INTERPRÉTATION DES GLYCOSURIES TOXIQUES
en 1869. Comme les corps à faible capacité caloriflque et à faible pouvoir osmotique, ces substances, si elles sont mélangées aux humeurs, empêchent le passage dans les éléments anatomiques des parties constituantes de ces humeurs; elles ralentissent ainsi le mouvement nutritif, et, comme conséquence, on voit Turée diminuer, la température baisser, enfin le sucre n'être pas utilisé. Ce n'est pas parce qu'elles se substituent à Toxygène; l'oxygène, loin de manquer, reste en excès, parce qu'il n'est pas consommé, parce que son passage dans les cellules est entravé comme celui des autres substances qui sont avec lui en solution dans les humeurs. Et les autres conditions qui s'opposent à Tosmose produisent la même entrave à l'utilisation du sucre. Bock et Iloffmann ont vu une injection intra-veineuse d'une solution de sel marin au centième produire la glycosurie; l'excès du sel dans le sang s'opposait à l'osmose, ralentissait la nutrition et par conséquent la consommation du sucre. La même explication me semble applicable aux glycosuries qui ont été provoquées par Kûlz en injectant le carbonate, l'acétate, le valérianate, le succinate de soude; par Kûntzel en injectant le carbonate, le phosphate, l'hypophosphite de soude et aussi la gomme arabique. Dans tous ces cas, il n'y a pas à proprement parler glycosurie toxique, il y a diminution de l'osmose, ralentissement de l'assimilation, obstacle à la consommation du sucre par les tissus. D'autres glycosuries, dites toxiques, résultent peut-être de ce que le sucre n'est pas brûlé, par suite d'une diminution de Tacalinité des humeurs : ainsi pourraient s'expliquer celles qu'ont provoquées Naunyn par l'acide chlorhydrique, Pavy par l'acide phosphorique, G. Goltz par l'acide lactique en excès.
Une altération des globules, en s'opposant encore à la combustion du sucre, peut expliquer aussi d'autres glycosuries toxiques. Ainsi, dans l'intoxication par l'oxyde de carbone, le sang artériel ne contient plus que le quart de son oxygène normal. De même, dans l'empoisonnement par l'ammoniaque que Harley a vu provoquer la glycosurie, la capacité respiratoire diminue ; 100 centimètres cubes de sang ne peuvent plus fixer au maximum
que 13 centimètres cubes d'oxygène au lieu de 30 centimètres cubes. De même encore, pour la glycosurie par le nitrite d'amyle, la capacité respiratoire descend à &,& pour 100 au lieu de 30 pour 100. •
Je ne sais si je m'abuse; mais il me semble que fous ces faits déposent en faveur de la théorie pathogénique que je vous ai proposée et démontrent, pour leur part, que rhyperglycémie et par conséquent la glycosurie dépendent non d'un excès dans la formation du sucre, mais d'un défaut dans sa consommation.
Le point de départ étant ainsi fixé, nous pouvons aborder Texamen des théories du diabète. Partant d'un accident fonctionnel passager, nous allons nous élever à la conception d'une maladie où nous retrouvons, comme symptôme dominant, ce même accident fonctionnel, non plus transitoire, mais permanent. Ce qui caractérise symptomatiquement le diabète sucré, en effet, c'est une glycosurie notable et durable. Peu de maladies ont, à un aussi haut degré, excité la curiosité et provoqué à la recherche des conditions pathogéniqucs. A ma connaissance, le nombre des théories du diabète n'est pas inférieur à vingt-sept, mais on peirt les grouper toutes autour de six conceptions principales, suivant que les auteurs ont rapporté le diabète :
1° A des troubles digestifs ;
2° Au défaut de fixation par le foie du sucre alimentaire;
3*^ A l'exagération de la glycogénie hépatique;
Ji" A la glycogénie musculaire;
5"" A un vice de la désassimilation des tissus ;
&" A une utilisation insuffisante du sucre.
La première théorie est celle de RoUo. Malgré la finesse de son observation, son système, en raison de Tinsuffisance des notions chimiques et physiologiques de Tépoque, ne peut plus être discuté. Pour lui, la mauvaise élaboration des aliments par un tube digestif malade, fournissait au sang une quantité exagérée de sucre. C'est, dans rensemble, la théorie de M. le professeur Bouchardat, ou du moins la théorie qu'il a formulée