 38^, la dissociation se fait très vite ; lentement si la température est basse.
Mais pour qu'elle ait lieu avec retour complet aux peptones, il faut que la molécule d'albumine retrouve à chaque degré en descendant les molécules d'acide formique et les sels qu'elle avait perdus à chacun, en montant. Or, le muscle est riche en glycogène ;
ce dernier, grâce à Tair introduit dans l'estomac par la mastication, se transforme en acide formique; la chair musculaire retrouve ainsi, en partie, le moyen de revenir à son état premier : les peptones.
C'est cette réaction qui explique la présence des peptones dans la chair des animaux abattus depuis quelque temps.
Sur ces données, j'ai fait agir de l'acide formique sur des viandes à une température de 40*" et j'ai obtenu la digestion d'une partie de ces viandes avec formation de peptones.
J'ai donc conclu que l'acide formique était l'élément indispensable de la digestion tandis que l'acide chlorhydrique n'en était que l'adjuvant, servant à décalcifier les aliments absorbés et à mettre en contact immédiat les albumines libres et l'acide formique.
M. Charles Richet a démontré que si l'acide chlorhydrique est l'acide de la digestion, en tous cas il n'est pas libre dans le suc gastrique.
D'après M. A. Gautier, lorsqu'on fait agir cet acide sur de la fibrine, il se forme un corps semblable aux peptones, niais qui se précipite par neutralisation : ce sont des
syntonines. Les peptones produites par Taction du suc gastrique sont imprécipitables par neutralisation.
Si Ton porte à 100° le suc gastrique en vase clos, il reste acide, mais perd ses propriétés peptonisantes, comme les composés formiques qui se décomposent vers 50".
Enfin, le suc gastrique contient un acide organique, parce que :
1** Il ne dissout pas l'oxalate de chaux qui se dissout dans les acides minéraux ;
2** Il n'intervertit que très faiblement à la température d'ébuUition le sucre de canne, lequel faiblement interverti par les acides organiques. Test violemment par les acides minéraux.
Enfin, le suc gastrique, de même que l'acide formique, est un très puissant antiseptique.
Les solutions d'Hcl dégagent dans le vide partiel, à une température de 60 à 80*", des vapeurs acides, tandis que le suc gastrique ne donne pas lieu au même dégagement.
Pour toutes ces raisons, résultat des analyses de MM. A. Gautier et Ch. Richet, je pense
que le principe essentiel, nécessaire, de la digestion, est Tacide formique ou une de ses condensations, et non l'acide chlorhydrique qui produit des syntonines et non des peptones semblables à celles du suc gastrique.
L'acide formique a, du reste, toutes les propriétés des sucs nécessaires à la digestion : salive, suc gastrique, suc pancréatique, car il transforme l'amidon en glucoses et il peptonise les albuminoides. Ne peut-on pas conclure de ces faits que toutes les glandes qui déversent leur sécrétion dans le tube digestif ne produisent que des condensations de sels différents, mais dont le principe, toujours le même, est l'acide formique?
Si l'on ne retrouve pas cet acide dans l'estomac, pas plus, du reste, que l'acide chlorhydrique, c'est qu'il n'est pas sécrété en nature par les glandes de ce viscère; il se forme pendant la digestion et se transforme immédiatement en formiates.
Mais, j'insiste sur ce fait, aucune des substances contenues dans le suc gastrique n'a le pouvoir exclusif de peptoniser les aliments, toutes sont indispensables.
Voici, rapidement exposées, mes opinions
sur la part que prend chacune de ces substances dans la digestion : pepsine, acide formique et sels dissous dans le suc gastrique.
La pepsine est sécrétée par les cellules de Testomac; elle s'est formée dans leur liquide plastidien, milieu essentiellement réducteur.
Cette pepsine, formée de la même façon et dans le même milieu que la chlorophylle de la cellule végétale, en aura toutes les qualités, elle sera réductrice et aura le pouvoir dédoublant des ferments solubles. Elle n'est pas unique, toujours identique à elle-même : il y a autant de corps peptiques que d'individus.
Du nouveau-né à l'adulte, les cellules augmentent de poids moléculaire ; comment leurs sécrétions ne suivraient- elles pas la même marche? Un estomac d'enfant peut-il digérer les mêmes substances que celui d'un adulte?
Cependant l'organisme de cet enfant, homme demain, ne changera pas subitement, comme s'il eût été touché par une baguette de fée.
