‹ Maladies nerveuses des auteurs, rapportées à l'irritation de l'encéphale, des nerfs cérébro-rachidiens et splanchniques, avec ou sans inflammationChapitre 23 sur 51 · DE LA CATALEPSIE · texte numérisé non relu

DE LA CATALEPSIE

l’irritation cérébrale qui occasionne dans cette circonstance une accumulation de sang dans le cerveau , d’où résulte une tendance à l’assoupissement , la pesanteur du corps et les autres symptômes des maladies soporeuses.

Les causes occasionnelles de cette affection , qui a été jusqu’à présent peu observée , paraissent être les mêmes que toutes celles des irritations cérébrales; la pléthore, l’abus des liqueurs spiritueuses , les excès dans les travaux intellectuels, certaines nuances de gastro-entérites et de duodénites chroniques concourent à son développement. Elle peut également survenir à la suite des phlegmasies aiguës ou chroniques de l’encéphale , ou bien s’établir subitement avec tendance au sommeil , et pesanteur du corps. Pendant que le cataleptique est plongé dans l’assoupissement, il y a encore aptitude aux mouvemens , de telle manière , qu’en déplaçant un membre, il reste dans la position qu’on lui donne, sans que la volonté participe en rien à cette action musculaire. C’est ce dernier phénomène, qui caractérise la catalepsie. Le fait le plus curieux et le plus extraordinaire , est celui qui a été observé à l’hôpital de Montaigu. Un militaire y fut porté dans un état complet de catalepsie. Le malade étendu sur son

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lit éprouvait un mouvement perpétuel et convulsif des paupières : toutes les parties de son corps restaient fixes dans les positions où on les plaçait. Cet homme repoussait les alimens qu’on lui présentait, s’indignait contre les moyens de stimulations qu’on mettait en usage pour le tenir éveillé ; et, lorsqu’on le laissait tranquille , il tombait dans un assoupissement profond.

La congestion sanguine qui s’opère sans relâche dans la substance cérébrale et donne naissance à ces symptômes morbides, menace le cataleptique d’apoplexie toutes les fois qu’on ne peut pas le tirer de l’engourdissement dans lequel il est plongé.

A l’ouverture des cadavres, on trouve en général dans les affections soporeuses , un engorgement dans la substance cérébrale qui est tuméfiée ; on n’observe point de ramollissement , d’inducation , ni les traces d’une phlegmasie , à moins qu’il n’y ait eu en meme temps complication;

On recommande les saignées générales et locales dans le commencement, lorsque l’état soporeux est très-profond; il faut se hâter d’agir, car l’hémorragie cérébrale est imminente ; ensuite de stimuler la peau , à l’aide des bains de pieds fortement sinapisés , de la flagellation ,

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de l’urtication , de l’acupuncture : ce sont les seuls moyens susceptibles de diminuer la stimulation morbide du système nerveux cérébral.

De la Névropathie.

Toutes les maladies dont nous devons esquisser l’histoire , dans cette seconde partie, ne sont point le simple produit d’une modification du système sensitif, mais d’une irritation vasculo-nerveusc , qui s’élève souvent jusqu’à l’inflammation. Cependant il existe un état particulier du cerveau sans phénomènes inflammatoires, dans lequel cet organe produit , à l’occasion des impressions qui lui sont transmises , des sensations , des mouvemens extraordinaires, exagérés, nullement en rapport avec la force de ces impressions; de sorte que telle stimulation qui semble devoir ébranler à peine le centre de perception dans l’état physiologique, occasionne néanmoins des sensations et des mouvemens analogues à ceux que pourrait développer une inflammation viscérale , ou une passion très-exaltée : ces phénomènes tiennent à la manière dont le cerveau perçoit les impressions que lui transmettent le? sens , ou que les viscères lui envoient, et à la

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nière dont il réagit sur elles. Cette organisation cérébrale s’allie avec tous les tempéramens , mais elle s’associe plus fréquemment à la constitution nerveuse , et dépend alors d’une organisation primitive défectueuse : elle se développe également pendant le cours de la vie , par l’effet des irritations viscérales prolongées ; la gastroentérite chronique , après avoir stimulé le cerveau pendant des années , le rend impressionnable au point de centupler la vivacité des impressions et des réactions , et il en est de même de l’irritation et de l’inflammation des autres viscères , dont l’action sympathique agit puissamment sur le centre nerveux. Le cerveau lui-même contracte souvent, sous l’influence des excitations extérieures , un degré d’irritabilité qui constitue l’état névropathique ; les impressions sont reçues et renvoyées avec une telle rapidité , que le malade ne peut pas fixer son attention , puisque cette opération suppose de la part de l’intellect la puissance de retenir les mouvemens communiqués, sans réaction trop prompte. Aussi, la versatilité des opinions, l’instabilité des idées, la faiblesse de la volonté, forment-elles les principaux caractères de la névropathie.

Cet état particulier est donc l’effet d’une mauvaise organisation primitive du système sen-

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sitif, des excitations morales très-fortes, des irritations prolongées avec opiniâtreté sur un organe sensible, qui réagissent sur le cerveau, et produisent l’état névropathique avec ou sans phlcgmasie.

Avant le développement complet de la maladie, on observe d’abord les symptômes qui appartiennent aux diverses lésions des organes irrités ou enflammés ; mais bientôt le système sensitif acquiert un perfectionnement vicieux de l’habitude de sentir et de réagir, et l’encéphale partage cette perversion des nerfs sentans. C’est alors que se dessinent les phénomènes caractéristiques de la névropathie. Les malades commencent à faire une attention particulière à toutes leurs sensations, leurs perceptions deviennent exagérées , leurs mouvemens , convulsifs, les organes les plus importans, les principaux foyers viscéreux , l’estomac , le cœur , les poumons , fixent particulièrement leur attention : ils y perçoivent toujours des mouvemens extraordinaires ; ils se trouvent être affectés de toutes les maladies dont on leur parle , et il y a des névropathiques chez lesquels le mouvement est plus exagéré que la sensation , et vice versa ; d’autres éprouvent des hallucinations : ils entendent des bruits insolites, tels que le vent , la pluie, le

tonnerre ; ils éprouvent des sensations qui leur parcourent le corps en différens sens : ce ne sont pas cependant des maniaques , car ils soutiennent fort bien le raisonnement ; leur imam-

nation est seulement exaltée. Il suffit qu’une cause qui a produit autrefois une sensation, mette le cerveau dans une position à croire que la chose existe , pour que le névropathique sente de nouveau , et parfaitement , la sensation qu’il avait jadis éprouvée , et que le cerveau excité , éprouve alors le meme mode de souffrance. Il y a toujours un contraste frappant entre le tableau qu’ils font de leurs douleurs , et l’état de leurs organes. Les névropathiques , par légère irritation des voies digestives , prétendent ne plus pouvoir digérer; à les en croire , ils éprouvent des symptômes effrayans aussitôt qu’ils ont introduit quelques alimens dans l’estomac , et ils assurent, de bonne foi, qu’ils maigrissent, et qu’ils tombent dans le marasme. Ceux dont l’excitabilité du cœur est exaltée, se plaignent d’étouffemens , de palpitations : ils craignent de respirer , de parler ; ou s’ils ont étudié quelques livres de médecine, ils assurent être affectés de toutes les maladies dont ils ont lu l’histoire. En général, les névropathiques ont une manière de s’exprimer toute particulière , lorsqu’ils veulent rendre compte

de leur souffrance : ils y mettent une exagération caractéristique de la maladie , et s’attachent aux plus légers phénomènes , qu’ils grandissent au gré de leur imagination , pour en faire des symptômes mortels. Un malade écrit à M. Louye r Villermay : « Mon corps est un foyer ardent, » mes nerfs des charbons embrasés, mon sang » de l’huile bouillante ; tout sommeil est anéanti : » venez m’apporter quelques secours s’il est » possible : je souffre le martyre. »

Lorsque des causes morales ont exalté directement la sensibilité du cerveau , la stimulation nerveuse est ordinairement dans le sens convulsif; et si ces causes ont agi sur plusieurs individus , les convulsions deviennent épidémiques. Les convulsionnaires de St.-Médard étaient des névropathiques , ils sont devenus convulsionnaires par un effet de leur imagination , et par une excitation cérébrale plus ou moins rapprochée du mode inflammatoire. L’excitation purement nerveuse du cerveau s’élève , par degrés , à l’état d’inflammation ; et alors , les névropathiques deviennent maniaques , ou périssent d’apoplexie. Si on veut consulter la vie des grands hommes qui ont présenté des modèles de mélancolie , on voit presque constamment ce résultat. Pascal , frappé d’une terreur subite ,

