CARACTÉRISTIQUES DU RHUMATISME
mune de rorganisme, par un état général encore inconnu, mais rendu évident par la facile et fréquente récidive de chacune de ces maladies chez le même individu, par leur association, leur coïncidence, leur succession ou leur alternance, enfin par leur fréquente apparition chez des hommes qui avaient eu les jointures malades ou chez des hommes chez lesquels se développaient plus tard des maladies articulaires. Dans ce groupe de maladies, en apparence si disparates, Tarthrite fut ainsi la marque et comme le critérium de la prédisposition morbide, que l'on désigna sous le nom de diathèse rhumatismale.
Mais quelle était Tarthrite dont Texistence antérieure ou dont l'apparition ultérieure pouvait permettre d*attacher à des maladies non articulaires la qualification rhumatismale? Ce ne pouvait pas être toute arthrite; ce n'était ni la traumatique, ni la scrofuleuse, ni la syphilitique. On dit que Tarthrite qui caractérisait la diathèse rhumatismale, c'était l'arthrite multiple, laquelle était en même temps, paraft-il, l'arthrite a frigore. On assignait ainsi à cette arthrite révélatrice de la diathèse rhumatismale deux caractères qui n'ont rien de décisif. L*arthrite multiple, en effet, s'observe dans des maladies que ne relie aucun lien de parenté : dans la blennorrhagie, dans la dysenterie, dans la scarlatine, dans l'infection purulente, dans la morve. Quant au refroidissement qui devait présider à la genèse de cette arthrite multiple, c'est un élément étiologique trop facile à admettre et accepté pour trop de maladies différentes.
L'étiologie ne caractérisant pas d'une façon satisfaisante cette polyarthrite rhumatismale vraie qu'on voulait distinguer des autres polyarthrites non rhumatismales, on fit intervenir la caractéristique thérapeutique. On sait que pendant longtemps l'action avantageuse de la quinine, dans certaines maladies, a été considérée comme l'indice de leur nature paludique, de même qu'on rattachait à la syphilis toute maladie guérie par le mercure. Cet aphorisme exagéré : Naturam morborum curationes ostendunt, a été appliqué par Senator non seulement à la polyarthrite rhumatismale, mais à toute maladie
méritant le nom de rhumatismale. Pour lui, ce qui guérit par Tacide salycilique mérite d'être nommé rhumatismal.
Ce n'est pas ainsi, croyons-nous, qu'il convient de procéder. Ce n'est pas à l'aide d'un seul caractère que l'on peut établir les espèces ou les familles morbides. On doit choisir, parmi les maladies auxquelles on croit reconnaître un air de parenté, une maladie type, une espèce indiscutable, à évolution constante, à lésions anatomiques identiques, à terminaisons presque toujours semblables, une maladie enfin dont les complications possibles sont presque toujours les mêmes, dans les différents cas. Parmi les maladies qui nous occupent, ce type clinique bien net, bien délimité, cette entité pathologique, c'est la polyarthrite aiguë fébrile primitive. On en fait le type de la série; puis on cherche quelles maladies s'observent avec une fréquence toute particulière, et dans la famille, et dans les antécédents personnels de ceux chez lesquels survient cette polyarthrite aiguë fébrile primitive. On fait le dénombrement des maladies qui précèdent cette polyarthrite ou qui l'annoncent, qui lui succèdent ou qui sont annoncées par elle, qui l'accompagnent ou qui la compliquent^ qui enfin alternent avec elle. Ces maladies, qui se montrent très fréquentes dans les antécédents personnels ou familiaux des malades atteints de la polyarthrite primitive, on les recherche chez les malades atteints d'autres maladies, et en particulier de polyarthrite blennorrhagique, scarlalineuse, etc., et chez ces malades on reconnaît qu'elles n'existent pas ou qu'elles ne se rencontrent qu'à titre de rares exceptions. Alors on fait un groupe naturel de ces maladies qui accompagnent fréquemment et presque exclusivement la polyarthrite aiguë fébrile primitive. A ce groupe naturel, on donne le nom de rhumatismal.
Parmi ces maladies diverses que relie une disposition générale commune de l'économie, la polyarthrite aiguë fébrile primitive est en quelque sorte la tête de file ; elle est le premier terme de la série. On lui consacre le nom de rhumatisme articulaire aigu. Les autres maladies de la série sont dénommées par leur processus, par leur siège, par leur évolution, et