TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE
Nous voici en présence d'un tuberculeux.
Comment allons-nous le traiter?
Nous nous enquerrons tout de suite de son âge, de sa température et de son pouls, de l'étendue des lésions, de son poids.
Supposons qu'il a 30 ans, pas de fièvre, ou à de très rares intervalles. Le pouls est normalement à 70, un peu mou. — Les lésions localisées à un sommet ne se traduisent encore que par des respirations un peu rudes.
Il tousse assez et crache peu; son poids est au-dessous de celui qui correspond à un homme de sa taille, 1 m. 70. Pour ce type de malade, voici le traitement que nous allons établir :
Quatre fois par jour, toutes les six heures, vingt minutes au moins avant de manger, soit à peu près à six heures du matin, midi, six heures du soir, minuit, donnons 6 gouttes de Nectol C.
Nous donnerons le Nectol C pour relever la
tension artérielle, activer la circulation, amener les glucoses plus abondantes autour des points atteints, et y produire un léger mouvement congestif.
Nous donnons le Nectol C en quatre fois parce que ses effets sont immédiats et qu'il est indispensable que la poussée moléculaire qu'il détermine soit continue.
Sous l'influence de cette médication notre malade va rapidement remonter. Le mouvement de descente de cet organisme chronique s'arrête et reprend une marche ascensionnelle.
L'appétit renaît, les idées sont gaies, le sommeil reposant. Toutes les fonctions organiques reprennent leur élan. La toux se calme.
Cependant il peut arriver qu'après quelques jours de traitement, la toux, qui avait diminué, reparaisse de nouveau plus fréquente.
Ce n'est certainement pas un signe d'aggravation ou de reprise du mal, cette toux prouve que la congestion légère produite autour des tubercules est le siège de décharges formiques qui irritent les filets nerveux du voisinage et déterminent la toux.
Tout le monde sait que l'on peut tousser beaucoup sans lésion pulmonaire et, au contraire, tousser peu avec d'énormes lésions.
La toux tient plutôt au siège de la lésion qu'à son étendue.
Si cet incident se produit, ou bien ne changez rien au traitement ou, tout simplement, diminuez très légèrement le nombre de gouttes de formiales.
Mais notre malade est, comme tous les chroniques, anémié ; il faut donc lui donner les moyens de puiser dans l'air cet oxygène nécessaire, indispensable à rendre les poussées congestives efficaces ; il faut lui donner du fer.
Donnez donc à ce malade, trois ou quatre fois par jour, immédiatement avant de prendre une alimentation quelconque, un cachet ainsi composé :
( Sous-carbonate de fer... 0,05^^"'*
l Protoxalate de fer 0,20 ^«°'-
Et surtout ne craignez pas les sels de fer dans la tuberculose, sous prétexte qu'ils déterminent des hémoptysies. C'est faux, archifaux.
Plus un sang est riche en hémoglobine^ plus il a de fibrine; plus il a de fibrine, moins l'hémoptysie est à craindre. Tout le monde sait que plus le sang est aqueux plus les hémorragies sont fréquentes; c'est trop vrai pour que j'insiste.
Oubliez cette hérésie contemporaine, désas-^ treuse, et donnez du fer. Donnez-le au début du repas, parce que c'est le moment où la pepsine a sa plus grande puissance réductrice ; c'est à ce moment que se produit dans l'estomac le plus d'hydrogène naissant. C'est grâce à cette réduction chimique que les sels de fer susindiqués formeront des peptonates de fer.
Mais notre malade est déminéralisé. Donnons donc après chaque repas, trois ou quatre fois par jour, une cuillerée à café du sirop suivant :
Phosphates de potasse et de soude., ââ 8»'' . Biphosphates de magnésie et de
chaux ââ 3^^.
Nitrates de potasse, de soude et de
magnésie ââ 3^''.
Sulfates de soude, de potasse et de
magnésie ââ 2^''-
Sirop de sucre 300^^'
Quelle alimentation allons-nous imposer à notre tuberculeux?
A peu près le contraire de celle conseillée par la méthode contemporaine.
Pas de gavage, pas de suralimentation.
L'engraissement est un meurtre. Un tuberculeux gras ne peut pas guérir si sa lésion a une certaine importance.
Il faut remonter ce malade, le minéraliser, sous un faible volume, pour ne lui donner à défendre qu'une surface restreinte. Et comme nous nous défendons avec les glucoses et l'oxygène, plus un poumon est inapte à puiser dans l'air cet élément, moindre doit être la surface qu'il a à oxygéner. Les repas seront nombreux : trois, quatre par jour, mais modérés; le malade ne doit pas engraisser. Son poids doit rester au-dessous de son poids normal et d'autant plus que sa lésion sera plus grande.
Les repas se composeront de viandes, œufs, poissons, laitages, purées de légumes, desserts.
Un aliment aussi important que la médication, c'est le sucre. C'est l'élément de défense par excellence : pas de glucoses, pas
d'énergie, pas d'acide formique, pas de formiates.
Il est donc absolument nécessaire que notre malade prenne, dans les vingt-quatre heures, sous une forme quelconque, au moins 100 gr.
de sucre. Mais le sucre, à lui seul, ne peut pas nous défendre; il faut de l'oxygène pour former, avec les glucoses, de l'acide formique.
// faut donc de Vair, et de lair, d'une manière continue.
Le malade doitdormirles croisées entr'ouvertes; le jour, rester au grand air ou dans des pièces ouvertes.
L'air qui lui sera le plus utile sera lair froid, sec et sous forte pression ; c'est dans ces conditions que l'hémoglobine fixe le plus d'oxygène.
