‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 140 sur 194 · RHUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

RHUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE

est sujet, lui aussi, à des complications inflammatoires qui sont rares, mais qui sont réelles et qui afiectent les mêmes tissus sur lesquels peuvent porter les complications du rhumatisme articulaire aigu. A côté de ces endocartites, de ces péricardites, de ces pleurésies du rhumatisme chronique partiel, signalons la fréquence, chez les malades qui en sont aflectés, des névralgies, des migraines, du lumbago, de Tasthme, de certaines dermatoses, toutes affections que nous avons déjà indiquées dans la parenté morbide du rhumatisme articulaire aigu. Enfin, chez ces malades, vous trouverez souvent, dans les antécédents personnels ou dans les antécédents héréditaires, la goutte, la gravelle, le diabète, Tobésité, la lithiase biliaire.

Il est une autre forme de rhumatisme chronique qui afTecte de préférence les articulations des doigts et surtout, d'une façon systématique, les dernières articulations des doigts. C'est à cette forme qu'on donne généralement le nom de nodosités d'Heberden. Elle a des relations moins nettes avec le rhumatisme articulaire aigu ; on ne voit pas qu'elle lui succède, et on ne voit pas que le rhumatisme aigu survienne au cours de la maladie chronique. Mais ces nodosités d'Heberden ont des relations très fréquentes avec le rhumatisme chronique partiel, avec les arthrites déformantes du genou ou de la hanche. Ce rhumatisme n'a pas les complications viscérales inflammatoires du rhumatisme monoarticulaire ou du rhumatisme aigu, et, en particulier, il n'attaque le cœur que d'une façon très exceptionnelle. Mais il a des relations presque nécessaires avec d'autres maladies qui sont de la famille des maladies rhumatismales, avec la migraine, avec la névralgie faciale, avec la sciatique, avec le lumbago. Il a enfin des relations fréquentes avec la goutte, avec le diabète, avec l'obésité, avec la lithiase biliaire, avec Tasthme, avec l'eczéma. Ajoutons que, si ces diverses maladies se rencontrent dans les antécédents héréditaires des malades, on y a trouvé aussi ces mêmes nodosités d'Heberden.

Nous croyons donc être en droit de conclure, en nous basant sur ces affinités morbides révélées par la clinique, que le riiumatisme chronique partiel et les nodosités d'Heberden rentrent

RHUMATISME NOUEUX. 34t>

dans la catégorie des maladies rhumatismales, et qu'en même temps elles conservent leur rang parmi les maladies qui se relient au retard de la nutrition.

Je ne saurais en dire autant de cette maladie qu'on a bien fait de distinguer de la goutte, mais qu'on a eu tort, je crois, de confondre avec le rhumatisme. C'est cette maladie, dont je vous ai retracé l'historique et qu'on a appelée goutte asthénique primitive, rhumatisme goutteux; on la connaît plus particulièrement aujourd'hui sous le nom de rhumatisme articulaire chronique progressif ou de rhumatisme noueux. C'est une maladie constitutionnelle assurément, c'est même une maladie héréditaire ; il ne me paraît pas évident que ce soit une maladie rhumatismale. Elle est très rarement précédée par le rhumatisme articulaire aigu; elle n*est jamais, je crois, compliquée par le rhumatisme articulaire aigu. Je ne sache pas qu'elle coexiste avec le rhumatisme chronique partiel ou avec les nodosités d'Heberden. Comme tant d'autres maladies cachectiques, elle peut se compliquer de péricardite ; mais elle ne parait prédisposer ni à l'endocardite ni à la pleurésie. Elle n'a chez l'individu ou dans sa famille, que des relations fort rares avec la migraine, avec les névralgies, avec le lumbago. Elle n'a pas de relations avec la goutte, avec la gravelle, avec le diabète, avec l'obésité, avec la lithiase biliaire, avec l'asthme. Cependant on a affirmé la nature diathésique rhumatismale de cette maladie ; mais cherchez dans les statistiques de Charcot, de Trastour, de Cornil, vous trouverez signalée Thérédité rhumatismale dans un cinquième des cas, quelques dermatoses et rien autre. A défaut de cette parenté rhumatismale, qui n'est pas démontrée pour moi par cette proportion, je trouve dans les antécédents du malade la scrofule dans l'enfance, je trouve parmi les maladies qui coïncident avec le rhumatisme noueux, la phthisie et l'albuminurie. Le prétendu rhumatisme chronique progressif est donc une maladie de déchéance. Etiologiquement, c'est une maladie de misère, de privation, d'humidité; et, comme on l'a dit avec pièces préhistoriques à l'appui, c'est la maladie des troglodytes.

