TRAITEMENT
Nous connaissons assez l'évolution de la tuberculose pour pouvoir lui appliquer maintenant le traitement qui lui convient.
Rendons à cet organisme en détresse ce qu'il a perdu, mais ne lui rendons pas trop vite, sans quoi, dans une révolte violente, il se fera plus de mal que de bien.
Au début de la maladie, à la période d'invasion, pendant que le bacille chemine par les lymphatiques vers le lobule pulmonaire, le traitement aura de rapides effets.
Si cette invasion se fait avec peu ou point de réactions, donnons, dans les premiers jours, pour un adulte de force moyenne, de 5 à 10 centigrammes de formiate de chaux par jour, en quatre fois, toutes les six heures, à jeun. Si le malade, ce qui est très rare.
éprouve, deux ou trois jours après, une sensation de lassitude, suspendons 24 heures et donnons ensuite des doses moindres. L'énergie revient rapidement et l'appétit renaît.
Répondons à l'appel de cet organisme avec des aliments facilement peptonisables :
viandes crues, œufs peu cuits, surtout mets sucrés, aliments très beurrés, féculents, le riz de préférence. A partir de ce moment, n'augmentons jamais les doses de formiate.
Il faudra même, après huit ou dix jours, diminuer cette dose et suspendre de temps en temps.
Les sels formiques n'agissent pas par leur masse; mais par U impulsion qu'ils donnent au mouvement moléculaire, ils se fixent dans Vorganisme, aussi leurs effets, non seulement s'accumulent, mais se multiplient à linfini.
En effet, tandis qu'avant le traitement la plupart des aliments ne faisaient que traverser le tube digestif, sans profit pour le malade, à présent l'organisme ayant récupéré une partie de ce qui lui manquait, remis ainsi en mouvement, va largement puiser dans les aliments les substances nécessaires à sa défense et à sa réparation.
Nourrissons le malade, mais ne l'engraissons pas. L'engraissement du tuberculeux est un meurtre, et c'est là cependant le dernier cri des méthodes contemporaines. Aussi la tuberculose augmente-t-elle; plus on la soigne, plus il en meurt.
Que fait-on, en effet, en engraissant ce tuberculeux? On augmente la masse à oxygéner, la surface à protéger, sans pour cela agrandir sa surface pulmonaire déjà restreinte, sans augmenter d'une façon sensible ses moyens d'oxygénation; plus on l'engraisse moins il peut se défendre.
Voyez ce que fait la nature quand nous sommes malades. Au début de toutes les maladies aiguës, les moyens d'oxygénation de l'organisme augmentent, le malade absorbe beaucoup plus d'oxygène que le bien portant, et en même temps il maigrit, la masse à oxygéner diminue. La guérison survient lorsque les moyens oxygénants de ce malade augmentant progressivement arrivent à saturer d'oxygène sa masse, qui diminue progressivement aussi.
Le traitement de la tuberculose par les méthodes contemporaines usitées dans les
sanatoria, c'est-à-dire la suralimentation, arrive à desrésultats diamétralement opposés. On oblige la nature à faire le contraire de ce qu'elle fait pour nous défendre, on tue le malade.
Ainsi, plus d'engraissement; il faut nourrir le malade, le minéraliser sous un faible volume, pour que son poids reste toujours en rapport avec sa puissance d'oxygénation, je devrais dire avec sa lésion. Plus la lésion sera grande, moindre devra être la masse que cet organisme aura à protéger.
A quoi bon engraisser ce malade ? A quoi lui servent ses réserves de graisse ? A rien ; c'est un terrain inutile et qu'il faut oxygéner.
Comme l'or de nos caisses, les graisses ne nous sont utiles que lorsqu'elles nous quittent. A ce moment elles nous nourrissent, mais ne nous défendent pas; les glucoses seules ont ce privilège. Les entasser dans Aos tissus est une erreur aussi néfaste que l'accumulation de la fortune dont l'excès oblige celui qui en est affligé à un effort qui ne lui profite pas.
La raison capitale que voici, nous oblige à progresser lei^tement. L'organisme n'a pas
faibli tout à coup ; il n'a été tuberculisable que lorsque ses albumines ayant perdu peu à peu une partie de leur poids moléculaire, l'hémoglobine s'étant raréfiée, la lymphe s'est désoxygénée, ce qui a permis au bacille de parcourir les lymphatiques sans être phagocyté; de longs mois ont été nécessaires pour cela. Leucocytes et cellules ont suivi fatalement cette progression descendante. Aussi, lorsque par un traitement violemment commencé nous élèverons rapidement le poids moléculaire des premiers, ils deviendront supérieurs, chimiquement, à ces dernières et les résorberont.
