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DE L'HÉMOPTYSIE

Un accident qui peut se produire à toutes les périodes de la maladie, je ne dis pas du traitement, c'est l'hémoptysie.

Le traitement par les formiates en est le meilleur remède ; non pas remède immédiat, mais cependant assez rapide.

Des tuberculeux mis en traitement en pleine hémoptysie, l'ont vue s'arrêter complètement 24 heures après. Il n'est pas question en ce moment des hémoptysies très

abondantes; je n'en ai pas observé chez les malades traités, mais seulement de celles qui font perdre au malade de 50 à 60 grammes de sang dans les 24 heures.

Les formiates en seront le remède par excellence, parce qu'ils augmentent rapidement la fibrine du sang. Un sérum très fîbrineux obturera rapidement le vaisseau lésé si celuici n'est pas d'un trop gros calibre. Aussi, après une vingtaine de jours de traitement, l'hémoptysie sera-t-elle bien rare et la plupart du temps insignifiante. A ce moment, le sang riche en fibrine obturera rapidement l'arlériole ouverte ; ce travail pourra même se faire avant qu'elle ne s'ouvre, dès que ses tuniques seront atteintes.

L'hémoptysie n'est à craindre qu'avec un traitement brutalement entrepris au début.

De fortes doses de formiates produisent presque de suite une poussée aiguë de fibrine, précédée de frisson.

Celle-ci va sourdre abondamment par la plaie et comme toujours, grâce aux glucoses, produire avec l'acide formique un tampon qui va arrêter momentanément tout suintement. Si la décharge formique a été vio-

lente, il se fait une escarre plus ou moins profonde. Comme l'organisme de ce tuberculeux est dépourvu de fibrines calciques et que nous venons de lui faire faire un effort avec ses fibrines sodiques, l'escarre ne sera pas doublée solidement en dedans par un apport incessant de fibrines calciques. Les leucocytes de ce type, rares et dégénérés, ne feront qu'une réparation lente et imparfaite. Aussi, cette escarre va, peu à peu, se désagréger et tomber enfin sans laissera sa place de tissu cicatriciel. Si elle intéresse une artérîole, c'est l'hémoptysie abondante, fatale peut-être. Dans ce cas, nous n'avons pas donné le temps à l'organisme de préparer ses fibrines calciques, pour obturer les vaisseaux malades. Avec prudence et lenteur, ces accidents seront toujours évités et l'on arrivera à guérir la plus grande partie des tuberculeux.

Il y en a cependant que l'on ne guérira pas :

1® Ceux dont la tuberculose n'est qu'un incident dans un état cachectique avancé ; 2*» Ceux dont les lésions avant le traite-

ment, intéressent déjà les deux poumons sur une grande étendue et n*ont plus une surface pulmonaire suffisante pour permettre aux globules rouges revenus à la normale de se charger de l'oxygène nécessaire à l'oxydation des glucoses et à l'aération de la lymphe.

Quelque merveilleux que soit un remède, il ne peut pas faire repousser un organe mort;

3° Enfin, beaucoup de tuberculeux à fièvre continue. Celle-ci prouve que l'organisme, très largement envahi, est incapable de faire un effort utile, et voici pourquoi. Elle est le résultat de Vinterversion partielle rapide des glucoses par d'abondantes toxines. L'organisme de ce malade, très pauvre en fibrine, en glucoses et en oxygène surtout, s'est laissé envahir dans son ensemble. Les toxines du bacille agissant sur les glucoses, les font régresser rapidement, mais comme le malade est toujours très anémié, l'oxygène manque, et la décharge formique ne se produit pas.

Aussi le sérum n'est plus bactéricide, les albumines ne mûrissent pas. La petite quantité d'acide formique dégagée ne trouvant pas dans le sérum si aqueux du malade les

phosphates nécessaires pour pouvoir se fixer sur ses rares albumines, achève son mou* vement de régression et se transforme de suite en CO^ + H^O.

