ASTHME
les fois que, en dehors de lésions cardiaques ou rénales, vous verrez survenir subitement ou rapidement la toux avec une dyspnée intense, et que vous constaterez, en même temps, Texpiration lente et pénible avec sibilance généralisée, le plus souvent aussi avec râles buUaires fins, vous pourrez agir comme si vous étiez en présence d'un accès d'asthme.
Je vous ai dit enfin que les troubles nerveux gastriques s'associaient au spasme dyspnéique; ils ont été bien indiqués par Floyer en 1726. Dans la soirée, deux ou trois heures après le repas, les malades ont un sentiment de plénitude et d'oppression ; il y a d'ailleurs un météorisme réel, un développement gazeux qui provoque les éructations. La chaleur de l'appartement augmente ces malaises, qui sont également exagérés par le vin ou par le tabac ; au contraire, Tingestion d'un peu d'eau froide, rimpression de l'air frais les dissipe. Tous ces symptômes peuvent se produire régulièrement ou accidentellement sans relations nécessaires avec l'accès d'asthme prochain. Us font rarement défaut dans la soirée qui précède l'accès. Alors, après ces prodromes gastriques, le malade s'endort; mais, comme dans la goutte, il a des réveils- en sursaut. Ce n'est pas encore l'accès; mais le malade est inquiet, il est tourmenté par le besoin d'uriner et rend des urines claires, abondantes. Il se rendort, puis l'attaque provoque le réveil. Il se lève sur son séant, se précipite hors du lit, ouvre la fenêtre, cherche à boire l'air; les mouvements d'inspiration sont pour ainsi dire devenus impossibles, car l'ampliation de la poitrine est à son maximum, sous l'influence d'un spasme tétanique dilatateur contre lequel le malade lutte par des efforts volontaires expirateurs. La ventilation pulmonaire est en grande partie supprimée; aussi Tair expiré est fortement chargé^ d'acide carbonique. La face est pâle, l'œil saillant, la pupille dilatée. On constate l'augmentation de tous les diamètres du thorax, le tympanisme, les sibilances, l'expiration prolongée, l'absence du bruit vésiculaire. Enfin une expectoration glutineuse met fin à l'accès. Qu'est-ce que cet accès? A quoi peut-on rapporter ce grand éclat symptomatique? Est-ce une dyspnée mécanique provoquée par le
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catarrhe? Est-ce un spasme inspirateur? Est-ce une paralysie expiratrice? Est-ce encore, comme on Ta supposé, une éruption bronchique soudaine diminuant le calibre de Tarbre respiratoire?
Il n'est pas permis de se prononcer d*une manière définitive sur la réalité de cette théorie fort séduisante, qui ferait de Taccès d'asthme un énanthème bronchique analogue à Turticaire et qui serait, comme Turticaire, un accident paroxystique au cours d'un état morbide chronique ou d'un état physiologique dévié dépendant de la nutrition retardante. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que, parmi les maladies qui dépendent de ce grand état diathésique, il en est peu qui s'associent aussi souvent* que l'asthme aux affections cutanées. Les dermatoses ne sont pas rares chez les goutteux, chez les rhumatisants, chez les migraineux; elles sont extrêmement fréquentes chez les asthmatiques. Et, parmi ces dermatoses, je citerai en première ligne l'eczéma, que Ton rencontre dans les deux tiers des cas, et, après l'eczéma, l'urticaire.
C'est cette fréquence des affections cutanées chez les asthmatiques qui avait fait admettre l'existence de l'asthme dartreux. Avec des variantes dans la signification doctrinale que l'on peut donner au mot, l'asthme a été considéré comme dartreux par Duclos, par Bouillaud, par Trousseau, par Bazin. Mais qu'estce que la dartre? A défaut même d'une notion pathogénique, comment est constituée cliniquement cette prétendue diathèse dartreuse? J'avoue que je l'ignore, et provisoirement je me refuse à admettre cette diathèse. J'admets, au contraire, la diathèse arthritique, car vous savez que ce qui a été désigné sous ce nom correspond exactement à ce que j'appelle la nutrition retardante. Je sais qu'un grand nombre de dermatoses aiguës ou chroniques sont arthritiques, que plus spécialement beaucoup sont rhumatismales. Je sais que l'asthme est fréquent chez les rhumatisants ou chez les enfants des rhumatisants, chez les migraineux, chez les névralgiques. Les relations avec les dermatoses ne m'entraînent donc pas à créer une catégorie particulière pour le prétendu asthme dartreux et me confirment
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au contraire dans cette opinion qu'il y a un asthme des rhumatisants. Je sais d'autre part que, sur cent goutteux, neur sont asthmatiques et que dix-neuf comptent des asthmatiques dans leur famille; que, sur cent diabétiques, deux sont asthmatiques et onze ont des asthmatiques dans leur famille; que, sur cent obèses, deux sont asthmatiques et que vingt-cinq comptent des asthmatiques dans leur famille. Je conclus de ces résultats statistiques que Tasthme n'est pas strictement une maladie des rhumatisants, mais que, d'une façon plus générale, il est une maladie des arthritiques. N'est-ce pas ainsi d'ailleurs qu'il a été considéré par des cliniciens qui, dans ces questions de doctrine, ont élevé la voix avec le plus d'autorité : par Pidoux, par Trousseau^ par N. Guéneau de Mussy. M. Parrot a nié qu'il en fût ainsi, et il prétend que concevoir les choses de celte façon, c'est s'engager dans les voies de l'hypothèse. Je ne trouve pas qu'il y ait hypothèse dans la constatation de données numériques fournies par la statistique. Ce n'est pas une hypothèse que d'affirmer au nom de l'observation, l'extrême fréquence de l'asthme avec le rhumatisme, avec les migraines,, avec les névralgies, avec la gravelle, avec la goutte, avec l'eczéma, toutes maladies que l'observation montre encore groupées les unes près des autres avec une remarquable fréquence, même quand l'asthme fait défaut. Et quand, pour abréger, pour ne pas refaire perpétuellement Ténumération de toutes ces maladies, on les appelle maladies arthritiques, quand enfin on dit que l'asthme est une de ces maladies arthritiques, je le répète, on ne fait pas une hypothèse. C'est à moi seul que peut s'adresser ce reproche, parce que seul je systématise quand je dis en quoi consiste l'arthrilis. Je fais une hypothèse qu'on pourra trouver plus ou moins justifiée, quand j'affirme que la diathèse arthritique des cliniciens est un vice nutritif général caractérisé par la nutrition retardante. C'est cette interprétation que Ton peut contester. Mais nier les relations de l'asthme avec les maladies arthritiques, c'est protester contre le sentiment presque unanime des cliniciens. Tous reconnaissent qu'il y a un lien commun entre ces diverses maladies. Où ils diBèrent, c'est sur le nom