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voit , jusqu’à la fin de sa vie , un abîme sans cesse ouvert à ses côtés; Gilbert , malheureux, persécuté, tombe dans la mélancolie la plus prononcée, et bientôt dans une démence complète; J .-J. Rousseau, ce grand homme, cet homme de bien, dont la mémoire, outragée par la prévention, la sottise ou l’ignorance, sera toujours chère à ceux qui savent sentir , présente , dès sa jeunesse , une excessive sensibilité ; pendant son adolescence, il est tourmenté de bourdonnemens d’oreilles continuels , d7une légère irritation au cœur ; il lit des livres de médecine , se croit anévrismatique , et fait, tout exprès, le voyage de Montpellier pour consulter les médecins : il revient aussi malade qu’il était parti , faisant au monde un éternel adieu; mais bientôt il se lance dans la carrière des lettres : encouragé d’abord , il se trouve en butte tout- à-coup aux intrigues de la plupart des littérateurs de cette époque. Trompé dans ses affections, affligé de sa misère , revenu de ses illusions , l’irritabilité du cerveau augmente graduellement , et au point qu’il éprouve des accès de la mélancolie la plus noire , pendant lesquels sa plume éloquente exagère, dans ses rêveries , les torts de ses ennemis. « Mes persécuteurs , dit-il, se sont tel— » lement pressés de porter à son comble la me-

DE LÀ ÏSTE V KÜPÀTHIE.

» sure de ma misère, que toute la puissance » humaine , aidée de toutes les ruses de l’enfer , » n’v saurait plus rien ajouter : la douleur phy- » sique elle-même, au lieu d’augmenter mes » peines, y ferait diversion. En m’arrachant )> des cris, peut-être elle m’épargnerait des gé~ » missemens , et les déchiremens de mon corps » suspendraient ceux de mon cœur. » Cet excès d’irritabilité alla toujours en croissant jusqu’à la fin de sa vie , à laquelle l’apoplexie mit un terme.

Toutes les personnes affectées d’irritation , d’inflammation viscérales ne sont pas atteintes de névropathie, parce quele cerveau n’est pas disposé constamment à contracter cette vicieuse irritabilité. Cependant la névropathie est produite chez la plupart des malades , quelque soit leur tempérament, lorsque les irritations se prolongent indéfiniment, stimulent sans cesse et sans relâche le cerveau et dénaturent ses fonctions; à force d’être irrités, les organes eux- mêmes s’enflamment et se désorganisent. L’inflammation joue donc un grand rôle dans cette affection ; c’est elle qu’il faut combattre ou prévenir, puisqu’elle précède , accompagne ou suit la névrose et la névropathie.

Si les travaux intellectuelles , si les affections

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morales développent primitivement cette excitation nerveuse du cerveau , les irritations des autres viscères , qui agissent symptomatiquement sur cet organe, y donnent donc également naissance. On lui a donné ie nom d 'hypocondrie , lorsque le siège primitif, la cause occasionnelle existe dans les hypocondres, dans les viscères digestifs (i). M. JLouyer T^illermay est 1e méde-

(i) Le Dictionnaire abrégé des sciences médicales , qui doit ioute la réputation dont il jouit à l’exposition des principes de la doctrine physiologique que M. Broussais a fait connaître, coni ent , contre ce professeur, des imputations fausses et mensongères, d’autant plus choquantes, qu’on en ignore l’auteur. C’est ainsi qu’à l’article Hypocondrie , on est étonné de lire : « Broussais , qui ne voit dans V hypocondrie qu’une gastrite chronique, lançant des irradiations tumultueuses et -pénibles sur le cerceau , etc . . . » Le rédacteur a fait parler M. Broussais , pour avoir le plaisir de le combattre , ou bien il n’a pas suivi ses cours ; alors il devait se taire. M. Broussais a dit et a écrit : « Nous établissons que la prédisposition à la névropathie ne réside pas dans les viscères dont les érections vitales plus ou moins inflammatoires ont coutume de la produire ; car la gastrite d’un hypocondriaque ne diffère pas plus de celle d’un homme ordinaire , que la metrite d’ une femme hystérique ne diffère de celle d’une femme qui ne V est pas ; mais qu elle consiste dans la manière d’être de V encéphale, » L’anonyme ajoute plus loin : « Il est dans l'usage (Broussais) de n’emprunter à ses contemporains que ce dont il espère faire sa propriété exclusive ; ainsi, en bld-

cin qui a le mieux décrit les symptômes de cette affection ; mais il a cru voir une atonie des viscères digestifs coïncider avec une irritation nerveuse,dontil ne détermine pas clairementle siège. A l’époque où cet habile observateur a écrit sur l’hypocondrie , la gastro-entérite chronique n’était pas connue. Les symptômes qu’il a rapportés à l’atonie des viscères de la digestion sont maintenant considérés et reconnus comme signes de l’irritation gastro-intestinale ; aussi les phénomènes qui caractérisent le premier degré de l’hy-

mani Vïllermay d’avoir cru à l’atonie de l’estomac dans V hypocondrie, il ne lui sait aucun gré d’avoir connu toute l’ influence que joue ce viscère dans cette maladie • » Emprunter des idées à ses contemporains pour en faire sa propriété , est le fait d’un malhonnête homme, et personne, jusqu’à présent, n’ avait fait ce genre de reproche à l’auteur des doctrines médicales. Nous savions bien que de jeunes médecins, naguère ses élèves , ont voulu s’emparer des principales idées du fondateur de la doctrine , à l’aide du mensonge et de la fraude , profitant de ce que leur maître n’avait point eu encore le temps de les rédiger et de les répandre dans le monde médical; mais nous ignorions que M. Broussais fût le pillard. Qui ne s’aperçoit d’ailleurs que M. Louyer Villermay a vu un état de faiblesse et d’atonie là où M. Broussais a vu irritation morbide ? Qu’ont de commun ces deux idées ? Ne sont-elles pas entièrement opposées ! mais quand on ne recule pas devant une calomnie , on ne recule pas devant une absurdité.

pocondrie décrite par M. Louyer V ülcrmay indiquent suffisamment l’irritation des voies digestives dans une nuance plus ou moins chronique , qui , stimulant l’encéphale , développe bientôt des désordres cérébraux, On ne peut nier que l’hypocondrie ne soit consécutive à l’irritation des voies gastriques, lorsque les symptômes de cette irritation ont précédé l’excitation cérébrale ; mais, suivant M. Gcorgct, les spasmes, les excitations des sens , le trouble des idées, etc., etc., dénotent une irritation primitive de l’encéphale. Cet auteur a peut-être raison ; il s’agit de s’entendre : la névropathie ou cérébropathie peut effectivement se développer sans avoir été précédée de l’irritation des viscères sus ou sousdiaphragmatiques ; c’est alors le résultat de l’organisation du cerveau primitive ou modifiée. La sensibilité est mise en action dans ce cas d’une manière extraordinaire , à l’occasion de l’exercice des sens, et si les autres viscères s’irritent , c’est secondairement, mais la névropathie n’en est pa3 moins la suite ordinaire des irritations organiques prolongées chez les personnes dont le cerveau est disposé a s’irriter ; et , pour s’en convaincre , il faut observer l’influence du traitement dirigé sur les organes souffrans , et oiw vrir les cadavres.

DE LA. NEVROPATHIE,

Il est a remarquer que les organes qui , dans Fétat physiologique , réagissent fortement sur le cerveau , sont ceux qui , dans Fétat morbide , développent le plus facilement Fétat névropathique ; tandis que les viscères dont Faction physiologique sur le cerveau est peu active , n’influencent pas assez vivement cet organe lorsqu’ils sont atteints d’une érection vitale morbide , pour exciter sa sensibilité , pour exalter et dénaturer ses fonctions. C’est pour cette raison sans doute que presque tous les individus qui succombent à la gastro-entérite chronique deviennent névropathiques avant que la désorganisation ne soit consommée. Nous disons presque tous , parce qu’il est des personnes chez lesquelles le siège de la sensibilité est si difficile à

émouvoir, que des érections vitales morbides se développent difficilement sur d’autres organes par défaut de sympathies. C’est aussi pour cette raison que la grande majorité des malades qui succombent aux phlegmasies chroniques du poumon , à la phthisie-pulmonaire , ne deviennent point névropathiques; la désorganisation marche avec rapidité, et cependant l’espérance les soutient et la mort les surprend au milieu des rêves et de la séduisante illusion d’une guérison prochaine.

