‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 158 sur 194 · TRENTE-CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

COIVCLUSIONS.

Caractères des maladies chroniques. Les causes permanentes. Les troubles nutritifs permanentf. Caractères de la nutrition retardante. Effets Taries d'un même trouble nutritif permanent. Définition de la diathèse. Diathèse bradytrophique. Une même maladie peut être diathésique ou indépendante de la diatbès^

Arrivés au terme de cette longue série d*études, peut-être trouverez-vous bon que nous jetions un regard en arrière pour embrasser dans un coup d'œil d'ensemble la route que nous avons suivie. Nous venons de faire une série d'études d'étiologie et de pathogénie limitées à un groupe naturel de maladies chroniques.

Si j^ai choisi des maladies chroniques comme objet de ce cours, c'est parce qu'elles sont, pour le praticien, d'un intérêt constant; c'est parce qu'elles exigent son intervention active; c'est parce qu'elles lui donnent Toccasion de montrer sa valeur et la puissance de son art; c'est parce qu'elles posent à l'hygiéniste les problèmes les plus graves, problèmes dont la solution intéresse au plus haut degré la science sociale.

En eflety tandis que les maladies aiguës guérissent seules, les maladies chroniques, ces maladies qui viennent des hommes, comme dit Sydenham, peuvent être empêchées par l'homme et ne peuvent être guéries que par l'homme. Car les maladies chroniques ne tendent pas spontanément à la guérison, et c'est précisément pour cela qu'elles sont chroniques. L'interveùtion médicale, même si elle doit être inefficace, est obligatoire. L'expectation est souvent la règle de la conduite médicale dans le traitement des maladies aiguës ; l'action s'impose au médecin dans le traitement des maladies chroniques.

J'ai cherché à ne pas négliger ce côté de la question ; et, autant que je Tai pu, en face de Tétiologie j'ai placé la prophylaxie, à côté de la pathogénie j^ai indiqué la thérapeutique.

Je n'ai pas eu la prétention de parcourir le cadre complet des maladies chroniques. J*ai choisi un groupe de ces maladies que vous observerez fréquemment, mais que beaucoup d'entre vous * n'ont pas eu encore l'occasion d'étudier cliniquement. Ce sont, en effet, les maladies que vous ne rencontrez qu'exceptionnellement dans les hôpitaux; et il m'a paru avantageux de vous initier, à la fin de vos études médicales, à la connaissance de ces maladies que vous n'aviez pas pu observer et qui, dès demain, réclameront chaque jour votre intervention.

Je vous disais tout à l'heure que les maladies chroniques ne tendent pas à la guérison. Cette affirmation est excessive. L^organismemalade fait toujours effort vers la guérison ; mais, quand la cause morbide est permanente, elle neutralise constamment l'effort continu de la nature médicatrice, et la maladie persiste. Ces causes à action permanente sont tantôt un corps étranger, tantôt un parasite ou an agent infectieux à lente évolution, tantôt et le plus souvent, un trouble durable de la nutrition. Un calcul enclavé dans Iç canal cholédoque, le favus végétant dans les follicules pileux, l'agent infectieux de la syphilis ou de la lèpre subissant dans l'organisme ses lentes transformations, la nutrition retardante engendrant les maladies arthritiques, sont autant d'exemples qui justifient mon affirmation.

Les troubles nutritifs permanents sont de divers ordres ; les métamorphoses de la matière peuvent être viciées par excès, par défaut, par perversion. Dans l'essai de pathologie de la nutrition que j'ai entrepris, j'ai cherché à approfondir l'un de ces processus pathogéniques et je me suis attaché aux troubles de la nutrition par défaut ou par ralentissement.

