TREIZIÈME LEÇON
GLYCOSL'RIE 3iER¥EL'SE ET TOXIQUE.
Glycosurie par lésions du système nerveux. Interprétations physiologiques» du mode d'action de ces lésions.
Glycosurie par substances toxiques. Les unes empêchent la consommation du sucre, en s'opposant à Tosmose et par suite à Tassimilation. D'autres entra* vent la combustion du sacre en diminuant l'alcalinité des humeurs. D autres agissent en diminuant la capacité respiratoire du sang.
Les théories du diabète. 1» Le diabète est dû à des troubles digestifs : thè<>> ries de RoUo et de Bouchardat. Diabète pancréatique. Malformation du sucre. 2* Le diabète est dû au défaut de fixation par le foie du sucre alimentaire : théories de Poster, de Dickinson, de Zimmer. 3* Le diabète est dû à une exagération de la glycogénie hépatique : théories de Bernard, de Pavy, de SchiCT, de Tiegel. 4<* Le diabète est dû à la glycogénie musculaire : hypothèse de Zimmer. 5* Le diabète est dû à un vice de la désassimilalion des tissus : théories de Pettenkofer et Voit, de Huppert, de Lécorché, de Jaccoud. 6* Le diabète est dû à une utilisation insuffisante du sucre : théories de Miahle, de Reynoso, de Bences Jones, de Schultzen. Notre conception du diabète.
Nous avons établi que la glycosurie dépend toujours de rhyperglycéraie et que l'hyperglycémie est due au défaut de consommation ou d'utilisation du sucre par les tissus. Nous avons indiqué ensuite les causes' qui peuvent faire varier Tintensité de Thyperglycémie et influencer le degré de la glycosurie. Nous allons aujourd'hui chercher comment TécoDomie met en jeu les causes de l'hyperglycémie . Nous nous adresserons à la pathologie expérimentale qui nous offre un vaste champ d'étude, celui des glycosuries nerveuses et celui des glycosuries toxiques.
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C'est en 18&9 que Cl. Bernard institua cette expérience mémorable, dans laquelle la piqûre du quatrième ventricule au-dessous de l'origine des pneumogastriques fait naître la glycosurie. Bernard fit voir ensuite que la section des pneumogastriques ne modifie pas la glycosurie ainsi produite, que l'excitation du bout périphérique du nerf sectionné ne produit également aucun changement, mais que la glycosurie augmente si Ton vient à exciter le bout central. Il vit que la section préalable des nerfs splanchniques empêche la piqûre de produire son effet habituel ; mais que, si la section des splanchniques est faite après la piqûre, la glycosurie persiste, bien qu'elle aille en diminuant. Si la section de la moelle cervicale est faite avant la piqûre, la glycosurie ne se produit pas.
Le quatrième ventricule irrité n'est pas le seul foyer de production de la glycosurie nerveuse. Schiff a produit la sécrétion d'urines sucrées par la section des couches optiques, des pédoncules cérébraux, de la protubérance, des pédoncules cérébelleux moyens et postérieurs. L'effet de ces lésions n*est pas aussi constant que dans le cas où la blessure porte sur le plancher du quatrième ventricule. Ainsi Kûhne n'a pas réussi à obtenir les résultats annoncés par Schiff ; Pavy n'a pas pu produire la glycosurie par la section des pédoncules cérébraux. Schiff a encore fait apparaître le sucre dans les urines parla section de la moelle au niveau de la deuxième vertèbre dorsale et même par des lésions isolées soit des cordons postérieurs, soit des cordons antérieurs, dans une grande étendue de ce centre nerveux, et même à la région dorsale. Mais Pavy'n*a rien obtenu de semblable. Enfin Schiff a provoqué la glycosurie par la section du nerf sciatique, et J. P. F. Richter a confirmé la réalité de ce fait.
Pavy a obtenu la glycosurie en sectionnant le bulbe et en pratiquant la respiration artificielle. Il Ta produite également par la section du ganglion cervical supérieur du grand sympathique, par celle des filets sympathiques qui se rendent dans le canal des apophyses transverses. Il a obtenu peu de chose par la section du sympathique thoracique, rien par celle du
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sympathiqae carotidien, rien par la section totale des nerfs qui entrent dans le foie.
Eckhard au contraire n'a rien obtenu par la section du ganglion cervical supérieur, mais il a obtenu la glycosurie en sectionnant le ganglion cervical inférieur, et, comme Pavy, il a obtenu peu de chose à la suite des lésions dn sympathique thoracique. Contrairement à Bernard, il a produit la glycosurie par la section d'un pneumogastrique ou par la section des deux nerfs chez des animaux nourris abondamment. Mais il a reconnu que la section des splanchniques empêche la glycosurie de se produire, non seulement celle que détermine la piqûre, mais d'autres en assez grand nombre; celle qui résulte de Tintoxication par Toxyde de carbone n'est, au contraire, noUement impressionnée par la section des splanchniques .
Cyon et Aladoff provoquent la glycosurie par section des ganglions cervical inférieur et thoracique supérieur et par Textirpation de la gaine que Tanneau de Yieussens forme autour de Fartère sous-clavière ; mais ils n'obtiennent rien de l'extirpation du ganglion cervical inférieur, s'ils font en même temps la section du cordon sympathique thoracique jusqu'à la dixième ou à la douzième cote, ou s'ils sectionnent les splanchniques . Ajoutons que Munck et Klebs ont obtenu la glycosurie après Tablation du plexus solaire, et que Filehne Ta provoquée également par l'excitation du nerf dépresseur chez le lapin.