L’inflammation des viscères est donc la cause

DE LA NEVROPATHIE.

la plus ordinaire du développement de la névropathie; elle peut néanmoins exister sans phlegmasie , mais les viscères finissent toujours par s’enflammer , et c’est par inflammation que les névropathiques périssent : alors il se manifeste progressivement des symptômes de lésions dans les organes de la digestion , de la circulation , dans l’encéphale , et la névropathie augmente au point que les malades qui supportaient avec difficulté des maux imaginaires, ou, pour le moins, exagérés, ne peuvent plus endurer des maux réels : ils se suicident , ou expirent dans la consomption ou l’hydropisie. A l’ouverture des cadavres , on trouve seulement les traces des désorganisations que les phlegmasies chroniques ont développées.

Puisque la névropathie est le plus souvent entretenue par des foyers d’irritation, c’est sur l’organe irrité qu’il faut agir, sans d’ailleurs tenir compte des rapports exagérés que font tous les névropathiques sur les douleurs qu’ils éprouvent. Vient ensuite le traitement de la mobilité nerveuse et du vice de l’innervation; mais c’est ici que gît la difficulté : tous ces malades se tiennent en garde contre les prescriptions des médecins, et sont toujours disposés à rejeter leurs conseils; si on prescrit l’exercice, ils dépeignent

leur fatigue de la manière la plus vive, pour s’exempter de se livrer à la marche , et cependant, les principaux moyens curatifs résident dans les différens exercices qui constituent la gymnastique médicinale , tels que les promenades, la lutte, la danse, l’équitation, etc. On conseille de procurer des distractions , sans qu’ils puissent s’apercevoir de l’intention ni connaître le but du médecin; on recommande les adoucissans, les émolliens, les anti-spasmodiques administrés suivant l’état des viscères, et lorsque les irritations organiques sont éteintes , les bons alimens , les gelées de viande , les vins légers et les bains froids, pour favoriser le développement des forces, diminuer la susceptibilité générale et la prédominance de l’irritabilité et de la sensibilité. Malheureusement, la plupart des névropathiques, victimes de leur imagination, se forment des systèmes de médecine : ils se médicamentent eux-mèmes , ils se tuent ou se font tuer par les charlatans qui les stimulent sans relâche; ils recherchent, dans les conversations avec les médecins , dans les livres de médecine, les remèdes nécessaires à des maladies dont ils ne sont souvent pas atteints; ils s’administrent les amers, les toniques , les purgatifs, et s’excitent de plus, en abusant des liqueurs et des

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vins généreux. Craignant de tomber dans la faiblesse et le marasme, ils augmentent leurs maux, ils développent ou fomentent les irritations chroniques, et préparent ainsi de profondes altérations dans les organes. Cependant, lorsque le médecin parvient à obtenir un grand ascendant sur l’esprit du malade, et à jouir de toute sa confiance, cet excès de sensibilité et de mobilité peut encore se dissiper, et le malade guérir, à moins qu’une

irritation intérieure invétérée n’ait déjà occasionné une désorganisation toujours mortelle.

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B es Aliénations mentales .

Les médecins manigraphes se sont efforcés de fonder les différentes aliénations mentales sur les diverses formes que le délire des fous peut revêtir; mais comme ces formes ne fournissent pas constamment les principales indications curatives, cette classification n’est pas physiologique. La manie est le produit de l’irritation du cerveau, qu’elle soit d’ailleurs avec ou sans délire ; qu’il y ait monomanie, démence, folie stupide, idiotisme, c’est toujours l’irritation qui entretient ces désordres dans les facultés mentales, c’est elle qui développe, en se proion-

.-cant, rinflammation du cerveau ou de ses membranes.

La prédisposition à îa folie dépend d’une extrême irritabilité de l’encéphale et de la faiblesse du jugement; les causes occasionnelles qui peuvent y donner naissance , sont toutes celles qui agissent directement sur le cerveau : tels sont les émotions vives, les passions, les chagrins profonds, la joie, etc.; et celles qui agissent sympathiquement , sont les inflammations des viscères, principalement des organes de la digestion et de la génération. La suite des couches donne fréquemment naissance à la folie, lorsque, par une cause quelconque , l’érection vitale de la matrice se dissipant tout-à-coup avec suppression brusque de l’écoulement des lochies, le cerveau devient le point vers lequel convergent les in ouve me n s irritatifs.

La disposition à la folie est héréditaire : l’âge adulte y dispose ; elle est rare dans l’enfance , parce que, à cette époque de la vie, le cerveau est moins facilement ébranlé. Les femmes y sont plus exposées que les hommes, par leur organisation cérébrale ; chez elles, les parties latérales et postérieures du cerveau, qui, suivant les cranologues , président aux facultés instinctives, l’emportent de beaucoup sur îa partie

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antérieure des hémisphères destinés aux facultés intellectuelles; leur cerveau jouit, en outre, d’une extrême irritabilité. Ces causes réunies, qui font prédominer l’instinct sur l’intelligence, et l’imagination sur le jugement, deviennent la source des nombreuses aliénations mentales observées sur les personnes du sexe.

Le développement de la manie est précédé d’une irritation primitive du cerveau ou des symptômes de la phîegmasie des organes sousdiaphragmatiques. Ces deux points d’irritation se développent quelquefois en meme temps; on observe chez les fous de la céphalalgie , des douleurs de tête plus ou moins violentes, accompagnées de pulsations considérables ; les idées se troublent, deviennent confuses, puis le délire se manifeste; chez d’autres, les prodoxxies proviennent de l’irritation des viscères inférieurs auxquels succèdent une ardeur , une chaleur très-vive dans la tête , et de fortes palpitations du cœur; le délire se manifeste, d’abord fugace , il devient bientôt permanent , la folie est alors déclarée; dans cet état, les impressions perçues sont justes, mais les conclusions que les malades en tirent, sont erronées, leur mémoire est dépravée; ils raisonnent faussement sur les idées que leur donnent leurs souvenirs; ils éprouvent

aussi des inspirations intérieures , et croient voir des objets qui n’existent réellement pas. Les fous ont presque tous une idée prédominante , et hors la période des accès , ils délirent seulement sur un seul point; quelques-uns sont frappés d’une telle stupidité , qu’ils restent dans une inaction complète ; mais alors, au délire se joignent des phénomènes d’irritation organique. Les viscères sont ordinairement affectés dans toutes les nuances de folie; les malades éprouvent de la soif, des spasmes, de la chaleur, des douleurs; la langue est rouge, pointue, lancéolée, etc. Pendant les accès, dans le plus haut degré de l’irritation cérébrale , la colère se développe , et est poussée jusqu’à la fureur ; le cœur est agité , et la chaleur de la peau est tellement augmentée , que les fous se dépouillent de leurs vêtemeiîs , s’exposent au froid le plus violent, sans qu’ils paraissent en être offensés. Pendant la durée de cette excitation du cœur et du développement de la chaleur animale, on observe également dans les deux sexes une excitation très-vive des organes sexuels; lorsque ces malheureux ne sont plus dans la période de fureur, alors les phénomènes organiques diminuent d’intensité ; l’état d’agitation persévère plusieurs semaines , quelquefois deux ou trois

mois ; il peut se déterminer par une crise , une hémorragie abondante , ou par une impulsion morale très-intense, lorsque l’irritabilité du cerveau n’est encore qu’exaltée et dépravée ; d’autres fois, l’irritation du cerveau s’élève pendant l’accès jusqu’à la phlegmasie. La folie , à moins qu’elle ne soit enlevée par une crise, dure plusieurs mois et plusieurs années , et quand elle a cédé aux moyens thérapeutiques, il suffit d’une impulsion quelconque pour occasionner une rechute. Les folies aiguës ou chroniques sont , en dernière analyse, le résultat d’une irritation morbide du cerveau, qui altère, déprave plus ou moins profondément la faculté de juger.