C'est pour cela que la plus grande partie de ces tuberculeux sont des jeunes. Il arrive chez eux et pour les mêmes raisons ce que nous voyons se produire chez les enfants, où tous les microbes déterminent des infections générales, d'où les maladies éruptives.

Tous les microbes ou ferments agissent de même. Prenons le streptocoque par exemple.

Il déterminera une infection locale avec abcès chez un sujet énergique, une infection générale, comme la fièvre puerpérale, chez un sujet débilité.

La tension artérielle, si faible déjà, ne va pas remonter, puisque les albumines ne mûrissent pas. On voit le cercle vicieux qui va s'établir. Les glucoses, sous l'action des toxines régressent très vite parce que la tension artérielle est faible, et celle-ci reste telle parce que l'oxygène étant rare il ne se forme plus d'acide formique. Il ne se produit donc pas de fibrine, le bacille ne peut pas être

phagocyté, ni le milieu stérilisé, ni les lésions l'éparées.

Les lésions ne seront pas réparées parce que ces tuberculeux à fièvre élevée et continue sont aussi presque toujours des tuberculeux ganglionnaires.

Les ganglions lymphatiques, depuis longtemps envahis, ont perdu leur pouvoir leucocytique. Les rares albumines mûries par la fièvre n'étant plus transformées en leucocytes, les lésions restent irréparées et irréparables. Ces malades sont en très grand danger, (i)

J)ans ces cas, la première indication est de faciliter l'élimination des toxines par le régime lacté mixte et de neutraliser leurs effets par les sels de quinine ou plutôt par les bains tièdes prolongés. Mais, avant tout, ne donner à ce moment que de très faibles doses de formiates, car, dans ces cas, en activant la lutte, on précipiterait le dénouement.

L'alimentation sera exclusivement com-

(1) Les leucocytes étant rares, la plaie pulmonaire reste ouverte, la tension artérielle reste faible, les glucoses régressent vite, d'où la fièvre continue.

posée de lait, féculenls, crèmes, beurre, œufs et substances sucrées.

Si l'on obtient par ces procédés la chute de la température d'une façon durable pendant 15 ou 20 jours, on traitera ces malades comme les précédents. L'alimentation sera peu à peu augmentée.

Mais ces tuberculeux incurables ne sont réduits à cet état que par l'impossibilité où l'on s'est trouvé d'arrêter l'invasion bacillaire. Au début, avec les formiates, nous pourrons arriver toujours à ce résultat; et même, ce qui sera plus sage, on n'attendra pas les premiers symptômes du mal confirmé.

Quand on aura des antécédents tuberculeux et que l'organisme paraîtra faiblir, on fera une cure de formiates. On relèvera l'organisme, on le remettra en équilibre, les ganglions lymphatiques reprendront leur activité. Le sérum sanguin sera vite plus dense, et c'est là, ne l'oublions pas, la vie tout entière. Car c'est cette demi-vie en évolution qui va créer la cellule; par conséquent, plus le sérum sanguin aura de colliers d'albumines» centres vitaux, plus leurs grains

seront denses, plus l'organisme sera robuste. Un sérum saturé d'albumines confère l'invulnérabilité. Les formiates seront donc le préventif par excellence des maladies microbiennes.

L'état atmosphérique a aussi une influence considérable sur la vitesse de la guérison.

Le climat idéal serait celui où l'on trouverait, avec une température basse, une pression uniforme et forte, une atmosphère lumineuse, un air pur.

Les températures basses sont préférables :

1"* parce que l'air froid, à volume égal, contient plus d'oxygène que l'air chaud ; 2^ parce que l'air froid en abaissant la température du sang sur les points où se fait l'hématose va augmenter la quantité d'oxygène absorbé.

En effet, le maximum d'avidité de l'hémoglobine pour l'oxygène, est à la température de 15° à 20°. C'est à cette même température que commence d'agir la tension de dissociation de l'oxyhémoglobine, tension qui a son maximum à 40° sous la pression sanguine.

On voit donc que pour une atmosphère déterminée, la température qui favorisera le

plus l'absorption de l'oxygène, sera celle qui fera arriver l'air dans l'alvéole pulmonaire vers 14° ou 15°.

