CARACTÈRES DE LA NUTRITION RETARDANTE. S
Ces altératioDS si profondes, si coDsidérables et pourtant absolument latentes de la constitution et par conséquent de la nutrition du système osseux méritent d'être reprises et poursuivies : car elles peuvent donner les indications les plus nettes touchant les vices de la nutrition dans un grand nombre d'états morbides chroniques. Ce qui importe dans Tinterprétation pathogénique de ces faits, ce n'est pas seulement l'insuffisance de Talimentation ou le défaut des phosphates alimentaires, c'est surtout le vice des mutations nutritives générales qui amènent l'accumulation des acides organiques, soit qu'ils pénètrent en excès par suite de fermentations digestives anormales, soit qu'ils résultent des fermentations intra-organiques, soit qu'enfin la nutrition se ralentisse et diminue les oxydations. Dans un temps donné, l'homme sain transforme complètement une quantité déterminée de matières organiques alimentaires et, par des étapes successives digestives et nutritives, les fait passer définitivement à l'état d'eau, d'acide carbonique et d'urée. Si, dans le même temps, Thomme ne peut faire passer à l'état de combustion parfaite qu*une quantité moindre de matière, ou si, dans le même temps, il n'amène la même quantité de matières qu'à des degrés inférieurs ou intermédiaires de métamorphose, sUl livre aux émonctoires non plus l'eau et l'acide carbonique, mais des acides organiques fixes ou volatils, non plus l'urée, mais un excès d'acide urique et de matières extractives, il y a alors, suivant l'expression de Beneke, nutrition ralentie ou nutrition retardante. Ce ralentissement de la nutrition pourra être imposé par l'insuffisance de l'alimentation si l'organisme ne se décide pas à vivre sur sa propre substance ; il résultera plus souvent peut-être de Tingestion de quantités exagérées d'aliments, ou, du moins^ l'excès des aliments produira des effets analogues à ceux de la nutrition retardante, car alors l'organisme ne pourra pas dans l'unité de temps faire passer par toutes les phases de la métamorphose physiologique une quantité de matière notablement supérieure à la ration normale et livrera aux émonctoires les produits imparfaits d'une élaboration incomplète.
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Enfin un grand nombre de circonstances hygiéniques qui intéressent la respiration et la circulation ou qui influencent le système nerveux peuvent faire varier l'activité des métamorphoses nutritives et, en particulier, créer la nutrition retardante. Dans toutes ces circonstances, les acides organiques peuvent ne pas être brûlés, Talcaliniié des sucs diminue, Tacide urique augmente dans les urines, les urates s'y précipitent plus facilement, Tacide oxalique y fait son apparition^ Dans ces cas encore, des acides gras volatils s'éliminent par les sueurs et par la perspiration pulmonaire. Dans ces cas enfin, la constitution intime des tissus est altérée par le fait de la dissolution plus facile ou de la fixation entravée des éléments minéraux qui sont la charpente de tous les éléments anatomiques. Tout Torganisme est lésé; certains tissus le sont plus particulièrement, et de ce nombre est le tissu osseux.
Messieurs, ce que j'ai demandé à cette étude sommaire du rachitisme et de Tostéomalacie, ce n'est pas seulemeut la con* naissance des conditions pathogéniques de ces maladies, c'est surtout une introduction à l'histoire des maladies par excès diacides et d'une façon plus générale à l'histoire de maladies où le trouble de la nutrition entrave ou ralentit les oxydations et les autres métamorphoses qui détruisent la matière organique. Je les ai choisis comme des exemples simples, qui nous permettront d'entrer plus avant dans la recherche des phénomènes pathologiques qui dépendent de la nutrition retardante. C'est en quelque sorte une préface à l'étude des maladies chroniques, qui pour la plupart reconnaissent, comme conditioii pathogénique dominante, ce ralentissement de la nutrition.
Puisque j'ai entrepris incidemment cet exposé des maladies dues à l'excès des acides, vous me permettrez de terminer cette leçon en vous faisant connaître, ne fût-ce qu'à l'état d'ébauche, d'autres états morbibes qui résultent du même trouble nutritif.
Parmi les acides organiques, il en est deux qui, mis à l'état de liberté, n'influencent pas la réaction des humeurs ou des tissus et qui ne peuvent pas produire leur acidité : c'est l'acide carbonique et Tacide urique. L'acide carbonique en efiel, étant