Puisque les aliénations mentales sont toutes le produit d’une érection vitale morbide du cerveau , on conçoit qu’elles puissent , en s’exaspérant, se transformer en phlegmasie ; aussi, parmi les fous , les uns deviennent épileptiques , ou sont frappés de cécité , de surdité , de paralysie ; beaucoup d’autres succombent à l’apoplexie. La gravité de ces affections doit donc dépendre de l’intensité , du degré de l’irritation encéphalique ou des organes qui réagissent sur le cerveau , de la puissance des causes morales , de la prédisposition acquise ou innée , de la conformation extérieure du crâne. Le pronostic doit

être basé sur la détérioration plus ou moins grande des facultés intellectuelles, et sur l’état des viscères abdominaux ; car, lorsque les aliénations mentales s’accompagnent d’une altération profonde , de la nutrition , ou d’une lésion organique de l’encéphale , elles sont alors incurables.

La folie ne laisse pas après la mort des traces spéciales dans le cerveau, puisque tous les désordres sont dans cette maladie, comme dans toute autre affection encéphalique , le produit de l’irritation et de l’inflammation; on trouve des altérations morbides d’autant plus profondes, que les symptômes ont été plus intenses ; les désordres se bornent quelquefois à une injection plus ou moins forte des membranes et de la substance cérébrale , qui d’ailleurs sont souvent en suppuration; on observe des ramollissemens , des indurations ou des épanchemens , comme dans toutes les affections encéphaliques. Lorsque la folie a persisté dans l’état chronique, un des hémisphères cérébraux, celui qui a été attaqué le plus vivement , est ordinairement moins volumineux que l’autre.

Pendant les prodomes de la folie , le traitement doit être anti - phlogistique. Il faut d’abord écarter toutes les causes qui irritent Je

cerveau , et lorsque le délire est survenu , le meme traitement convient encore. Les applications de sangsues à la tète, aux tempes, sur le trajet des veines jugulaires, précédées d’une saignée poussée jusqu’à la défaillance, dissipent quelquefois la folie commençante. Aux émissions sanguines doivent succéder l’application de la glace sur la tète , les bains de pieds très-stimuîans , les lavemens d’eau froide acidulés avec le vinaigre. Il est également nécessaire de rappeler les irritations extérieures lorsque la maladie est due à leur suppression ; mais quand la folie ne paraît pas céder à ce traitement, il faut alors attendre, et se tenir dans une expectation prudente, en se mettant en garde contre les accidens qui pourraient survenir. Le régime doit être blanc , végétal , lacté ; les malades doivent être soustraits à l’action d’une trop vive lumière ; l’obscurité leur convient : les impressions vives doivent être soigneusement écartées , et les soins donnés avec bonté ; la douceur des personnes qui les approchent est aussi utile et nécessaire que le traitement qu’on leur fait suivre ; car il faut opérer sur eux une espèce de sédation tout à la fois morale et physique. Cependant , quand ils sont agités , qu’ils menacent , qu’ils entrent en fureur, on leur met le gilet de

l6ü DES ALIÉNATIONS MENTALES.'

force : cette punition suffit quelquefois pour les hm milier, et apaiser la violence de leurs mouvemens. Les fous ont en effetune lueur de raison qui leur permet de distinguer le juste de l’injuste; mais si on les tourmente inutilement , et qu’on use envers eux de rigueurs qu’ils n’ont pas méritées , leur malheureuse position s’aggrave , et ils ne respectent plus ceux qui sont chargés de les gouverner.

On conseille de revenir ensuite aux saignées,’ à l’application du froid, aux boissons réfrigérantes : lorsque les fous sont dans un état de calme, et qu’ils n’ont plus qu’un délire partiel , on les tient toujours à un régime blanc , à un traitement adoucissant , jusqu’à ce que l’asthénie se prononce. On doit pratiquer en meme temps la révulsion au moyen du moxas , des sétons , etc., soit pour rappeler des évacuations ou des irritations supprimées , soit pour déplacer l’irritation cérébrale. Les purgatifs doivent être rarement mis en usage , parce qu’ils irritent encore sympathiquement le cerveau. L’ellébore jouissait naguères d’une réputation particulière ; mais ce n’est qu’un purgatif drastique qui , dans beaucoup de folies, pourrait être fort nuisible. Lorsque la période d’acuité est passée , on joint aux moyens indiqués ceux qui conviennent à

de l’apoplexie:

Fétat morbide des autres organes, de l’estomac, des intestins , des poumons. Quand l’aliénation mentale est la suite d’une irritation idiopathique de l’encéphale , on conseille également d’avoir recours à la gymnastique , d’imposer des travaux qui ne fatiguent pas, de procurer des conversations agréables , en ayant le soin d’écarter tout ce qui peut rappeler les accès , et en tenant éloignées les personnes dont la présence pourrait occasionner des mouvemens de joie , de tristesse, de plaisir ou de douleur. Enfin, lorsque la maladie est absolument incurable , on se borne à un traitement palliatif , et à la répression.

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De V Apoplexie,

L’apoplexie est une lésion de l’encéphale , caractérisée par la cessation plus ou moins complète des mouvemens volontaires, de l’exercice des sens , des fonctions de l’intellect , par la diminution ou la perte de la sensibilité , unis à un état soporeux. Elle est primitive ou secondaire : primitive , lorsqu’elle se déclare sans avoir été précédée d’aucune inflammation du cerveau ; secondaire , lorsqu’elle succède à ces inflamma-

DE L’APOPLEXIE

lions. Les symptômes caractéristiques de l’apoplexie , qui établissent une différence entre elle et les autres irritations encéphaliques, sont la paralysie, et l’état soporeux très-profond. La plupart des irritations cérébrales dont nous venons de nous occuper , déterminent l’apoplexie lorsqu’elles se prolongent ; elle en est , pour ainsi dire , l’agonie. Cette affection n’est donc pas une névrose des fonctions cérébrales, mais bien le produit d’une irritation vasculo-nerveuse du centre sensitif : les causes occasionnelles et productrices sont toutes celles des irritations. En général , les vieillards y sont plus exposés que les adultes: le grand froid, en occasionnant le spasme de la peau , et le refoulement du sang dans les viscères , ainsi que les grandes chaleurs qui stimulent et engorgent le cerveau , déterminent facilement l’apoplexie. Les affections morales très-vives, l’abus dans les plaisirs de l’amour , les gastrites , les duodénites , les irritations cérébrales, peuvent facilement la développer, lorsque, d’ailleurs, la constitution dite apoplectique y prédispose.

Les malades sont frappés subitement , foudroyés , ou bien ils éprouvent quelques légers symptômes précurseurs. Entre ces deux extrêmes, il existe des états intermédiaires , subor-

de l’apoplexie. l63

donnés à l’irritation et à la lésion plus ou moins profonde de l’encéphale , qu’on peut rapporter î°. au coup de sang, 2°. à l’état comateux ou léthargique , 3°. à l’apoplexie ; les prodomes sont les suivans : céphalalgie plus ou moins forte , pesanteur , sensation de coups dans la tête , vertiges, étourdissemens , somnolence, absence de mémoire, affaiblissement passager de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût, embarras dans la langue, fourmillement dans les membres, engourdissement, pesanteur, etc. Quand l’apoplexie est subite , les malades tombent de suite dans un état soporeux; la langue est plus ou moins paralysée , sa pointe se dirige à droite ou à gauche; l’excitabilité des organes des sens, des facultés intellectuelles et affectives est diminuée ou abolie ; la respiration est haute , difficile, stertoreuse. Quand l’apoplexie est primitive, le pouls est large, plein , lent et dur; les yeux sont saillans, immobiles; la pupille est généralement dilatée du côté paralysé ; la face est pâle, humide, ou rouge vultueuse; le front est chaud ou glacé ; le malade balbutie , prononce des mots mal articulés : plus tard , l’aphonie devient complète ; la poitrine s’engoue de mucosité , et l’air, en y pénétrant, fait entendre un râle qui, à chaque moment, devient

DE L’APOPLEXIE

plus marque ; une salive écumeuse et des mucosités visqueuses que chasse l’air , sortent de la bouche et se répandent sur les lèvres. La déglutition est difficile ou impossible. Un des côtés du corps est frappé de paralysie , et quelquefois le côté opposé est agité de mouvemens convulsifs; la respiration devient pénible et laborieuse: la poitrine se dilate avec peine, parce que, malgré les stimulations instinctives qui parviennent au cerveau, celui-ci, comprimé, n’agit plus sur les nerfs de la vie de relation , et n’envoie plus l’innervation nécessaire aux mouvemens des muscles pectoraux : le malade est souvent plongé dans une immobilité complète , ou il éprouve partiellement des mouvemens convulsifs : d’autres fois il s’agite , se débat , et semble être tourmenté d’un très-vif besoin de respirer; enfin, arrivé au terme de son existence, il reste immobile , sa figure se couvre du masque de la mort, et il périt asphyxié. D’autres fois l’apoplexie est foudroyante : l’homme tombe, on le relève : il n’existe plus.