Comment pouvons-nous interpréter tous ces faits? Quel est le mode d'action de ces lésions nerveuses? agissent-elles sur les vaisseaux, sur la nutrition de la cellule hépatique ou sur la nutrition générale? Presque tous les physiologistes admettent que ces blessures du système nerveux agissent en provoquant des dilatations vasculaires paralytiques ou actives.
L'expérience de Pavy, qui ne provoque pas la glycosurie par la section de tous les nerfs à leur entrée dans le foie, serait de nature à faire supposer que la glycosurie nerveuse n'est pas due à une dilatation paralytique des vaisseaux du foie. On a supposé qu'il s'agit d'une action dilatatrice active partant du mésocéphale ou du bulbe, descendant par la moelle et non par
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le pneumogastrique, passant de la moelle en partie au sympathique cervical et au sympathique dorsal, pouvant enfin aboutir au plexus solaire par les splanchniques et par les filets qui, de la moelle lombaire, se rendent à ce plexus.
Cyon et AladolT pensent que la section des splanchniques dilate d*autres territoires vasculaires que ceux du foie et que, si la piqûre du bulbe vient après, elle peut bien dilater les vaisseaux hépatiques, mais une grande masse de sang étant emmagasinée dans les autres viscères, il n'en resterait plus assez pour congestionner le foie. Si au contraire la piqûre est faite avant la section des splanchniques, le foie est déjà congestionné et la dilatation vasculaire des autres organes, qu'on provoque après, ne fait disparaître que lentement la congestion hépatique.
De fait, la piqûre du bulbe provoque Thyperéinie du foie, et comme Ta établi M. Yulpian, Télectrisation des rameaux du plexus solaire produit Tanémie de cet organe. Donc, dans la glycosurie nerveuse, il y a congestion du foie. Comment pourrait agir cette congestion? serait-ce en empêchant la fixation des générateurs du glycogène? Serait-ce en activant la désassimilation du foie? Pour Pavy, cette congestion forcerait la sortie du glycogène; pour Schiff, elle provoquerait la formation du ferment.
Si la glycosurie nerveuse était le résultat de la congestion du foie, toute congestion hépatique devrait produire la glycosurie, ce qui est loin d'être le cas. C'est ce que nous enseigne rhi&toire clinique des hyperémies pathologiques telles que nous les observons dans les maladies du cœur ou des poumons, dans la congestion des pays chauds, dans celle qui succède aux excès de table, et enfin dans les formes variées de l'hépatite. Dans toutes ces maladies la fièvre peut manquer, la nutrition générale peut n'être pas sérieusement troublée, mais la glycosurie fait défaut malgré la congestion hépatique. Pourquoi ces lésions nerveuses n'agiraient-elles pas en ralentissant la nutrition générale? Nous savons que le système nerveux est le modérateur des mutations nutritives, qu'il peut les accélérer ou les retarder ;
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pourquoi la piqûre du quatrième ventricule n'aurait-elle pas cette action entravante? quoi quMl en soit de cette hypothèse, que l'expérimentation n'a peut-être pas encore confirmée, mais qu'elle n'a pas contredite, les glycosuries nerveuses sont vraies expérimentalement ; elles sont vraies aussi cliniquement. Nous les voyons succéder aux grands ébranlements neneux. aux chocs traumatiques, comme aux secousses morales; nous les voyons accompagner certaines lésions des centres nerveux, non seulement les lésions traumatiques, mais aussi les tumeurs, les foyers hémorrhagiques.
Je passe aux glycosuries toxiques. Beaucoup de substances qui exercent une action délétère peuvent provoquer la glycosurie. Bernard a signalé le curare et Toxyde de carbone, Euleoburg le chloroforme, Kùlz la métyldelphinine, F. A. Hoffmann le nitrite d'amyle, Naunyn Tacide chlorhydrique, Pavy l'acide phosphorique, Almen la térébenthine, Roscnbach le sublimé, et j'ai moi-même observé la glycosurie dans l'empoisonnement mercuriel, Lecomte le nitrate d'urane, Levinstein, Eulenburg. Eckhard la morphine, Feltz et Ritter, Levinstein l'hydrate de chloral, Goitz Tacide lactique ingéré en grande quantité. Cherchons à interpréter le mode d'action de ces diverses substances.
On a dit que le curare produit Thyperémie hépatique; cela parait réel ; mais nous savons que Thyperémie du foie ne suffit pas pour produire la glycosurie. Le curare a une autre action plus générale : il supprime l'action physiologique des extrémités terminales des nerfs moteurs; il supprime ainsi la consommation fonctionnelle du sucre par les muscles et a peut-être une action plus profonde sur la nutrition.
On a dit aussi que le chloroforme hypcrémie le foie; maison ne l'a pas démontré. Le chloroforme provoque la glycosurie comme le chloral, et j'ajoute que l'alcool et l'éther injectés par Harley dans la veine porte ont également fait apparaître le sucre dans les urines. Or l'alcool, l'éther, le chloroforme, le chloral sont des corps qui entravent Tassimilation, car ils s'opposent à Tosmose. M. R. Dubois a signalé ce fait à la Société de biologie