Pour rendre intelligible l'influence que la nutrition retardante peut exercer sur le développement de certaines maladies, j'ai cherché d'abord à vous montrer par quelques exemples le rôle des acides dans l'organisme, et je vous ai fait voir que l'accumulation des acides pouvait être le résultat de l'arrêt ou du

374 CONCLU SIONS.

ralenlisseraent des transformatioiis de la matière. Je vous ai indiqué que la prédominance des acides pouvait déjà constituer une maladie ; mais j'ai cherché surtout à établir que ce premier effet de rentrave apportée aux actes nutritifs joue un rôle dans la production des maladies engendrées par Télaboration trop lente d'autres principes immédiats. L'exemple de la lithiase biliaire nous a montré surtout conunent le défaut d'oxydation' des acides pouvait concourir à l'insuffisante élaboration d'une autre substance organique. Je vous ai montré ensuite cette insuffisance de Télaboration intra-organique portant sur la graisse et produisant l'obésité, sur le sucre et produisant ie diabète, sur la matière azotée et produisant la goutte et la gravelle. Et partout, dans chacune de ces maladies, nous sommes parvenus à découvrir que, si un principe immédiat est plus particulièrement soustrait à la destruction, les autres principes immédiats, à des degrés divers, subissent également un arrêt ou un ralentissement dans leurs transformations destructives. De là l'explication naturelle de cette loi, déduite de l'observatioo clinique, qu'à chaque maladie caractérisée par l'insuffisante élaboration d'un principe immédiat, s'associe presque fatalement, chez rindividu et dans sa famille, les maladies caraetérisées par l'accumulation des autres principes immédiats. La statistique clinique et l'analyse physiologique nous ont démontré et nous ont expliqué cette association si remarquable et si fréquente de la dyscrasie acide, de roxalurie, de la lithiase biliaire, de l'obésité, du diabète, de la gravelle et de la goutte, qui constituent comme les premières assises dans ce monceau de maladies qui toutes relèvent de la nutrition retardante.

Une dernière fois, je veux encore caractériser cette nutrition retardante.

Je dis qu'il y a nutrition retardante :

l"" Quand, après l'ingestion d'une quantité détmninée d'aliments, l'organisme met un temps plus considérable qu*à Tètat normal pour revenir à son poids primitif ;

2" Quand la ration d'entretien peut être plus faible que la normale ;

S^ Quand le poids du corps augmente avec la ration normale ;

A® Quand, avec la ration d'entretien, la quantité des excréta est moindre que la normale;

S^ Quand, pendant l'abstinence, la diminution du poids. du corps est moindre que normalement ;

6"" Quand, pendant Tabstinence, la quantité des excréta est moindre que normalement;

T" Quand on voit apparaître dans les excréta des produits incomplètement élaborés, Tacide urique, Tacide oxalique, les autres acides organiques, les acides gras volatils;

8® Quand il s'accumule dans le corps un ou plusieurs prin* cipes immédiats, Talimentation étant d'ailleurs normale;

V Quand il y a, plus qu'à Tétat normal, un abaissement de la température du corps pendant le repos et Tabstinence et particulièrement pendant le sommeil.

Ces neuf caractères s'enchaînent; mais on peut rarement les constater tous. Il suffit qu'un seul parmi eux soit nettement établi. Or tous ces caractères, nous les avons rencontrés, soit isolément soit simultanément* dans chacune des maladies que nous avons étudiées. Un tel trouble nutritif, s'il est passager, peut n'être pas nuisible ; s'il est prolongé, il provoque la mala* die qui peut être plus ou moins durable ; s'il est permanent, il c^ée la maladie chronique ou la succession de maladies aiguës paroxystiques, survenant par accès. Ce trouble nutritif établit ainsi un lien entre les divers accès d'une même maladie, entre des maladies successives diflTérentes, entre des maladies différentes simultanées. Il est la disposition morbide qui engendre ou qui maintient des maladies en apparence disparates. Il est ce que l'on a appelé et ce que j'appelle aussi la diathèse, car je n*ai pas voulu répudier ce mot traditionnel.

Bazin, dont je me séparerais à regret, n'admet pas la diathèse. C'est pure affaire de nomenclature. Ce que nous appelons diathèse, il le désigne sous le nom de maladie, et ce que nous appelons maladie, il le nomm« affection. Il agrandit le sens du mot maladie; il rétrécit la signification du mot affection. Au contraire, les maîtres de l'Ecole de Montpellier, Barthez, F. Bérard^

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