L’apoplexie ne tend pas à se résoudre d’ellemême ; elle est constamment mortelle , quand elle est abandonnée aux seules forces de la nature; lorsqu’on a mis promptement en œuvre les moyens perturbateurs les plus énergiques , la

DE L’APOPLEXIE

vie des malades peut être sauvée ; mais la commotion cérébrale et l'hémorragie consécutive ont souvent laissé des désordres qui disparaissent avec beaucoup de lenteur. La paralysie du membre inférieur se dissipe la première ; la mobilité du bras se rétablit avec plus de difficulté ; les facultés intellectuelles restent quelquefois tres-affaiblies , et les malades sont exposés à des rechutes. Le pronostic doit être basé sur les antécédens , sur la violence des symptômes morbides et sur l’âge. Mais en général, les apoplexies secondaires, que déterminent les irritations prolongées de l’encéphale , sont presque constamment mortelles.

À l’ouverture des cadavres , on trouve , lorsque l’apoplexie a terminé, l’épilepsie, la folie ou l’idiotisme , les traces des désordres dépendant de l’ancienne irritation et de la nouvelle. Les anciennes phlegmasies sont reconnaissables au ramollissement, à l’endurcissement, à l’atrophie d’une partie du cerveau , ainsi qu’à la production de tubercules ; les nouvelles se distinguent à l’épanchement de sang et au surcroît d’engorgement sanguin. Quand l’apoplexie est survenue primitivement , on rencontre un épanchement à la surface , à la base ou dans les ventricules du cerveau: si V épanchement s’est ef-

ï66 de l’apoplexie.

fectué à la base , la mort a été très-prompte ; à la surface, il y a eu seulement coup de sang „ Lorsque les radiations des corps striés et des couches optiques ont été comprimées ou désorganisées, il y a eu hémiplégie complète; quand il a existé à la fois paralysie et convulsions , on Trouve une désorganisation répondant à la paralysie et une congestion en rapport avec les convulsions. Les traces des anciennes apoplexies se distinguent également des nouvelles. On trouve pour les premières des espèces de kistes qui contiennent du sang ; et pour les secondes, des épanchemens sans kiste. Enfin on reconnaît un épanchement de plusieurs années à une cicatrice qui remplace le kiste , revenu sur lui-même par l’absorption du liquide.

Gomme l’ouverture des cadavres n’a pas toujours démontré de lésion appréciable dans l’encéphale, on a cru pouvoir donner à ce mode d’irritation de la substance cérébrale le nom d’apoplexie nerveuse , de névrose cérébrale apo » plecll forme: la nature de l’affection est cependant toujours la même. L’apoplexie a été produite , dans tous les cas , par un raptus de sang vers la tête , dont l’effet a été subit , passager et mortel. Nos sens , il est vrai , n’ont pu saisir la nature des désordres, parce que les fluides,

DE l’ APOPLEXIE. 167

ne sont pas sortis de leurs vaisseaux , et que l1 équilibré s’est rétabli de suite après l’extinction de la vie; mais c’est toujours l’irritation et l’abord violent du sang au cerveau, qui ont porté une atteinte subite , profonde et mortelle , quoiqu’inconnue dans son essence à l’irritabilité de la pulpe nerveuse encéphalique.

Pendant l’attaque , après avoir débarrassé le malade de ses vêtemens et l’avoir placé sur un lit , la tète soutenue verticalement , on doit pratiquer, le plus promptement possible , une saignée du pied ou de la veine jugulaire, et mieux encore de l’artère temporale ; Fétat de la face, des yeux , du pouls , doit indiquer la quantité de sang qui doit être tirée ; on conseille ensuite les affusions froides sur le front et les tempes, l’apposition souvent renouvelée de la glace dans une vessie sur le sommet de la tête, les bains de pieds irritans, l’application de sangsues à la racine du nez, aux narines, sur le trajet des veines jugulaires, et, d’après Morgagni, des ventouses scarifiées àlapartie postérieure du col, sur les os occipitaux. Les émissions sanguines sont les moyens les plus actifs et les plus appropriés qu’on puisse mettre en usage contre l’apoplexie ; si le malade était affecté en même temps d’une duodénite, il faudrait appliquer des sangsues à l’épigastre. Les

DE LA PARALYSIE

médecins physiologistes rejettent généralement l’emploi du tartre stibié dans le traitement de cette maladie ; ils ont remarqué que ce sel rougissait la langue , excitait la fréquence du pouls et annullait le bon résultat obtenu des émissions sanguines. Les émétiques ont eu principalement de la vogue, lorsqu’on prétendait distinguer l’apoplexie en sanguine et en séreuse; mais comme ce sont toujours des modes de l’irritation du cerveau, le même traitement leur est applicable : les lavemens purgatifs peuvent exciter une dérivation salutaire , et on conseille de les faire administrer au malade quand le gros intestin n’est pas enflammé. Lorsque la stupeur est dissipée , le traitement doit alors être dirigé contre l’épanchement et contre la paralysie consécutive,

VllVUiVVW

De la Paralysie.

La paralysie consiste dans la perte des mouvemens, et quelquefois de la sensibilité des parties qui en sont le siège ; elle dépend soit de la compression , de la désorganisation d’un ou de plusieurs points de l’encéphale , soit d’une altération profonde des nerfs eux-mêmes; les causes générales d’excitation du cerveau , qui d’abord

DE LA PARALYSIE. ï6()

déterminent des convulsions, altèrent bientôt la substance cérébrale , et aux mouvemens convulsifs succède la paralysie , c’est-à-dire la diminution marquée , ou l’abolition totale de la faculté de sentir et de réagir volontairement ; ainsi , les sensations ne peuvent plus être transmises au cerveau , et celui-ci ne peut plus commander les mouvemens, ou bien une de ces" facultés est anéantie, quoique l’autre persévère , de manière qu’il peut y avoir paralysie du mouvement, sans perte de sensibilité, et la sensibilité est quelquefois totalement éteinte , lorsque la motilité subsiste encore : ce dernier phénomène est beaucoup plus rare.

D’après des expériences de M. Magendie , il paraîtrait que les racines postérieures des nerfs rachidiens président à la sensibilité , et les antérieures aux mouvemens musculaires ; ces expériences prouvent , suivant M. Broussais, que les unes se rendent à la peau , les autres aux muscles, sans qu’on puisse en conclure que les nerfs du mouvement diffèrent de ceux du sentiment , puisque la nature se sert indistinctement, en mille endroits, des mêmes nerfs pour l’un et pour l’autre ; l’idée de deux fluides nerveux est donc hypothétique. M .Lallemand ne pense pas que les nerfs qui vont à la peau et aux muscles , soient

DE LA PARALYSIE

d’une nature differente ; il attribue la persistance de la sensibilité sur la motilité, au degré de l’affection cérébrale ; il fait observer que les mouveinens musculaires sont le produit d’un acte spontané du cerveau, tandis que l’impression qui lui est transmise , est indépendante de la volonté , et n’exige pas de la part de l’organe un acte spontané d’action. D’après ce professeur, la perte de la sensibilité accompagne la paralysie complète des mouvemens musculaires, lorsque l’altératiôn organique est très-considérable. Cette opinion paraît être en rapport avec la généralité des faits ; mais comment expliquer les pertes partielles de sensibilité de la peau , sans paralysie des muscles , et comment se fait-il qu’on n’ait pas toujours trouvé des altérations profondes dans la substance cérébrale ? il reste donc encore beaucoup à faire pour éclairer cette question. En général , la paralysie des mouvemens musculaires laisse subsister la faculté de sentir, et quand cette faculté s’anéantit, les symptômes cérébraux augmentent ordinairement d’intensité, la perte des mouvemens devient plus complète , plus profonde , et l’altération cérébrale fait des progrès; nous croyons devoir réunir ces deux variétés et les confondre sous le nom générique de paralysie.

