THÉORIE INFECTIEUSE
tion est possible, c'est surtout sur le terrain de Tinterprétation. En 1878, j'ai observé à Bicètre un homme atteint d'arthrite spontanée du genou et de l'articulation tibio-tarsienne, avec œdème rosé péri-articulaire, fièvre intense, état typhoïde grave, sécheresse absolue de la langue et coma. La disproportion que je constatais entre les symptômes généraux et les lésions locales, me fit penser que j'avais aflTaire à quelque maladie infectieuse. Une moucheture pratiquée sur les parties œdématiées laissa sourdre, après l'arrêt de l'écoulement sanguin, une sérosité louche, qui, examinée au microscope, me montra en nombre considérable des monades ou au moins des corpuscules organisés très analogues pour la forme, pour le volume et pour la réfringence, à ces microcytes du sang auxquels M. Hayem donne le nom d*hématoblastes. Cet homme succomba, et les mêmes corpuscules furent trouvés dans le liquide floconneux et lactescent des articulations aflectées. Je ne sais si j'étais là en présence des monades rhumatiques de Klebs; mais, dans ma conviction, cet homme n'était pas un rhumatisant. Il était atteint d'un de ces pseudo-rhumatismes encore mal connus et non classés, dont j'ai rencontré depuis de nouveaux échantillons que j'ai toujours reconnus infectieux ou parasitaires et qui n'ont de commun avec le vrai rhumatisme que les apparences grossières. Ces pseudo-rhumatismes tuent rapidement les malades avec des accidents typhoïdes suraigus, ou bien, si l'état général est moins intense, ils laissent persister pendant des mois l'inflammation articulaire et aboutissent à Tankylose fibreuse; ils respectent généralement le cœur et frappent habituellement les reins; ils résistent au salicylate de soude. Dans le vrai rhumatisme articulaire aigu, au contraire, la fièvre, qui peut être tout aussi intense, n'a pas cet appareil typhoïde ; les arthrites,' plus nombreuses, sont mobiles, fugitives, sans tendance à la suppuration ou à l'ankylose; le cœur est fréquemment atteint, le rein presque toiyours épargné. Ces différences, dont le clinicien ne méconnaîtra pas l'importance, ne reposent cependant que sur des variations de degré et de fréquence, et il peut se faire que Ton observe des cas intermédiaires qui établissent une transi-
tioD insensible entre le rhumatisme articulaire aigu véritable et ce que je viens d'appeler le pseudo-rhumatisme infectieux. Il faudrait bien alors attribuer quelque importance à ces monades^ qui, d'après Klebs, existent toujours dans l'endocardite rhumatismale, de même que d'autres formes de bactéries existent toujours dans les autres formes de Tendocardite.
J'ai pu, chez un malade qui a succombé au rhumatisme cérébral, constater Texactitude de la description de Klebs touchant Tendocardite rhumatismale. J'ai vu, dans la matière des végétations verruqueuses développées sur la ligne d'occlusion des valvules, des corpuscules extrêmement nombreux répondant au signalement des monades rhumatiques ; mais je n'ai pas acquis la conviction absolue qu'il s'agissait là d'éléments étrangers à l'organisme humain, et, cette fois encore, j'ai été frappé par l'analogie que présentaient ces corpuscules avec les microcytes du sang.
Vous le voyez, messieurs, malgré ces constatations concordantes, je résiste encore à Tentrainement et à la séduction de la doctrine de Klebs, et si les faits m'obligeaient un jour à reconnaître la réalité des monades rhumatiques et leur présence constante dans les produits divers de l'inflammation rhumatismale, je n'en maintiendrais pas moins la prévalence des altérations humorales et l'influence antécédente des troubles de la nutrition. Parmi les agents infectieux, il est des espèces qui peuvent prospérer dans le milieu humain, quel que soit sod état de santé ou de maladie. Il en est d'autres qui respectent l'homme sain et qui ne trouvent dans ses tissus ou dans ses humeurs un milieu de culture favorable que dans certaines circonstances pathologiques qui ont amené une détérioration de l'économie, dans des cas où une altération de la nutrition a provoqué un changement chimique dans le milieu vivant. Cette vérité a été mise hors de contestation pour l'oïdium albicans du muguet, qui n'attaque que les organismes débilités et qui ne pullule que sur des surfaces lubréfiées par un mucus acide. Le microsporon furfur du pityriasis versicolor a une prédilection marquée pour les phthisiques et pour les arthritiques. La
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tuberculose elle-même, que tant de raisons anatomiques, cliniques et expérimentales rapprochent des maladies infectieuses, n'attaque, en général, que les organismes frappés d'une sorte de déchéance vitale par l'hérédité, par Tinnéité, par la mauvaise hygiène, par Tépuisement qui peut résulter de certaines fonctions physiologiques, comme la grossesse ou la lactation, par la maladie. Je ne sais ce que l'avenir réserve à la doctrine infectieuse du rhumatisme ; mais, si elle doit être un jour démontrée, elle devra faire cette concession que la monade rhumatique exige pour se développer un organisme modifié par la nutrition retardante et qu'elle attaque de préférence les hommes dans la famille ou dans les antécédents desquels on peut retrouver, avec une fréquence exceptionnelle, toutes ces maladies dont nous avons étudié déjà les circonstances pathogéniques et que nous attribuons à la nutrition ralentie.
