‹ Malaria et moustiquesChapitre 3 sur 7 · SANTE · texte numérisé non relu

SANTE

turna et même l’Apiosoma bigeminum n'offrent pas un rapport assez étroit avec les hæmamæbidés pour admettre sans plus les analogies un peu forcées entre leurs modes de développement. Les arguments épidémiologiques de Ang et Bignami (dont quelques-uns ont été aussi invoqués par Manson) étaient vraiment un peu frêles pour supporter à eux seuls une théorie de quelque poids. Tout cela n’était que des hypothèses et j'avoue que je ne conçois pas un homme pratique s’attelant à des recherches laborieuses sur la seule foi d'arguments de ce genre. Au contraire, la théorie de Manson constitue ce que j'ai appelé une induction, un enchaînement de raisonnements auxquels il était

impossible d'échapper. |

J’ai essayé de défendre le travail de Manson parce qu'il a été souvent mal compris et mal interprété; chose amusante, il a même été complètement ignoré par quelques-uns, qui, d’abord énergiquement opposés à cette manière de voir, s'efforcent maintenant de faire oublier cette opposition. Il est vrai qu’il a poussé trop loin ses prévisions à l'égard de l’histoire des parasites et qu'il s’est trompé (cela apparaît aujourd’hui) sur la nature immédiate des filaments mobiles, maïs la base de sa théorie reste immuable. Je n'éprouve aucune hésitation à déclarer que ce fut la théorie de Manson, et nulle autre, qui résolut le problème et, pour être sincère, j’ajouterai que je suis également certain que, sans cette théorie, la question serait encore à résoudre.

La théorie de Laveran n’a malheureusement été énoncée que d’une façon très brève : pourtant elle me paraît contenir réellement beaucoup — sinon la totalité — des arguments présentés indépendamment

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par Xing et Manson ; nous sommes donc redevables à ce savant non seulement de la découverte qui a servi de base à toutes les recherches ultérieures, mais aussi de prévisions parfaitement correctes quant au futur développement de l’organisme trouvé par lui.

Quittant ces intéressantes théories pour revenir aux observations actuelles, je ferai remarquer tout d’abord que Manson pensait que les filaments mobiles étaient de la nature des zoospores, c’est-à-dire des spores mobiles s’échappant des gamétocytes dans la cavité stomacale du moustique d’où ils envahissaient etinfectaient les tissus de l’insecte. Il fut établi, deux ans plus tard, qu’il se trompait à cet égard. Les filaments mobiles ne sont pas des spores mais des microgamètes, c’est-à-dire des corpuscules de la nature des spermatozoïdes. J’ai dit que quelques amæbulæ des corpuscules sanguins de l'hôte infecté devenaient sporocystes et produisaient des spores asexuelles, tandis que d’autres amæbulæ deviennent des gamétocytes ne jouant aucun rôle chez l'hôte vertébré. Mais dès que ces gamétocyles sont ingérés par un insecte suceur, leur rôle commence : ainsi que l'indique leur nom, ce sont des cellules sexuelles, mâles et femelles ; quinze minutes environ après l’ingestion (pour quelques espèces) le gamétocyte mâle émet un nombre variable de microgamètes — les filaments mobiles — quis’élancentàlarecherche des gamétocytes femelles. Ces dernières renferment un macrogamète simple ou œuf qui, fertilisé par l’un des microgamètes, devient un zygole.

Nous devons cette belle découverte à Mac Cullum (1897) ; elle a été confirmée par Æoch et Marchoux, et

indirectement par Bignami, Metchnikoff, Simond ; Schaudinn et Siedlecki ont également démontré qu'il yavait aussi des éléments sexuels chez quelques coccidies. Aussitôt que la découverte de Mac Callum fut connue, Manson comprit quel appui important elle apportait à sa théorie des moustiques: puisque les filaments mobiles n’infectent pas eux-mêmes le moustique, c’est que l'infection est probablement due au zygote; telle fut tout de suite sa pensée, et cette fois il avait parfaitement raison.

