‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 12 sur 96 · Septième Entretien · texte numérisé non relu

Septième Entretien

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sique? La voici : « Je prétends que ce philosophe n'a pas examiné à fond, en quelque sorte, la nature des idées*. »

Le lecteur sait déjà — au moins en gros — que la nature des idées, telle que Halebranche et avant lui saint Augustin, et, avant saint Augustin , Platon, Font « approfondie », établit entre Dieu et l'homme un rapport étroit, intime, de tous les instants. Hais pour le philosophe chrétien, à plus forte raison pour un théologien catholique, ce Dieu n'est pas uniquement l'être nécessaire et infini ; c'est le Dieu qui s'est incamé et qui a racheté le genre humain, c'est le Dieu qui agit par la grâce et nous demande de coopérer avec lui à l'œuvre de notre salut. Il y a des esprits qui s'appliquent à opposer l'un à l'autre ces deux ordres de conceptions ou qui, tout en les admettant séparément, se refusent à voir entre elles aucun rapport. Malebranche va se borner à les distinguer sans les séparer et à adopter pour les unes et pour les autres des méthodes différentes ; mais jamais il n'oubliera l'unité fondamentale ni du sujet auquel elles s'appliquent, ni de la loi qui les régit, ni du principe souverain dont elles dépendent également. De là pour lui la nécessité d'une étude complexe qui ne néglige rien de ce que l'homme a été, de ce qu'il est actuellement, de ce qu'il est convié à devenir. Toute cette hiérarchie de destinées comporte des conditions, des appels, des secours, des coopérations

1. Traie lettres touchant la défense de M. Anuiuld sur le livre des traies et des fausses idées ^ p. 43. Éd. de Rotterdam 1685.

HALEBRANCUE.

•%€ nature; mais c'est à une même vérité, simple ide, ^e, malgré la diversité des efforts dont □otre faiblesse, tout doit être définitivement u; car c'est bien d'un seul et même être qu'il t de dire avec saint Augustin qu'il est causa %di, ratio inlelligendi, ordo vivendi.

Augustin avait donc bien vu et bien fiùt voir idées dominatrices, faut de la vie que de la ne font qu'un avec la vérité étemelle, c'est-àc Dieu ; car il a écrit ces belles paroles : « La saemclle est le principe de toutes les créatures } d'intelligence; et cette sagesse demeurant ; la même, ne cesse jamais de parler à ses !S dans le plus secret de leur raison, afin qu'elles ent vers leur principe; parce qu'il n'y a que la a sagesse étemelle qui donne l'être aux esprits, ise, pour ainsi dire, les achever et leur donner ère perfection dont ils sont capables. » Mais ici, nd disciple du dix-septième siècle lui fait un B^ c'est de n'avoir pas assez distingué l'esprit s et d'avoir « attribué aux corps qui nous envitoufes les qualités sensibles que nous apercer leur moyen ».

it en effet que saint Augustin s'était éloigné sur de l'idéalisme de Platon. Il lui avait reproché séparer le corps et l'Ame, de croire à une âme i ayant existé, devant encore exister sans corps,

la pTéfoce i h Recherche de la Virile.

L UOHHE El SON MILIEU.

OU se logeant, pour ainsi dire, de corps en corps être jamab liée que par accident à l'un ou à 1 d'entre eux. En cela, saint Augustin était conduit, doctrine même du christianisme sur la transni du péché originel, sur la résurrection et sur la réhaJ tion future de la chair, à tempérer Platon par Ans c'est ce que fit bien plus largement encore saint mas; c'est ce que fait l'enseignement, désormaii de toute l'Église. Le cartésianisme, auquel Malebr adhérait si fort, devait seul interrompre pour un cette tradition. De là, dans cette école où il entrai variété d'idéalisme qu'il acceptait, mais qu'il te compléter. Voir dans les corps une pure étendue m n'impliquant rien que l'étendue et le mouvement gîssant en rien sur les esprits, parce qu'entre la i et l'étendue il n'y a rien de commun, cela il le tn excellent. Hais à ses yeux il restait à expliquer cou l'esprit conçoit tout ce qu'il croit voir et touchei les corps. C'est ici qu'il faisait intervenir de no un idéalisme transcendant comme celui de Plal de saint Augustin.

Telles furent donc les deux grandes sources puisa pour composer sa Recherche de la Vérité, d premier volume parut en 1C74, le deuxième en

Le retentissement de l'ouvrage fut prompt ei sidérable, et les attaques ne lui manquèrent pai

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que les témoignages d'admiration. Les premières vinrent surtout — comme il fallait s'y attendre — de ceux qui, par devoir professionnel ou par habitude routinière, enseignaient la dernière philosophie scholastique et résistaient au cartésianisme. Parmi les premiers, furent le chanoine Foucher, de Dijon, et le jésuite Le Valois — qui écrivit sous le pseudonyme de Louis de la Ville. Leurs critiques sont d'un intérêt médiocre, attaquant plutôt, dit très bien le P, André, « les propositions incidentes que le fond du livre ».

D'autres compagnies religieuses firent au nouveau livre un meilleur accueil : les bénédictins d'abord, dans la personne de Dom Robert Desgabets, qui réfuta la critique de Foucher; puis l'Oratoire même et ses chefs; car justement fiers des succès des siens et peu jaloux de gêner leur liberté par des examens minutieux, ils décidèrent, en une même séance, de faire adresser des félicitations à Malebranche « pour un traité qu'il a publié et qui est estimé de tout le monde » (est-il dit dans la délibération) en même temps qu'aux Pères Quesnely Richard Simon et Thomassin.

Le philosophe avait donc le vent en poupe, et sa pensée pouvait prendre désormais un essor puissant. Son ouvrage s'était vite répandu « dans tous les États de l'Europe où les sciences ont quelque accès : en Italie, en Espagne, mais principalement en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en un mot partout où la langue française est connue. C'est pourquoi on fut obligé d'en faire d'abord édition sur édition, de sorte que depuis

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1674 jusqu'en 1678, il en parut presque tous les ans une nouvelle , quatre de Paris , une de Lyon, sous le nom de Strasbourg, deux d'Amsterdam, sans parler de traductions latines que Ton fit en divers endroits pour mettre l'ouvrage entre les mains de divers savants î ».

La haute société qui, malgré l'attention qu'elle donnait à tous les grands problèmes, était plus libre d'esprit que les gens d'école, ne tarda pas à faire à la Recherche de la Vérité un accueil enthousiaste. On n'était pas habitué — malgré Descartes — à rencontrer sur son chemin des théories philosophiques de cet aspect et de cette allure, vives et mesurées, nobles et spirituelles, hautes sans orgueil, colorées sans fard, fidèles à la grande tradition et amies de la nouveauté, pieuses envers le dogme, mais tenant avec fermeté pour les droits de la raison et de la recherche, attirant l'esprit tout à la fois par la profondeur des mystères où elles descendaient et par la clarté dont elles semblaient en dorer au moins les premiers abords. La philosophie marquait décidément sa place dans la littérature comme la théologie l'avait fait avec les Lettres provinciales.

C*est à dater de ce moment qu'on voit des comtes, des ducs et des marquis, des officiers de mousquetaires, des princes du sang se mêler aux controverses, se porter garants de l'orthodoxie de l'auteur qu'ils admirent, s'interposer entre lui et les évêques, porter des explications, ménager des entrevues, s'armer de

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