DU NERF MOTEUR EXTERNE DE L'ŒIU
(sixième paire)
MÉMOIRE LU A L'ACADÉMII^ impériale DE MÉDECINE DE PARIS (séance du 21 FÉVRIER 1860).
Messieurs,
La paralysie symplomatiquo du nerf moteur oculaire externe est une affection assez rare.
Celle qui se développe sous l'influence d'une diathèse syphilitique est des plus rares^ et n'a pas été suffisamment remarquée jusqu'ici.
C'est pourquoi je demande aujourd'hui à FAcadémie la permission de lui soumettre les cas que j'ai eu l'occasion d'observer.
Quand on réfléchit à la fréquence relativement plus grande de la paralysie des autres nerfs crâniens, on se demande naturellement si la sixième paire ne serait pas le moins sensible de ces nerfs.
On sait que la sixième paire lire son origine du sillon qui sépare le bulbe rachidien de la protubérance par deux racines, Tune inférieure et extérieure, et l'autre supérieure. La première, plus considérable, part de la pyramide antérieure correspondante. La seconde, ou la racine supérieure, qui n'existe pas toujours, semble se perdre au milieu des fibres les plus inférieures de la protubérance annulaire; ce qui avait conduit quelques anatoniistes et surtout Santorini à supposer une double origine à la sixième paire : le bulbe rachidien d'une part, et la protubérance de l'autre. Cependant, en poursuivant cette racine sur un isthme de l'encéphale macéré dans l'alcool, on reconnaît qu'elle se comporte, par rapport aux fibres de la protubérance, de la môme manière que les deux racines de la cinquième paire. Aussi, après avoir cheminé au milieu de fibres, vient-elle bientôt se continuer avec le faisceau prolongé des pyramides antérieures. Quoi qu'il en soit, ces pyramides sort évidemment l'unique point de départ du nerf oculo-moteur externe.
Ce nerf, composé de cinq à six filets, après avoir traversé le repli fibreux étendu du sommet du rocher ii la lame quadrilatère du sphénoïde, pénètre dans le sinus caverneux qu'il parcourt horizontalement d'arrière en avant, et de là dans l'orbite par la fente sphénoïdale, entre les deux insertions du muscle droit externe de l'œil.
Primitivement insensible, le nerf moteur oculaire externe emprunte cependant une sensibilité assez vive à l'anastomose qu'il reçoit de la branche ophthalmique, comme le démontrent les expériences de M. le professeur Longet. En effet,
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lorsque Ton soumet ce nerf aux irritatious uîécaiii([i:es, au galvanisme par exemple, le globe oculaire subit convulsivement un mouvement de rotation sur son axe vertical, et la pupille se porte à l'instant en dehors. Si l'on vient à diviser le nerf oculo- moteur externe, la pupille, au contraire, se porte immédiatement en dedans. La compression déterminée par une tumeur développée sur le trajet de ce nerf produit également le même phénomène, comme le prouvent les faits rapportés par Burdach, Yéloly et autres physiologistes.
Toujours est-il que le principal phénomène qui caractérise la paralysie ou l'inertie du nerf moteur oculaire externe, consiste dans l'adduction du globe oculaire en dedans avec impossibilité de le porter en dehors.
Bien que l'appareil symptomatologique des paralysies syphilitiques de la sixième paire, soit ordinairement semblable à celui des paralysies qui résultent d'une lésion des centres nerveux, les premières en diffèrent néanmoins par leur cause, par leur début, par leur marche, et, ce qui surtout est important, par leur curabilité.
C'est à peine si quelques auteurs, en parlant de la paralysie des nerfs crâniens, ont touché à celle de la sixième paire. Ici les détails nous manquent donc presque complètement.
Ce défaut de description des caractères particuliers de la maladie qui dépend sans doute de la rareté môme des paralysies en question, est une cause évidente d'embarras pour l'observateur, lorsqu'il se trouve pour la première fois en présence d'une semblable affection; surtout s^il omet, dans l'examen du malade, certaines considérations par rapport à
iZl MALADIES VÉNÉRlEiVNES.
Fàge, aux tempéraments, à Thérédité, aux antécédents, à la mai che des phénomènes morbides, etc.; et c'est ainsi que l'on est conduit souvent à déclarer incurables les affections qui avaient résisté à une médication rationnelle.
Aussi me suis-je efforcé, dans ce travail, pour combler, autant que possible, la lacune que je viens de signaler, de noter soigneusement les différentes circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi les accidents paralytiques, afin d'établir, par suite, la symptomatologie, le diagnostic différentiel, et de saisir ainsi les indications essentielles du traitèmetii.