L'hémoglobine se charge d'oxygène au maximum pour cette atmosphère déterminée et transformée en oxyhémoglobine pénètre dans l'artère pulmonaire où elle se trouve immédiatement à la température de 38°»

voisine de son maximum de tension de dissociation.

Ainsi, l'air froid aura sur le chaud le double avantage de contenir plus d'oxygène et d'en favoriser l'absorption par l'hémoglobine.

La pression forte. — Parce que la pression, comme l'a clairement démontré Paul Bert, augmente la quantité d'oxygène dissout dans le sérum, et facilite la transformation d'hémoglobine en oxyhémoglobine.

En effet, pour une atmosphère dans laquelle l'oxygène a une tension déterminée, l'absorption de cet oxygène par l'hémoglobine varie avec la pression. Plus la pression est forte, plus l'hémoglobine fixe d'oxygène. Celte capacité a évidemment une limite. Mais la pression et très influente jusqu'à 60 %

de mercure; pour des pressions plus élevées, Taugmentation d*absorption est beaucoup moindre.

Paul Bert a constaté que sous une pression moindre de 3 atmosphères % dans de Toxygène pur, les échanges moléculaires aug* mentent considérablement avec l'excrétion de l'urée, mais au-dessus, l'animal est pris de convulsions tétaniques, puis se refroidit et meurt. Pendant cette phase, la quantité d'urée diminue considérablement dans les urines, preuve du ralentissement des échanges moléculaires.

L'explication de ces phénomènes me parait se trouver tout entière dans l'étude que nous avons faite de la régression des glucoses.

Le premier temps de cette régression dégage de l'énergie potentielle et partant de la chaleur, le second, c'est-à-dire l'oxydation de la formaldéhyde et de l'acide formique, en absorbe.

Si donc, grâce à la haute tension de l'oxygène, on précipite cette régression, l'équilibre se maintiendra dans un organisme en suractivité tant que la production par le foie

des glucoses égalera leur transformation. La production de l'urée et de l'acide carbonique sera considérablement accrue.

Mais si cette oxydation des glucoses et la production d'acide formique sont telles que les sels alcalins du sang ne suffisent plus à les neutraliser, immédiatement les muscles se contractent et l'animal est tétanisé.

Enfin, si l'oxydation des glucoses est plus rapide que leur production, l'animal se refroidit et meurt.

Je conclus donc de ces faits, bien mis en lumière par Paul Bert, que les pays froids à forte pression oxygènent plus que les pays de montagne à température moyenne.

Mais voici le moment d'étudier les variations physiologiques qui se produisent dans les organismes lorsque l'état atmosphérique change. Il nous sera ensuite plus facile de porter un jugement sur l'utilité des cures en pays de montagne.

Nous savons à présent qu'un organisme est en équilibre lorsque le poids moléculaire de ses tissus est en rapport avec sa surface, ou, ce qui est la même chose, lorsque sa richesse en hémoglobine est suffisante pour

puiser dans l'air Toxygène nécessaire à oxygéner toutes ses parties.

Pour un poids déterminé d'animal, il faut une quantité proportionnelle d'oxygéné.

Or, la quantité d'oxygène contenue dans un même volume d'air varie avec la température et la pression, soit l'altitude; il faudra donc que des modifications physiologiques se produisent dans cet organisme chaque fois qu'il y aura une modification dans ces phénomènes extérieurs, pour qu'il puise danS l'air une égale quantité d'oxygène.

Comment cette matière, vivant en équir libre, va-t-elle rester en équilibre dans des milieux différents de pression, de chaleur, de lumière ?

L'animal va s'accommoder aux différentes altitudes, grâce à la sensibilité des glucoses à la pression. La molécule glucose, en effet, régressant sous l'influence du ferment soluble répandu dans le sang, se transforme, grâce à l'oxygène, en acide formique. Cette régression est plus ou moins rapide, suivant que la pression est plus ou moins forte. Tout le monde sait que la pression arrête la trans^ formation des glucoses dans la bouteille de

Champagne. Cette pression disparaissant dès Touverture de la bouteille, la transformation recommence.