Les boissons alcooliques seront nuisibles si elles sont prises à doses un peu élevées.
L'alcool, en effet, agit sur les organismes vivants en ralentissant la régression des glucoses ; c'est ainsi qu'il abaisse la température.
Or, les glucoses en régressant en présence de l'oxygène produisent de l'acide formique, défense naturelle des organismes vivants.
L'alcool amoindrira cette défense.
Enfin notre malade, qui est peu atteint, pourra faire de l'exercice, de la marche, un travail modéré quelconque. Mais il ne faut pas oublier que l'effort musculaire consomme beaucoup de glucoses et d'oxygène et que ce sont ces mêmes substances qui nous défendent.
Donc, si nous les épuisions dans le torrent circulatoire de notre malade par un travail excessif, il ne les aurait plus pour se guérir. Conséquemment, travail modéré en rapport avec rétendue de la lésion.
Nous allons ainsi traiter ce malade pendant dix ou douze jours, et lorsque nous verrons le mouvement ascensionnel se dessiner franchement, nous diminuerons la dose de Nectol C, ne donnant que 4 gouttes chaque fois. On ne gagne rien à vouloir marcher très vite, mais on perd souvent beaucoup.
Continuons le même traitement pendant trois semaines. Arrêtons une semaine et re-
commençons ensuite par période de deux semaines, avec arrêt de huit jours.
Le malade remonte peu à peu. Il se sent plus solide ; le travail, la marche ne le fatiguent plus.
Les bacilles ont disparu des crachats. Estce la guérison définitive? Pas encore. La disparition du bacille n'indique pas la disparition de la cause du mal.
Sous l'influence des décharges formiques les bacilles se sont transformés en spores, sorte de graines qui n'attendent qu'une occasion de se transformer en bacilles lorsque, le malade ne s'oxygénant plus, les décharges formiques ne se produiront pas. Le terrain redevient favorable à l'infection.
Si le malade au contraire continue le traitement malgré cette apparente guérison, il va reprendre peu à peu la densité de ses tissus et fixer la quantité d'hémoglobine nécessaire à r oxygénation permanente de sa masse.
Que vont alors devenir les spores?
Les spores sommeillent dans les espaces intercellulaires; or, ces espaces très étroits ne sont traversés que par les leucocytes.
Ceux-ci, plus gros que ces espaces ne sont
larges» entraînent et agglutinent tous les corps étrangers qu'y s'y trouvent; les spores sont donc entraînées mécaniquement par les leucocytes, que M. Metschnikoff appelle, dans ce cas, phagocytes.
Ces phagocytes eux-mêmes sont la substance avec laquelle la cellule s'alimente. En assimilant le phagocyte la cellule incorpore la spore incluse dans celui-ci, et c'est dans le liquide plastidien de la cellule qu'elle sera définitivement désagrégée.
C'est ainsi que l'organisme se désinfecte définitivement.
A ce moment le malade est complètement guéri.
Prenons un second cas : le même malade, à une période plus avancée. Le bacille a envahi le tiers supérieur d'un poumon, y a déterminé la production de tubercules. La respiration est légèrement soufflante ou au contraire très insuffisante.
Dans le premier cas les tubercules sont nombreux et en masse, dans le second cas ils sont disséminés, obturent les bronches
et empêchent ainsi l'arrivée de Tair dans l'alvéole, d'où silence. Le malade n'a pas ou très rarement de la fièvre.
Donnons le même traitement que précédemment, diminuons cependant la dose de Nectol C : au lieu de 6 gouttes donnons 4 gouttes chaque fois, et cela parce que le tuberculeux au deuxième degré est plus anémié que celui du premier degré.
Après quinze jours de traitement, quand le malade va être beaucoup mieux comme état général, un phénomène va se produire qu'il est important de connaître pour ne pas en être effrayé.
Dans toutes les parties où la respiration était soufQante ou insuffisante nous allons percevoir par l'auscultation des craquements secs, des râles sous-crépitants, enfin tous les bruits qui indiquent que l'air repénètre là où il n'arrivait plus. Nous ne nous alarmerons pas plus de ces bruits que nous ne nous effrayons des râles de retour de la pneumonie qui indiquent la fin de la maladie; les alvéoles redeviennent perméables.
Cette perméabilité est due à la résorption des tubercules par les leucocytes régénérés.
Et la preuve, c'est que le malade respire mieux et ne crache pas davantage ; donc ce n'est pas la fonte du tubercule.
Traitons ce malade exactement comme le précédent; donnons simplement des doses de Nectol légèrement plus faibles, 4 gouttes au lieu de 6 au début, 3 au lieu de 4 ensuite.
Les doses de fer et de phosphates sont maintenues.
Supposons, à présent, ce même malade atteint, dans la même étendue pulmonaire, de tuberculose au troisième degré, avec fonte disséminée des tubercules et expectoration abondante. Donnons le même traitement, en commençant par 3 gouttes chaque fois.
Que va-t-il se produire?
Après quarante-huit heures, l'expectoration devient plus facile et plus abondante, et souvent elle contient des stries de sang.
C'est la preuve de la congestion légère qui se produit autour des tubercules en voie de fonte et qui pousse à leur élimination. Après très peu de jours, les expectorations diminuent ; la nature des crachats se modifie : ils deviennent de moins en moins purulents, ils sont plus aérés; le changement n'échappe
pas au malade, qui est le premier à en faire l'observation. Cette augmentation des expectorations au début, avec accompagnement de stries sanguines, est la seule observation qui me paraisse intéressante à citer.
Le traitement sera continué comme pour le précédent.