Ces circonstances étiologiques ne nous renseignent pas sur

346 RHUMATISME ARTICTILAIRI CHRONIQUE.

la pathogénie de la maladie, et les iMirentés morbides nouvelles que je viens de signaler n'apportent pas grand éclairdssement Il est une supposition qui a dû certainement hanter Tesprit de bien des médecins. On a dû être frappé par les analogies qui existent entre les déformations du riiumatisme noueox et celles qui appartiennent à quelques affections nerveuses, à la paralysie agitante en particulier, et Ton s'est demandé sans doute si cette maladie n'est pas de Tordre des maladies aévrotropiiiqaes. Elle se développe d'une façon symétrique, elle n^est pas irrégulière dans sa généralisation, elle est ascendante ou descendante, elle commence parles petites articulations des extrémités et remonte graduellement vers la racine du membre, elle ne procède pas par sauts, mais son envahissement se fait d*ane façon progressive et systématique. Elle s'accompagne de la raréfaction du tissu osseux, de même que cela s'observe dans certains états paralytiques. Les déformations des jointures dépendent moins de la lésion des surfaces articulaires que des spasmes musculaires. On observe des atrophies musculaires et même l'état scléreux des muscles, comme dans certaines contractures musculaires d'origine nerveuse, et ces atrophies se font par groupes musculaires systématiques. Vous le voyez, on pourrait, sans trop forcer l'analogie, chercher quelques points de comparaison dans les arthropathies de Tataxie, de l'hémiplégie, de la paralysie agitante. Et ces deux maladies, la phthisie et Talbnminurie, qui surviennent si souvent au cours du rhumatisme noueux, sont celles qui également tuent la plupart des ataxiques. Ce sont là des arguments que l'on peut invoquer en faveur d'une hypothèse ingénieuse, mais qui ne constituent pas une démonstration. C'est tout au plus une présomption que n'ont pas justifiée les recherches nécroscopiques, qui, je dois le reconnaître, ont été dirigées rarement en vue d'élucider cette question. Pour rester dans la limite des conclusions légitimes, nous dirons que la maladie désignée sous le nom de rhumatisme noueux ne justifie nullement ses prétentions au titre de maladie rhumatismale. Elle est le premier de ces faux rhumatismes, dont nous allons entreprendre l'histoire.

TRENTE-DEUXIÊJiE LEÇON.

PSEUDO-RHUMATISIISS.

Les pseudo-rhomaUsmes. Ils ont quelques complications communes avec le rhumatisme vrai. Pseudo-rhumatismes de l'érysipèle et des angines. Pseudorhumatisme de la dysenterie. Rhumatisme scarlatineux. Rhumatisme blennorrhagique. Diverses théories. Sa fréquence. Rareté du rhumatisme vrai dans le cours de la blennorrhagie. Caractères du rhumatisme blennorrhagique. Le pseudo-rhumatisme de la blennorrhagie est une arthrite infectieuse. Rhumatisme gravidique. Rhumatisme puerpéral. Rhumatisme de la lactation. Comparaison des pseudo-rhumatismes infectieux avec les arthropathies toxiques et les arthrites goutteuses. Rhumatisme de la chlorose.

Noas avons délimité le rhumatisme par la clinique et non par la pathogénie, et même nous n'avons pas emprunté à la clinique Tétude des symptômes, de la marche, de révolution ; nous ne lui avons demandé que la connaissance des affinités morbides et des parentés pathologiques. Ayant admis comme type primordial le rhumati^ne articulaire aigu, nous avons groupé dans son proche v(Hsinage le rhumatisme articulaire chronique partiel et les nodosités d'Heberden ; et, pour être complet et équitable, nous aurions pu y joindre le rhumatisme chronique fibreux, dont nous devons la connaissance à M. Jaccoud, de même que nous ysgouterons plus tard les différentes formes de rhumatisme musculaire. L'analyse clinique nous fait découvrir, dans le même groupe morbide, la migraine, les névralgies, Tasthme, certaine^ dermatoses; mais elle ne réserve aucune place à ce prétendu rhumatisme chronique progressif, qui n'est donc pas de la famille du rhumatisme et que je vous ai signalé comme un premier exemple de pseudo-rhumatisme.

Page 1