LES MODIFICATIONS DE LA CONSTITUTION
Il faut y ajouter, pour la destruction de la matière azotée circulante, un surplus d'aliments protéiques que fourniraient 3 grammes de viande, mais qu'il vaut mieux demander au lait, aux œufs, au pain, aux légumineuses. L'emploi de tous ces aliments plus ou moins riches en matière protéique, leur usage simultané ou alternant a l'avantage d'introduire, en même temps, dans l'organisme les différents sels minéraux qui ne se trouvent pas réunis en proportion convenable dans un seul de ces aliments.
Quand Talimentation a été longtemps viciée dans les rapports de ces parties constituantes, il en résulte à la longue que le corps est plus riche en certaines substances et qu'il est plus pauvre en autres composés. Sa constitution chimique est modifiée; et, comme conséquence, sa vitalité, son activité nutritive est altérée. Beneke affirme que dans la scrofule il y a défaut des phosphates terreux et de la graisse, excès des albuminoîdes ; que dans le cancer il y a excès des phosphates terreux, de la graisse, delà lécithine, de la cholestérine, défaut des chlorures alcalins; que dans la goutte il y a excès des albuminoîdes, de l'hémoglobine, de la graisse, défaut du chlorure de sodium et du phosphate de soude. Je ne sais pas si toutes ces modifications ont été constatées expérimentalement ; mais je ne doute pas que de tels changements dans la constitution chimique de l'organisme soient possibles. Il y aurait peut-être là l'explication de l'antagonisme qui existe entre certaines maladies constitutionnelles.
J*ai consacré de longs développements à l'étude de Tune des causes qui peuvent vicier les métamorphoses des matières azotées; j'ai énuméré seulement les autres causes. L'action isolée et combinée de ces causes vicie la nutrition en Taccélérant ou en la ralentissant dans son ensemble, en activant les métamorphoses de certaines substances et en retardant l'élaboration d*autres substances, en changeant ainsi les proportions des parties constituantes, en provoquant enfin Tapparition de substances anormales. Ces vices de la nutrition, avec les modifications qu'ils entraînent dans la constitution du corps, ce
n'est pas encore la maladie; c'est la disposition à la maladie: c'est la diathèse. La maladie qui va apparaître sera caractérisée par un vice nutritif partiel plus accusé : c^est ce qui a lieu dans Toxalurie, dans la lithiase biliaire, dans Tobésité, dans le diabète. Ou bien, les éléments étant viciés dans leur nutrition, la prolirération peut en résulter, car, ainsi que je Tai dit, la multiplication n'est qu'un mode spécial de la croissance, et la cn>issance n'est qu'un mode spécial de la nutrition. Le rhumatisme, soit aigu, soit chronique, nous offrira un exemple de cette seconde catégorie, de maladies. Enfin le trouble nutritif portant sur des éléments à fonctions spéciales pourra amener une modification dans le fonctionnement. Les névralgies, la migraine, rosthme seront des exemples de ces maladies fonctionnelles liées à un trouble nutritif permanent, à une diathèse. La gravelle n'est encore qu'un vice partiel delà nutrition, la goutte esl à la limite entre les maladies nutritives simples et les maladies formalives. La goutte formera ainsi la transition avec le rhumatisme et établira l'enchaînement entre toutes ces maladies dont nous nous efforçons de préciser les conditions pathogéniques et qui se présentent à nous comme dominées par une même altération générale de la nutrition, par un même élal diathésique.