DE LA PARALYSIE. 171

Cette maladie ou cette névrose passive peut affecter tous les muscles du domaine de la yie de relation qui reçoivent leurs nerfs du système cérébro-rachidien, tandis que les muscles viscéraux, animés par les nerfs ganglionnaires, sont à l’abri d’une perte de mouvemens complète; un des côtés du corps peut en être atteint, c’est l’hémiplégie ; la paraplégie affecte les extrémités abdominales , l’hémiplégie croisée occupe en même temps le bras, d’un côté, la cuisse, et la jambe de l’autre; la paralysie peut également être bornée au bras, à la jambe, à un faisceau musculaire et même à un seul muscle, comme on l’observe souvent pour le deltoïde. Dans tous les cas, la paralysie est complète ou incomplète, c’est-àdire que le malade peut encore se livrer à quelques mouvemens , ou bien qu’il y a impossibilité absolue d’agir et de sentir, alors les membres paraissent être privés de vie. Les douleurs vives des nerfs, les névralgies, déterminent souvent la perte des mouvemens musculaires qui succède à l’exaltation vitale morbide; alors les membres maigrissent, s’atrophient, s’infiltrent, sans d’ailleurs qu’on remarque de lésion dans les facultés affectives et intellectuelles. Les muscles sont quelquefois frappés de paralysie , sans qu’il se &oit développé antérieurement dans la substance

], y 2 BE LA PARALYSIE,

nerveuse et dans le cerveau, un état d’irritation manifeste. Quelle peut être la cause de cette névrose passive? dépend -elle de l’irritation, quoique le malade n’ait éprouvé ni douleurs ni convulsions? M, Broussais le pense, parce qu’il faut toujours l’intervention de ce phénomène pour produire la compression ou la désorganisation du cerveau , de la moelle ou d’un tronc nerveux; il dit qu’il n’y a que les paralysies par section ou par ligatures des nerfs qui fassent exception à cette loi , encore l’exception n’est qu’apparente; car, toujours d’après M. Broussais, l’instrument qui coupe ou qui serre le nerf, est un agent d’irritation , et si son effet était incomplet , il produirait des phénomènes de névroses actives des plus prononcés.

La paralysie dépend d’une altération de la substance cérébrale ou d’une lésion idiopathique d’un tronc nerveux; lorsque les facultés intellectuelles sont intactes , qu’il n’existe aucun symptôme d’irritation cérébro-rachidienne, il est évident que l’affection morbide est locale ; le diagnostic est encore plus certain, si la névrose passive a été précédée de douleurs et de convulsions. Il peut néanmoins y avoir de l’incertitude, quand une paralysie se développe toutà-coup dans quelques muscles ou dans un seul ,

DE LA PABALYSIE.

sans phénomènes d’irritation locale ou cérébrale.

Les causes les plus ordinaires de la paralysie sont l’état d’irritation de l’encéphale et de ses dépendances; Y hémiplégie qmeslldi plus fréquente de toutes , se développe quelquefois lentement , et alors elle est précédée de sentimens de picotemens, de fourmillemens dans les muscles, ou elle survient tout-à-coup à la suite d’une hémorragie cérébrale, et affecte le côté opposé à l’altération ou à l’épanchement; cette différence

entre le siège du mal et les phénomènes mor-

bides, tient à l’entrecroisement des nerfs, au moyen duquel les cordons nerveux de l’hémisphère gauche de l’encéphale se distribuent à droite , et vice versâ. L’engorgement des vaisseaux et la compression occasionnent une hémiplégie momentanée , qui cède promptement à une déplétion des vaisseaux sanguins; quand, au contraire, elle est précédée de symptômes de l’inflammation des membranes ou de la pulpe cérébrale , qu’il y a épanchement séreux , sanguin ou purulent dans un des hémisphères, elle est d’une guérison très-longue et très-difficile ; mais, lorsqu’elle se déclare lentement à la suite de violens maux de tête, de céphalalgie continuelle, de mouvemens spasmodiques, l’encé-

DE LA PARALYSIE

phalite chronique a produit une désorganisation quelconque , un ramollissement partiel , la production d’un tubercule, alors l’hémiplégie annonce un état fort grave du cerveau , une profonde altération de la substance cérébrale, contre lesquels les puissances de l’art viennent échouer. L’inflammation de l’arachnoïde ou du cerveau détermine souvent des mouvemens convulsifs , des symptômes de tétanos, des phénomènes spasmodiques avant, pendant ou après le développement de l’hémiplégie , suivant que l’hémorragie cérébrale est précédée, accompagnée ou suivie d’inflammation de l’hémisphère déjà malade , ou de celui qui n’a pas été encore atteint. L’hémiplégie affecte, en général, plus profondément le membre thoracique que le membre pelvien, et lorsque le malade est assez jeune pour que la résorption du fluide épanché puisse se faire , le rétablissement des mouvemens commence ordinairement par la jambe et la cuisse.

D’après les recherches des nouveaux expérimentateurs, on connaît mieux maintenant le siège des paralysies qui proviennent de l’altération encéphalique ; on croit que la lésion des corps striés et des fibres du lobule antérieur, détermine la paralysie de la jambe, que la lésion des couches optiques et des fibres du lobule pos-

DE LÀ PARALYSIE

teneur produit la paralysie du bras. Lorsque les recherches des anatomo-pathologistes auront confirmé , sanctionné les résultats qu’ont déjà obtenu MM. Foville, Pinel Grandi amp et Serres , on pourra apprécier au juste la partie du cerveau lésée non-seulement dans l’hémiplégie , mais dans la paraplégie , dans les paralysies croisées, et meme dans celle de quelques faisceaux musculaires.

La paraplégie se développe ordinairement à la suite des lésions extérieures sur le rachis , et de toutes les causes qui provoquent une irritation et une altération de la moelle épinière. Les extrémités paralysées maigrissent , s’atrophient, et le malade ressent dans la partie de la moelle épinière qui est affectée, des douleurs plus ou moins vives; on n’observe d’ailleurs aucun symptôme d’irritation cérébrale, et les facultés intellectuelles sont intactes. Lorsque la paraplégie dépend de l’irritation et de l’hémorragie de l’encéphale , les symptômes propres à ces affections indiquent suffisamment le siège de la paraplégie consécutive.

Il existe encore un autre ordre de paralysies, celles-ci sont intermittentes et proviennent d’une congestion du cerveau, que provoque l’irritation périodique des organes de la digestion ;

î ^ 5 DE LA PARALYSIE.'

elles sont symptomatiques, elles se développent et disparaissent sous l’influence de l’irritation morbide primitive. Lorsque les inflammations des organes de la digestion agissent avec une certaine violence sur l’appareil encéphalique, nous avons déjà vu qu’elles donnent naissance à divers phénomènes morbides, tels que le délire, les convulsions , les accès de tétanos , etc. Elles pem vent développer également des paralysies partielles : les gastro- entérites intermittentes et même les gastro-entérites, duodénites continues, assez intenses pour provoquer des fortes congestions sanguines dans l’encéphale , détruisent quelquefois momentanément la faculté de sentir et d’agir. Ces symptômes sont en général peu redoutables , lorsqu’on se rend maître de la phlegmasie intestinale , et ils disparaissent ordinairement avec la cause qui les a fait naître.

Frappés de l’asthénie musculaire , les médecins firent les mêmes raisonnemens pour la paralysie que pour les convulsions ; ils n’aperçurent que la faiblesse , la débilité locales , et ne tinrent aucun compte de l’irritation des organes; on donna le conseil de stimuler intus et extra , d’administrer les toniques , les excitans généraux , jusqu’à ce que M. Broussais , puis M. Lallemand, aient démontré et prouvé que la para! y-

DE LA PARALYSIE. 177

sie se ralliait toujours à l’irritation , et qu’elle réclamait, au moins dans le commencement, le traitement anti-phlogistique.