Eh bien, les glucoses du torrent circulatoires sont soumises aux mêmes lois. La pression atmosphérique augmente-t-elle, la régression est ralentie, diminue-t-elle cette régression augmente.

Or, voyez le résultat. Si la pression augmente, la quantité d'oxygène aspirée sous un même volume est plus considérable; l'hémoglobine fixe plus d'oxygène grâce à cette pression et l'activité des échanges moléculaires serait considérablement accrue si cette même pression en ralentissant la transformation des glucoses ne diminuait la production d'acide formique, de formiates, de fibrines, enfin de globules rouges, et ne diminuait ainsi les moyens d'oxygénation.

Plus le milieu est oxygénant, plus les moyens d'oxygénation de l'organisme diminuent. Nous trouvons la preuve bien certaine que la régression des glucoses est le point de départ de l'augmentation des globules rouges dans les phénomènes qui se passent au début de toutes les maladies in-

fectieuses. Un microbe envahit l'organisme, ses toxines, ou ferments solubles, entrant dans le torrent circulatoire activent la régression des glucoses, d'où élévation de température et production formique.

On sait qu'à ce moment il y a toujours augmentation deflbrineetde globules rouges.

Eh bien, cette régression des glucoses qui produit des globules rouges sous l'influence des ferments solubles microbiens, en produit normalement sous l'influence du ferment circulant dans le sang et proportionnellement à la rapidité de cette régression.

La pression atmosphérique, au contraire, vient-elle à diminuer, l'oxygène se raréfie, mais alors le phénomène contraire se produit, les glucoses régressent plus vite, la fibrine et les globules rouges augmentei>t, et l'oxygène, quoique raréfié, est puisé dans l'air en proportions égales. C'est là le phénomène qui se produit quand on monte sur les sommets.

Mais la régression plus rapide des glucoses ne produit pas seulement une augmentation de fibrine, cause de la multiplication des globules rouges, elle augmente aussi la produc-

tion d'hémoglobine. En efTet, celte énergie potentielle des glucoses qui se dégage plus abondante est l'âme de la cellule. Cette cellule, en effet, utilisant comme un ferment figuré l'énergie potentielle des glucoses, va recevoir un surcroît d'activité, et produire plus abondamment sa sécrétion propre.

Toutes les cellules de l'organisme vont être en suractivité.

Celles qui sécrètent l'hémoglobine en produisent donc en plus grande abondance.

Ainsi, dès que la pression diminuera, grâce à cette régression plus rapide des glucoses, toutes les fonctions organiques recevront un surcroît d'activité et tous les éléments constituant le globule rouge, fibrine, hémoglobine, se multiplieront.

C'est ainsi que les organismes vivants pourront toujours, dans une certaine limite, bien entendu, se mettre en équilibre dans des milieux à pression différente, milieux dans lesquels la tension de l'oxygène varie.

Voilà pour la pression ; voyons maintenant pour la chaleur.

L'organisme restera en équilibre dans des milieux à température différente, grâce à

cette particularité qu'a l'hémoglobine de fixer d'autant plus d'oxygène qu'elle se rapproche de 15°, nous venons de le dire.

A partir de cette température et en augmentant, la tension de dissociation de l'oxj^hémoglobine formée croit au point que, vers 42°, elle perd tout son oxygène.

Le phénomène de la respiration qui très certainement est facilitée parla différence de tension entre les gaz intra-veineux et ceux de l'atmosphère, s'accomplit surtout grâce à cette particularité.

En effet, le globule rouge chargé d'hémoglobine, arrive dans l'alvéole pulmonaire, il s'y refroidit d'abord, grâce à la température de ïair qui arrive et grâce aussi â V évaporation constante qui s'y produit.

Cette hémoglobine refroidie va fixer d'autant plus d'oxygène, pour une pression déterminée, qu'elle se rapprochera davantage de 15°. Transformée en oxyhémoglobine, elle pénètre dans le torrent circulatoire où se trouvant de suite à une température de 38^, elle perd son oxygène, se retransformant en hémoglobine.

