DOUZIÈME LEÇON
HYPERGLYCÉMIE ET GLYCOSURIE.
La disparition du sucre dans l'économie. G*est au niveau des capillaires qu^il se détruit. Quantités de sucre consommées pendant une révolution circulatoire totale et pendant vingt-quatre heures. L'oxydation ne 'peut pas expliquer la disparition de tout le sucre consommé. Le sucre est donc normalement assimilé par les tissus. Les tissus sont capables d'assimiler plus de sucre qu*il ne s'en forme ou qu'il n'en entre dans l'organisme. L'augmentation de l'apport ou de la production du sucre ne peut donc pas être une cause d'hyperglycémie. La diminution de l'aptitude des tissus à assimiler le sucre est la seule cause de l'hyperglycémie et par conséquent de la glycosurie. La glycosurie existant, elle pourra être augmentée : l«par tout obstacle à la fixation dans le foie du sucre alimentaire ; 2* par une activité plus grande de la glycogénie hépatique; 3* par tout ce qui diminuera la consommation du sucre par les tissus.
Influence des obstructions de la veine porte. Influence de la dilatation des extrémités terminales de la veine porte. Influence des altérations des cellules hépatiques. Influence de la pénétration des sucres dans la grande circulation. Influence de l'abus alimentaire des sucres et des féculents.
Influence des modificateurs de la nutrition des cellules hépatiques.
Influence des modificateurs de la nutrition générale : troubles nerveux, circulatoires, digestifs, respiratoires. Glycosurie asphyxique.
Nous avons consacré toute une leçon à des prolégomènes physiologiques, parce qu'il était indispensable^ pour Finterprétation des phénomènes pathologiques, de savoir d'où provient le sucre de Téconomie. Nous savons aujourd'hui que ce sucre qui existe normalement dans le sang, que cette glycémie normale n'a pas d'autre source que la transformation normale du glycogène hépatique ; que, s'il entre dans le sang du sucre fourni par Talimentation et par la digestion, ce sucre ne passe pas dans la circulation générale, qu'il s'arrête, se transforme et se fixe dans le foie. Nous savons que, si le glycogène hépatique
ISO HYPERGLYCÉMIE.
peut résulter d'une transformation directe de certaines substances alimentaires, il est surtout produit par une élaboration ultérieure des matériaux constitutifs du corps. Sa vraie source, c'est la matière vivante qui se décompose pour se reformer avec les matériaux de sa décomposition, quand ces matériaux ont reçu dans quelque organe auxiliaire de la nutrition une élaboration nouvelle. Nous savons enfin que le glycogène musculaire ne fournit pas de sucre au sang. Nous pouvons donc aborder rétude des variations pathologiques de la glycémie, en partant de cette notion que la glycémie est le produit de la fonction glycogénique du foie.
Le sucre pénètre incessamment dans le sang; il ne s'échappe normalement par aucun émonctoire, et cependant sa proportion toujours minime reste stationnaire. Le sucre disparait donc incessamment; il est détruit, ou transformé dans le sang, ou utilisé dans les tissus. Je vous ai dit que je considérais le sucre comme un principe immédiat capable d'être employé à former ou à rénover la substance des éléments anatomiques; j'espère pouvoir vous fournir aujourd'hui la démonstration de ce rôle plastique ; mais on ne parle le plus souvent du sucre que comme d'un combustible. Cependant Bernard admettait que le sucre disparaît par fermentation plutôt que par oxydation. Il avait été frappé de ce fait : c'est que le sucre injecté dans les yeines disparaît, puisqu'il ne provoque pas la glycosurie ; et il avait remarqué cet autre fait : c'est que le sucre ajouté à du sang, en dehors de l'organisme, disparaît aussi, en même temps que le sang devient acide. Il supposait que le sucre se détruit dans le sang en subissant la fermentation lactique. Il appuyait son hypothèse sur cet autre fait : si l'on ajoute au sang de la glycose et de la lévulose, la glycose disparaît, la lévulose persiste ; or la lévulose est plus facilement oxydable, tandis que la glycose fermente plus facilement. Ce n'était qu'une hypothèse. Cependant Bernard avait cru d*abord à la combustion ; il avait même admis que cette combustion s'opère dans les poumons. C'était un lapsus physiologique qui rappelle l'erreur de Lavoisier. M. Chauveau a établi au contraire que, si le sucre se brûle,