Puisque l’irritation d’un tronc nerveux, du cerveau, de la moelle épinière, les épanchemens, les désorganisations , sont les causes qui anéantissent la motilité et la sensibilité, le médecin doit d’abord chercher à connaître le siège précis de l’affection morbide, pour employer convenablement un traitement rationnel et perturbateur; la maladie sera au reste d’autant plus curable , qu’elle sera moins ancienne ; il est évident qu’une irritation prolongée , qui aura désorganisé quelques points du cerveau ou du rachis, enlèvera tout espoir de guérison possible , c’est donc à prévenir de pareils désordres que le médecin doit s’attacher. Toute paralysie récente exige l’emploi des moyens propres à combattre l’irritation du nerf, de la moelle, ou du cerveau; ces moyens sont les saignées générales et locales plus ou moins abondantes , suivant l’état du malade , un régime doux , léger, et la soustraction de toutes les causes d’excitation physiques et 01 1 morales. Après avoir combattu, à l’aide du trai- J tement anti-phlogistique, l’érection vitale morbide , on conseille de passer à l’emploi des stimulans appliqués a l’extérieur : tels sont les bains

DE LÀ PARALYSIE

chauds , lçs rubéfians , les vésicatoires , les moxas , les cautères , les sétons , etc. On frictionne les membres avec l’ammoniaque , les huiles essentielles , les teintures alcooliques aromatiques ; on recommande également les douches, les bains d’eaux thermales , les bains gélatineux aromatiques, qui jouissent de la propriété de retarder l’atrophie des membres; on passe des sétons, on brûle des moxas , on ouvre des cautères à la nuque , sur le rachis , pour exciter une révulsion favorable et pour faciliter l’absorption et diminuer la compression ; on recommande en même temps d’entretenir la circulation dans les muscles, au moyen de cataplasmes aromatisés, et par l’immersion du membre dans l’eau chaude , dans les bains de marc de raisin. Comme la plupart des paralytiques ont beaucoup de vigueur , et qu’ils présentent des pulsations artérielles pleines et fortes , la saignée est encore indiquée pour prévenir de nouvelles congestions et favoriser le traitement extérieur. On conseillait autrefois l’électricité et le galvanisme; ces moyens thérapeutiques ont rarement produit de bons effets, et sont tombés dans l’oubli, parce qu’on les mettait de suite en usage afin de remédier à l’asthénie musculaire, avant d’avoir combattu les irritations et les phlegmasies. Des médecins phy-

DE LA PARALYSIE. ï~c)

siologistes ont de nouveau tenté Faction de ces agens appliqués d’une manière plus rationnelle. Les malades, convenablement préparés, ont été soumis à l’électricité , dont Faction stimulante ranime la vitalité dans les parties paralysées, excite des mouvemens convulsifs qui tendent à rappeler peu à peu les mouvemens volontaires; nous avons vu chez M. Sarlandièrc , plusieurs personnes traitées par 1 ’ électro -puncture, qui assuraient éprouver déjà une amélioration sensible, depuis qu’elles avaient eu recours à Faction de ce nouveau moyen thérapeutique. Nous avons nous-même soumis plusieurs de nos malades à l’influence de Félectro-puncture ; mais, soit que nous n’ayons eu à traiter que des vieillards frappés d’hémiplégie , soit que ces affections fussent fort anciennes , nous n’avons obtenu aucun résultat satisfaisant des commotions électriques les plus faibles , comme des plus fortes. On conçoit néanmoins qu’il soit possible de réussir sur les sujets jeunes, lorsque la paralysie dépend d’une affection locale d’un nerf. Mais dans le cas d’hémiplégie par hémorragie cérébrale, il est difficile d’espérer le retour de la motilité , à moins que Faction des autres agens thérapeutiques ne favorise en meme temps la résorption du fluide épanché,

DE LA PARALYSIE

Quant au traitement intérieur, la médecine physiologique conseille l’usage des adoucissans , d’un régime doux, et bannit, dans la majorité des cas, les stimulans, qui sont presque toujours inutiles et souvent dangereux. Les auteurs recommandent l’usage intérieur de l’infusion d’arnica, dont l’action est nulle, des eaux minérales, qui stimulent l’estomac et l’encéphale , et disposent à de nouvelles attaques , du quinquina , du camphre et de beaucoup d’autres toniques et excitans, dont le moindre défaut est de n’exercer aucune action sur la paralysie. On a mis en vogue, depuis quelques années, la teinture alcoolique de noix vomique : cette substance agit sur le cerveau , lè stimule fortement , et détermine des mouvemens convulsifs. La plupart des médecins physiologistes ont abandonné l’usage de ce poison, parce que son mode d’action est empirique, et qu’il a déjà occasionné des accidens trèsgraves.

Les paralysies intermittentes qui accompagnent les gastro-entérites continues ou par accès, ne réclament pas d’autres modificateurs que ceux employés pour combattre les phlegmasies qui les ont produites.

DE LA RAGE

De la Rage l

Quoique la rage ne soit ni une névrose, ni même une simple inflammation du cerveau , nous avons profité de ce que M. Pinel l’a classée au nombre des maladies nerveuses, pour en esquisser le tableau, et faire connaître le point de vue sous lequel la médecine physiologique envisage cette maladie.

On désigne sous le nom de rage une maladie provoquée chez les animaux par Faction de causes irritatives portée sur l’encéphale , sur l’estomac , la gorge , les voies aériennes , et sur le système nerveux : et chez l’homme , par la morsure d’animaux enragés , lorsqu’une portion de la peau privée d’épiderme se trouve en contact avec la bave des animaux du genre canis et felis. S’il faut en croire les auteurs , on a observé des développemens spontanés de la rage sur des hommes qui n’avaient point été mordus. On dit même que des hommes transportés de fureur ont fait des morsures qui ont occasionné la rage , et qu’ils Font éprouvé eux-mêmes. On a également remarqué que les morsures des animaux excités à outrance ont communiqué cette maladie.

DE LA RAGE

Lorsqu’elle est spontanée , elle se déclare immédiatement après l’action de la cause qui loi a donné naissance , et quand elle provient d’une morsure , l’invasion de la maladie n’a pas ordinairement lieu avant le trentième ou le quarantième jour; le développement est d’ailleurs favorisé par les affections vives de l’âme , les excès de table, les travaux pénibles, etc. Des médecins ont vu la rage se manifester beaucoup plus tard : deux , quatre, six mois, et même plusieurs années après les morsures; mais les faits que rapportent Bauhin , JS ours , Chirac et autres , ne sont pas tous authentiques. Ces observations ont fait penser à quelques médecins que la rage était le fruit d’une imagination alarmée , et que le virus rabieux n’exerçait aucune influence sur les organes et les viscères ; mais on a opposé à cette manière d’envisager la maladie, des faits concluans en faveur du virus. Les enfans qui n’éprouvent pas les effets de la peur ou de la crainte , ne succombent pas moins à des accès de rage , lorsqu’ils ont été mordus ; on conçoit , d’ailleurs, difficilement, que l’effroi et la terreur puissent , seuls, donner naissance à une affection aussi formidable. Un jeune homme de nos amis, naturellement pusillanime , introduisit sa main , à plusieurs re-

DE LA E AGE

prises , dans la gueule d’un chien de chasse qu’il aimait beaucoup , pour lui enlever une bave gluante dont elle était remplie. Cet animal , déjà malade , ne fit aucun effort pour mordre son maître; mais quelques jours après, le chien ayant éprouvé quelques symptômes alarmans , on eut l’imprudence de le faire tuer sans aucun autre examen. Le jeune homme se croit alors enragé ; la fièvre s’allume , l’appétit se perd , la bouche et le gosier se dessèchent , il est atteint d’hydrophobie ; il pleurt , gémit et pense qu’il va périr : c’est avec beaucoup de peine que nous parvinmes à le rassurer, en lui attestant qu’il ne pouvait pas être affecté de la rage, puisqu’il n’avait point été mordu. La diète , les boissons acidulées dissipèrent en peu de jours la légère irritation gastro- encéphalite que l’effroi avait déterminée.

Les symptômes précurseurs de la rage sont les suivans : sensation douloureuse , ressentie dans les parties mordues , qui deviennent rouges, livides, tuméfiées; douleurs qui, de la cicatrice , se portent vers la tête ; tristesse ; répugnance inexplicable à avaler des liquides ; sommeil agité, troublé par des rêves effrayans : on observe également quelques symptômes d’irritation gastro-intestinale. A ces prodomes se

DE LA RAGE

joignent bientôt d’autres phénomènes distinctifs de cette affection. Le malade qui, jusqu’alors, n’avait éprouvé que delà répugnance pourboire, frissonne à la vue d’un liquide : si , pour étancher la soif qui le dévore , il approche ie vase de ses lèvres , il le rejette avec effroi. Bientôt tous les corps blancs , polis , brillans , lui sont insupportables, et même lui inspirent de l’horreur: la vue de ces corps excite quelquefois des crispations, un serrement à la gorge, des convulsions; les yeux deviennent rouges, enflammés , brillans , hagards ; il éprouve une ardeur considérable dans l’arrière-bouche , qui se remplit de salive ; une angoisse considérable à la poitrine , à l’épigastre, avec un serrement douloureux à la gorge : ce spasme et l’hydrophobie sont des symptômes caractéristiques de la rage bien développée. L’estomac s’échauffe , la langue rougit, les malades entrent alors fréquemment en fureur, et l’on assure qu’ils avertissent les assistais de se mettre en garde contre eux , quoique d’ailleurs rien ne soit plus rare que l’envie de mordre. L’irritation des viscères augmente progressivement, et détermine, chez les rabieux , des sensations intérieures auxquelles ils résistent d’abord, mais qui triomphent bientôt de leur volonté et de leur raison. Jusqu’alors il n’y