Nous créerons ainsi l'autophagisme.
Une partie des cellules jeunes étant résorbées, et les anciennes mal nourries, le malade maigrit d'une façon effrayante ; il éprouve une sensation de faiblesse qui peut aller jusqu'à la syncope.
Cet organisme, qui a baissé peu à peu, doit être remonté peu à peu, afin que tous les éléments qui le constituent puissent reprendre leur densité normale avec la vitesse propre à chacun d'eux. Sans quoi toute amélioration sera éphémère et trompeuse.
Ce manque de concordance entre albumines, leucocytes et cellules peut exister, parce que ce corps en évolution qui va des peptones au leucocyte inclusivement n'étant encore qu'à demi organisé, pourra varier rapidement sous des influences diverses, mais la cellule dont l'organisation est complète et le type arrêté ne pourra pas suivre les variations trop brusques de ce corps albumineux qui la crée cependant.
Aussi, le traitement des maladies chroniques par. les formiates devra-t-il être lent, uniforme et continu.
Lent, parce qu'on ne peut rendre en 24 heures aux cellules de cet organisme en détresse un poids moléculaire qu'elles ont perdu peu à peu, de génération de cellules en génération.
Uniforme, parce que les formiates ayant une action immédiate sur les albumines, à chaque période de traitement intensif correspondrait une augmentation importante dans leur densité; et comme il serait impossible de le continuer ainsi longtemps, celles qui évolueraient pendant les périodes de repos seraient beaucoup moins denses que
les premières. Il y aurait donc dans la nutrition cellulaire des à-coups qui seraient très nuisibles. Le seul danger du traitement par les formiates, moyen si puissant, c'est précisément de relever trop vite le poids moléculaire de ce corps albumineux qui ne pourra pas être suivi dans sa course ascendante par les cellules de cet organisme dégénéré.
Toute la difficulté consiste à trouver la dose nécessaire et suffisante pour compenser les pertes quotidiennes et le quantum nécessaire à l'ascension des albumines.
(On trouvera à la fin de ce volume, au chapitre consacré à Tapplication des formiates aux maladies chroniques, les doses utiles, nécessaires ou dangereuses).
Il est évident que plus la lésion sera ancienne, plus le poids cellulaire aura baissé, et plus il faudra de temps et de prudence.
La gravité des cas est toujours plus en rapport avec l'ancienneté qu'avec leur étendue.
Les doses doivent être fractionnées parce que la poussée des albumines vers la cellule étant constante et uniforme, nous devons faciliter cette marche naturelle sans à-coups. Il faudra donc administrer la dose d'un jour
en quatre fois, un quart touteis les six heures, une heure avant l'absorption d'un aliment.
Le corps est avare de ses formiates, il ne les perd qu'à regret. Tous les sels formiques utilisés comme ferments dans la digestion, sont repris par le tube digestif et ne sont éliminés qu'après avoir épuisé leur énergie potentielle.
Il faut joindre au traitement par les formiates, comme une conséquence forcée, tous les sels (phosphates, nitrates, sulfates, sels de fer) qui entrent dans la composition des tissus, comme nous le verrons à la dernière partie de ce travail.
Le formiate de fer fait merveille dans V anémie, la chlorose, etc. Dans la tuberculose pulmonaire déjà avancée, où une ascension trop rapide des albumines est toujours nuisible, il ne faudra pas oublier de supprimer le formiate de chaux ou d'en diminuer la dose, d'une quantité égale à celle de formiate de fer ajoutée.
Les sels de fer dans les maladies chroniques surtout, sont de toute première importance, puisqu'il n'y a pas de défense possible sans oxygène, et que celui-ci ne
pénètre dans l'organisme que grâce à eux.
Pour que Taîr puisse avoir sur les malades son maximum d'effet, il est nécessaire de donner à ces derniers les éléments qui leur permettent d'en jBxer le principe vital. Des analyses de M. Quinquaud, il résulte, en effet, que 1.000 gr. de sang desséché d'un homme sain contiennent 125 gr. d'hémoglobine, tandis que pour le tuberculeux au 1" degré, ce chiffre varie entre 115 gr. et 91 gr., entre 110 gr. à 86 gr. pour le 2* degré, entre 106 gr. et 48 gr. pour le 3*. On voit donc combien les moyens d'oxygénation vont diminuer chez ces malades.
La promenade modérée au grand air est excellente, mais la fatigue est mauvaise.
Nous savons, en effet, que l'effort musculaire dépense une somme considérable de glucoses et d'oxygène, ces éléments sont la source de toute résistance.