On voit donc quelle influence aura la température de l'air extérieur.

Est-elle très froide ? Tair arrivera froid dans l'alvéole, refroidira beaucoup l'hémoglobine qui fixera d'autant plus d'oxygène qu'elle se rapprochera davantage de la température de 15° et que cet air plus dense contiendra plus d'oxygène.

L'organisme, plus oxygéné, produira plus de chaleur parce que les glucoses régresseront plus vite et c'est ainsi qu'il luttera contre la déperdition de calorique.

La température, au contraire, est-elle élevée? le phénojmène opposé se produit :

l'hémoglobine, peu refroidie, fixe peu d'oxygène dans un air qui en contient moins, d'où ralentissement des combustions organiques.

Remarquez que les glucoses qui sont la source de la chaleur et de l'énergie vont suivre une marche semblable.

La température a une grande action sur la régression des glucoses. Tout le monde sait que les glucoses régressent violemment dans la bouteille de Champagne si on la chauffe, au contraire ne bougent pas si on la refroidit,

si on la frappe. Ces glucoses, que nous avons vus sensibles à la pression, le sont donc aussi à la température.

Eh bien, lorsque la chaleur extérieure augmente, les glucoses ont une tendance à régresser plus vite, mais comme l'oxygénation est inversement proportionnelle à la température, l'équilibre est maintenu.

La température, au contraire, baisse-t-elle, les glucoses régresseraient plus lentement, mais comme l'oxygénation augmente l'équilibre se rétablit.

Nous voyons donc que, grâce à celte particularité de l'hémoglobine de fixer d'autant plus d'oxygène qu'elle se rapproche de 15°, les organismes vivants resteront à une température constante et qu'ils produiront automatiquement plus de chaleur s'il fait froid, moins s'il fait chaud.

Enfin, comment les organismes se mettentils en équilibre dans les milieux à lumière différente ?

Le rayon de soleil active les échanges moléculaires; c'est lui qui meut la matière vivante par l'intermédiaire des glucoses qui sont de l'énergie solaire condensée.

. Son action directe est donc la même que celle des glucoses. Les cellules qui sont frappées par le rayon de soleil acquièrent un surcroît d'activité. Cette activité pourrait être excessive si la lumière pénétrait abondante dans les corps organisés.

Mais précisément lorsqu'elle est vive, les cellules de la périphérie en suractivité sécrètent plus abondamment leur pigment qui met une barrière à la pénétration de cette lumière.

Est-elle faible, au contraire, ces mêmes cellules ralentissent leur production, et la lumière pénétrant facilement la masse, ajoute son influence directe à l'énergie potentielle des glucoses.

Ainsi les corps organisés, production du milieu, sont toujours sous l'influence directe de ce milieu. Façonnés par les phénomènes extérieurs, ils en subissent toutes les variations et leur texture est modifiée par ces variations.

Les organismes vivants sont donc organisés pour se mettre automatiquement en équilibre dans les milieux variables de chaleur, de pression, de lumière.

Connaissant maintenant les phénomènes physiologiques qui se produisent quand on change de milieu, il nous est possible d'apprécier Tulilité des cures des pays d'altitude.

A mon avis, les pays d'altitude sont mauvais pour tous les tuberculeux par les températures moyennes ; par les températures très froides, ils sont utiles aux tuberculeux très peu atteints, médiocres pour ceux qui ont perdu une partie même faible de leur surface pulmonaire, mortels pour ceux dont les lésions ont une certaine étendue.

Les tuberculeux très peu atteints, au début de leur infection, vont bénéficier de l'altitude parce que : 1° les glucoses régressant plus vite sous une pression faible, toutes les fonctions organiques vont entrer en suractivité ; 2° les globules rouges se multipliant rapidement, l'oxygène, quoique raréfié, sera puisé dans Tair d'une façon proportionnelle si la température est très basse. Nous savons pourquoi.