Je dois maintenant dire quelques mots de mes propres recherches. M. Manson m'ayant parlé de sa théorie à la fin de 1894, j’entrepris d'étudier la question aussi complètement que possible. Je commençai mes recherches à Secunderabad (Indes) en avril 1895, et je profiterai de l’occasion pour exprimer ma gratitude pour le concours continu etles renseignements que j'ai reçus de MM. Manson et Laveran, ainsi que du gouvernement des Indes. Même avec l’aide du raisonnement par induction, la tâche si légèrement entamée était, en fait, d’une nature si ardue que nous devons en attribuer la réussite surtout à la bonne fortune. La méthode adoptée — la seule qui pût l'être — consistait à placer des moustiques de diverses espèces sur des personnes dont le sang contenait des gamétocytes et à examiner ensuite soigneusement ces insectes pour y retrouver les parasites que, par hypothèse, les gamétocytes devaient développer en eux. Cela nécessitait non seulement une connaissance approfondie de l’histologie des moustiques, mais aussi la recherche minutieuse d’un organisme minuscule au milieu de l’ensemble des tissus de chaque insecte examiné, travail d'au moins deux ou trois heures pour chaque moustique. Ce labeur n'était

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pourtant que la plus petite part des difficultés. La forme et l’aspect de l’objet que je cherchais m'’étaient absolument inconnus, aussi bien du reste que les espèces de moustiques chez lesquelles je pouvais compter le rencontrer. Il n’était possible de faire aucun essai qui pût permettre de prévoir l'aspect sous lequel se présenterait le parasite cherché et, d'autre part, en raison de la diffusion de la malaria aux Indes, on ne pouvait guère déterminer les espèces propagatrices du mal par comparaison entre la prévalence des diverses espèces de moustiques sur certains

points et la prévalence de la maladie en ces mêmes points. En un mot, j'étais obligé de ne compter que sur l’examen attentif de centaines de moustiques, d’une espèce d’abord, puis d’une autre, tous mis en contact avec des malades; il n’est pas besoin de dire qu’il fallait une théorie aussi convaincante que celle de Manson pour justifier des recherches aussi laborieuses.

De fait, mes recherches restèrent à peu près entièrement négatives pendant près de deux ans et demi. Je ne pouvais obtenir les noms scientifiques des diverses espèces de moustiques que j'employais dans mes recherches et je dus par suite les désigner à ma façon. J’étudiai d’abord, pendant la période sus-indiquée de deux ans et demi, le genre Culex qui abonde à peu près partout aux Indes ; à la fin, la persistance des résultats négatifs me poussa à essayer d’autres méthodes. Je me rendis dans une localité très maltraitée par la malaria, le Sigur-Ghat, près d'Ootacamund, et jy examinai les moustiques, dans l'espérance de trouver chez eux des parasites comme ceux de la malaria chez l'homme. Les résultats furent pratiquement insignifiants (sauf que j’eus occa-

sion d'étudier une nouvelle espèce de moustiques aux ailes mouchetées) et je reconnus qu’il me fallait revenir à la méthode exacte indiquée par Manson. Les expériences sur les deux sortes les plus communes de Culex furent répétées encore une fois, toujours avec résultat négatif. Les insectes alimentés le plus souvent sur des cas contenant les gamétocytes en forme de. croissant de l’Ææmomenas præcox furent examinés cellule par cellule, leurs excréments même ne furent pas négligés. Bien que je fusse certain qu'ils avaient avalé des Hæmamæbidés vivants, je ne pus découvrir aucun parasite vivant dans leurs tissus : les Hæmamæbidés ingérés avaient péri dans la cavité stomacale des insectes. Tout en sentant iné- * vitable la conclusion de Manson, je commençais à me demander s’il n’y avait pas quelque lacune dans ses indications, quand j’eus la bonne fortune de trouver ce que je cherchais.

Dans un flacon rempli de larves apportées par un indigène, d’une source inconnue, je trouvai un certain nombre de moustiques fraîchement éclos comme ceux que j'avais d’abord observés dans le Sigur-Ghat, c'est-à-dire des moustiques avec des ailes mouchetées et des œufs en forme de bateau. Huit de ces insectes furent placés sur un malade dont le sang contenait des gamétocytes en croissant. Malheureusement j’en disséquai six sans succès, soit que l'examen ait été prématuré, soit pour une autre cause. Le septième fut examiné le 20 août, cellule par. cellule; les tissus de l'estomac (cet organe était vide, le sang infecté pris par l’insecte quatre joursauparavantétant digéré) furent réservés pour la fin. En reprenant cet organe, je fus frappé par la présence, à la surface extérieure, de certaines cellules ovales ou rondes d’en-

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