OBSERVATION
Paralysie syphilitique de la sixième paire {à l'œil droit) ^ quatre ans après des cliancres à la verge; traitemmt spéeifique, Guérison.
Le nommé Markor, âgé de vingt-sept ans ; tempérament lymphatique, constitution détériorée, [profession de bacbier, avait contracté, pour la première fois, en 1 848, des chancres sur le dos du gland et au frein de la verge. Dès le début, cet individu avait consulté un empirique et plus tard un médecin, qui l'avaient tous les deux traité pendant des mois entiers par le mercure. Les chancres se cicatrisèrent, et il avait lieu de se croire guéri, lorsqu'il lui survint, sans contagion nouvelle, un érythème papuleux dont le corps et surlout les membres inférieurs furent envahis. En outre, il perdit ses cheveux vers la même époque. Cet érythème s'est développé sans fièvre ni démangeaison.
S'étant alors une première fois rendu à l'hôpital de Yédi-Koulé, il y fat admis par M. Karstorki. Quoique tous les acc'dents parussent céder à l'emploi des n)ercuriaux, le malade quitta l'hôpital malgré les sages conseils do ce médecin, de qui je tiens ces renseignements.
Le 15 février 1852, c'est-à-dire deux ans après sa sortie de l'hôpital, Markor y vierU de nouveau, et cette fois il est admis dans mon service.
PARALYSIE Dr NKRF MOTEUR EXTERNE DE e'oEJI . J5
Elal : Il était atteint des accidents tertiaires ; plusieurs petites tumeurs ou périostoses, à la partie antérieure et moyenne du tibia droit et à la clavicule gauche, avec douleurs s'exaspérant à la pression. Aucune altération ou changement de couleur à la peau recouvrant ces tumeurs, sauf un peu d'empAtement.
La situation des yeux m'ayant frappé, voici ce que je constatai :
Le globe oculaire droit était fortement porté vers le nez dans le grand angle de l'œil; la cornée se trouvait presque entièrement cachée dans cet angle. Il y avait impossibilité absolue de ramener l'œil en dehors ou vers le petit angle. Le malade ne pouvait diriger cet organe que seulement en haut et en bas, et ceci encore dans une très minime étendue. Toutefois, il arrivait que, par intervalles éloignés, la cornée se montrait presque en entier, mais elle disparaissait aussitôt en se reportant vers le grand angle.
Quant à la pupille, elle paraissait d'une contraclilité normale et sans déformation appréciable.
Le malade voyait les objets doubles; mais si on lui fermait l'œil paralysé, la vision de l'autre étant très nette, il distinguait alors la forme et le nombre des objets qu'on lui présentait à une distance convenable; et, par contre, si fermant l'œil sain, on l'engageait à ne regarder que de l'œil malade, la confusion des objets et la diplopie se reproduisaient à Tinstant,
Ces phénomènes diplopiques variaient suivant le nombre et la forme des objets placés devant le malade. Ainsi, ces objets sont-ils sphériques, le malade accuse la perception de deux images situées à côté Tune de l'autre; sont-ils allongés, comme un crayon, ou un doigt, par exemple, et situés dans le sens vertical, les images lui paraissent encore à côté l'uiie de l'autre ; mais le crayon ou le doigt est-il placé dans le sens horizontal, les images sont alors l'une sur l'autre.
Rien de particulier du côté du cerveau ; d'ailleurs toutes les fonctions sont physiologiques. Le malade se plaint seulement d'une douleur de tète gravative, s'exaspérant par la chaleur et surtout la nuit, douleur dont le siège principal est la région iemporo-maxillaire et l'arcade sourcilière du côté droit.
Diagnoslic : Paralysie du nerf oculo-moteur externe. Accidents tertiaires syphilitiques dont le point de départ par des chancres il y a quatre ans.
Prescription : Une pilule de proto-iodure d'hydrargyre de 5 centigrammes chaque jour, vésicatoires sur les parties douloureuses (tempe, clavicule, tibia), |)ansenient de ces vé-icatoires avec des cataplasmes arrosés de laudanum ; régime substantiel.
16 MALADIES YÉNIÎRIENNES.
Ce traitement fui régulièrement, suivi jusqu'au '24 février sans apporter de grands ch^ingements dans l'état du malade. Seulement trois jours après l'application loco dulenti de ces vésicatoires, la douleur y fut considérablement diminuée. — Même prescription, et iodure de potassium 2 grammes par jour.
Le 9 mars, l'adduction de l'œil paraît moins prononcée, quoique la diplopie persiste encore. Les douleurs ostéocopes ont cédé, mais les périostoses subsistent. L'état général du malade présente également de l'amélioration. — - Même traitement, et compression méthodique sur les tumeurs du tibia au moyen des bandelettes de l'emplâtre de Vigo.
Le 20 mars, amélioration croissante dans les accidents syphilitiques. L'adduction de l'œil est toujours moindre, bien que la vision soit encore assez confuse. — Même prescription; nouveaux vésicatoires sur les mêmes régions.
Le 20 avril, amélioration très notable dans l'état général. L'adduction de l'œil n'existe plus, la distinction du nombre et de la forme des objets se fait bien. — Même traitement, excepté les vésicatoires.
Le 4 mai, guérison. Tous les mouvements de l'œil sont libres et physiologiques. Le parallélisme des yeux est parfait, l'état général très satisfaisant.
Le 4 3, le malade quitte l'hôpital.
Depuis, il est revenu me voir, et sa guérison s'est maintenue.