DIABÈTE PANCRÉATIQUE
autrefois et qui a subi des modifications. Dans son dernier ouvrage, M. Bouchardat se défend même de toute tendance à la systématisation. Notre savant maître n'est donc plus respon* sable de ce que, dans le langage médical, on a encore coutume d'appeler la théorie de Bouchardat. Cette théorie peut se résumer ainsi : le diabète sucré est une maladie du tube digestif qui transforme trop rapidement Tamidon en sucre ou qui transforme trop lentement le sucre en acide lactique, d'où résulte la pénétration anormale du sucre dans le sang.
Parmi les théories qui font dépendre le diabète de troubles digestifs, je dois signaler ici l'opinion qui attribue le diabète, ou au moins une certaine espèce de diabète, à une maladie du pancréas. Les atrophies, les dégénérescences du pancréas ont été constatées souvent à Tautopsie des diabétiques. On a reconnu Tatrophie graisseuse des cellules, avec ou sans prolifération du tissu conjonclif. Tantôt cette lésion du pancréas a paru primitive, tantôt elle était consécutive à des calculs formés dans le canal pancréatique. M. Bouchardat avait deviné cette fréquence des maladies du pancréas dans le diabète; pour lui, c'était plus qu'une supposition, c'était une conviction. Il adjurait les médecins d'examiner scrupuleusement l'état de cette glande dans les autopsies, persuadé que là ils trouveraient la lésion du diabète. On ne possédait guère à cette époque que les faits de Cowley, d'EUiotson, de Bright. Les recherches nouvelles n'ont pas montré que la fréquence de la lésion pancréatique dans le diabète fût aussi grande que le supposait M. Bouchardat; elles ont établi, au moins, gue ces lésions ne sont pas exceptionnelles. Sur cinq autopsies de diabétiques, Griesinger a trouvé une fois l'atrophie du pancréas; Hartsen, Fies, v. Rechlinghausen ont publié de nouvelles observations. Sur neuf diabètes, Frerichs a trouvé cinq fois l'atrophie. Les observations plus récentes de Klebs, de Harnack,de Kûss, de Schaper, de Gantani, de Silver, de Friedreich, de Haas, de Lécorché, de Lancereaux démontrent encore qu'il y a autre chose qu'une coïncidence fortuite dans ces lésions du pancréas que l'on rencontre chez les diabétiques. '
m THÉORIES DU DIABÈTE.
Sur trente observations dont il a fait le relevé, Seegen a trouvé noté treize fois un état pathologique du pancréas. Il y avait quelque chose d'illogique à admettre que ces atrophies sciéreuses, qui ne sont certainement pas consécutives au diabète, se montrassent avec une telle fréquence, sans jouer un rôle pathogéniquo ; mais on a été arrêté, d'autre part, par cette considération que, le plus souvent, la lésion pancréatique manque. M. Lancoreaux, avec beaucoup de réserve, a formulé cette opinion que les lésions pancréatiques n'appartiennent qu'à certains diabètes et que ces diabètes ne rentrent pas dans la forme commune, qu'ils diffèrent du diabète vulgaire par les symptômes et par la marche; ce sont des diabètes graves, à consomption rapide. Je crois que l'opinion de M. Lancereaux est exacte, et, dans un cas où les symptômes m'avaient fait admettre l'existence du diabète pancréatique, j'ai pu constater ultérieurement le développement d'une tumeur du pancréas. Il s'agit d'un homme chez lequel une diarrhée quotidienne, précédée deborborygmes, sans douleur, survenant environ trois heures après chaque repas, constituée par des matières mal digérées extrêmement fétides, dont la consistance était comparée par le malade à de la bouse de vache, s'accompagna d*un amaigrissement rapide, progressif avec glycosurie. L'examen de la région ombilicale ne me lit rien découvrir; mais je crus pouvoir affirmer que ce diabète maigre et rapide était un diabète pancréatique. Quatre mois plus tard, je revis le malade, dont l'état, après un amendement passager, avait continué à s'aggraver, et je pus enûn constater de la façon la plus nette une tumeur dure, qui, par son siège, par sa forme, par sa direction, ne pouvait être autre qu'une tumeur de la tète du pancréas. Le malade est mort et l'autopsie a fait reconnaître un cancer de la tête du pancréas. Il semble donc qu'il y aurait des catégories à établir dans la maladie diabétique. Le diabète pancréatique sera l'une des subdivisions de cette unité trop compréhensive.
Au premier abord, on comprend difficilement comment une
lésion du pancréas pourrait engendrer le diabète. Cet organe
* ayant entre autres fonctions celle de transformer en sucre les