La tension artérielle augmente donc, la circulation est plus active, une congestion légère se produit autour des points contaminés, et comme ce tuberculeux est très peu .

atteint, non anémié, ces poussées congestives vont se produire dans une lymphe oxygénée, déterminer une décharge formique et stériliser les points atteints»

Mais pour que cette heureuse action se produise, il faut que le poumon ait conservé toute sa puissance fonctionnelle pour contrebalancer les effets de la raréfaction de l'air; enfin, il faut que le tuberculeux, au début, ne soit pas trop anémié, car il va falloir qu'il puisse sécréter une quantité d'hémoglobine proportionnelle à la rapidité de la régression des glucoses, sans quoi l'équilibre est rompu et les glucoses régressent en pure perte. L'organisme ne s'oxygène pas davantage; mais cette régression partielle des glucoses plus abondante activant les fonctions organiques sans augmenter V oxygénation, le malade engraisse de jour en jour, son équilibre se rompt de plus en plus, sa lymphe s'oxygène de moins en moins, la congestion qui se produit autour des points atteints ne déterminant jamais de production formique est toujours inefficace. Le malade prend l'apparence de la santé, mais la tuberculose continue sa marche.

Nous voyons donc par cet exemple ce qui va se produire chez tous les tuberculeux dont les lésions ont quelque étendue et qui sont par conséquent anémiés.

A 1.500 mètres ou 2.000 mètres, la lymphe de ces tuberculeux ne s'oxygène plus. Les toxines du bacille agissent alors sur les glucoses d'une lymphe désoxygénée et ne produisent plus de réaction vive; pas de fièvre, pas d'acide formique, pas de formiates.

Il ne se produira plus autour de ces tubercules de poussées congestives, les tubercules ne s'ulcérant jamais.

De ce fait, il y aura bénéfice. Le poumon ne s'ulcérant pas, les expectorations diminuent, car les albumines ne fuient plus. Le malade en est momentanément amélioré.

Mais ces poussées congestives, qui ne se produisent plus, sont les moyens employés par l'organisme pour arrêter la marche de l'infection. Lorsque ces poussées congestives, en effet, ont lieu dans une lymphe oxygénée, nous savons qu'elles déterminent une décharge formique qui stérilise momentanément le milieu.

Aussi, les pays d'altitude, en désoxygénant

la lymphe du malade, vont bien le prolonger, mais elles le mettent dans l'impossibilité de guérir.

Un tuberculeux qui a perdu déjà une partie de sa capacité respiratoire et qui monte sur les sommets est sûrement fini.

Nous éteignons dans cet organisme toute possibilité, toute velléité de lutte.

C'est comme si, attaqué par plusieurs ennemis contre lesquels nous nous défendons valeureusement, un ami nous liait pieds et poings pour arrêter la lutte, sous prétexte que la fatigue de la lutte peut nous tuer.

Nous ne nous fatiguons plus, c'est certain, mais nous sommes victime de l'ennemi, il n'y a plus de salut possible.

Ces tuberculeux reprennent quelque temps l'apparence d'une santé relative ; ils engraissent, oh 1 oui, ils engraissent, comme le fait tout organisme que l'on suralimente dans des réduits où il manque d'oxygène.

Mais demandez-leur si la respiration est plus libre, mesurez leur capacité respiratoire avant leur départ pour les sommets et après leur retour et vous verrez que bien des alvéoles pulmonaires se sont fermées pen-

dant leur cure; ils reviennent essoufflés. Ils ne s'en apercevaient pas en haut parce qu'on les immobilisait, mais dès qu'ils reviennent dans leur famille tout se dévoile.

Les tubercules se sont multipliés rapidement et silencieusement, aussi, de retour en pays de forte pression, s'oxydant mieux, ils maigrissent avec une rapidité quelquefois effrayante.

D'un autre côté, la quantité de lymphe à oxygéner diminuant par suite de l'amaigrissement pendant que les moyens d'oxygénation augmentent, les poussées congestives recommencent, la lutte s'engage sur une étendue bien plus grande qu'au départ pour les sommets.

