CONSTITUTION ET TEMPÉRAMENT
tiens , et la matière consommée n'est généralement paç celle qui constitue les éléments anatomiques en fonctionnement. Ce qui se brûle pour créer la force de fonctionnement, c'est surtout la matière circulante. Si cette distinction avait été comprise, on ne se serait pas obstiné, comme on Ta fait, à cher-: cher une équation impossible entre la quantité d'urée produite et la quantité de travail musculaire effectuée.
Il y a donc des mutations fonctionnelles qui créent des forces agissantes, et ces forces sont rapidement épuisées par le fonctionnement. Au contraire, les mutations nutritives produisent des forces qui s'éteignent également en provoquant la rénovation des éléments, mais qui se renouvellent incessamment. Ces forces rétablissent, en son état, Télément organique, qu'il ait fonctionné ou non, et le mettent sans cesse en situation telle qu'il peut continuer à vivre et qu'il peut recommencei^ à fonctionner. Les mutations nutritives établissent donc une réserve de forces, elles créent ce que Barthez a si justement appelé les forces radicales. Si les forces agissantes dépendent surtout de la matière consommée, les forces radicales dépendent avant tout de la constitution des parties vivantes; et si nous voulons considérer l'organisme dans son ensemble, nous dirons que la somme de ces forces radicales dépend surtout de la constitution générale de l'individu.
Je rencontre pour la première fois cette expression de constitution qui se reproduit si souvent dans le langage médical et qui, dans les traités de pathologie générale, a été prise dans des acceptions si diverses. Il convient que je vous dise quel sens j'attache à ce mot.
La constitution, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles dans la charpente et dans l'architecture du corps, dans la proportion des organes, des appareils, de l'organisme entier, dans l'adaptation physique de chaque partie à sa fonction, dans la répartition de la matière, soit dans la totalité de l'organisme, soit dans chaque élément. La constitution a donc trait à la structure du corps ; elle est une caractéristique statique. Elle est donnée par la naissance; elle est modifiée par
l'âge: elle peut être transformée par la maladie et par Thygiène.
En face de la constitution, je dois vous dire aussi ce que j'entends par tempérament.
Le tempérament, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles de l'activité nutritive et fonctionnelle. Et comme, pour un même organisme ou pour un même élément, l'intensité de la vie et l'intensité du fonctionnement se lient à Tintcnsité des transformations de la matière, le tempérament, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles dans l'intensité des métamorphoses de la matière vivante. Le tempérament a donc trait à l'activité de l'organisme; il est une caractéristique dynamique. Il est donné par la naissance, il se modifie par l'âge, il peut être transformé par la maladie et par Thygiène.
S'il était nécessaire de distinguer ce qui, dans Torganisme, est statique et ce qui est dynamique, il n'est pas moins nécessaire de distinguer les divers ordres d'activité.
On a dit, et j'ai déjà fait allusion à cette opinion : L'activité vitale est toujours provoquée, elle n'est jamais spontanée. Oui, Messieurs, l'activité fonctionnelle est toujours provoquée, mais l'activité nutritive se poursuit et se continue sans incitation extérieure nécessaire. La cellule vivante une fois formée, si elle est placée dans un milieu favorable et si elle trouve dans ce milieu les éléments nécessaires qu'elle doit utiliser pour se renouveler ot pour créer la force indispensable à cette rénovation, la cellule vivante, dis-je, possède en elle-même tout ce qu'il faut pour entretenir ce mouvement moléculaire d'assimilation et de désassimilation qui est essentiellement la vie. Les mêmes auteurs qui ont affirmé la passivité de l'être vivant invoquent pour expliquer la vie une propriété particulière à toute matière vivante qui serait l'irritabilité. Je ne sais si je comprends mal le langage de ces auteurs; mais il me semble qu'il y a paradoxe ou contradiction à vouloir imposer à la fois aux êtres vivants la passivité et l'irritabilité. Non, l'organisme n'est pas passif; je reconnais son activité; j'admets sa spontanéité; je concéderai même son autonomie;