En face de la théorie embolique, que je crois inacceptable, et de la théorie infectieuse, qui me parait au moins prématurée, il convient de signaler la théorie névrotrophique.
C'est la théorie de Heymann, basée sur les faits de J.-K. Mitchell (1831), de Froriep (1843), de Canstatt (1847), où l'on a vu une lésion du système nerveux provoquer le développement de l'arthrite. Dans cette théorie, le refroidissement serait l'excitant qui, transmis aux centres nerveux, mettrait enjeu par une sorte d'action réflexe son influence trophique et produirait, sur des points divers, des arthrites comparables au point de vue pathogénique à celles que M. Charcot nous a fait connaître dans Tataxie locomotrice et dans quelques autres affections des centres nerveux. Ou bien cette action trophique du système nerveux, mise en jeu par Texcitation que le froid produit sur Textrémité des nerfs cutanés, retentirait sur tout l'organisme, modifierait l'activité du mouvement de la matière dans chaque élément anatomique, vicierait enfin la nutrition et créerait l'altération humorale, cause prochaine du rhumatisme. On a supposé que cette altération humorale pourrait être le résultat d'une réaction nerveuse trophique s'exerçant sur un seul appareil ; on a pensé que le froid agissant sur la peau en état de sudation
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prOiToqueraît un réflexe trophique sur les glandes sudoripares, modifierait leurs séerétions et détermioerait, par rétention ou par résorption, une modification chimique des humeurs. Et Ton a invoqué, dans ce système, Faction des centres de sudation démontrés dans le cerveau et dans la moelle, par les travaux de Luchsîiiger, de Kendall, d'Ostroumoff, de Nawrocki, d'AdamkiewÎGi.
Vou6 le voyez, par un de ses côtés, la théorie névrolrophique est un acheminement vers la théorie humorale. Il y a longtemps déjà qu'on a rangé le rhumatisme dans la catégorie des dyscrasies aeîdes. On connaissait Todeur particulièrement aigre des sueurs des rhumatisants, leur action puissante sur le papier de tournesol. Beneke avait fait cette remarque que Tacidité des »ueurs dans le rhumatisme aigu persiste malgré l'emploi des alcalins et ne cède à la longue que sous Tinfluence de doses considérables de carbonate de soude. Henry avait constaté la présence de Tacide acétique dans les urines chez les malades atteints de fièvre rhumatisnoale. Ces urines ont une acidité exagérée; la salive elle*mème devient acide. Chose plus importante, Lépine a démontré que Talcalinité du sang dimiDue dans le rhumatisme articulaire aigu. Quelques heures avant la WMl, chez un de mes malades qui a succombé aux accidents du rhumatisme cérébral, le sérum sanguin n'exerçait aucune action! appréciable sur le papier de tournesoU M. Charcol a noté Tacidité d'un épanchement péricardique, et, dans un cas de rhumatisme subaigu, j'ai constaté la réaction acide d'un épanchement du genou évacué par la ponction aspira- Irice.
Cette conception, qui rattachait le rhumatisme à la prédominance des acides, pourrait donc invoquer quelques arguments sérieux. On a voulu préciser et déterminer l'acide qui jouerai! le rôle pathogénique dans la production du rhumatisme.
On avait imaginé que ce devait être Facide urique; c^était Textension au rhumatisme, de l'une des théories de la goutte. Cette hypothèse, qui n'a jamais pu invoquer un semblant de preuve, a eu grand succès dans le public médical, et vous