DIS LA RAGE

avait pas eu encore de fièvre , mais les progrès de l’irritation l’allument bientôt : la chaleur de la peau devient très-forte, elle est humide et chaude ; la secrétion de la bile se fait avec abondance , et des vomissemens plus ou moins violens se manifestent ; la peau est très-sensible ; les organes génitaux sont fortement excités; le sperme est secrété avec abondance , il y a même éjaculation : l’excès de sensibilité et de motilité épuise les malades , les jette dans une prostration extrême , et ce qui ajoute encore à leurs douleurs, lorsqu’ils n’ont point de délire, c’est de ne pouvoir pas s’abuser sur le sort qui les attend, et de voir la mort dans tout ce qu’elle peut avoir de plus hideux. Ils périssent presque tous dans les trois ou quatre premiers jours , à dater de l’invasion de l’hydrophobie. L’agonie est généralement précédée de la petitesse du pouls, qui , jusqu’alors, avait présenté de la force et de la roideur; d’un affaiblissement de la voix, et du refroidissement de la peau. La mort arrive quelquefois pendant un accès , lorsque l’irritation générale a acquis son plus grand développement, et les malades succombent à l’asphyxie. Nous avons vu , à la Charité , un malheureux en proie à des accès de rage d’une violence excessive : indépendamment de l’hor-

DE LA RAGE

reur que lui faisait éprouver la vue des liquides f il ressentait à chaque instant un spasme du pharynx et du larynx tellement intense , qu’il ne pouvait plus respirer; sa figure devenait rouge , noire ; ses lèvres bleues ; ses yeux semblaient ctre poussés hors des orbites : dans cet état d’angoisse , dont la durée était d’une à trois minutes, il éprouvait de violentes convulsions. Ce malheureux ne cherchait pas à mordre les élèves qui l’entouraient, et répondait, dans les moraens de calme , à toutes les questions qui lui étaient adressées. Il périt trente heures après l’invasion de la maladie, présentant l’affreux tableau d’un homme qu’on strangulerait.

Le pronostic d’une aussi effrayante maladie est constamment fâcheux, il doit être néanmoins porté d’après l’intensité des symptômes ; plus les accidens sont fréquens et rapides, plus le danger est grand ; l’horreur que ressentent les malades pour les liquides , indique un haut degré d’irritation dans l’estomac et dans la gorge. Lorsque les morsures ont été profondes et multipliées, et qu’elles ont été faites près des foyers viscéraux, le danger est encore beaucoup plus grand ; en général, on ne peut pas échapper à la rage, quelles que soient les précautions qu’on prenne , quand les symptômes sont bien développés : la

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maladie est alors considérée comme mortelle , quoiqu'on ait quelques exemples fort rares de guérison.

Il résulte des recherches de Morgagni, Boer haave, Pran Swieien, Bruce et de beaucoup d'autres, sur les cadavres, que la substance cérébrale et la moelle épinière ont offert des traces d’inflammation, d’engorgement sanguin, etc.; les poumons ont été trouvés gorgés de sang, emphysémateux, etc.; la gorge, l’œsophage, l’estomac et les intestins ont présenté les traces d’inflammation, ainsi que la vessie et les organes sexuels.

D’après l’état des viscères après la mort, et les symptômes morbides pendant la vie , il est impossible de méconnaître le caractère inflammatoire de cette maladie , qu’elle soit d’ailleurs l'effet de l’absorption d’un virus sui generis, hypothèse la plus probable, ou qu’elle ait été déterminée par l’irritation des nerfs des parties blessées, puis des centres nerveux. Les symptômes morbides ne dépendent pas moins d’une inflammation du cerveau d’abord , et puis ensuite des principaux foyers viscéraux.

Les moyens thérapeutiques mis en pratique pour empêcher le développement de cette maladie, ou pour dissiper les symptômes morbides,

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lorsqu’elle est développée, constituent deux iraitemcns : l’un préservatif, l’autre curatif; le premier, expressément recommandé , est celui qui présente le plus de certitude ; il consiste dans la cautérisation des plaies. On espère, à l’aide de ce moyen, détruire le virus, empêcher son absorption et le développement consécutif de la rage. Pour pratiquer cette opération, on incise d’abord la plaie , on la fait abondamment saigner, puis 011 applique dans l’intérieur, après avoir épongé le sang , un fer rougi à blanc; mais comme il n’est pas toujours facile de se servir du fer, par rapport à la profondeur des morsures, 011 emploie alors le chlorure d’antimoine liquide porté sur toute la surface de la plaie, à l’aide d’un pinceau ou au moyen d’un bourdonne! de charpie enduit du caustique. Ce mode de cautérisation pourrait avoir cependant des inconvéniens près des parties abondamment pourvues de gros nerfs et de vaisseaux considérables , en raison de la liquidité de la substance corrosive qui pourrait les atteindre; les autres caustiques , tels que le nitrate d’argent et les acides concentrés , n’exercent point une action assez énergique pour qu’on puisse les mettre en usage sans inquiétude. Quand la morsure a été faite sur une partie qu’on peut amputer, il

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faut la retrancher ; l’ablation est encore plus préservative que la cautérisation ; lorsque l’appareil est levé , on applique un large vésicatoire sur l’escarre , et on favorise la suppuration pendant plusieurs semaines ; on prescrit en même temps les bains généraux, les bains de vapeurs, et on recommande aux malades de ne pas faire usage d’alimens et de liquides stimuîans: c’est à l’aide de ces moyens appliqués sans retard, qu’on prévient le développement de la maladie.

Mais lorsque la rage est déclarée, on saigne généralement jusqu’à défaillance, on donne ensuite l’opium et les autres narcotiques à doses pressées , on cherche à exciter une abondante diaphorèse, au moyen de l’ammoniaque ou de l’eau de Luce administrées à l’intérieur et associées aux bains ; le proto-chlorure de mercure , l’acide hydro - cianique , les frictions mercurielles , le camphre, le sulfure de potasse, la valériane , etc. , etc. , n’ont jamais produit d’effet satisfaisant. On a remarqué cependant que les érysipèles provoqués au moyen des rubéfians , que les éruptions développées par les diaphorétiques et les excitans cutanés, avaient produit de l’amélioration dans l’état des malades ; on a tenté, à Paris, d’injecter de l’eau dans les veines, mais on n’a pas obtenu de suc-

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ces, soit parce qu’on en avait trop injecté, soit parce qu’on n’avait pas combattu assez énergiquement les phlegmasies intérieures. Après l’emploi des moyens rationnels, on en a proposé de plus absurdes les uns que les autres , de faire détonner de la poudre à canon sur les plaies, de soumettre le malade à la morsure de la vipère , de l’exposer à l’asphyxie par le charbon, et mille autres pratiques aussi ridicules; M. Scilçaiori conseille d’ouvrir, le neuvième jour, les pustules qui, à ce qu’on assure, se forment sur le frein de la langue, de faire laver la bouche avec de l’eau salée et de faire prendre ensuite en décoction le genista tinctoria . On ne sait encore rien de positif sur ces pustules, que tous les médecins qui ont observé la rage , n’ont point aperçues. En résumé , on a obtenu quelques succès de l’usage des saignées générales, sinon pour dissiper, au moins pour calmer la violence des symptômes morbides.

M. Broussais , d’après l’état inflammatoire des principaux organes, conseille, dans le cas où le malade est fort et pléthorique, une saignée générale abondante , ensuite les saignées locales pratiquées sur les foyers de l’irritation, au col, à la gorge, sur l’épigastre, à la poitrine; si la déglutition devient plus facile, de faire avaler

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au malade de l’eau froide, de le plonger ensuite pendant quelques instans dans de l’eau également froide, et de le couvrir aussitôt après, d’épaisses couvertures, pour exciter une révulsion sur la peau , ou bien encore de le placer dans un bain de vapeurs ; M. Broussais pense que l’application des sangsues peut devenir encore nécessaire , ainsi que l’usage de la glace sur la tête, et c’est après cette débilitation primitive, qu’il conseille l’emploi des narcotiques, ainsi que l’injection de l’eau à petites doses dans les veines.

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