Le malade va guérir assez vite à cette première période.
Les albumines adultes ayant rapidement augmenté dans le sang, les glucoses et l'oxygène étant plus abondants, le bacille sera phagocyté et tout rentrera dans l'ordre.
Mais, à notre avis, ce n'est là que la première partie du traitement. Nous avons remonté l'organisme assez pour que la culture du bacille fut stérilisée, mais si nous arrêtons là nos soins, nous laissons cet organisme sur la limite de la tuberculisation. Que pour une raison quelconque il s'anémie de nouveau, qu'il reperde de son poids moléculaire et il redevient un terrain favorable à la tuberculose. Les bacilles qui peuvent être encore restés sous forme de spores, vont repulluler.
L'organisme débarrassé du bacille, il faudra s'occuper du terrain.
Que sera donc le terrain chez un tuberculeux ?
A notre avis, le terrain de chacun de nous correspond au poids moléculaire de nos albumines.
Il me paraît difficile d'admettre la présence dans le sang de telle ou telle substance mystérieuse qui ferait de nous une proie plus ou moins facile pour tel ou tel microbe, suivant qu'elle circulerait en plus ou moins grande abondance dans nos veines.
La résistance du terrain à V infection, quelle
qu'elle soit, est proportionnelle à la densité de nos albumines, et c*est probablement là le motif de la fréquence des maladies infectieuses de renfonce. Chez les enfants, en effet, la fibrine et les glucoses étant rares, les microbes ne sont pas phagocytés dès leur arrivée dans r organisme; il ne se produit de réaction qu'après rinvasion générale. 0)
Donc, quand ce tuberculeux sera guéri, au sens habituel du mot, soignez-le encore longtemps, par les mêmes moyens, pour que son terrain reprenne la densité qui correspond à son âge.
Si nous poussons plus loin l'analyse de ce terrain, nous arrivons à trouver que la plupart des tuberculeux ont un terrain tuberculisable, soit parce que leurs parents (et c'est là le côté dû à l'hérédité) les ont créés avec des groupements formiques peu actifs, soit
(1) Quand nous parlons du poids moléculaire des albumines, il va sans dire qu'il s'agit de tout ce corps en évolution qui part des peptones, arrive jusqu'à la cellule sous la poussée incessante déterminée par les glucoses. Tous ces corps sont dans des rapports constants, à des glucoses abondantes correspondent des albumines de poids moléculaire élevé et vice versa, à des albumines denses correspond une oxygénation abondante.
parce que de la fécondation de Tœuf à la puberté, période où se créent les colliers d*albumines dont il a été parlé au début de ce travail, ces organismes ont évolué dans un milieu impropre à la création de ces centres vitaux.
LEUCOCYTES ET TUBERCULES
Le tuberculeux vient-il à nous longtemps après l'invasion, lorsque le bacille a créé le tubercule, le traitement demandera plus de temps et de prudence.
Si nous élevons doucement et progressivement le poids moléculaire des albumines, le leucocyte va suivre fatalement la même progression ascendante, il va d'abord être de poids moléculaire égal, puis supérieur à cette cellule géante de densité inférieure.
A ce moment, les échanges entre eux vont continuer, mais en sens inverse, le leucocyte chimiquement supérieur à la cellule va lui reprendre ce qu'il lui avait donné et ainsi sera résorbé le tubercule.
Le bacille mis à nu au milieu d'une lymphe enrichie en fibrine et presque normale sera phagocyté. Mais si l'organisme, trop violem-
ment traité, remonte vite et fort, tout échange moléculaire sera rendu impossible entre le leucocyte et la cellule tuberculeuse, car il y aura entre celui-ci et cette dernière une trop grande distance chimique*
Elle ne pourra donc être ni alimentée ni résorbée.
Cette masse de tubercules se momifiera, restera en place comme un corps étranger autour duquel se feront des poussées congestives plus ou moins violentes, toujours proportionnelles à l'intensité du traitement, mais le bacille n'est pas atteint.
Si elles ne sont pas trop violentes, il va se produire autour de ces parties des dédoublements de formiate d'albumine et de chaux, le tubercule se crétifiera.
Si ces poussées congestives sont violentes, ils vont être d'abord séparés des tissus sains, puis expulsés avec les crachats et la réparation se fera ensuite d'autant plus vite que l'on aura progressé plus doucement au début; car le sang contiendra alors beaucoup de fibrines calciques. Mais cette ulcération pulmonaire sera une cause de déperdition toujours grande, toujours mauvaise.