Le poumon parait alors se liquéfier sous l'oreille qui l'ausculte. Le médecin stupéfait, obligé de mettre d'accord son pronostic d'hier basé sur le silence excessif de la respiration, et l'état alarmant du jour, appelle à son aide la complaisante complication grippale.

La cure d'altitude avait presque guéri la tuberculose, mais le malade est mort de la grippe.

Eh bien! non, le malade est bien mort de la tuberculose, seulement cette lutte qu'on l'a empêché de soutenir alors qu'il était encore valide, en l'expédiant sur les montagnes, il la livre au retour sur une étendue considérable et il y succombe la plupart du temps.

Ces pays ne servent qu'à prolonger les agonies.

Envoyez sur les sommets les tuberculeux à fièvre continue, quand les moyens préconisés ici n'auront pu enrayer cette fièvre, car alors, étant irrémédiablement perdus, moins ils auront d'oxygène, moins ils se combureront; le bacille les désorganisera à petit feu.

Donc, excepté pour ces derniers malades, pas de montagnes, mais plutôt des cures d'air en pays à forte pression, à température moyenne ou basse, à air sec, atmosphère pure et lumineuse.

Ai-je besoin de dire, après cet exposé, que le traitement du tuberculeux par les formiates est fatalement mauvais dans les pays de montagne?

Ces sels déterminent dans l'organisme

exactement les mômes phénomènes qu'y produit l'altitude.

Seulement, pendant que l'altitude augmente, comme nous venons de le voir, les moyens d'oxygénation de cet organisme, la facilité d'oxygénation diminue proportionnellement, puisque l'air se raréfie.

Si nous donnons encore des formiates à ces malades, nous augmenterons encore les moyens oxygénants, nous les fatiguons inutilement.

Tout autre sera le résultat si pendant que nous augmentons avec les formiates les moyens oxygénants nous facilitons en même temps l'oxygénation en mettant ces malades dans des pays à forte pression, froids, secs, lumineux.

Les résultats sont diamétralement opposés.

Donc, pas de formiates dans les pays d'altitude.

Ces pays ne seront utiles qu'aux tuberculeux à fièvre continue ou à ceux qui, ayant perdu plus de la moitié de leur surface pulmonaire, ne peuvent revenir à la santé par aucun moyen; ils sont bons à prolonger des agonies.

Je ne veux pas dire que certains malades ne guériront pas dans des pays d'altitude, nous venons de voir le contraire ; je prétends seulement que ces mêmes malades auraient guéri beaucoup plus vite dans les pays à forte pression par le traitement indiqué.

Si nous jetons un rapide coup d'œil sur ce qui a été dit dans cet ouvrage, nous voyons que tout dans la matière vivante est équilibre et équilibre instable.

L'équilibre de la molécule est le rapport qui existe entre les formiates différents qui la composent, pour un milieu déterminé, chez le même animal aux différentes périodes de sa vie.

Cet animal lui-même est en équilibre lorsque le poids de cette molécule est en rapport avec sa masse.

Enfin, nous venons de voir comment cet organisme se met en équilibre dans tous les milieux de chaleur, de pression, de lumière.

Ainsi tout se tient, de l'infiniment petit à l'inflniment grand, et la vie naît de l'harmonie qui préside aux rapports des formiates de la molécule entre eux, de celle-ci avec la

masse totale de l'organisme, de celui-ci avec le milieu, de ce milieu avec les mondes.

L'uniformité de la pression aura aussi son influence, car à côté de la quantité d'oxygène plus grande qu'une forte pression fait pénétrer dans l'organisme, vient s'ajouter l'influence qu'a cette pression sur l'élasticité pulmonaire.

Si la pression subit de grandes variations les cicatrices pulmonaires auront beaucoup de mal à se terminer par suite de la variation des poussées sanguines de dedans en dehors qu'auront à supporter sans cesse ces tissus en réparation.

Des observations qui précèdent découlait tout naturellement le désir de plonger pendant un certain temps les malades dans une atmosphère artificielle très oxygénée et sous pression. Les résultats sont bons.

