‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 53 sur 96 · Entretient métaphysiques, XIH · texte numérisé non relu

Entretient métaphysiques, XIH

ciété établie pour le salut des simples et des ignorants*. »

On cherche beaucoup de nos jours en quoi consiste le lien social (question qui touche, qu'on le veuille ou non, à la question de l'autorité). Les uns le placent dans les nécessités naturelles de tout corps organisé : pour eux Tinfaillibilité religieuse est remplacée par une fatalité organique qui nous commande inexorablement et brutalement. Les autres voient ce lien et par suite aussi l'autorité dans la logique iDconsciente avec laquelle se développent des éléments historiques une fois donnés. Ce lien unit des générations successives dans ime solidarité indissoluble ; il les enchaîne à une souveraineté qui, n'étant jamais réunie tout entière en une personnalité ni même en un groupe clos, rétrécit singulièrement le champ de la discussion ; il faut « souhaiter de voir vainqueurs ceux qui sont vainqueurs en effet », puisque nécessairement ils le méritent. Bref c'est encore l'infaillibilité, moins la raison et moins la bonté. Pour d'autres enfin, le lien est forgé artificiellement par un contrat ; mais ce contrat émane de volontés souveraines qui; quoi qu'elles aient décidé, ne peuvent pas errer, parce que, dit J.-J. Rousseau, le peuple ne se trompe jamais. Ainsi tous ceux qui réprouvent avec le plus de mépris l'infaillibilité sont ceux qui la rétablissent avec la tyrannie la plus oppressive et sur le fondement le plus obscur. Pour les grands chrétiens du ivu*" siècle, le lien social, c'est Dieu qui nous l'impose,

Page 1