Si le malade en question est atteint depuis très longtemps, très largement envahi, une expulsion trop rapide de tous ces tubercules serait un danger considérable, parce qu'alors les portes seront grandes ouvertes pour la sortie des fibrines. Si l'étendue de la lésion use plus de celles-ci que l'organisme n'en peut fabriquer quotidiennement, l'équilibre est rompu, le malade maigrit et faiblit. Marchons donc très âoucement au début. La dose de formiate de chaux sera inversement proportionnelle à la lésion ; c'est-à-dire que plus la lésion sera étendue, moindre sera la dose.
Si nous poussions rapidement la maturation des albumines, et partant si nous élevions trop vile la tension artérielle, en plus des dangers déjà énoncés, la lutte s'engagerait sur tous les points à la fois, avec violence. Le malade, dans ce cas, se transforme rapidement les premiers quinze jours; il se croit en bonne voie de guérison, mais à ce moment, les fibrines les plus mûres sont épuisées, l'organisme n'a pas eu le temps d'en mûrir de nouvelles en suffisante quantité; il maigrit tout à coup, ses forces s'évanouissent, tout est à recommencer.
Nous avons agi comme un général qui met toutes ses troupes sur le front de bataille ; il fait reculer l'ennemi le matin, mais si celui-ci a de la résistance et de la profondeur (et la tuberculose ne manque ni de l'un ni de l'autre), le vainqueur du matin sera le battu du soir.
Il faut d'abord préparer la mobilisation, les troupes du second plan. Marcher lentement, c'est marcher sûrement.
Les infections secondaires sont un des dangers les plus grands de cette période ulcérative. Si le malade respire de l'air chargé de poussières, il fera de temps en temps du côté de ses lésions des poussées congestives, avec frissons légers, qui ralentiront la guérison. Aussi sera-t-il de première nécessité de le soustraire à ces dangers.
Auscultez souvent, si l'auscultation indique des râles de congestion autour des points atteints, on doit suspendre quelques jours le traitement.
L'arrivée trop abondante de sérum flbrineux et chargé de glucoses sur les parties malades, au lieu de pousser à la réparation, l'entrave. Des décharges formiques trop vio-
lentes mortifient les cellules de nouvelle formation.
Il faut entretenir un très léger état congestif, aider la nature à faire ce qu'elle fait toujours quand elle se guérit.
Quand le traitement aura été trop rapide»
il arrivera qu'un malade ne présentant aucun signe de tuberculose appréciable sur tel ou tel point de la poitrine aura quinze, vingt jours après, alors qu'il est déjà transformé, des poussées congestives très localisées sur ce même point.
Dira-t-on que le traitement a poussé à la propagation du bacille? Cette opinion n'est pas soutenable. Le bacille était bien sur ces points, il y avait édifié son tubercule, mais l'organisme était si affaibli qu'il ne donnait aucun signe de défense, l'ennemi était chez lui.
Ces râles de congestion sont le signal du réveil de l'organisme qui veut se débarrasser du parasite. Il faut suspendre le traitement quelques jours, quatre ou cinq. Si les râles congestifs sont très nombreux instituer même le régime lacté, qui va très rapidement remettre les choses en l'état. Les râles dispa-
raîtronl presque de suite, vingt-quatre ou quarante-huit heures après, et cette poussée n'aura pas été inutile, car elle a fulguré sinon tous, du moins une bonne partie des bacilles. Ces parties atteintes vont en effet se cicatriser rapidement la plupart du temps, car après quelques jours il est impossible, jusqu'à la fin du traitement, d'en ressaisir des vestiges par l'auscultation.
Même avec un traitement prudemment conduit, ce même phénomène se produira la plupart du temps, alors que le malade aura reconquis une bonne partie de son énergie.
Des craquements secs se feront entendre là où l'on ne percevait au début du traitement qu'une respiration légèrement soufflante, ou, au contraire, insuffisante. Après quelques jours ces craquements disparaissent pour toujours. Leur apparition n'ayant pas été accompagnée d'expectorations plus abondantes, on doit penser qu'ils proviennent de la résorption des tubercules qui laissent à leur place des alvéoles disloquées.
Ces phénomènes ne se produisent que chez les tuberculeux déjà envahis depuis longtemps.
Les bacilles, au moment des poussées congestîves violentes, ainsi qu'au commencement du traitement, augmentent souvent considérablement dans les expectorations.
J'ai vu une malade, rapidement guérie cependant, les expectorer par paquets de 20 à 30 ensemble, englués dans des blocs de fibrine. Il est inutile de démontrer que le traitement n'avait pas favorisé leur développement, mais que c'étaient les colonies déjà existantes qui étaient expulsées.
Les bacilles, par ce traitement, vont diminuer progressivement et disparaître peu à peu.