Mais les bains d'air comprimé ne peuvent donner d'efffet très utile qu'à la fin du traitement. Lorsque par suite du mouvement moléculaire rétabli par les formiates, nous avons fixé dans cet organisme déchu les sels de fer indispensables à son oxydation.

Ils ne peuvent pas agir au début, non seu-

lement parce que Thémoglobine est trop rare, mais parce que le bacille étant encore entouré de son tubercule, l'acide formique produit dans la lymphe ne peut l'atteindre.

Donc il faut d'abord rétablir le mouvement moléculaire avec les formiates; grâce à eux, les sels de fer se fixent très facilement dans l'organisme, le poids moléculaire du leucocyte augmente vile et le tubercule est résorbé. A ce moment les bains d'air oxygéné refroidi et comprimé donneront des résultats, mais seulement à ce moment.

Le bacille éteint, il faut continuer bien entendu le traitement jusqu'au moment où le poids moléculaire des albumines est redevenu normal. Alors l'hémoglobine assez abondante puise dans l'air ordinaire Foxygène nécessaire à l'oxydation de cette lymphe, point de départ de toutes les cultures microbiennes de r organisme.

La pureté de V atmosphère aura aussi de l'importance, elle mettra le tuberculeux ulcéré à l'abri des affections secondaires toujours mauvaises.

Enfin elle devra être lumineuse.

Ainsi l'air joue un très grand rôle dans la

guérison de toutes les maladies, mais, à mon avis, on a considérablement exagéré l'impureté de l'air de nos régions.

Point n'est besoin pour guérir de la tuberculose, d'aller sur les sommets des Alpes, on guérit partout où la teneur de l'air en oxygène est normale. On guérit de la tuberculose en plein Paris, à la condition d'habiter une pièce élevée et largement ouverte.

Mais la condition la plus importante, c'est que raération soit continue.

Si le malade s'aère le jour et s'enferme dans une chambre mal aérée la nuit, ou s'il va au grand air la nuit, et s'enferme dans un réduit désoxygéné le jour, il ne peut arriver ainsi qu'à des résultats incomplets. En effet, après un certain temps de traitement, la richesse en hémoglobine de son sang sera bien suffisante pour fixer d'abord, envoyer ensuite, de l'oxygène dans la lymphe et, par conséquent, arrêter la prolifération du microbe. Mais si cette lymphe n'est oxygénée que par intermittence, le microbe en voie de se transformer en spore, repullulera par intermittence aussi.

Il n'est donc pas nécessaire d'aller bien

loin chercher de l'air, l'important, c'est de respirer de l'air normal d'une façon continue.

Quand on a vu les essais des sels formiques sur les organismes \dvants on peut espérer voir à brève échéance, sinon la disparition, du moins l'atténuation dans des proportions considérables, de la tuberculose. Il y aura encore des victimes : ceux qui par leur genre de travail sont dans des conditions d'hygiène particulièrement mauvaises.

Parmi ceux-là, il n'en est pas de plus exposés que les ouvriers travaillant dans un air vicié et dans l'obscurité. Nous avons vu, en effet, quel rôle capital joue l'oxygène dans la défense des organismes, nous savons aussi que le rayon de soleil, créateur de la formaldéhyde et des formiates, va conserver toujours sur eux une influence considérable. Qu'il disparaisse momentanément, pendant les heures de la nuit, et l'activité chimique des groupements formiques diminuant, l'animal passe de la vie à une demi-vie; c'est le sommeil.

Que la source d'où il vient s'éloigne de nous, ou qu'il ne nous arrive que d'une façon oblique, rasant seulement notre planète, et

la nature tout entière, immense texture de sels formiques, s'endort et ne conserve qu'un minimum de vie. Qu'il reparaisse et la vie foisonne.

Ainsi, ce n'est donc pas tout que d'introduire dans un organisme les rouages indispensables à son bon fonctionnement, il faut encore que le soleil, moteur du monde, puisse faire sentir sa sublime influence.

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