‹ Malaria et moustiquesChapitre 2 sur 7 · PORT ENS · texte numérisé non relu

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marquables. Ils se gonflaient et se débarrassaient eux-mêmes du corpuscule qui les englobait, et l’on voyait alors quelques-uns d’entre eux émettre brusquement un certain nombre de filaments mobiles; on pouvait assister à des luttes violentes entre ces filaments et parfois on les voyait se détacher de la cellule parente et s’élancer parmi les corpuscules en laissant le résidu du gamétocyte avec sa mélanine, une masse inerte et en apparence morte.

Il est clair qu’un phénomène aussi extraordinaire, observé par Laveran dès ses premières recherches, ne pouvait manquer d’exciter la plus vive curiosité. Une chaude controverse s'établit à son sujet. Laveran, Danilewsky et Mannaberg soutinrent que le phénomène était un phénomène vital, que les filaments mobiles étaient des organismes vivants et constituaient un stade dans la vie du parasite. Antoliser, Grassi, Bignami, et autres de l’école italienne, revinrent au contraire à la vieille théorie — à laquelle nous aimons toujours à faire retour quand nous ne pouvons pas expliquer un phénomène,—et soutinrent qu'on se trouvait en présence d'un phénomène régressif, d’une désintégration du parasite, à sa mort in vilro. Pour eux ces filaments n’avaient aucune signification. Laveran, Danilewsky, Mannaberg, de leur côté n’établirent pas d’une façon précise quelle était cette signification ; Mannaberg y vit bien une indication de l’existence saprophytique, mais il ne put pas expliquer comment ces filaments pouvaient sortir du corps pour jouer leur rôle.

Il était réservé à Manson de découvrir la fonction ultime (sinon immédiate) de ces corpuscules. Il se demanda pourquoi ces filaments mobiles ne s’échappaient qu'après que le sang avait été enlevé de l’hôte

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(fait constaté par beaucoup d’observateurs). L'étude de ces filaments, de leur forme et de leurs mouvements caractéristiques le conduisit à rejeter les idées des Italiens et le convainquit qu’on était bien en présence d'éléments vivants ; il eut dès lors l’intuition que le fait de leur apparition seulement après l'extraction du sang (environ quinze minutes après) devait correspondre à une circonstance définie de la vie des parasites. Quelle pouvait être cette circonstance ? Il est évident que ces parasites, comme tous leurs congénères, doivent passer d’un hôte à un autre; tous les parasites connus sont capables non seulement de pénétrer chez un hôte, mais aussi de le quitter soit par eux-mêmes soit par leur progéniture. Manson avait déjà utilisé brillamment cette méthode de raisonnement inductif pour la découverte du développement de Filaria nocturna chez le cousin; il appliqua cette même méthode à l'étude des parasites de la malaria.

Pourquoi les filaments mobiles n’apparaissent-ils qu'après extraction du sang? Une seule explication est plausible, c’est que le phénomène, bien qu’observé habituellement dans une préparation sous le microscope, se produit en réalité dans la cavité stomacale de quelque insecte suceur et constitue la première étape de la vie du parasite en dehors de l'hôte vertébré.

Il faut avoir passé des années à retourner le problème sous toutes ses faces pour bien comprendre toute la valeur de cette remarquable induction. Pour moi, le raisonnement est irréprochable et il était impossible d’envisager la question comme le faisait Manson sans sentir croître en soi la conviction que le développement des parasites exigeaitl'intervention

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d'insectes suceurs. Les événements ultérieurs ont d’ailleurs prouvé que Manson avait raison.

La relation constatée entre la malaria et les régions basses et marécageuses des pays chauds indique tout de suite que l’insecte suceur doit être le cousin (appelé moustique sous les tropiques), et cette indication se trouve confirmée par de nombreuses analogies qui apparaissent de suite à quiconque considère le sujet dans son ensemble et sur lesquelles il n’est pas nécessaire d’insister ici.

Est-il besoin de le dire? depuis que la théorie de Manson a été trouvée juste, on a montré qu’elle n’était pas entièrement originale. Vuttall, dans son admirable histoire de la théorie des moustiques, établit l'antiquité de cette théorie. Aing avait déjà accumulé beaucoup de documents, basés sur des renseignements épidémiologiques, en faveur de cette théorie ; une année plus tard (1884), Laveran luimême énonçait brièvement les mêmes vues à propos de l’analogie avec la Filaria nocturna. Koch et, plus tard, Pignami et Mendini s'étaient aussi faits les avocats de la théorie en s'appuyant partie sur des raisons d'ordre épidémiologique, partie sur une analogie possible avec les parasites protozoaires de la fièvre du bétail du Texas propagée, ainsi que l’avaient montré Smith et Ailborne, par une fique. Beaucoup d’observateurs étaient d’ailleurs arrivés à la même théorie par des voies différentes. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une différence entre une conjecture heureuse et une véritable théorie scientifique. Pour intéressantes et suggestives que fussent la plupart des hypothèses émises par les savants dont je viens de parler, elles étaient pour moi loin d’être convaincantes. La #ilaria noc-

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