Cette même sécrétion qui, chez lui, peptonîse la caséine et est encore impuissante à dédoubler les albumines adultes, va augmenter d'énergie tous les jours et devenir la pepsine de l'homme.
Chez celui-ci, cette sécrétion va varier à l'infini avec son énergie.
Un anémique avec hypotension artérielle sécrétera une pepsine très peu active, et même, si son état général s'affaiblit de plus en plus, il en arrivera à ne plus pouvoir digérer que le lait; ses cellules comme leurs sécrétions sont revenues vers Tenfance.
Au contraire, l'adulte très sanguin avec hypertension artérielle, va sécréter une pepsine très active, souvent trop active et donner lieu ainsi à de l'hyperacidité et à un dégagement d'hydrogène trop abondant, d'où le pyrosis et les flatulences.
L'énergie des sécrétions des cellules augmentera donc proportionnellement à leur poids moléculaire; celui-ci suivra toujours la marche de la tension artérielle.
Les pepsines ne sont pas pareilles, mais elles agissent toutes de la même façon, avec des énergies différentes.
Comme les chlorophylles, les pepsines ont une double action. Premièrement, elles sont réductrices. M. Duclaux a démontré avec quelle facilité elles s'oxydent à l'air.
Arrivant dans l'estomac, sous une pression
faible et à la température qui leur convient le mieux, elles réduisent l'eau qui s'y trouve et mettent en liberté H^ que l'on trouve si abondant dans l'estomac au début de la digestion. Or, nous savons que l'hydrogène naissant forme, avec les bicarbonates, des formiates. Cet hydrogène naissant va même réduire l'acide carbonique, former en présence de l'eau de l'acide formique, qui, se combinant immédiatement avec les sels dissous dans le suc gastrique, forme des formio-phosphates. Ceux-ci permettent aux albuminoides de se dédoubler et de revenir à leur état premier, les peptones. On expliquerait ainsi l'action sur la digestion des eaux gazeuses et des eaux alcalines — les unes et les autres faciliteraient la production d'acide formique.
Secondement, les pepsines agissent comme des ferments solubles au pouvoir dédoublant.
De même que l'invertine dédouble le saccharose et tous les corps ternaires, en neutralisant une partie de leur énergie potentielle, de même les pepsines dédoubleront les albuminoides.
Comme dans le dédoublement du saccharose, il y aura dans le dédoublement des albuminoïdes de l'énergie potentielle en excès dont resteront chargées les deux molécules nouvelles. Grâce à cette énergie en excès, elles pourront s'hydrater et fixer les formio-phosphates produits par le pouvoir réducteur de cette même pepsine.
L'énergie chimique de ces deux molécules étant ainsi saturée, elles seront dédoublées à leur tour. Le même mécanisme se poursuivra jusqu'au retour des albuminoïdes à leur état premier, les peptones.
Mais, il n'y a pas, il ne peut y avoir dans les organismes vivants, végétaux ou animaux, (matière en évolution), de corps fixe toujours identique à lui-même.
Leà cellules quiles composent, variant incessamment de densité, de poids moléculaire,ne peuvent donner lieu qu'à des sécrétions variant dans les mêmes conditions, la fonction seule de ces corps est toujours la même, mais son énergie varie de seconde en seconde.
Du premier mouvement de la germination, jusqu'à l'arbre géant, du premier mouvement de succion du nouveau-né, jusqu'au
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vieillard, chlorophylles et pepsines auront bien la double fonction réductrice et dédoublante, mais à des degrés variant d'énergie de seconde en seconde.
Aussi, le résultat de l'analyse chimique de ces corps varie-t-il avec chaque opérateur, on n'est d'accord que sur la fonction.
Ce que nous venons de dire pour les pepsines et les chlorophylles, nous le dirions pour toutes les sécrétions cellulaires de tous les organismes vivants.
Ne sait-on pas que chaque animal a ses sortes de pepsines spéciales, comme chaque plante ses sortes de chlorophylles. Les pepsines du chien ne sont pas identiques à celles de l'homme, les chlorophylles de l'épinard ne sont pas les mêmes que celles du rosier.
Les unes et les autres, quoique produites par des cellules chimiquement différentes et différantentreellesatomiquement, n'agissentelles pas toutes de la même façon?
La cellule musculaire elle-même est-elle pareille chez tous les animaux?
La chair du bœuf est-elle semblable à celle desoiseaux,celle-ciàcelleduchevreuil,etcette dernière à celle des poissons ou des crustacés?
Ces cellules musculaires, semblables de forme, mais certainement très dissemblables chimiquement, ont cependant une fonction commune : elles déterminent toutes le mouvement.
Les corps organisés sont donc composés de deux parties diflférentes, l'une semblable dans tous, l'autre variant à l'infini avec chacun d'eux.
Celle qui est semblable dans tous, c'est l'orientation moléculaire, la forme, le cadre ; l'autre est composée par les atomes enclavés dans ce cadre.
Le cadre de cette cellule vivante est formé par les molécules formiques s'adaptant, s'ajoutant d'une façon définie, toujours la même, pour un milieu déterminé, et enclavant dans leurs réseaux des atomes différents. De là la similitude et la dissemblance des cellules. Le cadre, l'orientation moléculaire, la forme sont toujours semblables ; il n'y a que les atomes enclavés qui changent.
Les soldats d'un régiment changent incessamment, mais comme les officiers, les cadres restent les mêmes, le régiment continue à se mouvoir d'une façon semblable, sinon
pareille, la valeur propre de chaque soldat apportant une plus ou moins grande énergie à ce tout qu'est le régiment.
La nature tout entière a donc été conçue d'après un type unique. Le cadre, l'orientation moléculaire des éléments est toujours le même; il n'y a que la qualité et le nombre des atomes complétant ces éléments qui peuvent varier et varient, en effet, suivant le milieu de chaleur, de pression, de lumière, dans lequel ce cadre s'est formé.
Tous les sucs concourant à la digestion ont leur maximum d'activité à la même température que les sels formiques et se désagrègent de même.
Enfin, l'acide formique caséifle le lait instantanément à 38*^ et peptonise parfaitement les caséines. Ce retour des caséines à Vétat de peptones sera possible par Facide formique seul, parce que les caséines en se dédoublant trouveront dans les sels dissous dans le lait, tous les éléments nécessaires à leur retour à leur état premier, les peptones. Le lait peut se digérer lui-même.
Les peptones sont donc des formiates; elles entreront dans les ganglions mésenté-
riques en même temps qu'une lymphe appauvrie en globules blancs et elles en sortiront albumines jeunes et spécifiques, tandis que la lymphe se sera rechargée de leucocytes.
Ces deux phénomènes se produisant au même endroit, en même temps, sur deux liquides intimement mélangés, me permettent de conclure qu'ils ont été produits par la même réaction chimique. Âussi^ ne serons-nous pas étonnés de trouver des peptones non transformées à côté de leucocytes dégénérés, dans le sang des malades chroniques dont l'organisme est aux abois.
Chez ceux-ci les globules blancs augmentent de nombre, non pas qu'il s'en produise davantage, car il serait étrange qu'un organisme en cachexie pût montrer un surcroît d'activité dans une fonction si importante, mais bien parce que, fibrine de poids moléculaire inférieur, il ne pourra être assimilé par la cellule normale.
Je dis cellule normale, parce que nous verrons plus tard que la cellule cancéreuse étant de poids moléculaire inférieur à celle-ci, pourra utiliser ce leucocyte dégénéré et pro-
liférer abondamment à côté de la première qui mourra d'inanition.
Nous prenons ici sur le fait, aux deux extrémités de l'échelle albuminoide (peptones, fibrines)ce ferment, toujours le même, qui pousse la molécule albumine vers le nucléole : l'acide formique.
Ces peptones vont donc se fixer sur les albumines les plus jeunes par leur radical formique qui leur servira de crampon. Pour qu'un groupement moléculaire quelconque entrant dans l'organisme puisse être utilisé, s'y fixer, il faut qu'il ait le crochet formique, sans quoi il sera rejeté de suite.
L'amidon, à son tour, transformé en glucose, pénétrera dans l'organisme, se fixera dans le foie, sous forme de glycogène.
Celui-ci, emprisonné dans cet organe, perd sans cesse de son énergie potentielle au contact permanent du ferment soluble leucocytaire et devient comme un corps élastique comprimé qui va se désagréger plus ou moins vite, suivant que la tension artérielle baissera plus ou moins. On peut dire ainsi que le foie a une influence considérable comme régulateur automatique de la près-
sion sanguine, et partant de la chaleur animale.
Celle-ci est aussi sous l'influence du système nerveux par Tintermédiaire des vasomoteurs, mais le viscère me parait avoir une part prépondérante.